‹ Décor du métalChapitre 5 sur 61 · LK CUIVHK 1:T LK BRONZE DANS L ANTIQUITE · texte numérisé non relu

LK CUIVHK 1:T LK BRONZE DANS L ANTIQUITE

UécemineiiL eucoi-e, poui- rassembla^e de grandes pièces de cuivre marlelé. on faisait un ajuslemenl précis des feuilles posées bout à boni qnon assemblait en dessous par une bandelelle de cuivre rivée à rivels affleurés, el soudée à létain ; on évite ce couvre joiiil en superposanl sur les rives une feuille à

Fij;. l'J. — \'a-L'- de l)\-(jii/,e trouvés ea Ktrui-ie nililioUicque Nationalei.

laulre et en les affleurant par un défoncement du bord de lune dCUes.

Le martelage exige toujours le passage fréquent au feu de la feuille, parce que le métal s'écrouit sous le marteau et devient cassant. On le rend de nouveau malléable en le réchauffant.

Le enivre utilisé pour la confection de vases destinés à contenir des liquides, est embouti, c'est-à-dire travaillé au marteau pour prendre la forme que détermine la destination, le métal étant développé ou rétréci suivant la foruie à donner, en parlant toujours d'un cercle.

Dans Lantiquilé, si le vase était exécuté en deux pièces, le

LE CUIVKl- HT I.i: MKON/.i:

mêlai ëlail replié sui- les bords, à la jonction de la cuve avec le pied ; on l'ormail ainsi un ourlel de l'ccouvi-enieul cpii |)0uvail èlre soudé.

Quant aux pièces fondues, telles (pie les poignées, elles étaient

Fij^. i!(». — Partie sii|)i'i'ii'urc d un xase j;'rcc en hi'imzc Musét' du Iaiux i

fixées sur le vase au moyen de rivets (pii restaient souxcnt apparents à Textérieur et participaient même à la décoration.

Le cuivre en feuilles peut être aussi travaillé par estampage dans une matrice en acier ou en fonte de fer. où le métal est comprimé progressivement à petits couj)s |)ar un poinçon lié à un mouton.

La feuille. i)ar fra|)pes successives, ne prend lempreintc (jue peu à peu : pour atteindre les creux les plus profonds, on amor-

LE CUIVRE ET LE BRONZE DANS L AN'nyilTE

lit la tVa[)pe par une feuille de plomb qu'on réduit au fur et à nle^ul•e de ravancenieni du travail. On termine l'opération en jelanl un peu d"eau dans la matrice: cette eau. sous les coups de mouton, refoule le cuivre jusque dans les moindres creux du moule. Les pièces eslampées sont ensuite découpées et on les soude par les procédés ordinaires de chaudronnerie.

Lemboutissage nest possible qu'avec du cuivre de qualité supérieure qui puisse subir, sans déchirure, les développements dus au martelage ou au passage sur le mandrin.

Très probablement, dans l'antiquité, le cuivre né tait pas chimiquemenl pur et contenait en petite quantité les métaux contenus dans son minerai.

Ainsi peut être expliquée la présence du zinc dans quelques bronzes romains tandis que les bronzes grecs, plus riches eu élain. ne contiennent qu'une petite quantité de plomb.

Les anciens, qui connaissaient parfaitement les qualilés ditférentesdu cuivre et du bionze. les ont travaillés dilVéï-emment. Les

(iiaiule patèi-e ciriisijiio en b lîibliollièqiu' Naliniialc .

Li. cnvHK i:t i.e iîhonzk

(irecs avaient a(l()i)k'' le bronze ponr la slaluaire el ils en ëlen- (liienl l'emploi aux objets usuels; mais, dans Tari étrusque, qui a (révidentes affinités avec Tai't grec archaïque el aussi avec l'art oriental, les armes défensives, les vases même sont souvent exéculés en cuivre, au marteau, et ce procédé de li-avail a été aussi usité chez les Romains.

Les l\i;vi)tiens ont fait usage du bronze

VT dès l'épocpie tliél)aine et les objets les plus

anciens, miroirs ou vases funéraires i lig. 17 i, sont ciselés el gravés avec perfection. > \ ast-s à libations du Musée de Turin el du Musée du Louvre.)

(Cependant, comme on le voit sur (juebpics j)ièces très intéressantes du Musée du Louvre, les l^gyptiens ont employé aussi à une éptxpie plus récente le cuivre martelé et embouti (ju ils ont Iraxaillé au repoussé (fig. IS .

Vax (irèce. ce (jui est remarcpiable dans les différentes a])|)lications de lartaux objets usuels, c'est la justesse du senlimenl décoratif (pii subordonne toujours la forme à la destin:! lion de l'objel. cpii en déduit les proportions, c'est-à-dire les rapports de grandeur, et (jiii lie absolument le décor à la structure.

Un simple gobelet, tel (pie ceux trouvés à CiOrchiaiio ou au lac de Némi iCollection Ilolfmann . tire son intérêt de sa forme: lUi décor discret l'enricliit dune rangée d'oves sur le bord, d'une tresse sur le pii'd.

I^a patine, de ton \vv[ azuré ou bleiiàlri-. ajoute eeriaineiiK-ul au charme diiiie belle forme : mais ecdie-ci est allrayante par elle-même el fournit un exemple à médilcr |)()ur ceux (jui confondent laii avec le luxe.

LE CriVRE ET LE BRONZE DANS L ANTigUITE 11

Une civilisation n'est pas seulement intéressante, en effet, par les ouvrages exceptionnels qu'elle a pu produire. L'art qui s'applique aux moindres objets y est, au vrai sens du mot. populaire parce qu'en embellissant toutes les (L'uvres il suggère à tous le goût des belles choses et l'idée de la perfection.

Fiji. 23. — Miroirs éiivpliens en bronze Miisoe du Lmn rc .

Si variées que soient les formes des objets usuels en bron/e dans la civilisation grecque, ces formes accusent toujours, suivant la destination, les rapports les meilleurs entre le col et la panse d'un vase, entre le système d'attache et la décoration des anses.

On peut le constater au Louvre sur des vases de bronze provenant d une même foudle.

On peut les comparer aux vases de terre noire trouvés en Italie, terre si bien liée et si tine, si brillanle sous son lustre rap-

28 LE CUIVHI- l.T Li: HHON/.K

pelant le poli du luélaL (juon pouirail les eoiifondre avec les vases de bronze.

La Bibliothèque nationale, à Pai-is. possède aussi quelques beaux vases L;rees en bronze li«;-. lOj dont le bec est enferme de lièlle et dont la |)anse, lai'i;e et arrondie, semble bien faite pour assurer la stabilité. Seules les attaches des anses sont ornées, ici dune tête humaine, là dun grilTon : en général, l'anse est fondue à part et fixée par des rivets ou sondée à Tétain.

Les vases gréco-romains, conservés au Musée de Naples, sont de forme moins pure. Leur silhouette tourmentée les rapprociie des vases de terre de basse époque grecque.

La forme que les Grecs paraissent avoir affectionnée pour les vases de grande dimension est celle qui développe la panse sous un col assez bas, aux bords élargis, donnant appui aux anses.

Si le vase était lourd, les attaches de l'anse s'étendaient et le décor rendait sensible cette nécessité de structure.

Sur un vase du Louvre, rempattement de l'anse sur le col est accusé par deux antéfixes finement gravées, enchâssant une tête de style archaïque.

(J'est par une large palmetle que l'anse sétale sur la panse (in vase et l'attache est, comme l'anse elle-même, enrichie d'ornements très fins qui n'en modifient pas la forme 'fig. 20).

Rarement, ces pièces nous sont parvenues en bon état de conservation.

Les collectionneurs, dont le goût était peu développé, ont apprécié surtout les figurines cpii ornaient les anses des vases el négligé les vases eux-mêmes de telle sorte que le mouvement des figures isolées est devenu incompréhensible. .Vnses de vases au Musée du Lou\re.

Presque toujours ces anses étaient fondues, même lorsque le vase était en cuivre martelé. Parfois l'anse était mobile, engagée dans les évidements de son su|)|)oi't.

LE CriVHF. FT I.K BliONZK DANS L ANTigUITÉ 29

C'c'tail taiilôt une pelile statuette bien cambrée, tantôt une volute amortie par une tète. Sur quelques vases les attaches étaient assez développées pour motiver lexécution de groupes de personnages ou d'animaux.

Les sujets sont tirés des légendes héroïques ou des scènes de sacrifice. Sur une anse d'un vase du Louvre sont représentés les Dioscures.

Des pièces dapplique, dont nous ignorons la destination précise, étaient exécutées en cuivre repoussé. (Applique trouvée à Lyaud, près de Thonon. Ornaient-elles des boucliers?

Les poignées des plats creux ou « patères » sont aussi bien combinées que les anses des vases, et leurs attaches sont étendues suffisamment pour qu'il soit possible de maintenir solidement le bassin : la poignée se prolongea cet elTet par une sorte de patte rivée. C'est la disposition d'une poignée grecque de style archaïque consacrée au Louvre et formée d'une petite statuette d'homme levant les bras pour soutenir, sur sa tête, le coussinet et la palmette qui supportaient la patère.

L'usage dune statuette, comme support, dont les Egyptiens ont fait de nombreuses applications, était passé d'Egypte en Grèce et s'y était généralisé. \Jne grande patère étrusque en bronze, conservée à la Bibliothèque nationale, et dont le sujet est emprunté à la légende d'L'lysse. est un modèle de composition décorative fig. 21 i : des pièces de moindre dimension, conservées au Louvre, sont composées de même.

Les longues cuillers ou puisettes n'étaient point traitées moins délicatement pour la forme et le décor. Sur lune d'elles (Musée du Louvre), c'est une figure en bas-relief qui enrichit la puisette. à la naissance du manche, et, pour accuser l'augmentation de largeur indispensable à la jonction de la cuiller avec le manche, les perles qui garnissent le bord de la cuiller se prolongent sur le renfort du manche pour encadrer le bas-relief : ce manche, effilé et décoré de fines nervures, se termine par une

00 Li: ('.[iMtF i:t i.i: mhonzi:

sorlc (le tlc'iir de lolus (jui li- lie au reiit'ori de la cuiller li-. 22 I.

Ainsi cel ohjel usuel a Ions les caraelèi-es (Tune oiMivre darl. i;ràee à ra|)j)r()])i'iali()n |)aiTaile du déeor à la sliuelui'C.

Les fouilles exéculées dans les vdles ensevelies du ^oHe de Naples. à l\)nij)éi. à Ileieulanuni. à Slahies. onl enrichi le Musée de Naples dOhjels en bronze de l(uile sorle. témoins irrécusables de la vie des Honiains. aux |)renuers temps de

1 l'.mpire.

A celle époque, cesl encore Tari i^rec (|ni lournil tous les ëlémenls du décor.

( )n peut s'en convaincre en étudiant, au Musée de Naples. les appareils de cliaulTaL;e. les lré])ieds et tous les objets mobiliers de cuivre ou de bronze nous révélant les applications mnlLiples cpi nn taisait alors du métal et de ses alliages.

Ici. c'est un appareil semblant avoir été utilisé pour chantier 1 eau du ne baignoire faite, à ce qu'il semble, de feuilles de cuivre embouties ayant comme supports des pieds en bronze fondu. Les trépieds, dont les tiges sonl réunies par des croisillons articulés, soutiennent, sur des renforts horizontaux, des bassins de cuivre dont les anses sont aussi des pièces fondues à part et rivées.

Le cuivre était embouti et travaillé au repoussé comme largenl (ju'on utilisait pour des pièces de luxe, telles que les brûleparfums conservés au Musée de Xaples et montés aussi sur des trépieds.

Dans le même Musée esL un seau de cuivre à anse : le décor en bas-relief du seau, qui est très remarquable, a été exécuté aussi au repoussé. Parmi les pièces les plus curieuses, on peut citer le trépied du Musée de Naples dont le bassin lixe est muni d'anses el dont les supports sont des satyres. Le bassin lixe supporte un bassin mobile en cuivre repoussé, surmonté d'une créle deu lelée et (pu est munie de poignées rivées.

Li: <:["iMii: irr le bronzf. dans l a.mkjii ri:

( )n li'oiive encore au Musée de Naples des lils en mêlai, ties laides reelanL;ulaii'es ui:)utées sur pieds (|ue réunissent des eiilietoises arlieulées : elles étaient parfois munies de tiroirs renforcés sur les rives par des cadres moulurés.

Le bi'on/e était utilisé aussi pour les sièL;es pliants dont les anneaux servaient sans doute ;i al tacher une sangle qu on recouvrait d'un coussin d'élolVe.

Le Musée du Louvre conserve, à l'entrée de la salle des bronzes anticpies. deux de ces sièges pliants dont les pieds élaient des griffons. C'est la décoration du siège de basse époque, en bronze doré, désigné sons le nom de Irône de Dagoberl et qui fui complété, à lépocpie m é r o V i n g i e n n e , par un dossier et des bras dont le style dilfère sensiblement de celui des supports.

Les llomains avaient exagéré l'emploi des têtes ou des bustes pour le décor des objets usuels, par exemple des pesons de balances, et il faut reconnaître que les thèmes décoratifs n'étaient pas parfaitement choisis.

Ces défauts de goùL n'existent pas dans les (cuvres grecques.

Les objets de toilette ont été traités en Grèce avec la même

Fi^.

Miroir ^ivc à pii-d vu 1.

Musée d'Atlièncs .

■Vl i.i: cuivHK i-T m; iu{on/k

perleclion que les objets usuels el. suivaul ieiirdt'sliualion. avec plus (le délicatesse encore.

Les miroirs, les boîtes à bijoux, (jui nous soiil parxc-iuis. soûl (les œuvres excpiises.

Le miroir est souvent porté sur un pied: c'est nue disposiliou dilléreute de celle usitée en Kgypte i (ii;-. 23 i où le miroir était tenu à la main par une poignée.

Les poignées des miroirs égyptiens sont le plus souveni formées de tiges de lotus ou de fleurs tenues par une petite femme nue, élevant les bras pour soutenir la Heur formant corbeille audessus de sa tête.

Le support des miroirs grecs est le plus souvent une femme drapée dans une longue tunique et coilTée d'une cerce de métal épousant le contour du miroir que soutient une palmette saillante sur la cerce. (Pieds de miroir de style archaïque, Tun au Musée du Louvre, provenant de Tlièbes, l'autre conservé au Musée de Copenhague. Miroir du Musée d'Athènes (fig. 24).!

Les miroirs à main étaient les plus nombreux : on les exécutait en cuivre embouti, lisse sur la face convexe qui était sans doute étamée et décoré de fines gravures sur la face concave. Quelquefois le miroir était en argent et le poli en était t'ulrelt-nu par un ponçage.

Les manches des miroirs à main se raccordent avec le disque par une partie élargie, dont le bord i-eievé est le prolongement du bord du miroir. Une courbe élégante accuse la naissance de la tige très fine qui forme la poignée. La gi-avure dessinait par un trait les ligures et les ornements sur le cuivre suivant la méthode pratiquée pour le décor des vases de terre : i-lle aidait à mettre en valeur les nus et les draperies.

Certains miroirs paraissent avoir été argentés ou dorés.

On peut encore apprécier sur les « cistes », ou boîtes à bijoux

fig. 25 1 trouvées dans les tombeaux étrusques, l'habilclé (\v>

artistes de race ou de tradition helléui(jue. pour le travail des

LE CUIVlii: ET LE BRONZE DANS L ANTlQl ITE

métaux, et le sentiment très juste de la décoration qui s'accuse, pour un cotFret, par l'opposition du travail de gravure, développé sur le cotîre, parla ciselure des poignées sculptées des couvercles, pour lesquelles Tartisle. interprétant la figure humaine, a tiré des mouvements du corps, de sa cambrure, des formes souples et parfaitement appropriées à lusage.

Cette étude sur les hron/es grecs nous indique bien nettement

Fig-. 2J

en cuivre

le but à atteindre. Klle prouve que l'art peut et doit intervenir en toutes choses, et qu'il est aussi applicable aux ouvrages usuels qu'aux œuvres de grand luxe.

D'éminents sculpteurs pourront toujours fournir aux fondeurs de bronze les modèles d'un groupe de figures ou dune statue équestre. Mais ce n'est pas ainsi que l'art pénétrera dans tous les métiers qui utilisent le cuivre ou le bronze.

Il faut que l'artisan apprenne lui-même à composer une œuvre, quelle qu'elle soit, suivant des principes qui n'ont jamais varié, parce qu'ils ont pour base la raison humaine, parce que, dégageant l'art des fantaisies de la mode, ils lui imposent, comme condition de la perfection, l'harmonie entre l'idée et l'expres-

L'Arl appliqué :iiix Métiers. — \'. 3

31 I.E CUIVHK KT LE BHON/.F

sioiK entre la deslinalion el la fonne. eiilre le décoi' el la leciiiiicjue de cha(jue malière.

D'ailleurs les mélhodes de travail du cuivre el du bronze sonl si variées el s'appliquent à des ol^jels si divei's (pie renseignement seul de la teelini(pie du métal exigerait de longues éludes.

Par exemple pour le cuivre, suivanl la dimension des pièces el leur décoration, en bas-relief ou en rontle-bosse, les méthodes (rexécntion dill'èrent. Pour le bas-relief, on trace au Iraçoir isorle de poinçon à terminaison un peu tranchante;, l'ornement qu'on repousse à l'envers à l'aide des planes, ciseaux arrondis, triangulaires ou rectangulaires : la ciselure sur la face est faite avec des outils analogues mais plus fins : on emploie l'outil à mater dit « mate » pour les fonds : la recingle, oulil coudé, serré dans l'élan, repousse par contre-coup le métal des pièces embouties et qu'on ne peut atteindre direclement.

Pour les figures ou ornements en ronde-bosse de grande dimension, le cuivre est recoquillé sur un modèle en fonte donnant la première forme. Pour obtenir ensuite la ciselure au repoussé, on garnit les évideinents intérieurs qui correspondent au développemenl du métal sur la face, de mastic approprié.

Le reperçage , s'il est fait au ciseau . dans la ciselure dile <( arrachée «, donne un relief d'épaisseur appréciable évitant la sécheresse du découpage fait à la scie.

Ces exemples indiquent l'obligation, pour l'artisan, de varier, suivant les progi'ammes, les procédés d'exécution applicables au cuivre.

Il en est de même pour le travail du bronze, qui peut tirer de l'insertion de métaux précieux, dans le métal fondu, les plus charmants effets Statuette de la reine Karomama XXII'" dvnastie. au Musée du Louvre).

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