VI. — VITRAUX MODERNES
Retour à l'emploi des verres colorés en masse dits « verres antiques ». Essai des verres plaqués a plusieurs couches , et des verres dits « américains », jaspés, opalisés, plissés, martelés, etc.
La longue léthargie du vitrail n’a cessé qu’à une époque très récente, vers le milieu du xixe siècle, lorsque la conservation des monuments de la France appela l’attention sur les verrières anciennes, qu’un défaut d’entretien durant deux siècles laissait dans le plus misérable état. Certaines pertes étaient irréparables, car dans le cours du xvme siècle, sous prétexte d’éclairer les églises, on avait détruit presque partout les verrières basses.
Du concours ouvert en 1848 pour la restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle, date à peu près la renaissance du vitrail en France. Les frères Gérente avaient déjà été appelés par Viollet-le-Duc à consolider et restaurer les verrières absidales de Saint-Denis. Dès lors des ateliers s’ouvrirent pour satisfaire aux restaurations projetées dans les cathédrales et les églises. Ces premiers travaux furent imparfaits, aussi bien pour le style du dessin que pour la qualité du verre. Les verres colorés étaient trop crus, dépourvus de nuances ; on ignorait les ressources des verres doublés dont la fabrication fut révélée seulement par l’examen d’éclats de verres anciens oii l’on reconnut, sur le verre débité en tranches minces, la superposition des couches diversement colorées. Le peintre verrier Leprévost fut l’un des premiers à signaler ce mode de fabrication des verres du xve et du x\ve siècles que mirent à profit M. M. Appert en fabriquant des verres nuancés analogues aux verres anciens.
Tout d’abord on s’était attaché à conserver les vitraux du xne et du xme siècle, dont les verres colorés en masse tiraient leurs nuances d’inégalités d’épaisseur ou de défaut de planimétrie. On reproduisit avec soin les modelés par teintes plates de grisaille claire et par hachures de grisaille épaisse : ces travaux de consciencieuse érudition qui assuraient la conservation d’œuvres anciennes, en comblant plus ou moins discrètement leurs lacunes, avaient surtout l’avantage de faire revivre d’anciennes techniques, d’obliger les artistes à comprendre et à étudier les harmonies de couleur, variables d’époque à époque, et de s'initier en même temps aux interprétations simplifiées de modelés, très variables eux aussi du xne au xvie siècle.
Ce retour aux procédés anciens était d’autant plus nécessaire que l’ignorance des artistes les aveuglait sur les prétendus progrès des essais faits à Sèvres au temps de Brongniart, essais tendant à supprimer les plombs pour obtenir avec les émaux, sur une plaque de verre assez grande, des tons différents. On avait peur de la couleur : on n’avait pas remarqué que pour juger la valeur d’un ton translucide, il ne faut pas le regarder dans le jour ambiant qui exagère son intensité, mais monté en plombs avec d’autres verres qui doivent garnir la baie, de telle sorte qu’il ne soit pas éclairé à revers et ne reçoive d’autre lumière que celle qui le traverse.
Il a fallu un demi-siècle pour nous déshabituer des verrières pâles, aussi contraires à l’effet décoratif que les verrières à oppositions franches et à tons soutenus y sont favorables. La recherche de tons et de valeurs semblables à ceux des verres anciens obligea les maîtres de verreries à modifier leur fabrication.
Puis le goût trop exclusif pour les verrières du xne et du xme siècle fit place à une étude plus large et plus raisonnée de tous nos vitraux anciens, y compris ceux des xve et xvie siècles, si différents qu’ils fussent par le style des vitraux antérieurs.
LE VITRAIL
La publication des vitraux de Montmorency en 1884 fut une révélation pour ceux qui, connaissant mal les vitraux, ne leur attribuaient qu’un rôle décoratif dans l’arcbitecture et ne soupçonnaient pas l’existence, dans les verrières du xvic siècle, de portraits dignes des plus grands maîtres de la peinture. C’est en les étudiant qu’un jeune artiste, mort trop tôt, Lebayle, habitué à peindre jusque là de médiocres tableaux sur verre, se forma le goût et la main, atteignant à une virtuosité d’exécution qui n’a pas été égalée (vitraux exécutés sur cartons d’Ehrmann pour la cathédrale d’Autun et pour la restauration du vitrail des Alérions à Montmorency, vitraux de fantaisie utilisant des verres nuancés en masse (Collection Bégule), médaillons appartenant à M. Magne).