PREMIER ÉVÊQUE D'ÉVREUX
Lue à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans sa séance du 13 octobre 1854.
La découverte faite en dernier lieu dans le cimetière mérovingien dont j'ai déjà entretenu l’Académie, d’une inscription métrique, portant le nom de saint Taurin, premier évêque d’Évreux, vient résoudre le problème soulevé par l’accumulation de tant de marques de la vénération des prémiers chrétiens pour un lieu aujourd’hui totalement inconnu. Cette inscription, qui malheureusement n’est pas complète, commence ainsi :
Hic ubi Taur[iaus] virgarum vefrbere cæsus,] Est Gisaci. ; ;
et au troisième vers
Hic ubi Licini
De ces fragments, il résulte avec évidence que la localité où nous venons de trouver tant de monuments précieux, est le Gisacus dont il est question dans la vie de saint Taurin, et qu'une opinion erronée plaçait dans une autre partie du département de l'Eure ;
Que la tradition suivant laquelle saint Zaurin aurait été amené à Gisacus et battu de verges par ordre d’un magistrat romain, nommé Licinius, était beaucoup plus ancienne que les rédactions qu’on possède de la Vie de saint Taurin.
En effet, la moins récente des copies de cette Vie est attribuée par
les Bollandistes au ix° siècle, et notre inscription remonte certainement au Ve. :
Il suit de là que le document littéraire dans lequel se trouvent racontées les circonstances auxquelles fait alfhsion l'inscription par nous découverte, reprend une autorité dont la critique moderne l'avait entièrement dépouillée.
La Vie de saint Taurin a été traitée avec la dernière sévérité par les Bollandistes ; ils ont déclaré qu’on n’en pouvait absolument rien tirer : Ex vita... nihal.
Quant à nous, et indépendamment du témoignage de l'inscription, nous y distinguons deux parties empreintes d’un caraclère de sincérité. C’est d’abord l’interrogatoire de saint Taurin par Licinius, qui nous semble avoir été tiré d'actes rédigés immédiatement après le martyre, suivant l’usage suivi dans la primitive Église, et ensuite le récit des derniers moments du bienheureux. Nous croyons aussi que la mention du nom de l’auteur, Deodatus, l’un des habitants d'Évreux qui avaient reçu le baptême des mains de saint Taurin, est exacte, ainsi que l’énonciation du lieu où ce Deodatus écrivait ses souvenirs, civitate Mediolanis, qui ne peut être que Mediolanum Aulercorum, bien qu’on ait jusqu'ici traduit ce nom par celui de Milan.
Si, dans le ve siècle, au lieu même où Taurin avait confessé la foi, on rappelait ces circonstances comme un souvenir glorieux, il va de soi que saint Taurin avait dû vivre assez longtemps auparavant, à l’époque où l'exercice du christianisme était encore interdit. Saint Taurin est donc nécessairement antérieur au v° siècle, et il faut placer son épiscopat avant Constantin.
Pour déterminer l’époque de saint Taurin, la Vie de cet évêque est loin d'offrir un point d'appui solide. Il est arrivé à ce document ce qu’ont éprouvé si fréquemment les pièces du même genre : nonseulement on a chargé le texte primitif d’un surcroît de merveilleux, mais encore, en remaniant le style, on y a introduit des expressions qui ne conviennent pas à l’époque de la rédaction originale, et l'on s’est efforcé de faire remonter l’âge du saint aussi haut que Île permettait l’histoire même de la diffusion de l’Évangile.
Saint Taurin est mis en rapport avec saint Denis, évêque de Paris ; on met entre l’âge de chacun d'eux une différence de cinquante ans, et, malgré cet intervalle, saint Taurin doit avoir quitté Rome, sa patrie, lorsque le pape saint Clément était encore vivant, pendant la persécution de Domitien.
Nous rencontrons ici un des problèmes dont les auteurs de l’his- Loire ecclésiastique des Gaule sse sont le plus sérieusement préoccupés,
problème que chaque jour on remet encore en question. Qu'il nous suffise, pour le moment, d'appeler l'attention sur deux passages de Fortunat qui peuvent servir à débrouiller le chaos. Fortunat a célébré le saint évêque ‘de Paris en prose et en vers. Il dit en vers (u, 10) que le patron de notre capitale y était venu :
Clemente Roma præsule,
ce qui semble contredire formellement l’assertion de son contemporain et ami Grégoire de Tours.
Mais en prose (Acta S. Dion., 3), il se contente de raconter que saint Denis avait reçu la mission a successoribus apostolorum, et c'est au fond tout ce qu’on savait à son époque. Cela revient à ce que dit Innocent ler, dans une lettre authentique, que les Papes avaient présidé à l’apostolat des Gaules. Il faut en conclure seulement que la mission de saint Denis était fort ancienne.
Nous ne savons pas si en effet saint Taurin avait été consacré par saint Denis : cette partie du récit de sa vie est malheureusement trop altérée et trop suspecte ; mais il appartenait, de même que saint Denis, à une époque qu’on pouvait justement appeler encore celle des successeurs des Apôtres. Il était Romain de naissance : la partie authentique de son imterrogatoire le prouve ; cela doit avoir suffi, de même que les pouvoirs qu'il tenait de Rome, pour qu'on l'ait fait naître dans la capitale de l’ancien monde; et quant à la mention du nom de Domitien, elle indique seulement, selon nous, que la famille de Taurinus se rattachait, par son origine, probablement par quelque affranchissement, à celle de l’empereur Domitien, ou simplement à la Gens Domitia*.
Les monuments que nous avons découverts nous permettent d'aller plus loin. La mission de saint Taurin est nécessairement postérieure au règne de Septime-Sévère. Saint Taurin fut amené à Gisacus, interrogé par Licinius, et battu de verges, probablement à l'endroit même où nos trouvailles ont eu lieu. Déjà la femme de Licinius était bien disposée en faveur du christianisme, et la Vie de saint Taurin parle de la conversion de Licinius lui-même. En même
emps, on apprend que saint Taurin détruisait partout les idoles, et consacrait des églises à Jésus-Christ, circumquaque idola destruere et ecclesias Christo consecrare, et l’on ne peut guère douter que le baptistère tout à fait primitif construit à l'emplacement même de son martyre, avec les débris d’un monument en l'honneur d’Hercule
® Voir plus haut, p. 19, les observations relatives à Q. Domitius Tutus.
Mercure, n’ait été son ouvrage. Or le monument païen, dont les fragments ont passé dans le baptistère, n’avait pu être élevé avant le règne de Septime-Sévère. Non-seulement on y a trouvé un grand bronze de ce prince {ce qui ne serait pas une preuve suffisante), mais encore l'Hercule Mercure consacré par Serquinius offre les traits de Caracalla. Ce prince, représenté barbu, avait au moins vingt ans lorsque Serquinius lui adressa cette flatterie si commune à son époque ; par conséquent le monument en l'honneur d'Hercule Mercure ne peut être antérieur à l’an 208 de notre ère. On est donc contraint de placer les commencements de l’apostolat de saint Taurin après les premières années du mr siècle.
La limite extrême de la vie de saint Taurin me semble indiquée par une autre circonstance, rapportée dans la partie authentique de son histoire. Cet évêque, avant de mourir, prédit que son diocèse serait bientôt ravagé et sa ville épiscopale détruite par des Barbares venus de l'Orient. Dans le m° siècle et dans la Normandie, il ne peut être question, en pareil cas, que des dévastations opérées sur nos CÔtes par les pirates francs et saxons. Ces ravages doivent avoir commencé vers l'époque de la captivité de Valérien (260) et prirent fin lorsque Carausius entretint une flotte vigilante sur les rivages de la seconde Lyonnaise, de la Belgique et de Ja Grande-Bretagne (vers 280).
Outre cela, saint Taurin, avant de mourir, dit à ceux qui l’'entouraient : Vuntiate beato Sixto Apostolico diem met exitus, si adhuc martyrio non est coronatus. On à cru qu’il était ici question du pape saint Sixle I , qui occupa le Saint-Siége de l'an 117 à l’an 199, et c’est ce qui aura contribué à faire croire que saint Taurin était né dans le premier siècle; mais le temps de saint Sixte [* ne fut pas un temps de persécution, et l’on ne dit pas positivement qu’il ait souffert le martyre, tandis que saint Sixte [l périt en 258 ou 259, après Etienne Ie, dans le feu de la persécution de Valérien. On doit remarquer encore qu’à partir de 257, Postume régnait en Gaule, que les chrétiens y étaient paisibles, et que les communications étaient coupées avec Rome. Toutes ces circonstances concordent avec les paroles que Deodatus met dans la bouche de saint Taurin mourant; il faut en conclure que cet évêque cessa de vivre vers 259, environ un an avant la captivité de Valérien, et à l’époque même où les populations germaniques, refoulées sur le Rhin par Postume, embrassaient la vie de pirates, et prenaient à revers, avec leurs barques, la province dont elles ne pouvaient forcer l'entrée par le continent.
Nous connaissons donc les limites des temps de l’apostolat de saint
Fa
rad
Taurin; peut-être allons-nous recueillir d’autres lumières sur son origine et sa famille.
La Vie lui donne pour père le Romain Zarquinius et pour mère la Grecque £'utiora.
Ce nom de Zarquin est peut-être ce qui a paru le moins vraisemblable et le moins possible.
Mais nous avons l’auteur du monument renversé par saint Taurin, Serquinius, lequel a donné son nom à la localité voisine, Serquiniaeus, et nous apprenons que Zicinius, qui interrogeait Zourinus à Gisacus, tout à côté de Serquiniacus, avait pour aïeul le père de saint Taurin; éuus enim pater meus fuit avus. Six ans auparavant, Licinius avait fait mourir Æuficia qui, celle-là, n’était pas son aïeule (il en parle comme d’une étrangère), ce qui prouve que le père de saint Taurin s’était marié deux fois. C'était donc du côté de sa propre mère que Licinius se trouvait allié à Taurinus, puisque leur rapport de parenté se trouve exprimé par le mot de consobrinus, propre à la ligne maternelle t. La femme de Tarquinius, citoyen romain, est une Grecque chrétienne, du nom d’£uficia. Or la seule inscription grecque que nous ayons trouvée, est le éfulus d'une £utychuia,
ENIPIN EYTYXI
écrit sur une t{uile à rebord, en belles lettres carrées qui sont au moins du 1v° siècle, et qui, sans difficulté, peuvent remonter au ie, La Vie rapporte que saint Taurin rendit les honneurs funèbres à sa mère £Z'uticia, martyrisée six ans auparavant par les ordres de Licinius : Matrem suam honorifice sepelivit. L’Euticia des manuscrits est certainement une Æufychia; ÿ a-t-il plus loin de Zarquinius à Serquinius que d’'Euticia à E’utychia ?
D'où la très-grande probabilité que Serquinius, époux d’Æutychia, était le père de Taurinus. Celui-ci ne serait donc pas venu de Rome. Fils d’un père d’origine romaine et d’une mère grecque, il aurait fui le toit paternel, et, renonçant à un bel héritage, il se serait rendu à
* Dans la Vie de saint Taurin, Leonilla dit à son mari : Nonne audivi te, domine meus, dicere quod pater istèus senis avus tuus fuerit ? Quid ergo tam ferox habes pectus, ut consoBriNUM tam pessime jubeas flagellari? Evidemment c’était avunculum ou patruum qu’il fallait dire ; mais la substitution de consobrinus à avunculus indique qu’il s’agit, dans tous les cas, d’un rapport du côté maternel. Patruelis correspond à patruus , de même que consobrinus à avunculus. Cf. Caïus, Dig. 38, 10, 1.
Paris pour se former au sacerdoce, et en aurait été renvoyé au milieu de la nation gauloise dont il était issu, après avoir reçu la consécration épiscopale avec la mission d’évangéliser ses compatriotes.
Licinius, fils de la sœur consanguine de Taurinus, aurait recueilli la succession de son aïeul Serquinius, et c’est pourquoi nous le trouvons in villa Gisaica (Gisacia), dans une dépendance de la grande propriété de Serquinius, avec les pouvoirs d’un magistral romain, faisant d’abord périr la femme de son aïeul, probablement dans un temps de persécution, et plus tard ordonnant de battre de verges son neveu, à une époque où les poursuites contre les chrétiens étaient moins rigoureuses.
Ce Licinius, dans la partie de la Vie qui nous paraît tirée des actes sincères, porte le titre de consul ; c'était donc au moins un personnage consulaire; nous est-il possible de le retrouver dans les Fastes ?
Mais ici j’entre dans un ordre de recherches plus difficiles, et qu'il serait trop long d’exposer en ce moment. Je puis dire au moins les résultats auxquels je suis arrivé, et qui ne manquent pas d'importance. Dès à présent, je suis en mesure, sinon de démontrer d'une manière absolue, du moins de faire voir avec une entière vraisemblance, que le Licinius des actes de saint Taurin, oncle maternel de cet évêque, petit-fils de Serguinius, estle P. Licinius Valerianus, qui parvint à l'empire en 253, avec une grande réputation acquise dans les premieres magistratures de la République, qui avait été consul avant 257, et dont l’origine est d’ailleurs restée parfaitement inconnue.
Le consulat de P. Licinius Valerianus coïncidant avec l’époque de la persécution de Maximin, je ferai voir que c’est alors qu’il fit mariyriser Futychia, mère de saint Taurin, non à Rome, mais très-probablement à Gisacus.
Le même magistrat se retrouve, à la même époque de persécution, désigné comme Valerianus prætor, dans les actes profondément altérés de saint Floscelle, Floscellus, qui reçut la couronne du martyre soit à Autun, soit plutôt dans le Cotentin *.
Le martyre de saint Taurin à Gisacus tombe alors sous je règne de Gordien IE, vers 242. Licinius Valerianus avait alors 50 ans, et, d’après mon calcul, saint Taurin devait en avoir plus de 60. C’est ce qui autorise les paroles de Licinius : /nveterata canities.…. consuli senectutr luc.
La seconde femme de Licinius Valerianus, qui dans la Vie de saint Taurin porte le nom de Leonila, nous est connue par les médailles
4 V, l’éclaircissement B.
ré
sous celui de Mariniana. Le nom du fils aîné qu’elle eut de Valérien, et qui mourut avant l’avénement de cet empereur, ne nous est révélé que par la Vie de saint Taurin ; il s'appelait Marinus.
Leonilla Mariniana reçut le baptême des mains de saint Taurin, et elle dut mourir chrétienne comme Julia Mamæa, comme Ofacilia. Si l’on s’en rapportait à la Vie de saint Taurin, certainement très-altérée et pour ainsi dire exagérée en cet endroit, Licinius Valerianus aurait demandé le baptême en même temps que sa femme et que son fils; mais du moins il dut recevoir une forte impression des circonstances qui avaient amené la conversion de sa femme, et c'est ainsi qu’on s’expliquerait ce que saint Denys d'Alexandrie, dans une lettre citée par Eusèbe (H. E, vir, 10), raconte du même prince au commencement de son règne : “Ews #muos xat pr\dppwv mpùs tobc évbpwmous Toù Ocod: oùd ykp 4Ao Tic oÙtuw Tov rpo adrod Basrhéwv, edmevoç xat debtodc mpùs adtobs Oietéôn, où” of AeyÜévrec dpavdov ypioriavol yeyoyvévas..…. xat ms 6 oixoç adrod Oeooc6div rerhfpwro, xol Av ExxAncia Oeod. « Jusqu’alors » ilavait été doux et favorable aux Chrétiens : aucun des empereurs » qui l'avaient précédé, pas même ceux qui passent pour avoir fait » profession ouverte du christianisme (allusion à Philippe), n'avait » montré des dispositions semblables ; au point que sa maison était » remplie de fidèles, etque c'était vraiment une église‘. » Ce n’est qu’à la fin de son règne que ce prince, d’abord si bien disposé pour les chrétiens, revint àses anciennes fureurs, en ordonnant une des persécutions les plus cruelles dont l’Église ait eu à souffrir.
1 J'emprunte cette citation au beau mémoire de mon ami M. J. de Witte, sur le christianisme de Salonine, et je suis heureux d’apporter de nouveaux matériaux aux recherches qu’il a faites sur les progrès du christianisme dans le sein des familles impériales pendant les trois premiers siècles de l’Église.
ÉCLATRCISSEMENTS.
Page 7. Deux inscriptions trouvées au Vieil-Evreux…
De ces deux inscriptions dont il est ici question, la première, il est vrai, mentionne, non le bourg de Gisacus, mais le dieu Gisacus ; néanmoins je la considère comme importante pour l'histoire de la localité, à cause de la relation étroite qui existait chez les Gaulois entre les divinités topiques et les endroits qu’on désignait par le même nom. Cette première inscription, tracée sur une petite plaque de marbre, est ainsi conçue :
G. DEO GISACO
. + VRICIVS AGRI
.< + LA DE SVO PO SVIT.
C'est-à-dire : Aug. Deo Gisaco. uricius Agricola de suo posuit. Elle accompagnait un monument qu'un Romain, surnommé Agricola, avait élevé à ses frais en l’honueur du dieu Gisacus. Une figure de ce dieu se voit, à ce qu'on m’assure, dans le musée d’Antiquités d'Amiens.
La seconde inscription, également mutilée, a été gravée sur une table de bronze dans ce beau caractère rustique dont les tables de Claude, conservées à Lyon, offrent le plus parfait modèle. Elle con -
De
CN NERES
À Su.
tient une énumération de noms propres, la plupart d’origine gauloise, et qui fournissent plus d’une énigme que je ne me charge pas d'expliquer. La seule chose qui nous intéresse présentement dans cette inscription, c’est l’énonciation qu’on y trouve à la dernière ligne, après le nom d'homme ou de femme, entier ou incomplet, de Druta des citoyens de Gisacus cisacicivis, certainement pour Gisaci cives. Il est à présumer que tous les noms qui précèdent se trouvent caractérisés collectivement de cette manière. Maïs on ne doit pas en conclure, comme quelques personnes se sont hâtées de le faire, que Gisacus fùt pour cela une cèvifas, ni même que l'inscription dédiée par les personnages qui y sont mentionnés indique nécessairement le lieu dans lequel on l’a trouvée.
Les Gisaci cives sont ceux des membres de la cité des Aulereti Æburovices qui habitaient le vicus, ou plutôt encore le pagus de G1saeus. « Omnis civitas Helvetiæ, dit César (B. G. 1, 12), in quatuor pagos divisa est.» Il est vraisemblable que le vicus nommé Gisacus était le chef-lieu d’un pagus qui portait le même nom. Si, d’après l’âge de l'inscription sur bronze, qui est certainement le premier siècle de notre ère, il est permis de hasarder une conjecture par rapport au sens et à la destination de ce monument, on peut croire que les Aulerci Eburovices, récemment gratifiés par l’empereur Claude du titre et des droits de citoyens romains, avaient voulu témoigner de leur reconnaissance envers ce prince par une statue ou un buste consacré en son honneur dans le chef-lieu de la cité. Sans doute les principaux citoyens de chacun des pagri qui composaient la civifas avaient pris part à cette dédicace; mais celui de Gisacus est le seul dont l'inscription nous soit parvenue.
P. 11. On trouve ailleurs des traces de ces poursuites. …
(Cf, la Note p. 27.)
M. Léopold Delisle a bien voulu me communiquer une copie qu’il a faiie des Actes de saint Floscelle, qui se trouvent dans plusieurs manuscrits de la Bibliothèque impériale. Au début de ces actes on
lit : Passionem Beati Floscelli pueri, qui tempore Antonini Cœæsaris et Maximianti publice præsentium, sub prœæside Valeriano, pro fide Christr certans, pati promeruit, dignum duximus memoriæ commendare.…… Ecartons d’abord les mots évidemment ajoutés publice prœsentium, puisque la présidence d’un magistrat n'aurait pas été compatible avec la présence des souverains, et tächons de reconnaître quels sont les empereurs du temps desquels Floscelle a dû souffrir pour la foi. Aucun Maximien n’a régné en même temps qu’un empereur du nom d’Antoninus. Mais on a pu aisément écrire Maximiani, au lieu de Maximini, et dans l’année de J.-C. 238, de Rome 991, Maximin recut la nouvelle que les deux Gordien père et fils venaient d’être proclamés empereurs en Afrique. Ces derniers princes portaient le nom d’'Antonius, si voisin de celui d’Antoninus. Eckhel (D. N. T. vu, p. 295 ) estime que les Gordiens furent massacrés à la fin d'avril, et que Maximin périt vers le milieu de mai. Peu de temps après, le peuple de Rome força le sénat d'associer à Balbin et à Puppien, M. Anfonius Gordianus (Gordien IIT), avec le titre de César, et enfin, dans les derniers jours de juillet, la mort violente de ses deux collègues laissa le jeune prince scul maître de l'Empire. La date du martyre de saint Floscelle -paraît donc répondre à l’année 238, pendant laquelle régnèrent à la fois ou successivement Maximinus, M. Antonius Gordianus Africanus et son fils, puis M. Antonius Gordianus pius, la seule par conséquent où des noms voisins de Maximianus et d'Anfoninus ont pu être mentionnés à la fois dans les actes publics.
P. 45. Christe Spiritus, suscipe orationem nostram.
J'avais d'abord traduit : 6 Christ et Saint-Esprit, exaucez notre prière. Mais le savant bénédictin D. Pitra veut bien me communiquer une observation importante : « Je n’hésite pas, m écrit-il, à lire sans majuscule Christe spiritus et à traduire d Christ esprit. Le Christe spiritus est un trait rare et précieux d’'archaïsme chrétien. C'était une formule consacrée et en usage dans les premiers siècles,