I.Arl applii/tté .iiit Jlëliirri. — I, l'I
242 DI'V.OH DE LA PlFJtRE
triangles appuyés sur les Irompes sont appareillés suivant les parallèles de la sphère, tandis que ceux qui s'appuient sur les foi-merels des quatre baies du tambour éclairant le transept ont leurs joints d'appareil normaux à cesformerets.
siii' 11' li'iiiiscjil de IVylisc San-l'cdro d'Avilu. Appai-oi
C lirai li'li.'s ilu la sptii-rc pniii- lc^t trianfilcs de vinUcs cniii|>i'i!< cnlro ]cs pi'nolruliiiti> ili-s a\ef (tu tanibiiur.
L'usage des trompes, pour établir sur le plan carré d'une clia- |>elle une voùle octogonale, a reçu une magnifique application dans une grande chapelle dépendant de l'église San-Gil, à Burgos (iig. 143/. Ici, la voûte octogonale dérive aussi nettement de la coupole, ayant ses appareils concentriques tracés suivant des parallèles, el, conformément à la disposition signalée ^i San- Pedro d'Avila. les voûtes triangulaires, correspondant aux baies
déclaîrage, ou aux pans coupés portés sur trompes, sont appareillés normalement aux arcs formerets ou parallèlement aux arcs de faîte. Tous ces arcs se réunissent par des clefs sur une cou-
ronne, dont les anneaux concentriques prennent appui sur le prolongement des arcs de faîtage et dont les intervalles sont évidés à jour, contribuant à la plus magnilique décoration.
Il semble cjue, dès le xv'' siècle, le tracé de voùles en forme d'éloile ail élé consiannnenl appiiqut' en Espagne : la cathédrale
244 DÉCOK DE LA PIEKRE
de Burgos en fournit trois exemples : Tun du xv** siècle, dans la chapelle du connétable; Taulre de même époque, dans la première chapelle de la nef, au sud ; le troisième du xvi^ siècle, sous la croisée du transept. Dans ces diverses voûtes, c'est toujours une coupole qui fait le fond sur lequel se détachent les arcs dessinant au centre une étoile enrichie de panneaux sculptés à jour et de clefs saillantes, tandis que les baies d'éclairage, qui sont au nombre de huit dans la chapelle du connétable, déterminent en quelque sorte des pénétrations dans la voûte sphérique et sont appareillées suivant le principe des voûtes d'arêtes.
La tradition des voûtes dérivées de la coupole était si bien ancrée dans Tart angevin, que même au xvr siècle, au moment où on revient aux voûtes en berceau ou à des voûtes d'arêtes divisées en arcs et panneaux sculptés, comme celles de l'église de La Ferté-Bernard, on traçait encore les voûtes des salles basses de IMuMel Pincé suivant les procédés en usage qui n'avaient jamais cessé .d'être emj)loyés du xiii^ au xvi*^ siècle, ainsi qu'en témoignent les coupoles nervées des transepts des deux églises (le Saumur, Téglise Saint-Pierre et Téglise de Xantilly.
Mais à partir du xvi*" siècle, au moment oii l'art français subit l'intluence de l'art italien, les trîiditions de nos écoles différentes s'affaiblissent et parfois se confondent ; l'originalité de l'école de l'Ouest disparaît au xvii** siècle dans Tuniformité d'un enseignement officiel et le svstème de voûtes dérivées de la coupole est pour un temps abandonné.
2° Les voûtes dérivées du berceau et de la voûte d'arête.
Voùfes sur croisée cro(/ires. Voûtes iuinulaires. Avantrige de Ui composition des voûtes en pierre {èppureillée,
La substitution de voûtes en pierre aux charpentes des basilicjues exigeait des méthodes de construction très souples correspondant aux dispositions variées des églises chrétiennes d'Occi-
dent : elle a puissamment contribué à la création, en France, du système original d'archilecture qui a permis la réalisation en pierre d'œuvres grandioses, caractérisant le génie de notre race.
La coupole d'origine orientale a été, ainsi que nous l'avons vu, le point de départ dans nos écoles de TOuest d'une série d'essais qui, au xii** siècle, aboutissaient à la construction de monuments considérables, tels que l'église Saint-Front de Périgueux, la cathédrale d'Angoulême et la nef de l'église abbatiale de Fontevrault.
L'emploi de la pierre pour les coupoles qu'on édifiait soit sur pendentifs, soit sur trompes sphériques ou coniques, n'avait pas modifié sensiblement le système de construction des coupoles byzantines, faites en petits matériaux. On employait la coupole sur pendentifs pour les nefs des grands édifices, de préférence à la coupole sur trompes ou niches, dont l'application la plus intéressante avait été faite à la cathédrale du Puy, où le passage du plan carré au plan octogonal est réalisé par la niche sphérique. C'est le système d'amortissement dont on trouve l'origine en Perse avant l'ère chrétienne et qui fut d'usage constant dans l'Kmpire grec dès le vi*' siècle de notre ère.
La coupole avait reçu en France de nombreuses applications, particulièrement dans l'école d'Aquitaine. La voûte en berceau, de construction simple, couvrait généralement les nefs et c'est à la croisée du transept que la rencontre des berceaux, au lieu d'aboutir à une voûte d'arêtes, déterminait l'établissement sur plan carré de quatre grands arcs doubleaux, soutenant sur pendentifs ou sur trompes une calotte sphérique, qui fermait la travée centrale, et au-dessus de laquelle on édifiait le clocher.
Cette disposition diffère un peu de celle qui avait été adoptée par les Byzantins et suivant laquelle on élevait, sur pendentifs ou sur trompes, un mur cylindrique, en forme de tambour, évidé de fenêtres et de niches, visible de l'intérieur et servant d'appui à une demi-coupole.
En France, les clochers du transept qu'on édifiait soit en
246 DÉCOR DK LA PIERUE
liourgogne (Anzy-le-Duc), soit en Saintonge (Aulnay), soit en Auvergne (Orcival ou Issoire), s'élevaient au-dessus de la coupole et n'étaient le plus souvent accessibles que par des escaliers extérieurs.
Dans les églises à une ou trois nefs, la voûte centrale est toujours un berceau (église de Saint-Savin, église d'Aulnay, église de Lichères) ; les bas-côtés étaient voûtés tantôt en berceau comme à Lichères, tantôt en voûtes d'arêtes comme à Saiiit- Savin; les voûtes basses équilibraient le berceau central; mais le plus souvent les murs extérieurs étaient insuffisants pour la butée et les contreforts pris dans la hauteur des grandes voûtes ne reposaient pas sur des piles assez épaisses pour contribuer de façon efficace à la stabilité. Aussi un grand nombre de ces voûtes en berceau s'écroulèrent-elles peu de temps après leur construction (voûtes des nefs des églises de Lichères, de Rioux, de Retaud, etc.).
La poussée des voûtes en berceau et les moyens de l'équilibrer donnèrent lieu dans chacune de nos écoles provinciales à des recherches et à des solutions très variées. En Auvergne, des constructeurs avisés eurent la pensée de contrebuter par des demi-berceaux, établis au-dessus des tribunes, la poussée de la voûte centrale et donnant aux murs extérieurs une épaisseur suffisante, ils ont assuré la stabilité du système.
D'autre part, ils résolurent très habilement la difficulté que présentait l'établissement de voûtes sur les galeries circulaires contournant le chœur. A Fontevrault, comme nous l'avons dit, cette galerie était couverte par une voûte annulaire qui reposait d'un côté sur le mur extérieur, de Tautre sur les colonnes intérieures et les arcs reliant une colonne à l'autre faisaient pénétration dans cette voûte annulaire, que des arcs doubleaux, rayonnants, divisaient en travées de forme trapézoïdale.
A Saint-Savin c'étaient les arcs entre la nef et le bas-côté qui prolongeaient les berceaux dont la rencontre avec les berceaux des basses nefs de même hauteur déterminait la voûte d'arête.
Kn Bourgogne, à A'ézelay par exemple, les voûles d'arêtes, COI) si miles toujours en blocage, formaient des travées, isolées par les doubleaux.
Les seules voûtes d'arêtes qu'on sut construire alors étaient
des voûtes d'arêles sur plan carré résultant de la pénélraLion de berceaux de même ouverture. Ainsi sont établies les voûtes de la crypte de Joiiarre, qui reposent sur des colonnes isolées et celles du bas-colé de l'église de Morienval (Oise) qu'on peut attribuer au xi*^ siècle (fig. Hij. La construction d'une voûte d'arêtes sur plan rccliuigulaire présente des diflicultés qui exigent l'exécution de cintres très bien combinés. Aussi pendant longtemps,
en Bourgogne comme en Poitou, conlinuail-on à voûlerles nefs en berceau, tout en couvrant les bas-côtés par des voûtes d'arêtes sur plan carré.
En Normandie les grandes églises de Caen, celle de l'abbaye de Juniièges, dont les bas-côtés et la tribune étaient couverts par des voûtes d'arêle, conservaient pour leur nef principale une charpente apparente. C'était une prudente mesure, car sauf dans le système auvergnat, qui fut appliqué aux grandes églises abbatiales de Conques (Aveyron), de Saint-Sernin de Toulouse et de Santiago de Compostela en Espagne, le défaut de butée amenait la déformation et souvent la ruine des voûtes en berceau.
D'autre part, lorsqu'on eut l'idée, pour satisfaire au développement du culte des saints, d'établir autour du chœur des églises des chapelles rayonnantes et sur le transept des chapelles orientées, il fallut construire les voûtes d'arêtes sur plan trapézoïdal, ce qui était difficile ; en effet, si l'on suppose la pénétration dans un berceau tournant d'arcs d'ouvertures inégales, l'arc intérieur reposant sur deux colonnes consécutives du ch(t»ur et l'arc extérieur soutenu par les colonnes adossées au mur de bas-côté, il est évident que ces arcs d'ouverture différente pénétreront à des hauteurs différentes dans le berceau tournant, et qu'il en résultera une difficulté réelle d'exécution. En ce cas, les pénétrations se feront suivant des courbes de tracé très compliqué.
Pour faciliter la solution du problème, on eut l'idée, en Auvergne comme en Poitou et en Bourgogne, de relever beaucoup au-dessus du tailloir des chapiteaux du chœur, la naissance des petits arcs et de faire coïncider le niveau de leurs clefs avec celui des clefs des arcs formerets de plus grande ouverture, adossés au mur extérieur. Il était ainsi possible de régulariser le tracé et d'amener la clef au milieu du berceau tournant, à la rencontre des arêtes diagonales. Toutes les églises d'Auvergne, celles du Notre-Dame-du-Port à Clermont, celles de Saint- Nectaire (fig. 145) et d'Orcival ont leurs arcs du chœur ainsi dis-
LES VOLTKS 249
posés et ce partî^ful adopté en Poitou, en Hoiirgogiie, en Touraîne.
Loi'srju'on eut la pensée, pour simplifier le problème, de con-
stituer avec la pierre des arcs indépendants portant les remplissages, le tracé des voûtes des galeries contournant le clici-ur ne présenta plus les mêmes inconvénients.
Il est assurément très diflîcile d'afiirmer avec précision dans quel édifice fut fait ce premier essai d'arcs indépendants; car on
t'n trouve des exemples vers le commencemenl du xii" siècle, dans des églises du Midi, aussi bien que dans les anciennes églises de l'Ile-de-France. Dans la crypte de l'église Sainl- Kutrope à Saintes apparaît un premier essai d'arcs de pierre
indépendants. Ce sont les doulileaux, alfectant la forme d'une grosse moulure cylindrique qui semble prolonger la colonne accolée au pilier (fig. 146), Mais c'est incontestablement dans les vallées de l'Oise et de la Seine que la semence trouva le terrain favorable à son développement et qu'en moins d'un demi-siècle
on passa d'essais rudimenlaires, coiiime ceux des voiilea ù nervures des absides de Morienval, à une mélhode sûre comme celle dont les voûtes absîdales de Téglise abbatiale de Saint- Denis, ou de l'église Sainl-Marlin-des-Champs à Paris, sont l'expression.
Cependant on passa par de nombreux tâtonnements. Sur les tribunes du chœur de la catliédrale de Senlis on trouve bien remploi des arcs diagonaux renforçant la voûte, des arcs ogives, et c'est aussi une grosse moulure torique qui les conslituc ; mais le tailloir du chapiteau qui reçoit l'arc ogive est mal orienté (lig. Ii7). Lorsqu'on a voûté le déambulatoire de la cathédrale de Langres, on était encore embarrassé de régler le croisement des arcs diagonaux ; les clefs, qui sont à leur rencontre, sont mal cen-
DECOR l>E LA HIKltltl':
trées et s'inclinent vers le chœur. Au conli-aire, dans le déambiiiatoii-e de la calliédrale de Novon-.ffig. 14S), on ne s'est pas préoccupé de niainleiiir les deux branches des diagonaux dans
im inèine plan verticid : ta solution apparail beaucoup pins nelte et l'artisle a conipi'is rélaslicité de la métliude nouvelle. On hi voit appliquée dès lors au pourtour du clnrur de Té^dise de Saint-I^tienne à Caeii. tandis que sur la nef, les voûtes construites il la fin du xir sii-cle sont des voûles dites soxpartites.
LES VOCTES
voiiles sur plan carré, groiipani, pour une diviâioii en six triangles, les voi'iles de deux travées de nef.
Ces voûtes sexparlîtes, qui semblent avoir pris naissance dans
Fit;. I ifl, — Viiiilc so\pni-litc de deux Irnvi-us sur lu cliii'iir de \'ég\he de Itcmmimil-sur- ()i><.>. Annlot^if avec lu ilispnxitinn de la voiUe du cliceiir de l'i'-(;li-4<' Suinl-Julieii-lo- Pauvre û Puris.
le Noitl de la France et en Normandie, se sont développées dans la région parisienne, car on les rencontre, à la fin dn xii'' siècle, sur la travée du chu'ur de Saint-Jidicn-le-Faiivre à Paris, aussi bien cpie sur la travée du chœur de l'église de Heanmont (fig, 149) : leur emploi s'explique par le préjugé qui subsistait
25i DKCOR DE LA PIERRE
de la nécessilé du plan carré pour la voûte d'arêtes aussi bien que pour la coupole.
Cela est si vrai que dans deux églises du Nord de l'Iialie. souvent citées comme exemples d'églises il voûtes d'arêtes *lrès
t'ijt. 150. - Voiilos scxparlilcs sur la act de Ii'h'lisc de la Ti-iiiilù i Aii):ei's. ItclL-venieiil de In naissance de l'arc duubicuii scoundaire.
anciennes, bien qu'en réalité ces voûtes ne soient pas antérieures au xn" siècle, à Saint-Ambroise de Milan et à Saint- Micliel de Pavie, la largeur du bas-côté est la moitié de la largeur de la nef, de telle sorte que la division par travées carrées, fasse correspondre une travée de voûte de la nef à deux travées de voûtes du bas-côté. Le plan des piles dont la section est augmentée ou réduite, suivant qu'elles correspondent h des arcs
duiibleauv de nef ou à des arcs divisionnairus de bas-côlés, explique el juslifie ce système de voûtes, bien que souvent, comme on le constate à Noyon (les moyens d'exécution s'étant perfectionnés au cours des travaux), des piliers alternés, pré-
parés pour des voûtes sur plan carré, aient reçu des travées de voûtes rectangulaires,
II y a d'ailleurs un rapprochement à faire entre les voûtes dérivées de la coupole et celles dérivées des voûtes d'aréles, car elles ont passé par les mêmes périodes de tâtonnements ; j'en trouve la preuve dans les voûtes sexpailites de l'église de la Trinité d'Angers (fig. 150), voûtes bombées dont les arcs diagonaux accusent une aréle saillante, el qui par cela même se distinguent des voûtes dérivées de la coupole.
La voûle sexparlite, couvrant deux travées de nef, se maintint longtemps dans l'École de l'Ile-de-France. On la trouve :i Noire-Dame de Paris comme à la cathédrale de Laon, ayant
comme soutien , des colonnetles qui prennent appui sur de grosses colonnes monocylindriqnes (fig, 151).
A Bourges toute la cathédrale qui ne comporte pas de Iranscpl a des voûtes rectangulaires sur arcs ogives et les colouneltes portant les arcs s"accnsent en saillie sur les piliers, dès le sol de l'église (fig. \")2).
Au début du xin" siècle, h 'l'époque où on construisait le chœur de la cathédrale de Ctiartres, toutes les difficultés étaient
LF.S VOUTES 257
résolues, el les ai-cs retombaienl simplement sur im chapiteau inagnilique à tailloir polygonal, bien étudié pour ces retombées («g. 1331.
AlJoupges.où l'on semble s'être préoccupé de diviser les sup-
ports pour correspondre à ebacun des arcs, les colonnes groupées autoui' du pilier s'élèvent gi-aduelleineiit avec les bas-côtés, et donnent à l'édilicc un aspect d'élégance, (pii contraste avec l'eiTel de puissance des colonnes isolées du <léanibulatoire de Chartres.
2o8 DÉCOR DE LA PIEUHE
La calliédrale de Tolède, que j'ai pu comparer à la callu^drale de Bourges, ayant comme elle ses bas-côtés étages, et ses petites cliapelles absidales séparées par des travées de voûtes triangulaires, raccordant les travées de voûtes sur plan carré qui correspondent aux chapelles, se prête à des observalions analogues.
Il est à remarquer en effet que, dans des édifices de la dimension des cathédrales, le tracé par travées rayonnantes des voûtes du déambulatoire eût conduit à des différences excessives dans les dimensions des triangles d'une même voûte. Il était donc plus simple de diviser la voûte du déambulatoire en une série de travées alternées, les unes carrées, les autres triangulaires, ce qui permettait de régulariser les dimensions des pans de voûte, et d'obtenir une meilleure répartition des efforts.
Si les chapelles du déambulatoire étaient séparées les unes des aulres par la portion du mur correspondant à la travée triangulaire, on utilisait ce mur pour éclairer le bas-côté en y pratiquant une fenêtre. Dans le cas où, comme à l'église de Notre-Dame de Châlons, on voulut grouper les chapelles en ceinture ininterrompue, de fines colonnettes remplacèrent le mur plein et, divisant l'entrée de la chapelle, sans produire aucun encombrement, contribuèrent à lui donner de belles proportions et à rendre sa grandeur apparente.
Dans les cathédrales du Nord munies de tribunes, comme celles de Noyon, de Laon ou de Paris, la tribune fournit le recul nécessaire pour jouir de l'effet des vitraux et de ratmosphère colorée qui en résulte pour Téglise. A la cathédrale de Chartres où il n'y a pas de tribunes, les magnifiques verrières de la nef et du transept sont vues en raccourci, et, si admirables qu'elles soient, ne donnent pas toute l'impression qu'on éprouve dans le chœur de la cathédrale du Mans, par exemple, où les vitraux du second bas-côté laissent pénétrer la lumière colorée jusqu'au sol.
Dès le commencement du xur siècle, au moins dans la région
parisienne, la construction des voûtes sur nervures diagonales, sur arcs de renfort ou, comme on dit, sur « croisée d'ogives », était définitivement arrêtée, et Tartiste s'ingéniait à harmoniser le décor de ces voûtes, clefs, moulures d'arcs, amortissements, avec la décoration des supports, avec les chapiteaux à tailloir quadrangulaire, polygonal ou circulaire, dans lequel s'inscrivaient les sommiers d'arcs. (Eglises de Sainl-Leu-d'Esserent, de Beaumont, de Taverny, de Bougival, éghses des abbayes d'Onrscanip et du Lys.)
A l'église abbatiale d'Ourscamp, la ruine des remplissages de la voûte laisse apparaître l'ossature de pierre, comme à l'église de l'abbaye du Lys apparaissent les sommiers d'arcs, qui permettaient l'exécution des voûtes après celle de la couverture; ils fournissent de précieux renseignements sur le mode de montage des assises et sur le groupement des arcs à la naissance.
La construction des premières assises d'une voûte par lits horizontaux s'imposait d'ailleurs, pour rendre possible l'exécution de sommiers recevant les moulures d'arcs, différant les unes des autres par le rayon de courbure et le profil, et qui, se pénétrant l'une l'autre pour réduire la section de la pile, devaient être prises dans le même morceau de pierre.
En élevant ces assises par lits horizontaux, on pouvait comprendre dans les sommiers les départs de plusieurs arcs, qui, se dégageant au fur et à mesure de la superposition des lits, et s'écartant du noyau central de la pile, ne prenaient l'appareil à joints normaux qu'à la hauteur où l'arc mouluré était complètement dégagé et commençait à porter le remplissage de la voûte. Ainsi, les premières assises à lits horizontaux rendaient, par leur saillie, Texécution de l'arc, indépendante de celle du mur, et c'était après l'exécution de la charpente et de la couverture, c'est-à-dire à l'abri de l'eau, qu'était posée l'ossature de pierre avec son garnissage en moellons appareillés de faible épaisseur.
En même temps, on réduisait, par la saillie des sommiers, l'on-
verture de Tare à joints normaux, et par suite la poussée, que diminuait encore la faible épaisseur des moellons de remplissage. Ceux-ci étant posés après la couverlure, n'avait rien à redouter des intempéries.
Dans les voûtes simples sur croisée d'ogives, qui dérivent de la voûte d'arêtes, les arcs ogives ou diagonaux sont souvent tracés en plein cintre, alors que les formerets et doubleaux sonl en arcs brisés. C'était un moyen d'éviter la surélévation des murs d'appui et des charpentes au-dessus des arcs, et en même temps d'éviter le bombement qui, dans les voûtes dérivées de la coupole, aboutit à une poussée de la voûte sur les murs latéraux.
Dans le svstème dérivé de la voûte d'arêtes, où les clefs de> arcs sont à peu près au même niveau, la charge des triangles de remplissage est toujours reportée sur la pile et les poussées se combinent suivant une résultante perpendiculaire aux murs latéraux et dont Tarc-boutant, contrebuté par im contrefort extérieur, suit la direction.
Il existe toujours une indécision pour le point d'application de la poussée, qui varie suivant la forme de l'arc et qui, jusqu'ici, n'a pu être déterminé précisément par le calcul. Les données expérimentales ont seules fourni quelques renseignements sur la question si importante du passage des poussées et, si on laisse de côté le jargon scientifique, on doit reconnaître que les données d'expérience sont, aujourd'hui comme au moyen âge, celles qui peuvent le mieux déterminer la position et les dimensions des arcs-boutants et contreforts.
Il est même probable que c'est l'indécision des données du problème des poussées qui détermina les architectes des cathédrales à donnera l'arc-boutant, non relié avec le mur, une surface d'appui considérable et même à doubler les volées de Tareboutant pour u recueillir » les poussées dans la hauteur où elles peuvent se produire et pour les transmettre en. sécurité au contrefort qui doit assurer l'équilibre.
LES V«»LTES 261
Dans ces conditions, on comprend l'iitililé des pi-écaulions jifises |)onr adosser seulement au mur les arcs-boulanls sans les y engager, afin de leur conserver l'élasticité désirable : pour le même molif, les arcs épais des doiibleait\ sont généralement des
FifT. i:>i. — Une clef ilp vmUe ù rf(,-1iBi- di- Taverny. Ailnploli.in du d<-cor lloral nu Iraco de lu i-lrf.
ai'cs extradossés. superposés l'un à l'autre, et s'ils sont Iriicés en arc brisé, le Joint est à la clef, de telle sorte que les deux brancbes d'arc, prenant appui l'une sur l'antre, puissent, en cas de lassenient, ne pas provo(pier la rupture de la clef.
II n'en est piis de même ])our les arcs diagonaux ou ogives qui portent les remplissages, et dont les clefs coniprennenl néces-
sairement les amorces de quatre branches d'arc amorties sur un noyau central qui sert de support aux sculptures. Celles-ci, comme on le voit soit à Taverny (fig. 154), soit au réfectoire de Saint-Martin-des-Champs, soit à la cathédrale de Laon, fournissent les plus précieux exemples de l'application du décor végétal à une forme circulaire.
On ne s'est pas, d'ailleurs, contenté de rornementation Horale pour ces clefs. L'artisle a fait appel à la figure humaine pour les décorer et à l'église Notre-Dame d'Elampes des ligures d'anges font partie des clefs des voûtes du xiii*' siècle.
L'emploi d'ares indépendants pour l'ossature d'une voûte se prêtait aux solutions les plus hardies. L'unedesplus remarquables est celle qui fut adoptée pour les voûtes du déambulatoire et de la chapelle absidale de la cathédrale d'Auxerre. Elle est à rapprocher de celle qu'imagina l'architecte du chœur de Téglise Saint-Serge d'Angers. Mais A Auxerre la solution est plus nette encore, parce que l'ossature en pierre est plus franchement accusée (fig. 155).
Divisant l'entrée de la chapelle en trois travées par deux sveltes colonnes monolithes, l'architecte d'Auxerre a établi sur la travée du déambulatoire une voûte à compartiments admirablement combinée pour se raccorder à la clef avec la croisée d'ogives, correspondant aux colonnes du cho'ur, et, du côté de la chapelle, les colonnes monolithes s'accordent avec les divisions de la voûte de la chapelle absidale, portant sur leurs chapiteaux les arcs divisionnaires, dont la naissance est dans le plan des tailloirs, et les arcs formerets des trois travées, dont les naissances se relèvent jusqu'aux chapiteaux des colonnettes qui constituent, avec les sommiers des grands arcs, et îiu-dessus des chapiteaux des colonnes monolithes, des supports verticaux d'une extrême ingéniosité.
D'ailleurs, ce relèvement sur colonnettes des naissances de formerets était obligatoire dans ces voûtes dont les arcs ont des
Olive l'iiires très difterentes et, dans les absides pol^'gonales, les ;UTS de branches égales qui se rénnissenl à la clef oui toujours un Ivnipaii de dépari vertical qui sert d'appui aux oolonnettes
sur lesquelles se relèvent les naissances des ibrmerets. i(!]li(i-ui' de l'église de Bongival.) Il en élail de même ponf les travées des voûtes sexpartites : lenrs formerels, ayant une ouverture de moitié moindre que celle des doubleaiix, ont aussi leur naissance relevée sur des colonnettes dont les bases reposent sur
les chapiteaux des colonnes. (Nef de Notre-Dame de Paris, travée du chœur de Téglise de Beaumonl-sur-Oise.)
Ces finesses de construclion n'ont pas toujours été bien comprises dans les écoles d'architecture des pays voisins, où ont été appliquées les méthodes créées par les artistes français. On a trop souvent, dans le Nord de Tltahe comme en Allemagne, copié des formes sans les déduire de nécessités de construction. D'ailleurs, Tinfluence de l'art français s'est plutôt exercée à la fin du xiii" siècle ou au commencement du xiv^, à une époque où on tendait, par une longue pratique, à formuler des principes de construction, sans qu'on poussât aussi loin qu'au début du xiir siècle, les recherches et les efTorls qui avaient abouti à la floraison magnifique et très variée de l'architecture dont notre pays fut le berceau, et qui donnaient à chaque édifice une personnalité.
Une église d'Allemagne, celle de Notre-Dame à Trêves, fournit cependant un remarquable exemple de l'application des méthodes françaises à un édifice très bien conçu, très bien exécuté et dont le chcrur a les élégantes proportions de nos monuments les plus vantés.
La méthode de la construction des voûtes sur ossature de pierre une fois trouvée, s'appliquait naturellement à toutes les constructions civiles ou religieuses. On voûtait sur croisée d'o£{ives les cloîtres des cathédrales (cloîtres de Novon, de Royaumont, de Burgos, de Léon), aussi bien que les salles à files de colonnes des résidences seit^neuriales, des abbaves ou des habitations privées. (Voûtes de la Grange aux Dîmes, de la salle des Chevaliers du Mont-Saint-Michel, etc.)
La solution des problèmes les plus difficiles de la construction rendait les architectes de jour en jour plus audacieux el, aux formes robustes des édifices primitifs, succédaient les formes élancées des monuments élevés au début du xiv'' siècle, tels que la cathédrale de Meaux ou la cathédrale de Léon. On y
exagérait l'ajoiirage des murs en vitrant les galeries de triforium et en substituant aux combles en appentis des bas-côtés des combles en pavillon ou des terrasses pour dégager le fenestrage. Mais on ne peut méconnaître la splendeur de coloration qui en résultait pour les églises ainsi enrichies de ces mosaïques translucides, laissant à peine comme partie pleine les tympans des arcs de bas-côté et les piles cantonnées de colonnes soutenant les grandes voûtes. (Cathédrale de Léon en Espagne, église Saint-Urbain de Troves.)
L'école normande était une école de constructeurs prudents, plus encore que de décorateurs et, même au xiv*" siècle, on n'osa pas pousser aussi loin que l'avaient osé les architectes de Bourgogne la diminution de section des points d'appui, diminution que justifiait, à Auxerre par exemple, l'emploi de matériaux extrêmement résistants.
A la cathédrale de Houen, les piliers qui séparent la nef des bas-côtés, quoique subdivisés par des colonnes, sont assez lourds et le système d'étrésillonncment qui y a été euiployé, pour porter sur des arcs les passages qui contournent les piles, alourdit encore ces piliers.
A la cathédrale de Coutances, le déambulatoire est conçu suivant les meilleures méthodes du xiiT siècle et l'emploi de colonnes isolées, soutenant les voûtes des bas-côtés, est d'un puissant effet; chjujue arc est reçu sur le tailloir circulaire de la colonne, décoré de feuillages. Parfois, comme on le voit dans la sacristie de la cathédrale de (Coutances, les supports semblent courts pour l'ouverture des arcs; c'était un moyen d'éviter le développement excessif en hauteur de la salle.
A Norrey (Calvados), la décoration est plus riche; une frise de feuillage court sous les fenêtres à l'intérieur et si les voûtes sur croisée d'ogives n'ont d'autre ornement sculpté que leurs clefs, la sculpture enrichit les archivoltes des baies sous les formerets (fig. lofii.
A l'église de Tour (Calvados), on prenait à Tintérieur une partie des contreforts de butée dans lesquels étaient ménagés les passages et la voûte sur croisée d'ogives s'accommodait de celle décomposition.
Une des dispositions les plus caractéristiques des églises normandes, c'est Tévidement, à l'intérieur, des tours de transepl. L'idée est analogue à celle des coupoles sur tambour cylindrique dont les édifices byzantins ollrent tant d'exemples ; mais les constructeurs normands aimaient les solutions simples, et le j)assage du plan carré au plan octogonal est réalisé, soit à Saint- Sever, soit à Coutances, par l'encorbellement. Il semble que ces « tours-lanternes », dont l'église Saint-Ouen à Rouen offre la plus belle application, aient été en faveur dans la vieille Castille ; nous y avons signalé les dômes du transept de l'ancienne cathédrale de Salamanque et de la cathédrale de Toro.
Au début du wf siècle, on élevait sur le transept de la cathédrale de Burgos une tour-lanterne portée sur trompes, el le décor exubérant des supports s'étendit, à cette époque, aux autres parties de l'église, notamment aux galeries de Iriforium qui n'en furent pas améliorées.
Dès la fin du xiv** siècle dans Técole de TIle-de-France, on tendait à réduire le bombement des voûles d'arêtes en élevant, presque au niveau des clefs des diagonaux, les clefs des doubleaux et formerets. Lorsque la voiile était de grande dimension, comme Tétait celle du transept de la cathédrale d'Amiens, reposant sur des piliers dont les axes sont espacés de H™ 40, on avait été conduit par une déduction logique de remploi des ogives, c'est-à-dire des arcs formant Tossature de la voûte, à diviser les triangles pour faciliter la pose des remplissages : ces arcs auxiliaires sont ceux qu'on désigne sous le nom de « liernes », occupant le faîte de la voûte, et ceux qu'on appelle a tiercerets » ou « tiercerons » qui soutiennent le milieu des liernes, déterminant à leur rencontre quatre clefs