Genèse^ chap. m
S20 L'ALBERT N'YANZA.
de lui assigner unbudget convenable, comment peuvent-ils s'attendre à ce qu'il s'occupe de leurs intérêts? Il lui faut des chèvres et du blé. « Point de chèvres, point de pluie, • dit Katchiba : < vous savez, mes enfants, que tels sont les termes du contrat. Je puis attendre, et j'espère que vous le pouvez aussi, i Ses sujets se jplaîgnent-ilsdetrop de pluie? il les menace d'orages et d'éclairs à perpéiuUé^ s*ils ne lui donnent pas quelques centaines de paniers de blé. C'est ainsi qu'il conserve son empire.
Personne ne songerait à se mettre en route sans la bénédiction du vieux chef, et on regarde conmie indispensable de recevoir de ses mains magiques une espèce de formule qui préservera le voyageur contre toute attaque des bétes sauvages. En cas de maladie, on l'envoie chercher, en sa qualité de docteur, non pas en médecine mais en magie; et il gratiGe tout à la fois la cabane et le malade de charmes avec ces chances aléatoires de succès contre la mort, qui accompagnent toute opération, même celles de la sorcellerie. Ses sujets ont la plus grande confiance en son pouvoir; telle est même sa réputation, que des tribus éloignées le consultent; et sollicitent son secours comme magicien. De cette manière le vieux Kalchiba conserve son pouvoir sur un peuple sauvage mais crédule. A force d'en imposer au public, je crois qu'il s'en impose à lui-même, et que malgré des fiascos trèsfréquents, il se croit vraiment un sorcier émérite. Afin de se le rendre propice, ses sujets lui donnent souvent les plus jolies de leurs filles ; de cette façon le cercle de sa famille se développe tellement qu'il a été obligé de multiplier ses foyers pour prévenir toute querelle domestique parmi ces dames. Voici comment il s'y prend : il distribue dans tous ses villages un certain nombre de ses épouses; de sorte qu'en quelque endroit de son territoire qu'il se trouve, il est toujours chez lui. Cette multiplicité de femmes a eu les plus heureux résultats ; Katchiba a en ce moment cent seize enfants tous bien portants. Autre preuve de sorcellerie, à «ce que disent ses sujets. Une de ses femmes, qui n'avait pas eu de rejeton, vint me demander de la médecine afin de corriger quelque pernicieuse influence qui la rabaissait dans l'estime de son mari. La pauvre femme était dans la plu^ grande affliction; elle se plaignait de ce que Katchiba la traitait cruellement, parce qu'elle n'avait pas pu apporter jusque-là sa part contributive à sa famille. Mais elle était persuadée que j'avais
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des sortilèges qui la rélabliraienl dans sa dignité. Pour me débarrasser d'elle, je fus obligé de lui donner la première pilule qui me tomba sous la main en ouvrant ma pharmacie portative; elle s'en retourna satisfaite.
Katchiba est tellement affermi dans le pays non-seulement comme sorcier, mais comme père de famille y que chaque village est gouverné par un de ses fils. Ainsi Tadministration entière est essentiellement domestique. Les fils, comme de raison, croient aux talents magiques de leur père. Quoique les habitants n'aient pas la moindre idée d'un Être suprême , ils se prosternent tous devant la sorcellerie. Quelle singulière distinction entre la foi et la crédulité I Ces sauvages qui ne croient pas en Dieu, qui n'ont pas même une trace de ce qu'on appelle superstition, croyaient fermement que les affaires de la vie et le contrôle des forces de la nature étaient entre les mains de leur vieux chef; ils ne le servaient ni par affection ni par religion, mais par un instinct matériel qui guide toujours les sauvages; ils se le rendaient propice en vue de ce qu'ils croyaient pouvoir obtenir de lui. Ce qui rend la conversion des nègres au christianisme si difficile, c'est précisément ce sentiment invincible dont ils sont toujours possédés; le sauvage ne croit à rien qu'à ce qui peut lui rendre un service précis et immédiat.
La force et la blague * sont les seules puissances capables de gouverner les sauvages; c'est donc exclusivement par ces deux principes que leurs chefs sont guidés. Là où la force fait défaut, on se sert de la blague comme d'un pis aller. Katchiba n'avait aucune force physique, mais il avait recours à la ruse, et la sorcellerie lui servait à tenir en respect ses incultes sujets. Il est singulier que ces habitants barbares de l'Afrique centrale croient à la magie, tandis qu'ils n'admettent pas la religion, et qu'ils attribuent à l'homme une puissance surnaturelle, tandis qu'ils ne reconnaissent aucun être au-dessus de l'homme.
Le sauvage n'apprécie la magie qu'en ce qu'elle a de pratique, et ne se soucie pas des côtés plus relevés de cet aft mystérieux. Ainsi les tables tournantes et les médiums sont particuliers à l'Eutope civilisée qui voudrait convertir les nègres de TAfrique. Ualgré sa sorcellerie, Katchiba était un brave homme, et la vi-