‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 20 sur 73 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

MAUVAISE RÉCEPTION ET Stj0UR A MiDOKORO.

Nous étions tous enchïintés d'avoir terminé notre Yoyage par eau. Mon lecteur a, je le crains, partagé Tennui que le Nil Blanc m'a fait éprouver à moi-même; mais si Je lui ai, en effet, infligé mon journal, c*est qu'aucune autre méthode de description ne pouvait lui donner une idée de la désolation générale de la contrée. .

Ayant débarqué toutes mes provisions et emmagasiné mon blé dans des greniers appartenant à Kourshid-Aga, je me munis d'un reçu signé de lui pour ce dépôt, et je lui délivrai un ordre en vertu duquel la moitié devait être remise à MM. Speke et Grant, dans le cas où ils arriveraient à Gondokoro pendant mon absence dans l'intérieur du pays. Je craignais qu'ils ne survinssent, à mon insu, par quelque route que j'ignorais, tandis que je me dirigerais vers le Sud.

Il y avait à Gondokoro un grand nombre d'agents de différents marchands ; tous qui me regardaient avec la plus grande méfiance ; ils ne pouvaient croire que mon but fût simplement de voyager, et ils pensaient fermement que j'étais un espion chargé de les surprendre dans leur affi*euz commerce d'ivoire et d'esclaves.

Pendant que je m'entretenais avec ces marchands, leur répétant que Je seul objet de mon voyage était l'exploration des sources du Nil et la recherche des deux voyageurs, MM. JSpeke et Grant, je fus frappé d'un bruit assez singulier répandu par des

nëgresarri vésdes districts ^erintérieur A une grande distanceau Sud, disaient-ils, se trouvaient deux hommes blancs, qui avaient longtemps été les prisonniers d*un sultan ; ces hommes avaient des fexix d'arti/ice d'une nature extraordinaire; tous deux avaient été malades, et l'un était mort.

En vain essayai-je de découvrir quelque autre trace de ce singulier bruit. Un naturel du pays possédait, disait-on, un morceau de bois portant des marques attestant qu'il avait appartenu à un des hommes blancs. Je pris des informations, et trouvai que ce fait était seulement un on dit de quelque tribu éloignée. Cependant j'attachai le plus grand prix à ces rumeurs, car il n*v avait au sud de Gondokoro aucun blanc occupé au commerce d'ivoire, et il était donc très-probable que les bruits en question se rapportaient à l'existence de MM. Speke et Grant. Lorsque j'étais à Rhartoum, j'avais entendu dire que la factorerie la plus reculée était à environ quinze jours de marche, et je comptais toiyours m'y rendre directement. Je me proposais d'y laisser en magasin le plus lourd de mon bagage, et d'en faire comme le point de départ de mon expédition vers le sud. La caravane venant de cette factorerie devait, me dit-on, arriver à Gondokoro dans quelques jours avec une provision d'ivoire; je résolus de l'attendre et de repartir avec elle. Les porteurs d'ivoire pourraient se charger de mon bagage, et j'épargnerais ainsi mes bétes de somme.

En attendant je passai mon temps à donner de l'exercice à mes chevaux, et à étudier Gondokoro, ville et habitants.

Les habitations des naturels sont des modèles de propreté. Le domicile de chaque famille est entouré d'une haie de l'impénétrable euphorbia, et l'intérieur de l'enclos consiste généralement en une cour dont le sol est macadamisé de cendres, de fiente de vache et de sable. Sur cette surface, soigneusement balayée, on voit une cabane ou davantage. Les habitations sont entourées de greniers construits fort proprement en osier, couverts de chaume, et élevés sur des espèces d'estrades. La toiture des cabanes est en saillie, de façon à donner de l'ombre, et l'entrée a, en général, environ deux pieds de hauteur.

Lorsqu'un membre de la famille vient à mourir, on l'ensevelit dans la cour. La tombe est consacrée par un poteau auquel sont suspendus des crftnes de bœuf garnis de leurs cornes,

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tandis que son extrémité est ornée d'une touffe de plumes de coq. Chaque homme porte avec lui ses armes, sa pipe et son tabouret, et, lorsqu'il se tient debout, il a tout cela entre les jambes, à l'exception du tabouret. Les habitants de Gondokôro appartiennent ^ la tribu des Baris ; les hommes sont bien faits, mais les femmes n'ont rien d'attrayant. Les grosses lèvres et le nez épaté, qui constituent le type noir, manquent ici; les traits sont réguliers et la chevelure laineuse est la seule trace que l'on trouve de l'origine nègre. L'estomac, les côtes et le dos sont tellement tatoués qu'on dirait qu'ils sont couverts d'un large vêtement d'écaillés de poisson, surtout quand les hommes se frottent d'ocre rouge, ce qui est la mode suprême. On &it cette préparation avec une argile spéciale où l'oxyde de fer abonde ; lorsqu'elle est brûlée, on la réduit en poudre et on en fabrique des morceaux qui ressemblent, par la dimension, à des carrés de savon. Les individus des deux sexes se couvrent decelte ocre, qu'ils mêlent avec de la graisse jusqu'à la consistance d'une pâte, ce qui leur donne l'air dé briques nouvellement cuites. Ils ne gardent de leur chevelure qu'une petite tO'jfTe au sommet du crâne, ils y plantent une ou deux plumes. Les femmes ont la tété généralement rasée. En guise de feuille de figuier*, elles portent un petit tablier très-élégant, d'environ six pouces de long, fait de perles ou de petits anneaux de fer, travaillés comme une cotte de mailles, et, par derrière, la queue usuelle faite de lanières de cuir très-déliées ou de ficelle fabriquée avec le coton du pays. Le tablier et la queue sont attachés à une ceinturé qui entoure les reins comme dans la tribu des Shirs; ainsi la toilette se fait tout d'un coup. Elle aurait de plus l'avantage d'être utile, si ces dames pouvaient se servir de leurs queues pour éloigner les mouches, qui sont le fléau du pays.

Les bestiaux sont de très-petite taille; vaches et brebis ont des dimensions tout à fait lilliputiennes, mais les portées étant, en général, de trois petits, la reproduction en est très-rapide. Autrefois les naturels étaient fort pacifiques ; mais les habitants de Khartoum les rançonnent et les tuent à discrétion de tous côtés ; pour se venger, ils lancent aux étrangers, qui ne sont pas sous la protection d'une bonne escorte, leurs flèches empoison- .

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