‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 12 sur 73 · Tamarinus Indica. Linn. ( — M · texte numérisé non relu

Tamarinus Indica. Linn. ( — M

clarté de la lune , nous avons creusé son tombeau dans cet endroit solitaire.

« Le cercueil n'entourait pas inutilement sa poitrine ; il n'était revêtu ni d'un linceul ni d'un suaire ; mais il était étendu comme un pèlerin qui se repose, enveloppé dans son manteau. » Triste début pour notre* voyage ! Pauvre ami! j'ai fait ce que j'ai pu pour lui, ce qui ne montait pas à grand' chose, et des mains plus tendres que les miennes ont pourvu à ses derniers besoins. Ce triste événement termine l'année 1862. Les réparations du vaisseau étant finies, nous mettons à la voile à huit heures trente minutes du soir.

1863. 1" janvier y deux heures du mati7u — Des pensées sombres m'empêchent de dormir ; je veille en attendant le commencement de la nouvelle année. Dieu soit béni pour sa miséricorde pendant le passé, et qu'il lui plaise de nous diriger pendant la carrière qui s ouvre devant nousl

Nous arrivons au village de Mahomed Her, dans le pays des Shilouks. Cet homme, natif de Dongola, ayant couru les aventures sur le Nil Blanc, s'est établi avec une troupe de bandits au milieu des Shilouks, et il est devenu le premier marchand d'esclaves du Nil. Pays plat, comme à l'ordinaire; plusieurs villages du Shilouk sur le bord occidental sont abandonnés, à cause des habitudes de rapine de Mahomed her. Ce drôle prétend avoir le droit de territoire, et il offre de payer le tribut au gouvernement égyptien. C'est ainsi qu'il jette un gâteau à Cerbère pour qu'on le laisse tranquille.

Direction S. 0. La rivière, proprement dite, a environ sept cents verges de largeur; mais du côté de l'est, il y a des joncs et des glaïeuls sur une étendue de deux milles.

2 janvier. — La Disgracieuse étant en arrière, il lui est survenu une autre catastrophe: le mât pourri est encore une fois brisé. Le vent est favorable, mais nous voilà de nouveau forcés d'attendre ce mauvais bateau. Toujours des marécages plats et sans intérêt et, à l'ouest, des villages shilooks en grande quantité. Ohl l'amusante excursion 1 De dégoûtants sauvages nus comme la main, des marais sans fin, pleins de moustiques, le pays entier sans le moindre intérêt, sans beauté d'aucun genre. Direction 0. toute la journée; je vois des girafes et une autruche sur le rivage oriental. A l'autre bord, pendant tout le cours de

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la journée, nous passâmes devant une suite régulière de villages, situés à un demi-mille les uns des autres; le pays est fort peu* plé. Les cabanes sont en boue, couvertes dé chaume, et avec une très-petite ouverture. On dirait des champignons. Les Shilooks sont riches ; d'immenses troupeaux abondent dans leur pays. Les naturels parcourent le fleuve sur des embarcations de deux espèces : l'une est un mélange singulier du canot et du radeau; comme elle est faite du bois de Y Anémone mirabilis, qui est si léger^ on peut la transporter çà et là sans difficulté. Le tronc de cet arbre dépasse rarement, en épaisseur, la taille d'un homme ; et comme il se termine en pointe, on peut fabriquer promptement des canots - radeaux, en attachant ensemble les branches parallèles et en réunissant les extrémités.

3 janvier. — La vergue de La Disgracieuse est épissée avec du cuir de rhinocéros ; elle est donc solide, quoique ayant été brisée. Nous nous arrêtons le matin sur le rivage Est pour renouveler notre provision de bois de chauffage. A l'ouest, suite de villages Shilooks, comme hier pendant la journée, tous à un demimille les uns des autres ; l'un d'entre eux est construit au milieu d'un épais fourré de palmiers dolapes au bord de la rivière. Effrayés à la vue de nos bateaux, les habitants prennent la fuite; quelques pécheurs, occupés à harponner des poissons, décam* pent aussi.

Le pays plat, comme ci-devant, est fort marécageux sur la rive orientale, où nous ne voyons aucun signe d'habitation. La direction, ce matin, est sud. Nous arrivons à midi quarante minutes à la jonction de la rivière Sobat, et nous jetons l'ancre à un endroit où les Turcs avaient autrefois construit un camp. Pas un arbre. Des prairies et des marais à perte de vue. La largeur du Sobat n'a pas plus de cent vingt verges.

Je mesurai la rapidité du courant au moyen d'une gourde flottante qui faisait cent trente verges en cent douze secondes, correspondant à environ deux milles et demi par heure. La qualité de l'eau est de beaucoup supérieure à celle du Nil Blanc, ce qui me ferait croire que cette rivière descend des montagnes.

4 janvier. — En observant la hauteur du méridien solaire, je détermine la latitude de la jonction du Sobat à 9* 21' U''. Je suis occupé à raccommoder les voiles et à mettre en ordre la vergue

de La Disgracieuse. Chameaux et ânes sont tous en bonne santé. Ici l'herbe est excellente, et je fais une bonne provision de foin. Mon reis et mes bateliers me disent qu*à quelques journées de distance de son confluent, le Sobat se partage en sept branches toutes de peu de profondeur, et d'un courant très-rapide. Le rivage est plat des deux côtés, et en ce moment le lit de la rivière est plein jusqu'aux bords. Quoique l'eau soit parfaitement claire, et qu'il n'y ait aucune apparence d'inondation , cependant nous voyons sans cesse flotter à la surface des amas d'herbes qui semblent avoir été arrachées par les torrents. Un de mes hommes a remonté la rivière jusqu'au point où elle cesse d'être navigable; il déclare qu'elle est entretenue par un grand nombre de torrents montagneux, et qu'elle devient promptement à sec lorsque les pluies ont cessé. Je sondai à divers intervalles, et je trouvai que les variations de la profondeur étaient fort légères, de vingt-sept à vingt-huit pieds. A cinq heures de Taprès-jnidi, nous mîmes à la voile avec une brise agréable, et nous voguâmes doucement sur les eaux mortes du Nil Blanc. La lune est dans son plein ; l'eau est comme un miroir, le pays ressemble à un marais vaste et sans fin, la rivière a environ un mille de largeur, maisell^ est plus ou moins couverte de plantes flottantes. Calme et silence de mort, troublés seulement de loin en loin par les abois des chiens de hameaux inaperçus et par les sourds ronflement? d'hippopotames dérangés par nos bateaux. Direction ouest.

5 janvier. — Brise fraîche, assez forte pour nos voiles ; les bateaux s'avancent à raison de huit ou neuf milles par heure — pas de courant perceptible, vasies marécages; la rivière proprement dite n'a pas plus de 1 50 verges de largeur, formant une sorte de tunnel au milieu d'une masse d'herbes aquatiques, semblables à de grandes cannes à sucre, qui cachent la véritable étendue du fleuve. A environ six milles ouest de la jonction du Sobat au nord du Nil, est une espèce de lac qui s'étend vers le nord, à une distance de plusieurs journées de navigation ; il se perd enQn au milieu des herbages épais et des marécages; dans la saison pluvieuse, c'est un lac véritable. Colline dans la direction de 20* ouest, si éloignée qu'on peut à peine la distinguer. Le Bahr Girafe est uue petite rivière se joignant au Nil sur le rivage méridional entre le Sobat et le Bahr-el-Gazal. Mon reis (Diabb)

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m'informe que c'est simplement une branche du Nîl Blanc venant du pays d'Aliab, et non pas une rivière isolée. Direction ouest, iQo nord, le courant est d'un mille par heure. Marécages et bois d'ambatch {anémone mirabilis) à perte de vue.

A 6 heures 40 minutes de l'après-midi, nous atteignons le Bahr-el-Gazal; le confluent des deux fleuves ressemblée un lac d'environ trois milles de longueur sur un de largeur, variant suivant les saisons.

Quoique les eaux soient hautes, le Bahr-el-Gazal n'a aucun courant et ressemble à un étang formé par le Nil. L'eau étant claire et tout à fait stagnante, on dirait une inondation du fleuve si on ne connaissait pas l'existence du Bahr-el-Gazal.

Le Bahr-el' Gazai s'étend de cet endroit à une grande distance, la rivière est un système de marais, d'eaux stagnantes, couvertes de roseaux et de bois d'ambatch, à travers lesquels nous sommes obligés de pratiquer une éclaircie pour donner passage au bateau. Cette rivière n'apporte au Nil que peu ou point d'eau, car à l'embouchure on ne distingue pas le moindre courant. La force du courant du Nil est d'environ un mille et demi par heure quand il tourne soudain l'angle, changeant de direction du nord à l'est. La largeur en cet endroit ne dépasse pas cent trente verges ; mais il est impossible de la déterminer d'une manière exacte, car l'étendue en est déguisée par les roseaux dont le paj s est entièrement couvert à perte de vue.

Le Nil Blanc ayant une direction vers l'ouest de 10" N. (variation de la boussole, 10* ouest, depuis le Sobat jusqu'à la jonction du Bahr-el-Gazal), tourne soudainement vers le sud, lO"" est. A ce que disent les naturels, il y a, dans cet endroit, une grande quantité de lacs. Le pays en général est très-plat avec de légères dépressions ; ces dépressions forment de vastes étangs pendant la saison pluvieuse, et des marais pendant la sécheresse ; ainsi, les descriptions des voyageurs peuvent être contradictoires, selon les différentes saisons où les observations sont faites. Rien qui annonce des lacs permanents d'une certaine étendue; on voit partout des amas considérables de plantes aquatiques et de végétation qui exigent une saison sèche et d'autre part une saison pluvieuse ; mais il n'y a pas beaucoup de grandes accumulations d'eau profonde. D'après les sondages faits en diflerents endroits, je trouve que la profondeur du lac,

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à la jonction du Bahr-el-Gazal, varie de sept à neuf pieds. Ha petite escadre jette l'ancre afin que je puisse continuer mes observations. Je fais amener et examiner la vergue de la Disgrackuse; on coupe de l'herbe pour les animaux.

6 janvier. — Inspection des provisions. En fait de boisson, nous en avons assez jusqu'à Gondokoro, après quoi : vive la misère! Il est curieux de remarquer pendant le cours d'un voyage dans l'Afrique, les degrés du luxe et de la pauvreté; vin, spiritueux, pain, sucre, thé, etc., tout s'épuise successivement, tout tombe comme le plumage d'un oiseau qui mue, et nous n'en avançons pas moins fort satisfaits.

Mes gens sont activement employés à couper de l'herbe, laver, pécher, etc. Latitude 9^ 29' par la hauteur méridienne du soleil. Différence de temps relevée par observation entre le point où nous sommes et la jonction du Sobat : 4' 26*'. Distance : 1 * 6' 30". J'attrape des perches, mais elles n'ont pas les nageoires rouges de l'espèce d'Europe*. Pris au filet quelques 6ou/re5, — variété de perche qui atteint jusqu'à quatre livres de poids, et qui forme un excellent manger.

Nous partons à 3 heures de l'après-midi. Des masses magnifiques de papyrus, d'une couleur sombre, s'élèvent en fourrés épais, à dix-huit pieds au-dessus dé la rivière. J'ai mesuré le diamètre du sommet d'un de ces roseaux : 4 pieds l pouce.

1 janvier, — Nous partons à 6 heures du matin, direction est, 10* sud; le vent exactement contraire. Nous avons perdu de yae la Disgracieuse. Nous sommes obligés de nous haler en attachant aux roseaux de longues cordes à environ cent verges en avant. C'est une besogne affreuse. Mes gens sont contraints de nager pour fixer les cables, et ceux qui sont à bord, exécutent le halage, tirant le bateau contre le courant. Rien ne peut surpasser la fatigue et l'ennui de cette opération. Par suite de leur constant travail dans l'eau, un grand nombre de mes gens souffrent de la fièvre. La température est beaucoup plus élevée que lors de notre départ de Khartoum ; le pays est toujours un vaste marécage. Pendant la nuit nous entendons la rauque musique des hippopotames qui ronflent et se jouent dans les roseaux, et le bourdonnement de nuées de moustiques, ces rossignols du Nil

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