INTRODUCTION
Le premier but des voyages d'exploration est d'ouvrir au commerce les parties de notre glol)e qui peuvent être utiles au genre humain. V explorateur est le pionnier du colon; celui-ci, à son tour, est Tinstrument au moyen duquel doit s'accomplir la civilisation du monde, — ce grand œuvre , — cette entreprise la plus considérable et la plus difficile de toutes.
Le progrès de la civilisation dépend de la situation géographique. La surface de la terre présente — ici certaines facilités, — là certains obstacles aux relations de peuple à peuple; les points de l'accès le plus facile jouiront toujours d'une civilisation plus grande que celle des localités auxquelles on arrive malaisément.
Nous pouvons donc poser en fait que le progrès de la civilisation dépend de la facilité des moyens de transport» Les pays où les communications sont naturellement difficiles peuvent, par l'industrie humaine, devenir d*un accès commode; alors les denrées et autres produits de ces régions seront transportés à la côte afin d'y être échangés contre des marchandises étrangères ; et le commerce, ainsi organisé, deviendra le pionnier de la civilisation.
L'Angleterre étant à ta tête du monde commerçant, jouit d'un pouvoir qui entratne avec lui une sérieuse responsabilité. Elle a la force civilisatrice ; la nature lui a assigné la tâche de coloniser
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le globe. Dans le court espace de trois siècles, TAmérique du Nord, enfantée, pour ainsi dire, par elle, a pris des proportions gigantesques ; une nouvelle époque a commencé dans l'histoire de rhumanité, une nouvelle puissance s'est manifestée dont les destinées auront une influence incalculable.
Plus récemment, et avec un développement encore plus rapide, l'Australie a conquis sa place au soleil : preuve irréfutable de l'aptitude de l'Angleterre à défricher les terres incultes, et à soustraire à la barbarie ces immenses espaces restés improductifs depuis la- création du monde, et qui étaient comme des foyers de ténèbres au milieu desquels la colonisation anglaise a versé des flots de lumière. Devant les progrès de la civilisation, les féroces habitants de ces déserts se sont retirés ; des pays jusqu'alors cachés, et ne comptant pour rien dans la somme totale de l'univers, ont pris le premier rang parmi ceux auxquels sont commises les destinées du monde.
La semence de l'Angleterre ainsi jetée sur la surface de la terre, germe partout où elle trouve un sol propre à sa reproduction. L'énergie et l'activité de la mère patrie se transforment pour ses enfants en instincts naturels partout où se trouvent réunies les conditions nécessaires à leur développement; les pays aptes à l'agriculture et dout la position géographique est favorable, deviennent, à coup sûr, quoique lentement, des foyers civilisateurs.
Le christianisme véritable ne s:iurait co-exister avec la barbarie; sa diffusion dépend donc du développement de la civilisation ; ce développement, à son tour, dépend du commerce.
En vain le philanthrope et le missionnaire s'efforceront de lutter contre l'abrutissement des tribus barbares, jusqu'à ce que le commerce ait planté les premiers jalons qui doivent mener par dogrès à la civilisation. Il faut que le sauvage sache toute la portée du mot besoin; il faut éveiller en lui les sentiments d'ambition, et lui apprendre à désirer quelque chose de mieux que
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sa nourriture. Or, les relations avec des hommes civilisés peuvent seules produire ce résultat ; en voyant des individus bien vêtus, le sauvage désirera des vêtements à son tour, et éprouvera ainsi un besoin. De V\ surgira une première opération de commerce. Afin de se procurer ce qu'il désire, le sauvage proposera en échange quelque produit de son pays, suivant les nécessités ou le caprice du négociant avec lequel il a noué des relations. A mesure qu'il fréquentera les Européens, ses besoins s'augmenteront; il lui faudra donc, dans le même rapport, développer ses ressources productives et devenir industrieux; car l'industrie est le premier pas vers la civilisation.
L'énergie naturelle des habitants de tous les pays dépend essentiellement du climat, et comme la civilisation résulte de l'industrie ou de l'énergie humaine, elle varie suivant les conditions géographiques des différentes localités. Sous les tropiques, point de progrèG. Énervés par une chaleur accablante, les natifs sont plus enclins au repos et au plaisir qu'au travail. N'ayant pas à craindre les rigueurs de l'hiver, n'étant pas réveillés par les variations qui accompagnent les saisons, ils ont dans leur caractère la monotonie qui distingue la température du pays. Point de difficultés naturelles à surmonter; aucune lutte avec les tempêtes, les vents glacés, le sol endurci par les frimas. L'été dure sans interruption, et comme la fertilité n'exige que très-peu de culture, on ne sent pas que Tactivité soit nécessaire; l'intelligence n'ayant aucun problème à résoudre, languit et finit presque par s'éteindre. Le défaut d*industrie, la mollesse de caractère entraînent à leur suite la passion de l'aisance et du luxe; cette pente conduit à la polygamie, qui ravale la femme , et dans l'ordre naturel et dans l'ordre social. Ainsi avilie, elle perd l'influence qu'elle aurait^dû exercer sur l'homme; elle devient l'esclave de ses passions, et entrave le mouvement civilisateur au lieu d'en être l'emblème. L'absence d'un amour véritable, résultat de la polygamie, s'oppose à tout progrès;
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avec la pluralité des femmes légalisée, le développement de la civilisation est impossible. Sous les tropiques la polygamie est le vice prédominant, et forme le plus grand obstacle au succès du christianisme. Soigneusement conçue en vue des mœurs orientales, la religion mahoraétane permettait la pluralité des femmes, aussi prit-elle de grands développements. On peut enseigner au sauvage l'existence de Dieu et en faire un musulman; mais la prescription obligatoire de la fidélité conjugale, Tempecherade devenir chrétien. Ainsi, on voit que sous les tropiques
la civilisation fera toujours des progrès moins rapides que dans les zones tempérées. A l'origine, la seule portion du globe où la barbarie ne régnât pas, était comprise entre la Perse, l'Egypte, là Grèce et l'Italie. Là s'est trouvée concentrée toute l'histoire primitive du monde, et quoique l'importance spéciale de cette région ait changé, elle n'a perdu, de nos jours, rien de sa signification géographique.
Le pouvoir et l'intelligence de l'homme atteindront leur plus haut développement entre les limites de certaines latitudes, et les passions naturelles et les caractères distinctifs propres à chaque race, dépendront des localités et de la température du climat.
Il y a dans telle ou telle région des circonstances d'attractian qui déterminent les premiers établissements humains; de même que certaines conditions de localité attirent certains oiseaux, certains quadrupèdes. La nourriture est le premier besoin de l'homme et des autres animaux ; ainsi, un sol fertile et d'abondants pâturages réunis à un climat salubre et à la présence de cours d'eau navigables, attireront toujours les hommes, tandis que les oiseaux et les quadrupèdes se rassembleront dans le voisinage des forêts, des prairies, des districts abondamment pourvus de graminées. La terre présente sur certains points des avantages spéciaux à l'homme et aux autres êtres animés; et à trèspeu d'exceptions près, ces localités sont toujours naturellement
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habitées. Depuis les temps les plus reculés, il y a eu des contrées tellement favorisées de la nature sous le rapport de la position géographique, du climat et de la fertilité, que l'on s*en est disputé la possession. Ce sont ces pays qui ont eu le plus d'influence sur la civilisation du monde , les berceaux auxquels on rattachera jusque dans l'avenir le plus éloigné la culture intellectuelle et morale. Ainsi, les ressources particulières de TÉgypte ont éveillé le désir de sa conquête, et l'histoire primitive du monde est intiment liée aux annales de ce pays.
L'Egypte est un exemple frappant de la formation d'un sol par des dépôts successifs d'alluvions; elle doit sa création^ strictement parlant, à un seul fleuve. Le vaste désert du Sahara, cet effrayant plateau de sables brûlants, s'étendant depuis la mer Rouge jusqu'à l'océan Atlantique, est traversé par un seul courant d'eau. Bien des siècles avant que l'homme pût exister sur cette terre inhospitalière, ce courant unique poursuivait sa tâche. Pendant des myriades d'années il a crû. il a débordé, il est rentré dans son lit, toujours déposant sur le sable aride le legs inappréciable d'un sol gras et fertile; ainsi s'est formé le Delta. A une époque si éloignée que nous ne saurions en fixer la date même d'une manière approximative, l'homme prit possession du territoire auquel le Nil avait ainsi donné naissance; bref, ce coin de la sauvage Afrique arraché à la stérilité, devint l'Egypte, et se plaça au premier rang dans l'histoire de notre globe.
Le monde s'est toujours disputé, et se disputera toujours la possession de ce pays extraordinaire.
Bien qu'elle ait été le théâtre de luttes continuelles, depuis la conquête des Perses jusqu'à nos jours, l'Egypte n'a presque pas cessé de produire. Sa position géographique offrait au commerce des avantages hors ligne. Bornée à l'est par la mer Rouge, au nord par la Méditerranée, présentant à l'intérieur des moyens faciles de transport, grâce au cours fertilisateur du Nil, l'Egypte