Dourah. Sorgkum vulgare, LinD. (— tf
étant de60 à 62<»Fahr. Johann m'inquiète beaucoup; à moins d'une amélioration soudaine Je crains qu'il ne puisse vivre longtemps.
22 décembre. — J'ai choisi deux superbes chameaux que j'ai eu quelque peine à embarquer. Deux bœufs m'ont été aussi livrés à neuf herio.s 1&. pièce (15 shillings) ; mes gens sont charmés de faire le métier de boucher et de saler la viande pour le voyage. Acheté en outre quatre chèvres laitières à 9 ps. chacune; bonne provision de paille de dourrah pour les animaux. Tout le monde est à bord, nous partons à 4 heures 30 de l'après-midi, direction ouest, tenant compte des variations. De loups qu'ils étaient, mes gens sont devenus de véritables agneaux, et je voudrais voir ces actes de rébellion que les marchands d'esclaves exploitent comme des boucs émissaires pour rendre leurs subordonnés responsables de leur propre atrocité. Je ne puis adopter l'opinion de quelques écrivains qui prétendent qu'un voyageur n'a pas besoin dé force physique. Dans des pays barbares, cette qualité contribue beaucoup au succès de Texpédition, pourvu qu'elle soit unie à des manières bienveillantes, à la justice et à une résolution inébranlable. Rien au monde ne produit autant d'effet sur les sauvages que le pouvoir de punir et de récompenser. Et c'est là une théorie qui me semble applicable à d'autres qu'aux nègres. Neuf heures du soir: arrivée à Wat Shély.
23 décembre. — Acheté et embarqué sans encombre deux nouveaux chameaux. Le marché, dans ce misérable village, est aussi mal pourvu que celui de Geténé La rivière a environ un mille et demi de largeur, et elle est bordée de mimosas; le sol est très-plat, très-sablonneux; les environs du hameau sont bien cultivés, mais le dourrah est de petite qualité. Je remarque un grand nombre d'hippopotames dans la rivière. Je regrette beaucoup d'avoir permis à Johann de m'accompagner à Khartoum ; il est très-malade, je suis convaincu qu'il ne se rétablira jamais.
24 décembre. — Nous sommes partis hier à 4 heures 5 du soir, direction sud. Ce matin, nous sortons du pays de Bagara sur la rive gauche. Le sol est plat, couvert de mimosas ; quantité d'arbres croissent dans l'eau; la rivière est généralement peu profonde, mais roule beaucoup de troncs d'arbres. J'ai eu du bonheur avec mes hommes, il n'y en avait qu'un d'ivre quand nous quittâmes Wat Shély ; j'ai dû le faire embarquer de force. Nous
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passons devant Tfle d'Hassaniah à 2 heures 20 de Taprès-midi; toqjours le même sol plat, couvert de mimosas. La marque :1es crues sur le tronc de ces arbres est à trois pieds au-dessus du niveau actuel , de sorte que, pendant la saison pluvieuse, l'inondation doit couvrir un espace immense ; comme le fleuve n'est pas encaissé, au bout de deux mois Teau se retirera, et les naturels du pays avec leurs troupeaux se presseront sur les bords. Tous les habitants sont Arabes; la tribu Bagara occupe le rivage occidental. A Wat Shély, quelques-uns d'entre eux vinrent m'offrir leurs services en qualité de chasseurs d'esclaves; cette proposition, franchement faite, me confirme dans mon opinion relative à la destination de tous les vaisseaux qui font le commerce sur le Nil blanc.
25 décembre. — Saat, notre garçon Tokroori, est très-aimable; il appelle tous les jours les domestiques pour manger les reliefs de notre table; mais il a atteint un degré de civilisation qui comporte l'usage d'une grande cuiller; et, comme il a la bouche d'un crocodile, il jouit d'un avantage énorme sur ses compagnons, qui mangent leur soupe en y trempant des kisras {sorte de gâteaux) avec leurs doigts. Cependant Saat, assis au milieu de ses convives, fait aller sa cuiller avec la rapidité d'un sageer (roue hydraulique), et le potage disparaît ainsi comme l'eau dans le désert. Calme plat pendant presque toute la journée ; la rivière est bordée de forêts de mimosas. La variété d'arbres, qui compose l'essence de ces forets, est le sount {acacia arabica)^ qui produit un excellent tannin ; le fruit, garra, donne une teinture brune très-foncée. J'ai fait teindre, à Khartoum, avec ce garra, tous mes habits, et les uniformes de mes hommes. Les arbres ont environ dix-huit pouces de diamètre et trente-cinq pieds de hauteur. Couverts de feuillage, ils produisent de loin un eflet très-pitto resque; mais, lorsqu'on s'approche, on voit que la forêt est tout simplement un marécage affreux, entièrement submergé; du fond des eaux stagnantes s'élèvent des quantités d'arbres abattus ; çà et là une grue solitaire est perchée sur les branches pourries. Des plantes aquatiques, massées ensemble, flottent comme des îles de verdure; ici, elles s'arrêtent interceptées par les troncs et le branchage ; plus loin, elles descendent lentement le courant, emportant avec elles, comme autant de spectres, des grues et des cigognes qui viennent de terres inconnues sur ces radeaux
naturels. Ce désert est le repaire de la fièvre ; la force du courant ne dépasse pas un quart de raille à l'heure, et la couleur de Teau est celle d'une mare; c'est le paradis des moustiques, et ce serait l'enfer pour l'homme. Heureusement, comme nous sommes dans la saison froide, les insectes ne se montrent pas au delà des forêts submergées de mimosas; le sol sablonneux comme d ordinaire, est couvert de kittour épineux, entre lesquels bondissent quelques antilopes. Nous nous arrêtons dans un affreux marais pour nous approvisionner de bois de chauffage. A la nuit, nous jetons l'ancre pendant un calme plat, aussi près que possible du milieu de la rivière , afin d'éviter la malaria produite par la forêt marécageuse. C'est là une précaution que mes gens ne se soucieraient pas de prendre, et qui pourrait compromettre le succès de l'expédition. C*est aujourd'hui Noëll
26 décembre. — Froide brise à environ 3 heures du matin. Nous mettons à la voile. Je n'ai jamais vu de brouillard dans cette partie de l'Afrique; malgré le voisinage du fleuve, matin et soir l'atmosphère est sereine. Les îles flottantes de plantes aquatiques deviennent très-nombreuses. Je remarque un végétal qui ressemble à un chou de petite dimension (Pislia strntioteSyL\nn.),Vn de ces choux descend le courant seul, puis il rencontre un compagnon qui se joint à lui; tout en dérivant le rassemblement grossit; enfin la masse s'élève à plusieurs milliers, qui se recrutent d'autres plantes et de morceaux de bois, jusqu a ce qu'ils forment de véritables îles flottantes, dont les intervalles sont
peuplés d'hippopotames ; du haut du mât, à 9 heures 15, nous distinguons la petite colline dans le pays de Dinka. Gazons épais et mimosas sur les bords du fleuve, mais les forêts ont disparu. Les nénufars sont en fleur, blancs, mais plus grands que la variété d'Europe. Les gens de l'équipage et les soldats passent la soirée à chanter et à battre du tambour.
27 décembre. — Vent violent toute la nuit; à trois heures etdemie du matin nous passons la colline de Dinka. Nous sommes obligés d'amener la voile, parce que les embarcations prennent beaucoup d'eau. Nous avançons ainsi à raison de cinq milles par heure. Les véritables bords de la rivière sont à environ cinq cents verges du courant, l'espace intermédiaire consistant en une masse de plantes aquatiques flottantes, de matière végétale en décomposition, et de roseaux élevés ressemblant à des cannes à
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sucre, et donnant à mes béte3 une excellente nourriture. Les plantes aquatiques sont aussi nombreuses que curieuses, et sur la rive se dresse Farbre nommé anémone mirabilis. Le bois de cet arbre est d'un poids spécifique moindre que le liège ; on s'en sert généralement pour faire des radeaux. Dans cette saison Y anémone mirabilis est en fleur, et sa couleur d'un jaune brillant répand un peu d'animation sur ces tristes marécages. Les îles flottantes me donnent quelques spécimens fort beaux d'une variété d'hélice. Ici la largeur de la rivière varie de quinze cents verges à un mille; le pays est plat et sans intérêt, des buissons épineux sont dispersés, çà et là, sur des plaines arides ; les arbres proprement dits ne se trouvent que sur les bords même du fleuve. Direction, toujours sud, avec un petit nombre de courbures. A quatre heures vingt minutes de l'après-midi le noggor qui, à notre départ, avait presque perdu sa vergue, éprouve le même accident. Nous nous arrêtons et nous nous approchons du bord pour les réparations nécessaires. Nouveau délai. Je travaille jusqu'à neuf heiu'es: j'épisse la vergue, je l'attache avec des lanières de peau de rhinocéros, et j'assiyettis ensuite les deux morceaux au moyen d'une peau de taureau non préparée. Je pose des sentinelles : deux sur chaque embarcation, et deux sur le rivage.
28 décembre. — A l'aube du jour je me mets au travail, et je termine la réparation de la vergue qui était dans l'origine abo* minablement mal faite. Je fais remettre les cordages sur le mât. Le pauvre Johann mourra, j'en ai peur; toutes ses forces Font abandonné, il est devenu sourd, et les symptômes les plus déplorables se manifestent. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui, mais son voyage dans ce monde touche à sa fin. Le vaisseau est en bon ordre, et nous repartons tous ensemble à deux heures quinze minutes de l'après-midi. Vent violent du nord; deux vaisseaux venant de Khartoum passèrent près de nous pendant que nous étions au milieu de nos réparations. Je fis de nouveaux arrangements pour mes ânes et je les installai dans des compartiments contenant trois animaux chacun, tandis qu'auparavant ils étaient pressés sans nécessité les uns contre les autres. J'attrape un poisson curieux {Tetrodon physa, GeofT.), qui s'enfle comme une vessie au moyen de l'air ; il est couleur noire avec des raies jaunes; sous ses nageoires se trouvent des ori-
fîces qui s'ouvrent et se ferment par le mouvement même des nageoires; ce mouvement est une demi-révolution. Cet animal forme l'intermédiaire entre les poissons et les tortues ; il a la tête de celles-ci; point de dents, mais des mâchoires tranchantes d'une force énorme. Quelques minutes après la séparation de la tête d'avec le tronc, les mâchoires saisissaient vigoureusement ce que l'on mettait dans la bouche, coupant en deux de petites branches ou de la paille épaisse, comme l'eût fait une paire de ciseaux. La peau du ventre est blanche et armée d'aiguillons, toute la peau est fort épaisse. Je la découpai en une longue lanière, et j'en enveloppai la monture d'une carabine que le recul occasionné par de fortes charges de poudre avait fendue. La chair sentait le musc et ne pouvait se manger. Quand on veut raccommoder la monture d'une arme à feu, rien de meilleur qu'une peau de poisson, d'iguane ou de crocodile. La colle de poisson fraîchement enlevée de l'animal et attachée autour de la monture comme un emplâtre, devient, lorsqu'elle se dessèche, aussi forte que du métal. Le paysage est toujours le même, plat, avec des buissons d'épines. Une forte houle produit l'effet le plus singulier, par l'ondulation des radeaux de verdure sur le fleuve. Le pays de Dinka s'étend sur la rive orientale ; de l'autre côté est le Shillook, direction Sud. Nous avons dépassé toutes les tribus arabes, et nous sommes au beau milieu des peuplades nègres. 29 décembre. — A minuit nous arrivâmes à une courbure de la rivière à l'ouest, courbure qui se prolongeait sur une étendue d'environ quinze milles. Le vent étant contraire, nous nous trouvâmes h trois heures du matin arrêtés sous le vent par l'herbe et la végétation flottante. Pendant deux heures nous travaillâmes à tourner cette courbure au moyen de deux cordes que nous tirions alternativement, et qui étaient attachées d'un côté au tillac du bateau , et de l'autre aux roseaux situés à l'avant de notre flottille. Ayant atteint de la sorte une direction sud, nous fûmes emportés de nouveau pendant deux heures par une brise favorable, tous les bateaux voguant bien de concert. On ne peut distinguer le rivage Est, car le regard n'embrasse qu'un vaste amas de roseaux de grandes dimensions s'étendant à perte de vue. Direction 0. S.O., à quatre heures « la disgracieuse^ » (c'est