LEUR EMPLOI DANS L 'ANTIQUITÉ
Le cuivre, pour être travaillé par emboutissage ou martelage, doit être livré eu tables ou en feuilles. A cet effet, on refond les lingots de cuivre dans des fours à réverbère et on les coule en plateaux dont le poids ne dépasse pas 600 kilogr. On les fait passer entre deux cylindres de laminoirs dont on diminue progressivement la distance ; les plateaux amincis et élargis don neiil ainsi des feuilles prêtes à être travaillées.
C’est en Orient et particulièrement dans l’Inde que les feuilles de cuivre sont travaillées au repoussé, ajourées ou gravées. Des procédés de travail analogues sont employés en France. Une des applications les plus intéressantes du cuivre à la statuaire est l’exécution en feuilles, n’ayant pas plus d’un millimètre ou 1 millimètre 1 j'I d’épaisseur, de figures et même de groupes de dimensions colossales, qui seraient difficilement réalisables en métal fondu, lorsque ces groupes sont destinés à couronner des combles.
Les qualités du cuivre sont tellement améliorées par l’alliage d’autres métaux, tels que l’étain, le plomb et le zinc, que, dès l’antiquité, on avait préféré, pour la fonte des armes offensives et des statues, l’alliage de cuivre, d’étain et de plomb qu’on appelle le « bronze » et qu’il ne faut pas confondre avec l’alliage moderne de cuivre et de zinc qu’on appelle le laiton.
L’analyse des bronzes attiques donne :
62 ”/o de cuivre,
32 ‘Vo d’étain,
6 °/o de plomb.
Dans les bronzes romains, le cuivre entre pour 84 "/o et l’étain pour 10 ”/o-
Ces alliages, faciles à travailler, assez fusibles pour reproduire toutes les finesses d’un moule, bénéficiaient d’une belle coloration que la patine embellit encore.
Dès l’antiquité, on avait remarqué les qualités que donne au bronze l’alliage d’une petite quantité de plomb.
Acluellemeiit le « bronze d'art >> contient, en proportions variables, des métaux entrant dans l'alliage, 60 à 85 ®/o de cuivre, 3 à 5 % d’étain, 10 à 35 °/o de zinc et de 1 à 3 “/o de plomb.
Le bronze des statues contient généralement 85 à 90 7p de cuivre : celui des monnaies qui doit résister à l’usure en con-
Eif;-. 3. — Lion assyrien. Expression naturaliste (Musée du Louvre).
tient plus encore, 95 ^/o de cuivre pour 4 d’étain et 1 de zinc.
Pour les médailles, l’alliage est de 99 de cuivre et de 1 d'élain.
Le bronze des cloches, dur mais aussi un peu cassant, contient de 22 à 25 parties d’étain pour 78 à 75 de cuivre.
Le laiton a des applications nombreuses dans l’industrie ; on l’emploie en planches, en feuilles, en fils, etc., mais il est moins tenace et moins malléable que le cuivre rouge.
La proportion de zinc, qui atteint jusqu’à 37 "/o dans le laiton des horlogers, lui donne l’avantage de l’économie.
LEUR EMPLOI DANS l’aNTIQUITÉ
Dans 1 antiquité comme de nos jours, le cuivre et le bronze étaient employés pour la statuaire et pour les objets usuels, et les progrès de l’art entraînaient ceux des méthodes de travail, soit pour le battage et le repoussage du métal pur, soit pour la fonte de sou alliage.
L’application du cuivre et du bronze à la statuaire est très
Fig-, 1. — I.ion persan d'époque acliéménide. Expression décorative ^Musée du Louvre'.
ancienne ; on a découvert, dans les fouilles d’anciens sanctuaires ou dans les tombeaux, des plaquettes de métal ajouré et gravé représentant des divinités ou des personnages héroïques ou même des scènes familières.
Le Musée du Louvre et quelques collections publiques ou privées conservent quelques-unes de ces plaquettes trouvées en Grèce et qui sont à comparer, pour le style aussi bien que pour le décor, à certaines plaques funéraires de terre cuite découvertes dans des tombes grecques ou étrusques et qui sont décorées aussi par la gravure.
Les mêmes procédés avaien L été employés en Égyple pour des ex-voto de bronze.
Sur une de ces plaquettes, Thoutmès est représenté dans un geste d’offrande. La gravure complète le décor du bas-relief dont la saillie sur le fond est très faible ; des trous semblent indiquer
rutilisation de cette plaquette comme pièce d’applique.
Une autre plaquette de cuivre découpé et gravé , d’origine grecque et représentant une scène de chasse, est conservée au Louvre.
L’usage du cuivre embouti ou assemblé par feuilles rivées semble avoir précédé, pour les armes défensives, celui du cuivre fondu, autant qu’on en peut juger par les casques grecs ou étrusques dont les rivets fixant la garniture intérieure concourent à la décoration.
Quelques-uns sont surmontés de hauts cimiers et enrichis d’ornements repoussés qui s’étendent du sommet du casque jus- (jii’aux oreiilères.
Tandis que le sculpteur, en Egypte comme en Grèce, était gêné par l’interprétation du mouvement des figures, la fonte de statuettes ou d’objets usuels (poignées de vases ou de trépieds), dont le décor comportait l’interprétation de la figure ou de l’animal, pouvait être réalisée assez simplement.
Cependant, si l’on considère comme certaines les dates attribuées aux objets découverts à Siise au cours des fouilles de la mission de Morgan, on peut croire qu’au xii® ou au xiii® siècle
Ei^'. 5. — Eig'iirc votive d'Athèna.
Bronze dore en deux plaquettes ( Musre dWlhèncs;.
LEUR EMPLOI DANS l’aNTIQUITÉ
avant notre ère, les fondeurs de la Chaldée et de l’Elain étaient déjà d’habiles techniciens.
En Assyrie, sous les Sargonides, la fonte du bronze atteignait à la maîtrise. Les artistes assyriens ont interprété l’animal dans toutes les attitudes avec une justesse d’expression dont on peut apprécier la valeur sur le lion accroupi conservé au Musée du Louvre (fig. 3). Son intérêt s’est accru après la découverte , à Snse, d’un lion persan , datant de la dynastie Achéménide , et pour lequel les conventions décoratives ont remplacé l’étude directe et consciencieuse de la nature (fig. 4).
En Grèce comme en Assyrie, les progrès des fondeurs ont suivi ceux des sculpteurs.
On peut s’en convaincre en comparant les bronzes archaïques trouvés à Olympie, dont les formes accusent encore l’influence égyptienne ou assyrienne, aux bronzes plus récents découverts dans les fouilles de Dodone et dont l’auteur s’efforçait de donner à ses figures la vie et le mouvement.
D’ailleurs les petits trous constatés sur les murs de la tombe en coupole « dite Trésor d’Atrée », à My cènes, semblent indiquer, pour une époque contemporaine des bronzes cbaldéens, l’emploi, sinon de revêtement, au moins de pièces d’applique en
Fig. 6. — Alhèna Promachos provenant des fouilles do l’Acropole (Musée d’Athènes).
métal et le décor des boucliers par zones concentriques tel qu’il ressort des descriptions homériques, révèle l’art de l’Orient.
Certaines patères phéniciennes, trouvées à Préneste, sont ainsi décorées par zones. L’art grec ne s’est affranchi que tardivement des influences orientales.
C’est l’élaboration des types divins, idéalisant les formes
humaines, qui eut sur la statuaire grecque, et, par répercussion. sur le travail du bronze, une influence décisive.
On ne peut en douter en comparant à la figure d’Athèna Promachos, trouvée dans les fouilles de l’Acropole, une figure votive d’Athèna ifig. h) formée de deux plaquettes de bronze fondues séparément et réunies pour jirésen ter, sur chaque face, la déesse de profil, vêtue de la longue tunique ionienne et portant sur les épaules l’égide bordée de serpents.
If Athéna Promachos est vêtue de même, mais elle tient la lance et le bouclier dans l’attitude du combat et porte un casque à haut cimier (fig. 6). Un magnifique torse trouvé aussi dans les fouilles de l’Acropole (fig. 7) complète la série de ces œuvres, d’autant plus intéressantes à étudier qu’elles sont comme le commentaire des descriptions poétiques concernant la déesse protectrice d’Athènes.
Bien que, dès le vn*^ siècle avant notre ère, la statuaire emploie le bronze fondu de préférence au cuivre martelé, certains objets étaient encore travaillés au repoussé. On peut citer des plaques