Partie haute (Petit Trianon
les camées, la peinture. Ainsi est décoré le meuble à bijoux de Marie-Antoinette (Tig. 95), conservé au petit Trianon.
Des cariatides de bronze accusent les divisions de la partie haute, et leur saillie détermine des ressauts dans la corniche qui couronne ce meuble d’ordonnance architecturale.
La partie basse est à jour, comme dans les « crédences » et
APPLICATIONS DU MÉTAL AU MOBILIEK
coiiiposilion plus simple, est enrichi par des bas-reliefs de bronze du goût le plus délicat. Ces bas-reliefs symbolisent la toilette et le triomphe de Vénus. C'est une des dernières applications importantes du bronze au mobilier, et bien que l’école des ciseleurs du xviii® siècle se maintînt au commencement du siècle suivant, le goût pour les pastiches d’art antique entravait l’initiative d’artistes et d’artisans, privés de l’appui qu’aurait pu jadis leur donner l’enseignement traditionnel et technique des corporations.
les « cabinets » : les supports sont couronnés par des chapiteaux à tètes d’aigle : les becs des oiseaux tiennent des guirlandes de fruits dont l’exécution est admirable. Des camées en faïence fine et des incrustations de nacre complètent le décor (fig. 96 i.
Le meuble à bijoux de l’impératrice Marie-Louise (fig. 97 j, de
Fig. 9ti. — Détail du soubassement du meuble à bijoux de Marie-Antoinette iPetit 1 rianoiT.
On ne peut en douter en comparant aux meubles exécutés sous Louis X\'I les meubles similaires qu’on exécutait sous le premier Empire.
La tonne circulaire, en faveur à la fin du xviii® siècle pour les
Fig'. 07. — Meuble à bijoux de l’inipéralrice Marie-Louise Palais de Fontainebleau].
tables, est caractérisée par les <i guéridons » dont la tablette supérieure est souvent entourée d’une galerie de métal ajouré. Celui du Petit Trianon est orné de guirlandes de bronze et, suivant le goût du jour, les pieds sont décorés de peintures imitées des peintures antiques. A la jonction des traverses basses
APPLICATIONS DU MÉTAL AU MOBILIER
reliant les pieds est un motif de bronze en forme de brûle-parfums. L’œuvre est vraiment séduisante.
Il n’en est pas de même du guéridon supporté par des aigles ou de celui soutenu par des sphinx, qui font partie du mobilier du Grand Trianon. Dans ce dernier, c’est sur un plateau trian-
Fig. 9S. — Table carrée du Premier Empire, supportée par des cariatides Grand Trianon).
gulaire que reposent les sphinx, et au centre s’élève un vase de bronze, pauvre pastiche d’un vase grec en terre cuite.
Un des meubles qui peint le mieux le mauvais goût du temps est une table rectangulaire du Grand Trianon (fig. 98), supportée aux angles par quatre cariatides qui, deux à deux, se tournent le dos et qui semblent en s’écartant prêtes à laisser tomber leur fardeau. On sent que les artistes du premier Empire connaissaient mal la tribune de l’Erechtheion.
Pendant tout le cours du xi.x® siècle, faute d’éducation artis-
lique suffisante, l'incapacité de créer fut manifeste. Sans méthode et sans direction, l’artisan était réduit à copier, et généralement à mal copier, les œuvres anciennes, variant avec la mode les prétendues interprétations de styles. A l’Exposition de 1889, les ébénistes présentaient encore comme meubles d’art des meubles ornés de bronze dans le goût de ceux du temps de
Fig. 99. — Bureau moderne à garniture de cuivre, par Majorelle.
Louis XVI, mais d’exécution banale et de composition médiocre.
Les essais d’adaptation du bronze à des meubles vraiment modernes ne datent que d’une quinzaine d’années, et c’est à l’Exposition universelle de 1900 qu’on a pu en apprécier la valeur et l’intérêt. On était et on est encore tellement enfermé dans des imitations de styles anciens que l’on considère comme une audace l’inlerprétation, bien naturelle cependant, de fleurs ou d’animaux pour le décor d’une poignée de tiroir, d’un boulon de porte ou d’une entrée de serrure.
El cependant que de ressources ne trouvons-nous pas dans l’emploi du bronze et du cuivre. L’application de cuivre ajouré.
APPLICATIONS DU MÉTAL AU MOBILIER
gravé, ciselé, ne peut-elle transformer en motif de décoration ce qui, dans la composition d’un meuble, est une nécessité de construction ? Dès lors, la décoration d’un meuble à l’aide du métal n’a rien d’arbitraire : elle s’harmonise avec sa structure ; elle suit les contours des champs et des panneaux, et comme
Fig. 100. — Détail de la Bibliothèque du Root' du yacht Hélène.
Composition de L. Magne. Exécution de Raguel et Robert.
elle répond à la construction, comme elle est faite pour une place, elle est nécessairement originale.
Des ouvrages récents , tels qu’un bureau à garniture de bronze, exposé par la maison Majorelle en 1900 (fig. 99), ou le mobilier du yacht Hélène, dont le roof contient une série de meubles (bibliothèque, dressoir, table, etc.) à garniture de bronze, montrent bien l’orientation nouvelle à donner dans les meubles modernes au décor par le métal (fig. 1 00 ) . L’emploi du bronze ou du cuivre doré est précieux sur un navire où le fer ne résisterait pas bien à l’action de l’air humide.
Le décor se renouvellera si l’arlisan , suffisamment préparé aux méthodes de composition, et comprenant bien l’obligation d'un accord absolu entre le décor du bois et celui du métal, cesse de considérer les appliques de bronze comme des pièces de rapport, indépendantes de la construction, mais en tire parti au contraire pour l’assemblage des vantaux mobiles, pour le tirage et la fermeture des portes, des tiroirs, pour la protection des pieds, bref, s’il s’inspire des idées qui avaient fait adopter, au début du xviii'' siècle, l’emploi du métal pour la consolidation aussi bien que pour la décoration des meubles.
Gardons-nous des formes excentriques, qui ne sont pas originales, des poignées de bronze en forme d’os de mouton, des courbures inexplicables , des destinations multiples, de tout ce qui, sous prétexte de nouveau té, n’est que ridicule et risque de décourager le public qui juge les œuvres avec son bon sens.