LES CHEMINÉES 2H
Une miniature des très Hiclies Heures du dnc de Berry, conservée au Musée de Chantilly, montre le duc donnant une audience le dos au feu d'une cheminée |fig. i23). La disposi-
Kig. 152. — Clirmiii<-c à triple foyer du pipinil <lc la j!ranilt raUc nii Palais île .liislkc (le Pnilicrs. Linteaux urnes iiiuronnaiil les li-ni» foyers.
tion est celle des cheminées qui, au cours des réparations du château de Saiimur. ont été démurées. Les carreaux en céramique émaillé indi(|iicnl la place réservée au prince par une mosaïque de pièces éinaillées plus riclies que celles du surplus du carrelage.
Sans doule des œuvres telles que la cheminée de Poitiers
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sont exceplioimelles, mais des clieininéus beaucoup pins modesles et d'un caraclère plus inlinie. comme la clieininée du xv*^ siècle conservée au Musée de Cluny et ornée d'une frise doul les sujels sont empruntés soit aux âges de la vie soit iiiix cérémonies du mariage, ne soni pas moins inléressimtes Ji étudier au point de vue de la structure et de la foi-me.
Le linlean très nelteiiicnt encadré par des moulures qui limitent les bas-reliefs, s'appuie sur des sommiers soutenant un arc, sous lequel existe la liotle inclinée, et au-dessus duc[uel le mur saillant se prolonge verticalement pour soutenir le foyer de l'étage supérieur. Il est impossible d'imaginer une décoration s'accordant mieux avec la structure et en rendant mieux compte (flg.
12li.
Certaines cheminées du château de Cliinon, du chàleau de Martigné-Briaud en Anjou, traitées beaucoup plus simplement et comprises actuellement dans des édifices ft demi ruinés, expliquent le mode de construction et notamment le» encorbelleiuenls indispensables au soutien des piédroits, l'ne charmante eheininée du w" siècle, oii sont ligures en bas-relief les
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montons du Herry, est conservée dans l'ancien Hôlel de ^'ille de Bourges (aujourd'hui petit lycée).
D'ailleurs dans des résidences seigneuriales organisées pour la défense, par exemple au château de Sanrnur, les clieminées, même dans les salles de réceplion , sont décorées assez sim plenient d'après les mêmes principes. Ce sont des feuillages circulant dans les moulures ou des écussons saillants sur le manteau. Ce mode de décoration a été employé pour une cheminée du cliâteau de Dunois à Heaugeucy.
Parfois, comme on le voit au château du Plessis- Bourré construit à la lin du xv<' siècle, le manteau est orné d'arcatures et
la hotte se prolonge l-"itc. lîl — Cliomiuijc du xv siècle nu Mimic .lo Cluny. Ai'c de ili-oliiirKC pmlf^curil la hulte et le lïntcuii oi'iii'.
verticalement, ne prenant son inclinaison qu'fiu-dessiis d'une corniche de conronnenient.
C'est une disposition ussez fréquente des cheminées construites vers la fin du xv'^ siècle et un acheminement vers les hottes verticales dont l'usage se généralisa au xV^, parce que celte forme se prêtait mieux à l'emploi des éléments décoratifs, pilastres, baluslres ou médaillons plus ou moins inspirés de l'art antique.
A Dijon, la cheminée de la grande salle du château, où sont exposés les toinheaux des ducs, est un monument d'architecture, comprenant au-dessus du manteau une grande baie d'applique, divisée par des meneaux, et s'appuyant aux angles sur des niches et contreforts.
La cheminée du château de Josselin, dans le Morbihan, a aussi sa hotte verticale ornée de chiffres et d'armoiries. Elle repose, suivant la tradition, sur les tailloirs très évasés de piédroits peu saillants.
En Flandre, où Fou exagérait, au xv^ siècle, la décoration exubérante de Tart français du Nord, les cheminées comportent souvent Temploi des matériaux différents, pierre, marbre, bois, et la partie supérieure de la hotte, qui est souvent exécutée en bois, est étudiée pour s'accorder avec la décoration du plafond. Les cheminées de rilôlel de A'^ille de Courlrai et de la salle du Franc, au Palais de Justice de Bruges, rendent bien compte de ce genre de composition.
En France, le décor à Fantique eut surtout pour conséquence Fadoption du coffre vertical qui se prêtait assez bien à Finterprétation sur le manteau d'un entablement couronnant les piédroits, et qui supportait une ordonnance de pilastres, dont les intervalles étaient garnis de médaillons, de chiffres ou de cartouches.
Parmi les plus belles cheminées de cette première époque de la Renaissance française, on peut citer celles du château de Montai dans le Lot, ou encore une cheminée du château de Saint-Ouen à Chemazé, dans la Mayenne.
En Italie on conserva longtemps encore les dispositions qui avaient été adoptées en France pour le manteau supportant une hotte inclinée.
l'ne cheminée du Palais Ducal de Venise, une autre du Palais Ducal d'Urbin présentent une ordonnance de piédroits peu saillants, colonnes ou pilastres, soutenant de grandes con-
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soles encastrées dans la muraille et sur lesquelles s'appuie un linteau simulant un entablement complet. A ^'enise, la frise est ornée de rinceaux et de palmeltes ; an Palais d'L'rbin elle est
Fig. 12 j. — Clicmiiii-cau Palnis lliical de Venise. Qj|-bonii\ ^nillniits sur les iiiédruils pr.111- if siiMtieii (lu linU'nii.
occupée par une ronde d'enfant. A la cheminée du Falnis Ducal de ^'enise (lif^. 12.^), hi construction du linteau est très nettement accusée à sa jonction jivec le sommier. Ce linteau a peu d'épaisseur, ce qui est explicable par la nécessité de recueillir la fumée dans la pyramide creuse où elle doit se détendre. Lorsque l'étage était bus, la hauteur du vide sous le manteau
étant déterminée par la hauleur de l'homme, il ne restait que peu de place au-dessus du manteau. Ainsi à Blois, dans Tliôtel d'AUuye, le manteau porté sur des consoles est surmonté d'une sorte de grande frise ornée des armes de France, qui forment saillie sur un fond d'hermines et de fleurs de lis; au-dessus, c'est une gorge à ornements sculptés qui soutient Tenchevctrure du plafond.
Une disposition analogue existe dans une ancienne cheminée du manoir d'Omerville (Seine-el-Oise) et on retrouve dans Tàtre Tare de décharge en brique limitant la partie à remplir en matériaux réfractaires dans la hauleur du foyer, celle qu'on isolait encore du feu en la protégeant par une plaque de fonte dite (le contre-c inir. Kn Anjou, on peut citer encore un grand nombre de cheminées anciennes de cette époque. (Ilotel des Pénitentes à Angers, prieuré de Saint-Hémy-la-Varenne, etc.)
l'ne cheminée à hotte de brique reposant sur un manteau de pierre que soutiennent deux colonnes très simples a été conservée au dernier étage de l'hôtel construit à Angers pour le maire élu Jean de Pincé ; nuiis aux étages inférieurs, les cheminées des salles de réception avaient été détruites, par suite des changements survenus dans l'affectation de l'hôtel. Elles n'étaient plus accusées que par les enchevêtrures des plafonds, qui déterminaient exactement la position des coffres verticaux et par la trace qu'ont laissée sur les murs les arrachements des différents éléments de construction, pris dans les assises de hauteur très différentes, manteau formant entablement, consoles, pilastres, etc.. C'est ainsi qu'il a été possible de reconstituer les cheminées des grandes salles lors de leur affectation à un musée qui a reçu la collection Turpin de Crissé (fig. 120).
C'est sur des données analogues qu'a été rétablie la cheminée du grand salon du premier étage au château de Serrant.
La cheminée, telle qu'elle était comprise depuis le xiiT siècle, formait un des éléments principaux de la décoration d'une