‹ Découverte d'un cimetière mérovingien A la Chapelle-Saint ÉloiChapitre 15 sur 24 · IN SES · texte numérisé non relu

IN SES

Hauteur, 0,25. — Largeur, üm, 19,

« Vertodu[rus] Syrus ef [.....], ex vico Gis[aco] Aulerclorum], in

ge DÉCOUVERTE » [pace]. Viriodurus, porteur de litière et. . . . ., du bourg de

» Gisacus des Aulerques, (repose) en paix. »

Nous donnons avec une certitude presque complète la désinence de ce nom à physionomie gauloise. Puisque Viriodurus était du bourg de Gisacus, le mot de syrus ne peut s’entendre d'un Syrien, et il faut y reconnaître la désignation d'un porteur de litière, ainsi dénommé par les auteurs de l’époque impériale. (Juv. vr. 350 ; Martial. 1x. 3 et 95.) Il est bien difficile de deviner quelle était la seconde profession exercée par Viriodurus, et dont l'indication devait suivre le mot ef. Quoi qu’il en soit, il n’y avait certainement pas de porteurs de litière à Gisacus, et l’on doit croire que l'individu dont nous avons recueilli l'épitaphe était venu mourir dans sa patrie, après avoir exercé cetle profession dans une grande ville, probablement même dans une résidence impériale. Comme nous ne trouvons plus de trace de l'usage des litières chez les Mérovingiens, Viriodurus remonte nécessairement à une époque antérieure à l'établissement des Francs dans la Gaule. Le nom des Aulerci, joint à celui de Gisacus, fournit une indication précieuse. La limite des anciens diocèses reproduisant presque toujours celle des cités gauloises, il faut remarquer que le cours de la Risle séparait autrefois, à la hauteur de la Chapelle-Saint-Éloi, les diocèses d'Évreux et de Lisieux. Le bourg de Gisacus, situé sur la rive droite, occupait donc l'extrémité du territoire des Aulerques, et la villa de Gisacus, bâtie sur la rive gauche, appartenait aux Lexovi.

J'ai déjà donné (p. 34) le monogramme de Childebert Ft. Cette

D'UN CIM£TIERE MEROVINGIEN. 69

dernière inscription, qui a 0, 29 de large, se développe sur une courbe de 0, 46. Celle que nous attribuons à saint Germain, évêque de Paris, est tracée sur un bloc de On, 36 de largeur, et décrit en hauteur une ligne courbe de Om, 30. Voici comment nous complétons celle précieuse mention : « fermanus [ad]fui anno xivi [rlegnante Chalidelberto : moi, Germanus, j'étais présent l'an quarante-six du règne de Childebert. » Je suppose que saint Germain avait d’abord tracé sur la pierre le monogramme du roi, et qu’ensuite il ajouta sa propre signature, avec la date de sa visite au Baptistère de saint Taurin. Il est difficile de lire seulement Germanus fui; ce fui tout seul n’est guère latin. Comme la pierre offre une cassure à la fin de la première ligne, on peut suppléer hic, ou plutôt ad. La seconde version est préférable, dans l'hypothèse de la présence de Childebert. Au-dessous de la première ligne, la pierre se termine régulièrement, et l'on ÿ reconnaît le joint qui la mettait en rapport avec la pierre voisine dans le recouvrement du mur d'appui dont le Baptistère était entouré ; mais si l’on remarque avec quel soin les deux premières lignes sont superposées vers la gauche, on doit croire qu’il en était de même pour les deux dernières. Par conséquent, il n’y avait place au commencement de la quatrième ligne que pour les lettres DE, du mot Chrwdeberto, et l'x devait nécessairement terminer la troisième ligne. Cette observation amène à conclure que l’auteur de l'inscription s'était étendu sur l’autre pierre, ou, ce qui est plus vraisemblable, qu’il avait achevé ses lignes eur l’épais mortier qui, suivant l'usage du temps, devait séparer les deux blocs. La régularité du tracé, constatée ainsi à droite comme à gauche, induit à penser qu’il manque de même quelque chose à la fin de la seconde ligne. C’est pourquoi nous n’avons pas hésité à compléter la lettre qui la termine, et à y reconnaître un m (sic ç u). Quelques personnes, comparant l’r cursif de Germanus et de Childeberto avec cette moitié de lettre, avaient d’abord pensé que c'était l’initiale du mot regnante, et elles étaient d'autant plus disposées à adopter cette opinion, qu’à l’époque où l'inscription fut tracée, on rencontre très-fréquemment l'emploi numéral du & grec, tandis qu’une date plus étendue en chiffres grecs ne peut se trouver qu’à l'état de rare exception dans une inscription latine. Avec cette manière de lire, la mention serait de l’an vi de Childebert (517 de notre ère), et elle ne pourrait convenir à saint Germain, qui, très-jeune alors, vivait à Autun, sous la domination des rois de Bourgogne. Mais, outre que la seconde ligne, comme je viens de le dire, ne peut se terminer au point actuel, il faut aussi au moins une lettre pour commencer la troisième, et cette

lettre ne peut êlre que Pinitiale du mot regnante, effacée, mais encore quelque peu visible (nous l’avons constaté par un examen aftentif de l'original), sous la forte dépression qu’a subie en ce: endroit a surface de la pierre. Le caractère qui termine la troisième ligne est donc certainement une lettre numérale, et une lettre numérale grecque. J'avais d’abord cru y reconnaître un A cursif, ce qui aurait fourni l'an 36; mais la carrure de l’inscription exigeant au moins deux traits de plus, je me suis arrêté au u, avec d'autant plus de confiance, que, pendant l’année 46 du règne de Childebert (557 de notre ère), saint Germain, déjà évêque de Paris, vivait dans la plus grande intimité avec le roi des Francs. « F'aciebant apud se de misericordia pugnam, « dit Fortunat (Vif. S. Germ.13), et de pietate certamen, thesauros ut » spargerent et de suis talentis egent ditescerent.» Je n’ai pas besoin de dire que, dans le plus grand nombre des dates grecques, le momdre nombre est placé avant le petit, ni de rappeler, quand ce ne serait que par l’exemple de la fameuse inscription chrétienne d’Autun (laquelle ne peut guère avoir été tracée avant le commencement du 1v° siècle), à quel point les écoles de cette ville, où saint Germain avait passé la plus grande partie de sa vie, s'étaient distinguées par la culture de la langue grecque.— Les lettres tracées de la main de saint Germain de Paris passaient, de son temps, pour avoir une vertu miraculeuse, ainsi que l’atteste Fortunat en deux endroits de la vie du bienheureux évêque (48 et 58). On peut penser que la beauté de son écriture (mérite rare à cette époque) ajoutait encore, en cas pareil, à la vénération qu'inspirait sa sainteté. — Comme il ne faut dissimuler aucune objection, on peut s'étonner que, dans notre inscription, saint Germain ait omis son titre d'évêque ; mais si cette omission doit être signalée, elle n’a du moins rien d’impossible ni d’inexplicable.

VIE

Courbe en hauteur, 0m,46 — Laïgeur, 0m, 28.

Je commence le choix que j'ai fait dans les inscriptions runiques, par le nom de Clodoald, d’abord parce que le saint personnage auquel je l’attribue devait accompagner son oncle Childebert et le glorieux évêque de Paris dans leur visite au baptistère de saint Taurin, et ensuite afin de fournir un échantillon du caractère dans lequel est tracée la grande inscription qui décorait le couronnement convexe de la muraille, au fond du baptistère. Les lettres oxE, comme on la vu pages 11et 31, faisait partie du mot oRATIONEM. Quant aux inscriptions runiques en elles-mêmes, je me contente d’en donner la copie, en y joignant une transcription en lettres latines, et lorsqu'il le faut, la traduction la plus vraisemblable, sans m’engager dans les questions de paléographie et de dialectes qui ne sont nullement de ma compétence. Pour l'alphabet, il me suffira de dire que c’est le même que celui des Scandinaves, sauf deux caractères, l’o et l’f, dont l’un se retrouve dans les runes anglo-saxonnes, et dont l’autre a été adopté par Ulphilas (V. plus haut, p. 19). Pour le dialecte, je rappellerai seulement qu'on n’a rien su jusqu'ici de bien positif sur le dialecte propre aux Francs Saliens. Les Gloses malbergiennes, seul monument certain qu'on ait de cette langue, sont très-difficiles à restituer d’après les manuscrits de la Loi salique, et l'Essai de traduction d’Isidore qu’on place ordinairement après les Gloses malber. giennes (NV. Gley, Langue et littérature des anciens Frances, p. 107), considéré jusqu'ici comme appartenant au vu° siècle, doit redescendre au moins cent cinquante ans plus tard. Nous avons soumis le manuscrit original et autographe (Bibl. 2mp. fonds lat. n° 2326) à l’examen des critiques les plus exercés, et ils n'hésitent pas à en placer l'exécution au 1x° siècle. Ce texte offre des traces d'ancienneté par comparaison avec la Paraphrase de l'Evangile, ouvrage exécuté par Otfried dans la dernière moitié du 1x° siècle, et Otfried, qui appartenait par son origine aux Francs Orientaux, s’efforcait, comme il l’atteste lui-même, de perfectionner sa langue maternelle. Quant à l’opinion générale parmi les Germanistes, que les Francs Saliens et Ripuaires auraient parlé exactement le même dialecte, nous osons dire que, jusqu’à présent, elle ne s'était appuyée sur aucun monument authentique et qu’elle recoit de nos découvertes une atteinte assez sensible, On a vu plus haut (p.19) ce que nous pensions du rapport plus marqué des Francs Saliens avec les Scandinaves.

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Hauteur, 0,15, — Largeur, Om,11.

Cette tuile à rebords est le premier des monuments bilingues que nous avons découverts. Elle servait de téfulus À deux frères, Æermann et Sigefried, ou à deux époux, Hermannus et Sigefrida. Le nom runique correspondant du premier de ces personnages offre, à la fin, le redoublement de l’n (sic : rmann), tandis que le Zermann qui a inscrit son nom sur le bord de la vasque du baptistère (V. plus haut, p. 17), n'a employé qu'une seule n (sic: + Ærman). C'est seulement l'idée qu’on avait de l'identité du dialecte des Francs Saliens avec celui des Francs Ripuaires, qui à pu faire trouver singulière la double apparition, dans nos monuments runiques, dunom de Aermann. On sait pourtant à quelle antiquité remonte cette forme de nom propre, puisque c’est celle à laquelle on a identifié le nom d’Arminius le Chérusque, héroïque adversaire des Romains dans le re* siècle de notre ère. Au 1x°, Charlemagne renversa l'idole d'Ermensul, qu'on explique par Hermanns Sûule (j'emploie à dessein la forme moderne) et dans laquelle on reconnaît généralement une colonne élevée en l'honneur de la grande victoire d'Armintus. Sur le champ présumé de cette victoire, on trouve encore, dit-on, Herminsberg, ou le mont d'Arminius, surmonté du /arminsburg, ou chateau d’Arminius. Le récit que fait Tacite des haut faits de ce chef germain nous fournit encore un rapprochement précieux, par la mention de son oncle /nguiomarus dont

le nom est certainement le même que celui d'Zngomer, porté par un fils de Clovis Ler, et par un des Francs enseveli dans notre cimetière. On pent encore remarquer que la grande tribu ou confédération germanique dont les Chérusques étaient sortis, est désignée par les auteurs latins sous le nom de Æermiones. Rien n’est donc plus authentique et plus ancien que la forme de Æermann inscrite dans nos textes saliques.

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