‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 32 sur 73 · Première épitreaux Corint., chap. XV · texte numérisé non relu

Première épitreaux Corint., chap. XV

sent comme le fruit du grain. Quelques hommes n'ont pas d'enfants, et quelques grains périssent sans donner de fruits ; alors tout est fini.»

Je fus obligé de changer le sujet de la conversation. Ce sauvage n'avait pas même une seule idée superstitieuse sur laquelle je pusse enter un sentiment religieux. Il croyait à la matière, et son intelligence ne concevait rien qui ne fût matériel. Il était extraordinaire de voir une perception aussi claire unie à tant d'incapacité pour saisir l'idéal.

Abandonnant la discussion religieuse , qui n'avait abouti à rien, je résolus de faire des questions d'une natureplus pratique.

Les Turcs n'étaient arrivés à Latouka que l'année précédente; ils n'avaient pas introduit les coquilles de cauris^ mais, comme tous les casques en portaient en manière d'ornements, je conclus que les coquilles en question venaient de Zanzibar.

En réponse à mes questions à ce sujet, Commoro m'indiqua du doigt le sud, d'où, me dit-il, les cauris arrivaient en son pays; mais, quant au point de départ, c'est ce qu'il ne pouvait m'expliquer. J'étais convaincu pourtant qu'on les expédiait de la côte orientale, car Spekeet Grant avaient suivi les caravanes de marchands de Zanzibar jusqu'en Karagoué, par 2* de latitude sud.

Commoro ne comprenait rien au but que je me proposais en visitant le pays de Latouka; en vain, je le lui expliquai. «Supposons, me dit-il, que vous arriviez au grand lac, qu'en ferez-vous? A quoi bon? Si vous trouvez que la grande rivière en dérive, à quoi cela vous servira-t-il? »

Je pus seulement lui dire qu'en Angleterre nous connaissions parfaitement le monde entier, excepté l'intérieur de l'Afrique ; que notre but était de rendre service aux pays que nous découvrions par l'introduction d'un commerce légitime ; et que nous cherchions à exporter des articles de fabrique anglaise en échange de l'ivoire et d'autres marchandises. Il me répondit que les Turcs ne voudraient jamais trafiquer d'une façon loyale; c'étaient de très-mauvaises gens, qui persisteraient à n'échanger que des bestiaux pour de Tivoire, volant ces bestiaux, aux gens d'une tribu, pour les revendre à la tribu voisine.

Notre conversation se termina soudain par l'arrivée d'un de meâ hommes, qui entra en courant dans ma tente, avec la mauvaise nouvelle qu'un de mes chameaux était tombé et se mou-

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rait. Le fait n'était que trop vrai. Il s'était empoisonné en mangeant une plante bien connue, et mourut au bout de quelques heures. Rien de plus béte qu'un chameau. La nature a donné aux autres animaux l'instinct de choisir la nourriture qui leur est la plus convenable, et d'éviter celle qui pourrait leur nuire ; le chameau mange indistinctement tout ce qui est vert, de sorte que, dans un pays où abonde la plante que les Arabes connaissent sous le nom de « poison de chameau, > il est nécessaire de faire accompagner ces animaux par des gens qui les surveillent pendant qu'ils paissent. La plante la plus funeste pour eux est une liane, très-succulente, d'un si beau vert que son épais feuillage attire les stupides quadrupèdes d'une manière irrésistible. L'estomac du chameau est fort sujet aux inflammations, dont l'effet est rapidement fatal. Après plusieurs jours de marche forcée, je les ai souvent vus arriver dans un bon pâturage, y manger à l'excès, et mourir d'inflammation au bout de quelques heures. Il est étrange d'observer comment ils peuvent vivre de la nourriture la plus sèche, et apparemment la moins substantielle. Là où d'autres animaux mourraient de faim, le chameau vit très à son aise, mangeant des bouts dé petites branches sans feuille, les tiges desséchées de certains arbustes, et la substance dure et sè:he comme du papier, qui revêt le palmier doum^ déjeuner aussi succulent que le serait un parapluie vert et un exemplaire du journal le Times. Quoique le chameau, dans des circonstances pénibles, soit un véritable anachorète pour la frugalité, il est très-gourmand de son naturel, et, placé au milieu d'un abondant pâturage, il fait preuve d'une grande voracité, recherchant toujours les plantes les plus vertes. L'arbuste à poison est alors un piège très-dangereux.

On ne connaît pas bien le chameau en Europe. Loin d'être docile et patient, comme on se le figure, il est fort rétif, et les mâles sont souvent dangereux. Leur entêtement est extraordi* naire,et leur stupidité, comme je l'ai déjà dit, incroyable. Leur seule qualité est d'être admirablement adaptés aux grands déserts; sans eux, ilserait impossible detraverser certains districts où l'eau manque absolument.

On a écrit bien des exagérations sur le temps pendant lequel un chameau peut se passer de boire. Ce temps dépend beaucoup de la saison, et de la nourriture que l'animal a prise. En Europe,

les brebis et les moutons, nourris de navets, n*ont besoin que de très-peu d*eau; de même, les chameaux peuvent vivre presque sans boire pendant la saison pluvieuse, lorsqu'ils paissent des herbes succulentes et couvertes de rosée. Lors des grandes chaleurs, lorsqu'il n'y a plus d'herbe dans le pays, on mène les chameaux à l'abreuvoir tous les deux jours, de sorte qu'on suppose qu'ils boivent une fois en quarante^ huit heures ; lorsqu'ils sont en marche à travers lesdéserts où l'eau manque, on leur fait porter un fardeau de cinq ou six cents livres, et on les fait marcher pendant trois jours de suite sans boire, à raison de vingt-cinq milles par jour. Le quatrième jour, on leur donne à boire. Ainsi un chameau ayant bu la veille de son départ portera sa charge l'espace de cent milles, sans qu'il lui soit nécessaire de s'abreuver de nouveau; je ne dis pas qu'il n'ait pas soif. Durant les chaleurs étouffantes du simoun, le chameau devrait boire le troisième jour, si c'est possible ; mais, à la rigueur, il peut attendre jusqu'au quatrième.

Cette constitution particulière permet au chameau de triompher d'obstacles naturels, qui, sans cela, seraient insurmontables. Non-seulement il peut voyager sur le sable brûlant des déserts, mais il ne recherche jamais l'ombre. Quand il est déchargé de son fardeau, il s'agenouille tout auprès dans le sable et semble goûter avec plaisir l'ardeur du soleil, qui force les autres animaux à rechercher Tombre. La nature spongieuse de ses pieds rend sa marche très-sûre, quoiqu'on s'imagine généralement qu'il n'est propre qu'aux plaines unies et sablonneuses. J'ai voyagé sur des montagnes si abruptes que, de tous les animaux domestiques, le chameau seul aurait pu les traverser avec un fardeau. Cette particularité n'appartient pas à la race entière, mais à une variété que l'on rencontre chez les Arabes Hadendowa entre la mer Rouge et Taka. Il y a autant de variétés de chameaux qu'il y en a de chevaux. Ceux qu'on estime le plus dans le Soudan sont les Bishareen; ils n*ont pas la taille des autres, mais ils sont très-forts et très-endurants.

La valeur moyenne d'un chameau de bagage parmi les Arabes du Soudan est de quinze dollars; mais un bon Hygeen ou dromadaire de selle vaut de cinquante à cent cinquante dollars, selon sa force. Un Hygeen de première qualité doit marcher cinquante milles par jour, et Continuer de la sorte pendant cinq jours,

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chargé seulement de son cavalier et d'une petite outre ou girba de cuir. Lorsque l'allure de l'animal est aisée , son trot allongé doit produire le mouvement que les nourrices adoptent lorsqu'elles bercent les enfants sur leurs genoux. Ce bercement est délicieux, et l'allure rapide et élastiqife d'un chameau de prix donne à celui qui le monte tant de vigueur, que, n'était l'ardeur du soleil, on aimerait à voyager sans cesse. La difTérence de la marche et du confort pour le voyageur entre un chameau ordinaire et un Hygeen de première classe, correspond à celle qui existe entre un cheval pur sang et un pesant cheval de charrette.

Cependant, malgré toutes ses qualités de Bishareen, mon meilleur chameau était mort. C'était pour moi une perte sérieuse. Tant que mes bêtes de somme se portaient bien, je me sentais indépendant, et la perte de ce chameau représentait un déficit de cinq quintaux de bagage. Mes hommes étaient si paresseux, qu'ils ne faisaient pas la moindre attention aux bétes, et celui que j'avais chargé de surveiller les quatre chameaux s'était amusé à aller voir danser les Latoukas. Cette négligence avait causé la mort de mon Bisharten.

Les selles et les bâts avaient été si bien arrangés à Rhartoum, qu'après une marche de sept jours avec d'énormes fardeaux, pas une des bétes de somme n'était blessée au dos. Les ânes étaient frais et dispos, mais ils avaient acquis une dégoûtante habitude . Les villes des Latoukas sont fort propres , et on ne souffre aucune ordure à l'intérieur. Par contre, l'extérieur des palissades, surtout dans le voisinage des différentes entrées, est plein d'immondices ; or, mes ânes s'en nourrissaient et s'engraissaient comme des porcs, tout en nettoyant la voie publique. Mon malheureux compagnon allemand, Johann Schmidt, me disait, je m'en souviens, qu'il se trouvait une fois à la chasse» dans le pays de Basé, où coûte l'herbe était brûlée, et pas une trace de végétation ne se présentait. Comme il avait fait une excellente chasse, il nourrit son ânç de chair d'antilopes que l'animal mangeait avidement, et dont il s'engraissa à vue d'œil. Il est singulier qu'en certaines circonstances, les ânes deviennent carnivores, tandis que les chevaux ne mangent jamais que du fourrage.

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