DÉCOR DES ARMES
tégeaient les seules parties du corps qui fussent visibles. Il n'y avait donc aucune raison d'alourdir Thoplite ou le légionnaire par une armure complète qui aurait gêné ses mouvements.
La cavalerie n'avait qu'un rôle secondaire ; c'était l'infanterie qui décidait la victoire.
Dès l'époque mérovingienne, le soldat (miles) c'est le cavalier maniant la grande épée de taille, la hache ou la lance, et pour résister à de telles armes, la protection du corps devait être continue. Pendant une période de cinq siècles, on a cherché à réaliser cette protection totale soit en rivant de petites plaques de métal sur la tunique de cuir ou de forte toile (brigantine), soit en cousant sur l'étoffe épaisse des anneaux jointifs, soit en la doublant d'un treillis de lanières de cuir rivées. Les documents originaux sont rares, et c'est à l'aide de renseignements fournis par les sculptures (groupe à Saint-Marc, fig. H 5, chapiteau au cloître de Monréale, fig. H6), les vitraux (vitrail absidal de Poitiers), les tapisseries (tapisserie de Bayeux), même par le jeu d'échecs en ivoire, dit de Charlemagne (Bibliothèque Nationale), qu'on a essayé de reconstituer l'histoire du costume de guerre avant le xii® siècle.
Haubert et Broîgne.
Il semble bien que les Grecs, les Gaulois et les Romains aient connu les « jaques >» de mailles. Les mailles semblent originaires de l'Orient, mais on ne peut préciser à quelle époque le maillon de fer a remplacé le maillon de cuivre. Le haubert formé de mailles couvrait tout le corps, y compris les bras et le dessus de la main : il enveloppait même la tète d'une sorte de capuchon parfois indépendant. Il eût blessé le corps et fourni une protection inefficace sans l'interposition d'un vêtement rembourré, dit (( gambison », fait de peaux et d'étoffe épaisse enveloppant une sorte de matelas de filasse. Une calotte s'interposait aussi
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entre la têle el le capuchon de mailles el une sorte de lurban rembourré isolait encore le capuchon du grand a Iicaume », de forme cylindrique, qui protégeai! la tête. Le heaume était évidé à hauteur des yeux et de la bouche.
I.a .. broigne » tenait lieu du gambison et du haubert; c'était
un vêtement de cuir doublé de mailles cousues. Il fut usité jusqu'au milieu du xiv' siècle à l'époque où fut adoptée l'armure de plates.
Sur le haubert fut placée une tunique le protégeant contre la pluie et surtout contre le soleil qui échauffant les mailles rendait le haubert intolérable sous le ciel d'Orient. C'est la « cotte d'armes » qui étaitgénéralementen soie et enrichie des armoiries du chevalier qui la portait.
C'est vers le milieu du \ni'' siècle, lorsque le haubert se
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raccourcit, ne dépassant plus le genou, qu'on employa pour protéger les jambes des chausses de mailles cousues sur une culotte de peau. La manche prolongée en forme de gant, de peau eut aussi comme proleclion des mailles cousues (Sculpture du portail intérieur de la cathédrale de Reims, fig. H7).
On essaya bientôt de protéger par des plaques de fer battu certaines parties du corps contre la hache ou la masse d'armes. Ce sont les ailettes pour les épaules, les brassards avec cubilières pour les bras, les grèves avec genou il lières.
Des courroies fixaient ces pièces par-dessus le haubert ou la broigne, ou se reliaient aux mailles par des chapes rivées,
La protection de la tête fui la préoccupation principale : c'est seulement à
la fin du .vin» siècle que p,^ „, ,.„,^„^^ j„ ^„,,,., ^^ ,„ „,. ^„ la fabrication du heaume f" ''^^if- ScMpture a liméneur du poriaii <i<-
la cathédrale de RcmiB.
par emboutissage du fer
battu a été perfectionnée et que le nombre des pièces rivées fut réduit pour améliorer la défense de la tête et du cou. Jusqu'à Philippe-Auguste le casque en fer est légèrement conique, la pointe courbée en avant; un nasal rivé complète la défense de la figure. On protège la tête en arrière par un couvrenuque et de côté par des oreiUères. Ces casques paraissent
L'Arl appiliiiii aux Métiers — IV. 15
DE<'.OR DU Fi:»
formés de segmenls reliéM par des bandes rivées formant couvrejoints.
Sous Philippe-Auguste, le heaume, qui fut en usage jusqu'au
xiv' siècle, est un cylindre formé de plusieurs pièces rivées couronnées par une calotte ou cône surbaissé (fig. HH|, Le cylindre se prolonge en avant par un masque ayant une onverlnre. Il fallait que la coiflnre de guerre pût résister aux coups venant de haut et parer aussi aux coups horizontaux, sans risquer de s'aplatir en blessant le visage.
Aussi adopta-t-on , dès te temps de Saint Louis, un iieaume de forme ovo'idale, dont la face fut doublée d'une croix avec fenle horizontale pour ta vue.
Vers la fin du xiii" siècle la partie antérieure du heaume est formée de deux troncs de cône ï-e joi.
gnant à la hauteur des yeux pour écarter les coups de pointe.
La partie postérieure restait cylindrique et s'évasait sur I9
nuque.
Dès cette époque, par suite des progrès réalisés dans le travail
du fer battu, la partie supérieure du heaume est d'une seule pièce
emboutie.
Le nom de bacinet désigne le heatmie à prolil fuyant en
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arrière; il esl cai'aclérisé par une visière poinlue, mobile sur un pivot (fig. H 9). Un camail de mailles fixé sous le bacinet complète la défense ; c'est la coiffure usuelle sous Charles VI.
Un chapel de fer, ayant un peu la forme des chapeaux de paille des maraîchers, était employé dans les sièges : on le posait sur un camail de mailles. Les hommes à pied portaient la (* salade », sorte de bacinet n'ayant pas de visière mobile.
Au xv^ siècle, le bacinet fuyant est remplacé par la salade (ju'adoplent le? chevaliers : elle ne couvre pas le visage plus bas que le nez, le col étant protégé par une bavière fixée sur un plastron. Les casques de fer embouti et gravé de Boabdil, dernier roi de Grenade, qui sont des chefs-d'œuvre de décoration, sont encore le heaume et la salade (fig. 120) (Armeria real de Madrid).
La salade, abandonnée en France sous Louis XII, fut conservée en Allemagne et en Italie jusqu'au xvi^ siècle. On devait étouffer sous le heaume et le bacinet qui, très évidés pour le passage de la télé, pouvaient être enlevés par un seul coup de lance, ou, s'ils étaient bien fixés, condamnaient la tête à l'immobilité. La salade attachée sous le menton laissait la tête libre, mais la bavière était lourde à porter.
La coiffure qui pare à ces défauts est r^( armet » complétant la visière mobile autour des pivots d'oreille par des volets tournant sur charnières verticales rivées au timbre et se fermant sur le menton par un crochet ou un loqueteau. On chercha ensuite à protéger le bas du visage par une pièce unique tournant comme la visière et sur les mêmes pivots d'oreilles.
Le bas du gorgerin et celui du couvre-nuque sont souvent terminés en gorge. Ils se prolongent quelquefois par des lames articulées descendant jusqu'à la cuirasse.
La partie supérieure qui forme le « mézail » est pointue à hauteur du nez ; l'armet se termine par une crête saillante. Un porte plumail est fixé au bas de la crête ou sur le côté derrière l'oreille.
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La « bourguignote », coiffure d'hommes à pied, est une sîmplilîcation de l'arraet, elle ne comporte qu'une visière et des joues, un masque peut lui être attaché ; elle est surmontée d'une haute crête ou cimier.
Le (1 morion » est le casque de l'arquebusier dont le timbre couvre les oreilles el découvre le front. Les bords saillants du
Fig-, lin. — Bacinet en fer baltii eL embouti de la fin du -viv* sïùcle.
morion accentuent le mouvement de retroussis du casque.
Le n cabasset », qui est la coiffure des fantassins au xvi« siècle, diffère du morion par des rebords petits et plats.
Le progrès de la pénétration des armes à fen a rendu moins eflicace la protection des coiffures de guerre en métal qui n'ont été conservées que pour quelques corps spéciaux.
L'armure s'était complètement modifiée du xiv* au xv^ siècle, par suite de l'adoplion définitive des plaques articulées en fer baltu. On portait toujours le gambison, plus ou moins rem-
ARMES bh;FE>SIVES AU MOYE?( AGE 229
bourré sous l'armure, et, sur le gambison, soit une jaque de mailles, soit des morceaux de mailles garantissant les parties du corps mal défendues. Tous les perfectionnements étaient réalisés au xv' siècle, au moment où étaient créées les compagnies d'ordonnance (Musée de l'hôtel des Invalides à Paris, fig. 121).
Fig. 1211. — Salade du w siècle, analogue ù celles des (^nmpagnies d'ordonnance
cl oyanl appartenu A Roabdil, dernier rui de Granade. Fer t^ravc.
{Armeria de Madrid.)
L'armure de plates comprenait une série de pièces articulées : le colletin, la cuirasse, l'arrêt de la lance, la braconnière (bas de la cuirasse), les tassettes, les garde-reins, les spalières, les brassards et cubitières, les cuissards, les genouillières, les grèves, les solerels, les gantelets.
Le colletin, protégeant le haut du corps, supportait le poids de la défense jusqu'aux jambes et servait à attacher les pièces couvrant les épaules et le bras. Il est formé de deux pièces mobiles ^'assemblant à charnières et coulisse, chacune à trois lames se
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recouvrant de bas en haut ; la plus voisine du col se termine en bourrelet.
La cuirasse se compose aussi de deux pièces, plastron et dos-
II Ter |>oli coiilomporaine de leanac d'Ai-c. (Musce de l'IIiltel îles IiivalidL's.
sière. Elles sont encore constituées par des lûmes mobiles et le plastron se termine par la pansière.
L'arrêt de lance ou faucre soutient la hampe quand on couche le bois pour la charge.
La braconnière comprend les lames mobiles qui défendent le ventre et les hanches ; elles se recouvrent de bas en haut pour
faire remonler et glisser sur la lame de ceinture la lance ou epee.
Les tasse ttes sont les plaques qui se fixent à la braconnière pour couvrir le haut de la cuisse : celles du garde-reins font suite à la dossière.
Les spalières sont des pièces articulées couvrant les épaules. Un loqueteau et des courroies les rattachent au coUelin : leurs arêtes saillantes font échapper la pointe des armes.
La cubitière couvre la saignée par des ailettes plates très développées et le coude par une calotte allongée en pointe : à la cubitière s'attachent, par des courroies internes, les brassards devant et d'arrière-bras.
Les cuissards articulés ne couvraient que la partie antérieure de la cuisse du cavalier, se terminant par des arêtes saillantes pour arrêter les coups de pointe.
C'est sur des chausses de peau que se plaçaient la genouillère et les grèves, celles-ci formées de deux pièces articulées comme les brassards, se fixant par des courroies et se fermant par un loqueteau ou un crochet.
Les solerets comme les gantelets sont formés de lames articulées, reliées à Tintérieur par des courroies rivées. Au xv® siècle le soleret se termine par une pointe rabattue fixant le pied dans Tétrier.
Certaines dispositions particulières font distinguer la provenance des armures aux mêmes époques et leurs transformations successives dans un même pays. Ainsi Tarmure dite « maximilienne », qui est l'armure allemande dans la première moitié du XVI® siècle, est décorée de cannelures assez fines qui augmentent la résistance.
Le bouclier s'était modifié avec l'armure. Au temps de Cliarlemagne on employait les boucliers ronds et les écus en forme d'amande, arrondis au sommet et ayant la pointe en bas. Ils étaient en bois renforcé de métal sur les bords.
Au XII® siècle Técu a sa partie haute rectiligne raccordée circulairement avec de grands arcs de cercle qui le limitent de part et d'autre. Au xiii® siècle sa hauteur diminue et il est plus maniable. Au xiv® siècle sa forme se modifie et la partie haute de Técu est rectangulaire dans le quart supérieur. C'est à peu près la forme de Técu héraldique ; mais Técu de guerre est con-
cave, afin d'écarter les coups de pointe.
L'écu diminue à mesure que la protection de Tarmet est plus efficace et dans sa dernière transformation il prend le nom de a targe ».
Pour les hommes à pied, on employait le grand bouclier rectangulaire ou « pavois » et le bouclier circulaire ou « rondache. » Les rondaches en acier poli, à ombilic en pointe, ont été décorées par la gravure et travaillées au repoussé avec une perfection absolue.
L'usage de lance dans la charge fit adopter les « bâtes » fixées sur la selle. Il fallait en effet donner au cavalier un soutien sans lequel il eût été désarçonné. C'est vers la fin du xii*^ siècle que la bâte de derrière ou de troussequin et la bâte de devant ou d'arçon se développent dans le harnais de guerre et se courbent des deux côtés en épousant la forme du corps du cavalier.
Vers le milieu du xiii® siècle, on commença à garnir de housses les chevaux de guerre pour arrêter les traits.
Les housses d'étoffe furent armoyées aux armes du chevalier. Elles sont figurées flottantes sur les sceaux et les monnaies.
Quand le cavalier adopta Tarmure de plates, les bâtes de selle se couvrirent d'acier. On y attacha la masse et l'épée, et pour protéger la tête du cheval, on adopta une têtière de housse avec chanfrein comprenant le frontal et le museau : plus tard, on couvrit par des plaques d'acier arliculées ou « bardes » le cou et le poitrail, puis la croupe et les flancs. Vers la fin du xv* siècle, le cheval était armé comme le cavalier.
Le moindre défaut de ces harnais n'était pas leur poids: en
cas de chute, le cheval, ne pouvant se relever, laissait le cavalier embarrassé dans le harnais et exposé à tous les coups. L'invention des armes à feu rendit bientôt vaines ces pesantes armures et il fallut restituer à la cavalerie sa mobilité pour la défendre contre Tartillerie.
Le harnais de guerre avait comme Tarmure développé extraordinairement le travail d'emboutissage et de décor du fer battu. La gravure ornait ces grandes surfaces de métal, tantôt mates, tantôt polies, enrichies souvent par des damasquinages d'argent et d'or, et nous pouvons en apprécier l'effet sur des armures complètes telles que celles qui sont conservées au Musée de l'Hôtel des Invalides, à Paris, ou à l'Armeria real de Madrid.