APPLICATIONS DU CUIVRE OU DU BRONZE A L’HORLOGERIE
L'origine des mouvements d’horlogerie est le treuil ou cylindre auquel s’enroule une corde tendue par un poids.
Ce poids est la force motrice animant les organes de cesmouvements. Livré à lui-même, obéissant à l’effet de la pesanteur, il entraînerait le treuil ou le cylindre, dans un mouvement de rotation continu jusqu’à complet déroulement de la corde.
La nécessité de modérer l’action du poids, d’en prolonger la durée, en mettant un obstacle à la rotation du treuil, s’est donc fait sentir.
C’est alors que fut imaginé cet admirable mécanisme de r« échappement », dont l’auteur est resté inconnu.
Le rôle de l’échappement est non seulement de faire obstacle à la rotation continue du treuil, mais encore d’entretenir lesoscillations d’un « régulateur » désigné sous le nom de « folliot» ou « foliot » (auquel furent substitués, dans la suite, le pendule et le balancier circulaire).
cet elfet, le mouvement d’horlogerie fut combiné avec un rouage composé de deux roues dentées et de pignons. La première de ces roues, (ixée à l’extrémité de l’arbre du treuil, conduit un pignon portant une ’2^ roue engrenant un autre pignon sur l’arbre duquel est montée la dernière roue du rouage, ver-
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ticaie, en forme de couronne, appelée roue « d’échappement ou de rencontre », dont les dents en forme de crochet ou de dents de scie, en nombre impair, ont la face antérieure perpendiculaire au plan de la roue.
C’est ■ sur cette roue qu’agit l’échappement suspendant, à intervalles réguliers, Faction du moteur et produisant ainsi le mouvement alternatif du régLiialeiir, permettant la division du temps en fractions égales.
L’échappement se compose d’une tige on verge suspendue à un point fixe par im double fil. Cette tige porte deux palettes à angle droit, placées l’une au-dessus de l’autre, chacune de ces palettes s’engage alternativement dans les dents de la roue ; quand l’mie est repoussée, l’autre s’engage pour être repoussée à son tour, suspendant, à chaque oscillation du régulateur, ie mouvement de la roue de rencontre et ainsi de suite.
La tige verticale des palettes porte à sa partie supérieure une lame en fer méplate, dont le milieu est fixé de champ sur la tige. A chacune de ses extrémités, cette lame a des entailles ou des dents dans lesquelles sont suspendues par des chaînettes, des petites masses oscillant avecie régulateur, et qui approchées ou éloignées, produisent le retard ou l’avance de l’horloge.
Ces deux petites masses étaient appelées régules, et la lame « foliot » .
Cette disposition est celle des premières horloges mécaniques connues.
Croquis de Paui Garnier.
A A, foliot. — B B, régules. — C C, palettes. — E, roue d’échaîspemeiit ou de rencontre.
Les iiislrunienls servant à mesurer le temps, existant depuis l'antiquité la plus reculée, étaient le sablier et la clepsydre, dans laquelle l’eau servait de moteur et de régulateur. C’étaient des vases de terre ou de métal à double ampoule ou récipient.
Le temps nécessaire au passage du sable ou de l’eau, d’une ampoule ou d’un récipient dans l'autre, servait de mesure aux heures.
On avait mis aussi à profit la lumière du soleil pour la construction des gnomons et des cadrans solaires. La position des ombres et leur longueur servaient à déterminer les moments de la journée, d’après la position du soleil.
Bien que beaucoup d’auteurs fassent remonter à une même époque l’emploi du poids comme moteur et l’invention de l’échappement, il ne semble pas probable que ces deux importantes inventions aient coïncidé et qu’elles aient pu rester près de trois siècles sans recevoir aucune application. Ce n’est que vers le commencement du xiv® siècle, qu’on voit mentionner et apparaître les horloges munies de ces deux perfectionnements.
Il est cependant à peu près certain que l’application du poids comme moteur a précédé l’invention de l’échappement et qu’elle est due au célèbre Gerbert, mort en 1003, et qui fut pape sous le nom de Sylvestre II ; ce fut lui qui trouva la solution, en imaginant de faire marcher les machines horaires sans le secours d’une force hydraulique ; mais l’histoire ne dit pas si ce ne serait pas pour une horloge à eau, composée de rouages très compliqués, comme il en existait de son temps, (pie Gerbert aurait substitué le poids à la force hydraulique ?
Malgré la découverte des éléments de construction d’une horloge mécanicpie ( moteur, engrenage, échappement), il est certain qu’il n’y en eut pas d’applications complètes avant le xiv*' siècle, et (pie pour rencontrer un des premiers appareils autlientiqnes, il faut arriver à l’horloge sonnante, édifiée par le mécanicien Beaumont, en 1314, sur la tour qui défendait l’entrée du pont de Caen.
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De cette époque datent les premières horloges publiques. A Paris, Charles V en fit établir une en 1370, sur iïine des tours de son Palais, dans la. Cité ; pour l’exécution de cette horloge
Fig. 121. — Cadran du « Gros Horloge », à Rouen.
il fit venir le Wurtembergeois Henry de Vie, qui mil huit années à l’exécuter.
Le mécanisme primitif n’existe plus depuis longtemps. Après avoir subi de nombreuses réparations, il a été remplacé en
Le cadran pour lequel Germain Pilon exécuta les deux figures
en terre cuite « la Force ou la Piété et la Justice » subit sous sa direction de notables embellissements à l’époque de Charles IX et de Henri VII ; il fut restauré dans ces derniers temps par les soins des architectes Doc et Daumet, tel qu’il
était primitivement.
L'horloge de la tour dite « du Gros Horloge », à Rouen (fig. 121), qui est encore en usage actuellement, date de
décembre 1389.
Les cadrans, formés de planches jointives, n’ont été placés que
plus tard, en 1527.
C’est aussi en bois peint et doré qu’est construit ie cadran placé sur le pignon du bas-côté nord à l’église Saint-Séverin de Paris et qui, comme celui du Palais de Justice, était abrité
par un auvent.
Pendant longtemps, la plupart des horloges publiques furent assez grossièrement établies en fer forgé ou en cuivre et c’étaient les <■ fèvres », ferronniers ou serruriers, qui étaient chargés de la confection de ces volumineux mécanismes.
En dehors des grosses horloges à poids, placées sur lesmoniimenls, on ne larda pas à en faire de pins petites, pour les appartements, également mues par des poids.
Ces petites horloges se multiplièrent à la suite de l’ingénieuse invention, vers la fin du xv® siècle, du ressorl-inoteur^ consistant en une lame très mince d’acier trempé, s’enroulant en sj)irale dans un barillet ou tambour, où ii pouvait se mouvoir facilement, dans un espace restreint, et produire, en se déroulant, un effet analogue à celui du poids sur les rouages des horloges.
L’invention du ressort fut bientôt suivie par celle de la fusée, destinée à corriger et uniformiser les inégalités produites dans la force du ressort, dn haut en bas de son remontage.
Celle fusée avait la forme d’un cône tronqué par le haut. A .sa l)ase, était attachée une corde à boyau, qui s’enroulait dans
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les rainures hélicoïdales du cône, jusqu’au sommet et venait s’attacher au barillet du tambour renfermant le ressort, de telle sorte que, dans la plus grande tension du ressort, la corde se trouvait sur le plus petit rayon de la fusée et inversement.
Cette invention, dont l’auteur est inconnu, rendit les plus grands services à l’horlogerie en permettant de régulariser la marche des petites horloges et des montres primitives.
Cela permit aussi la réalisation des horloges portatives, de très petite dimension, complétées par des sonneries, des indications astronomiques et astrologiques, dans lesquelles l’art et la science de l’horloger rivalisaient de talent et de goût.
Les boites en cuivre doré, ou en argent, rappellent l’architecture de la renaissance. C’est généralement un petit édicule rectangulaire, souten U aux angles par des colonnettes, ou des cariatides, surmontées d’un dôme découpé et ajouré, et décorées de sujets et d’ornements divers, ciselés, gravés, niellés et damas- (juinés avec une rare perfection.
Beaucoup de ces petites horloges reposaient sur des tables ou cabinets.
C’est aussi vers la fin du xv® siècle que parurent les premières montres. Par leur forme ronde et leur construction elles ne furent d’abord qu’un diminutif des horloges cylindriques à cadran horizontal qu’on posait sur les tables ; on les désignait sous le nom de : « Monstres d’horloge », et ce n’est que vers le milieu du xvi® siècle que leur usage se répandit et qu’elles affectèrent ces variétés de forme, ces richesses de décoration qui en firent des bijoux ayant une place dans la parure des femmes.
Les centres où étaient créés ces charmants chefs-d’œuvre étaient Paris, Blois, Lyon, Rouen, Dijon, etc. .. Il s’était formé, à Blois et à Chàteaudun en partieulier, une pléiade d’artistes horlogers, graveurs, émailleurs, orfèvres dont les œuvres remarquables se retrouvent encore aujourd’hui dans les plus importantes collections.
L’Art appliqué aux Métiers. — V.
LE CUIVRE Eï LE BRONZE
Les graveurs les plus renommés ne dédaignaient pas de travailler pour la décoration des boîtiers de montres, généralement en cuivre doré ou en argent, et des horloges de table, dont la plupart reproduisaient des dessins d’Etienne Delaune (Stefanus), de J. et Th. de Biy, de Jacquart, de Toutin, de Daniel Mignot, d’II. Collaert, de Philippe Millol, de Vauquer, de Janssen, etc... On peut voir à la Bibliothèque Nationale, à celle de l’Ecole des Beaux-Arts, à la Bibliothèque Doucet. etc., les œuvres de ces maîtres ornemanistes.
Le progrès le plus important fut l’application aux horloges que lit en 1657 le savant Hollandais Hujghens du pendule dont l’invention, due à Galilée, datait de la fin du xvi** siècle. Puis en 1675, Huyghens appliquait aux montres le ressort spiral, déterminant le mouvement alternatif du balancier circulaire qui, jusqu’alors, n’était produit que par sa masse.
Ainsi Huyghens avait régularisé la marche des horloges au moyen du pendule et celle des montres au moyen du balancier circulaire muni du ressort spiral. Ces deux importantes découvertes furent le prélude des nombreux et importants progrès réalisés en horlogerie. Depuis cette époque, l’emploi de l’air comprimé ou de l’électricité comme moteur a permis d’obtenir le synchronisme des horloges d’une ville.
Les perfectionnements apportés dès lors au mécanisme ont visé surtout les échappements, puis les systèmes de compensation appliqués au pendule et au balancier circulaire.
Les échappements anciens étaient à roues de rencontre à recul, on les remplaça par des échappements à repos : pour les horloges on employa surtout les échappements à ancre et à chevilles ; pour les mon très, ceux à cylindres et à virgules, auxquels on substitua pour les montres et pour les horloges j)(U‘tatives les échappements libres, pour les chronomètres les échappements à détente, à ressort ou sur pivot.
L'invention de l’échappement à cylindre pour les montres et
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de réchappement à ancre à repos pour les pendules est due à l’Anglais G. Graham, le premier échappement à vibrations libres au Français J. -B. Dutertre (1746).
Le premier essai de compensation métallique à la tige des pendules date de 1715. En 1764 l’horloger Pierre Leroy établit un balancier circulaire avec compensateur à mercure pour un chronomètre de marine ; il lui substitua ensuite un balancier métallique de deux lames soudées de dilatation inégale. En 1748, il avait fait un premier essai d’échappement libre et en 1 766 il réalisait l’isochronisme des oscillations du balancier circulaire.
Il avait reconnu que, dans tout ressort spiral, il y a une longueur pour laquelle les oscillations grandes ou petites se font dans le même temps et que par conséquent pour un ressort de longueur donnée, la durée des oscillations d’un balancier est indépendante des variations d’amplitude.
C’est d’après cette découverte, modifiant les conditions de réglage des montres, que Berthoud, Bréguet et d’autres cherchèrent par tâtonnements les conditions de l’isochronisme.
L’étude scientifique de l’élasticité des ressorts et l’application au ressort spiral des lois de mécanique rationnelle n’ont été faites que par Phillips en 1861. La théorie scientifique a été étendue de nos jours à toutes les questions de réglage.
En horlogerie, il faut distinguer les moteurs, les engrenages, les échappements, etc..., et la préoccupation de l’artiste doit être, à ce qu’il semble, d’accorder la forme décorative avec le mécanisme qui, comme l’essai en a été fait, peut rester apparent et concourir à la décoration de l’horloge ou de la montre.