‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 37 sur 73 · Humbug en anglais. (—M · texte numérisé non relu

Humbug en anglais. (—M

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site que je lui fis le rendît très-fler. lime donna beaucoup de détails sur le pays, me disant que je ne pourrais de plusieurs mois me diriger vers le Sud, car il était tout à fait impossible de traverser la rivière Asua pendant la saison des pluies. Il me proposa donc de camper à Obbo jusqu'à la fin de cette saison. Nous étions au mots de mai ; ainsi je me voyais obligé d'ajourner mon voyage jusqu'en décembre.

Je résolusde pousser unereconnaissance au sud vers ce terri-

Le Sis Hué de Kïtchiba.

ble Asua, ou Achua, suivant la prononciation obbo, et puis de revenir à moh camp. Je m'arrangeai donc de manière à laisser Mme Baker avec le bagage sous une garde de huit hommes; quant à moi je voulais partir n'emportant que des habits de rechanf^e et une marmite. Katchiba me promit de prendre le plus grand soin de ma femme, et de lui fournir tout ce dont elle aurait besoin; il offrit de se rendre personnellement responsable pour

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sa santé, et il convint de placer un talisman magique au-dessus de la porte de notre cabane, afin qu'aucun mal n'y survint pendant mon absence. Cette cabane était une petite résidence fort commode, d'environ neuf pieds de diamètre et tout à fait circulaire. Le sol bien cimenté d'argile et de fiente de vache; les murs d'environ quatre pieds six pouces de hauteur, formés de boue et de branchages recouverts aussi de fiente de vache. La porte d'entrée, élargie, offrait maintenant un coup d'oeil imposant; elle avait à peu près quatre pieds de haut, et le tout formait un contraste frappant avec les chenils dont nous étions environnés, accessibles seulement par un trou de deux pieds de haut. Le 7 mai, je partis avec trois hommes, et me dirigeant vers le sud, je traversai parallèlement à la chaîne de montagnes du Madi, et à environ cinq milles de leur base, un charmant pays couvert de belles fleurs, surtout d'orchidées; semé de clairières comme un parc, mais généralement revêtu d'herbes d'environ six pieds de haut. Après une traite d'à peu près quatorze milles, un guide revint m'apprendre qu'il y avait des éléphants sur la route un peu en avant de nous. Un de nos compagnons montés offrit de venir avec moi, en cas que je voulusse leur donner la chasse; je n'avais aucune confiance en lui, mais je m'avançai et découvris bientôt un troupeau de dix éléphants mâles se tenant ensemble à environ soixante verges du sentier. L'herbe était haute , mais je m'y enfonçai et arrivai à quarante verges avant d'être aperçu. Ils s'enfuirent aussitôt, et je les suivis au trot pendant un mille ; mais le sol était si plein de trous et encombré d'arbres abattus cachés dans les herbes que je crus prudent de rester à distance, jusqu'à ce que j'eusse atteint un endroit plus favorable. Enfin je dépassai au grand galop un énorme éléphant dont les défenses se projetaient de cinq pieds au delà de ses mâchoires, et m'arrêtant tout à coup, je lui tirai un coup de ma carabine Reilly, n"" 10, dans l'épaule. Au bruit, il se précipita sur moi. Mon cheval Filfil n'était d'aucun usage à la chasse, et le bruit du fusil le rendait tout à fait fou ; en cette occasion il se leva sur ses jambes de derrière ; le poids, le recul de la carabine et le mouvement soudain du cheval combinés, me désarçonnèrent; je tombai, carabine en main, par-dessus la croupe de Filfil au moment même où l'éléphant furieux se précipitait vers lui. Filfil décampa, me laissiut dans la position la plus honteuse ;

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heureusement, comme Therbe était fort haute, l'éléphant me perdit de vue, il poursuivit le cheval, au lieu de m'honorer de son attention.

Mon cheval était perdu, et mon compagnon, au lieu d'être près de moi , s'était tenu en arrière dès le commencement de la chasse. Ayant été obligé de courir pendant quelque temps de Tendroitoù j'avais été désarçonné, avant que je susse que le cheval était poursuivi par l'éléphant, j'avais égaré ma carabine et ma boussole qui était tombée de ma carnassière. Après avoir beaucoup crié et sifflé, je réussis à faire approcher mon compagnon ; lui faisant mettre pied à terre je montai sur son petit chevahouru, et regagnai le sentier. Cependant Filfil était perdu. Règle générale : ne chassez jamais quand vous êtes en marche. Mon imprudence me coûtait cher.

J'atteignis la rivière Atabbi à environ dix-huit milles d'Obbo. C*est un beau cours d'eau qui ne se dessèche pas, et qui, dos montagnes Madi, coule à l'ouest vers l'A sua. Je trouvai un bon gué avec un fond solide de sable et de roc ; les chevaux traversèrent, partie en nageant, partie en marchant. Il y avait des traces fraîches d'immenses troupeaux d'éléphants; le pays en abonde, et j'entendais de loin le bruit de leurs pas. Gravissant une éminence dans une prairie parfaitement ouverte de l'autre côté de l' Atabbi, je vis, à environ un mille de distance, un troupeau serré d'environ deux cents éléphants, marchant lentement à travers l'herbe épaisse. Au moment où je m'avançai le long du sentier suivant les mouvements du troupeau, un Tétel (hartebeest) s'élança hors du fourré où il était resté caché, et partit au galop, fort heureusement, à travers un petit espace ouvert où l'herbe avait été détruite par les éléphants. Un coup de ma petite carabine Fletcher n*" 24 , le blessa , mais il disparut aussitôt et nous allions le perdre, lorsqu'un second coup du canon de gauche lui cassa les reins, à la grande satisfaction de mes compagnons. Nous bivouaquâmes pour la nuit, et bientôt de grands feux furent allumés sur un plateau de granit de soixantedix pieds carrés que j'avais choisi comme lieu de halte. Dans les creux de ce rocher se trouvait une eau excellente laissée par la pluie de la veille; de sorte que nous avions tout ce que nous pouvions désirer — feu, viande, poisson. Je me servais rarement de lit excepté lorsque j'étais dans un camp; de la sorte, j'eus

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bientôt fait mes préparatifs pour dormir, mettant sur le rocher quelques branches vertes, puis par-dessus une peau de bœuf sur laquelle j'étendis mon plaid écossais. Mon bonnet me servait d'oreiller; près de moi ma petite carabine Fietcher et mon couteau de chasse : deux amis fidèles que je tenais à ma portée jour et nuit.

Le bonnet était un vrai morceau d'architecture , comme on peut lé supposer, puisqu'il était assez solide pour me tenir lieu de traversin et résister à ce genre de service. Il avait été fait à Khartoum, d'après mes dessins, par une femme arabe. Les matériaux consistaient en feuilles de palmier d'environ un demi-pouce d'épaisseur, entrelacées et cousues ensemble avec beaucoup d'adresse. Sommet plat, projection ou visière devant et derrière; le tout recouvert de cuir tanné, tandis qu'un voile de la même substance me protège la nuque contre l'ardeur du soleil. Une forte courroie retient le bonnet sur la tête et le tout ensemble est à l'épreuve du soleil. Bien des personnes auraient pu trouver à redire au poids, mais je n'y voyais aucun inconvénient, et, comme le bonnet était tout à fait imperméable à l'eau, le soir, lorsque je le transformais en oreiller, j'y mettais mon ceinturon et ma giberne. L'arrangement était excellent, car, en cas d'alarme, je me levais armé, coiffé, et pour\'u de mon ceinturon en fort peu d'instants.

Le lendemain matin, je poursuivis ma marche au point du jour, et, après environ treize milles de course, dans un pays de la même nature que celui que nous avions traversé la veille, nous atteignîmes le district de Farajoke, et la base d'une colline au haut de laquelle était un grand village. Le chef et les principaux du pays vinrent à ma rencontre, m'amenant une chèvre, dont ils me firent présent, et qu'ils tuèrent de suite comme une ofTrande, presque sous les pieds de mon cheval. Le chef portait un poulet la tète en bas; s'approchant de mon cheval, il lui frotta les pieds de devant avec ce poulet, puis marcha en cercle autour de lui en traînant la volaille à terre ; mes pieds furent ensuite soumis à la même opération, enfm le chef me pria de me baisser afin qu'il put agiter le malheureux poulet au-dessus de ma tête. Même cérémonie pour mon cheval, qui montra combien il appréciait toutes ces honnêtetés en ruant d'une manière terrible, à la grande surprise des naturels. Le poule

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ne semblait pas fort à son aise pendant cette opération, mais une lame de couteau le délivra bientôt de tous ses malheurs, car la cérémonie de présentation étant terminée, la volaille fut tuée et offerte à mon principal compagnon. On me conduisit ensuite au village, défendu par une grande palissade de bambou. Affreusement sale, il était bien différent des habitations proprettes des Baris et des Latoukas. La colline sur laquelle le village est construit, s'élève à environ 80 pieds au-dessus du niveau moyen du pays d'alentour, et on a de là une belle vue. A Test, s* étend la chaîne des monts Madi, dont la base est boisée ; au sud , sont de beaui pâturages couverts d'herbes savoureuses d'environ un pied de hauteur, et d'une qualité tout à fait différente des herbages épais que nous avions traversés. Le pays présente une surface onduleuse, dont chaque éminence est surmontée d'un village. Quoique le nom du district soit Farajoke, il est compris dans le pays étendu de Souli, habité par les tribus Shoggo et Madi; chaque ville étant sous Tautorité d'un chef de peu d'importance.

Élévation générale du pays : 3966 pieds au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire 292 pieds plus haut qu'Obbo.

Le chef de Farajoke, me voyant occupé à prendre des relevés avec ma boussole, désira savoir ce que je faisais: Lorsque je le lui eus expliqué, il me donna toutes sortes de renseignements sur la contrée. Il regardait comme impossible, de traverser l'Asua pendant la saison des pluies; c'est alors un torrent impétueux se précipitant avec tant de violence sur son lit de rochers que personne n'oserait s'y aventurer à la nage. Il n'y avait rien à faire dans cette saison, et, malgré mon impatience, force était de me résigner.

Farajoke était à moins de trois jours de bonne marche de Fa^oro, station de Debonç où j'avais, dès le principe, résolu de fixer mon quartier général ; ainsi, j'étais bien avancé sur la route que je me proposais de suivre, et, si la saison, avait été favorable, j'aurais pu continuer avec mes bétes de somme sans la moindre difficulté.

La perte de mon cheval Filfil m'était pénible dans ce pays sauvage, où les bètes de somme sont inconnues; j'avais peu d'espoir de le recouvrer, car le pays, entre Obbo et Farajoke, abonde en lions; pourtant j'offris une récompense de verroterie

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et de bracelets, et le chef envoya nombre de ses sujets pour battre les fourrés.

Il était inutile de rester à Farajoke; je retournai donc à Obbo avec mes hommes etmes ânes, faisant, en un jour, une traite de trente milles. J'étais fort inquiet pour Mme Baker, qui, durant mon absence, représentait seule mon expédition à Obbo.

Lorsque je m'approchai à travers la forêt, mon coup de sifflet bien connu amena immédiatement Saat, qui, sans s'arrêter pour me souhaiter le bonjour, retourna sur-le-champ annoncer mon arrivée. '

Je trouvai ma femme en très-bonne santé, et tout à fait installée chez elle. Plusieurs moutons gras étaient attachés par les jambes à des piquets devant la cabane; des poules se disputaient du grain autour de la porte, et Mme Baker m'attendait sur le seuil avec une grande calebasse contenant environ un gallon de bière du pays. Quoique mon dulce domum ne fût qu'une hutte d'argile, la bienvenue me la rendait plus précieuse qu'un palais, et, après un voyage de trente milles sous le soleil brùlant, avec quelles délices j'avalai cette bière ou cette bouillie fermentée, comme on voudra l'appeler. Moutons et poulets avaient l'air aussi fort réjouis. Mais, hélas! mon arrivée, qui causait la joie d'e tant de créatures, frappa un mouton de mort ; au bout de quelques instants, le plus gras fut tué en l'honneur du retour du maître, et mes compagnons s'employèrent activement aux préparatifs d'un festin général.

Beaucoup de personnes accoururent autour de moi ; d'abord le vieux Katchiba, dont la physionomie satisfaite témoignait qu'il avait rempli sa promesse en veillant sur Mme Baker pendant mon absence. Ha femme lui rendit le témoignage le plus flatteur ; il avait eu le plus grand soin d'elle, et l'avait pourvue de toutes ces petites délicatesses, qui m'avaient tellement frappé lors de mon retour. Il sentait si vivement le poids de sa responsabilité, que, jour et nuit, quelques-uns de ses fils montaient la garde à la porte de la hutte.

Je lui fis en retour cadeau de quantité de verroterie et de bracelets, sans compter plusieurs babioles qui le mirent au comble de la joie; ses yeux étaient faibles, et, ce qu*il apprécia le plus, ce fut une paire de conserves que j'ajustai sur sa tête à sa grande satisfaction ; je lui fis voir l'effet qu'çUe produisait «n

le plaçant devant un miroir que je lui donnai aussi. Je remarquai qu'il marchait avec peine; il avait, me dit-il, fait pendant mon absence une chute dont ma femme m'expliqua la cause. Il était venu lui dire qu'il voulait lui procurer des poulets d'un village voisin ; « mais, continua-t-il, mes sujets ne sont pas très-bons, et peut-être diront-ils que les poulets leur manquent. Prétez-moi un cheval, et je produirai sur eux de cette manière un tel effet, qu'ils n'oseront pas me refuser. » Or, il faut dhre que Katchiba ne pouvait pas très-bien marcher, et sa façon ordinaire de voyager était sur le dos d'un sujet vigoureux. Il marchait en général accompagné de deux hommes de rechange^ qui servaient alternativement de guides et de montures, et une de ses femmes portait une jarre de bière, dont il buvait si copieusement que, s'il faut en croire la chronique, il lui était souvent nécessaire d'être transporté par deux hommes au lieu d'un. Bref, Katchiba était, ce jour-là, prêt à partir accompagné d'une Hébé avec une jarre de bière. Sachant qu'il traversait sans difficulté le pays à dos d'homme, il crut qu'il n'aurait pas plus d'embarras à cheval. En vain, ma femme fit des objections, et lui dit que malheur s'ensuivrait. Sa résolution était prise.

On fait donc venir Tétely et on y place Katchiba. Le cheval, voyant à qui il a affaire, ne bouge pas. « Allons, s'écrie Katchiba, en route I • Mais Tétel, qui ne comprend pas la langue obbo, ne sait probablement pas ce que le cavalier désire. « Pourquoi ne veut-il pas aller? )i demande Katchiba. — « Touchez-le de votre bâton, » s'écrie un de mes hommes ; là-dessus, Katchiba applique un coup vigoureux. Tékl, peu accoutumé à des excentricités dé ce genre, donne une terrible ruade qui transforme mon sorcier en une aigle aux ailes éployées, et l'envoie tomber lourdement à terre au milieu des éclats de rire de nos gens ; Mme Baker» j'en ai bien peur, partageant l'hilarité générale. On aide Katchiba à se relever; se sentant un peu étourdi, il se met à contempler le cheval d'un air étonné. Son instinct lui fit demander de la bière, et, après une copieuse libation, il conclut que le cheval était trop haut , et qu'il y avait trop loin de dessus son dos jusqu'à la terre. Il demanda donc qu'on lui prêtât un des petits chevaux (les ânes); monté derechef, et accompagné de deux hommes qui se tenaient à ses côtés, il partit de suite saqs encombre et très-fier de sa position.

U rai Kilcbibi

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De retour le lendemain, il dit que les habitants de village li'avaient fait aucune difficulté de lui donner des poulets , parce qu'il leur avait affirmé que trente Turcs qui lui rendaient visite menaçaient de tout ravager s'ils n'obtenaient pas les provisions en question. Il regardait ce mensonge comme un coup de maître en fait de diplomatie.

Six jours après la perte de mon cheval, je fus enchanté de le voir revenir sain et sauf conduit par les naturels du pays. Us lui avaient donné une longue chasse, et l'avaient trouvé paissant fort tranquillement. C'était un cheval très-vicieux, et les nègres craignaient de le toucher ; ils l'avaient donc conduit devant eux jusqu'à ce qu'ils eussent gagné le sentier, qu'il suivit de plein gré. Ma selle était en place, mais mon sabre avait disparu.

Pluies terribles, les matinées sont belles; mais, bientôt après midi, les nuages se rassemblent autour des montagnes, et finissent par amener un vrai déluge. Ne pouvant m'avancer plus au Sud, je me détermine à retourner à Latouka, mon quartier général, pour y attendre la saison sèche. J'avais poussé une reconnaissance jusqu'à Farajoke, latitude 3^ 32', et je me sentais à l'aise pour l'avenir, pourvu que mes animaux conservassent leur santé. Le 21 mai, nous partîmes donc pour Latouka, accompagné d'Ibrahim et de ses gens que le climat d'Obbo avait tout à- fait dégoûtés.

Avant le départ, Katchiba devait faire une cérémonie. Son frère allait être notre guide, et il fallait l'investir du pouvoir de contrôler les éléments en qualité d'aide-magicien, de peur que les orages ne nous arrêtassent, et que nous ne fussions hors d'état de traverser les torrents.

Katchiba détache donc, avec beaucoup de solennité, une branche d'arbre, et crache sur les feuilles en divers endroits. Cette branche, ainsi consacrée d'eau bénite, est placée sur la terre, et le chef traîne un poulet tout autour. Un des chevaux subit ensuite la même opération, comme à Farajoke. La cérémonie terminée, Katchiba remit la branche magique à son frère, notre guide, qui la reçut très-gravement, puis il lui passa au cou une corne d'antilope, dans laquelle il siffla. Tous les naturels portent des sifflets du même genre, au moyen desquels ils se croient capables d'évoquer ou de repousser la pluie, à leur choix. Pour clore la conjuration, ils se mirent tous à siffler de

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concert, et, au milieu de ce bruit, nous partîmes , promettant à Katchiba de revenir bientôt. Comme j'avais à Latouka abondance de munitions, je laissai à Katchiba environ deux cents livres pesant de plomb et de balles ; ainsi les ânes n'ayant que peu de bagage, nous voyageâmes rapidement.

Ce jour-là, nous bivouaquâmes, à environ cinq heures et demie, au pied de la pente Est du défilé. Ibrahimawa, le Bornouen dont j'ai déjà parlé comme d'un botaniste-amateur, était devenu mon aide principal pour la recherche de tout ce qui était curieux et intéressant. Fier de sa connaissance en plantes sauvages, il se mit, aussitôt le bivouac établi, à chercher, parmi les fourrés, quelque chose de boil à manger. Nous étions dans une gorge profonde, sur un monticule élevé, bordé par un ravin perpendiculaire de soixante pieds au fond duquel coulait un torrent. Excellent poste pour un camp, qui, ainsi protégé par la nature, n*avait pas besoin de garde. Sur le bord du ravin se trouvaient nombre de beaux arbres entourés d'une espèce de liane, dont les feuilles ressemblaient à cellesde l'igname. Ibrahimawa déclara sur-le-champ que la Providence intervenait en notre faveur, et, au bout de quelques instants, il apporta un panier plein d'ignames d'une belle apparence. Cette nourriture amena sur-le-champ une- troupe de gens affamés : ceux d'Ibrahim et les miens. N'étant pas botanistes, ils avaient laissé à Ibrahimawa le soin de cueillir ces fruits, mais ils voulaient partager les profits avec lui ; le panier est immédiatement vidé; mon ange noir,Saat, je le dis à regret, se distingue parmi les pillards, et, saisissant trois ou quatre des fruits les plus gros, il les jette dans une marmite, et les fait cuire avec aussi peu de cérémonie que s'il eût été le botaniste à qui il les devait. 11 arrive si souvent que des étrangers profitent des labeurs de celui qui a dépensé sa vie à faire d'utiles découvertes 1 Ibrahimawa, qui avait tant fait pour se procurer un panier d'ignames, n'en avait pas une seule pour lui ! Les pots bouillent de tous côtés, et un festin copieux va restaurer les hommes qui ont fait, à jeun, une traite de vingt milles depuis le matin. Les ignames étaient cuites, mais la couleur ne me plaisait pas, et je résolus d'en garder quelques-unes pour notre usage, si l'essai réussissait. Les hommes les dévorèrent. Cependant dix minutes ne s'étaient pas écoulées depuis le festin, que je les vis tous disparaître l'un après l'autre, et, de loin, j'entendis cette

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triste rumeur, trop connue à bord des paquebots, humiliant effet de la mer sur des passagers novices. Saat bientôt montra de tristes symptômes et s'évada; bref, tous les festoyeurs s'étaient administré un vomi-purgatif très-puissant, sous forme d'ignames. Les génies, qui veillent sur les jours des savants, avaient protégé Ibrahimawa. Je me réjouis d'avoir acquis tant d'expérience à si bon marché. Plusieurs variétés d'ignames sont vénéneuses ; il y en a, par exemple, une que l'on aime beaucoup à Obbo, mais dont les effets sont mortels, si on ne lui fait subir certaines préparations avant de la manger. On commence par l'éplucher, puis on la trempe pendant quinze jours dans une eau courante. On la coupe alors en tranches minces, et on la fait sécher au soleil jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait croquante, alors elle n'est pas dangereuse. On garde les tranches desséchées, que l'on réduit en poudre dans une espèce de mortier, pour en faire de la pâte.

L'indisposition de mes Épicuriens dura environ une heure ; pendant ce temps on accabla Ibrahimawa d'opprobres , et on déclara que sa botanique n'était qu'une immense hlague, A partir de là ses longs récits d'histoire naturelle perdirent beaucoup de leur entrain.

Le lendemain matin nous traversâmes la dernière chaîne de montagnes, et descendîmes dans la vallée de Latouka. Jusque-là, point de gibier; mais nous étions maintenant arrivés dans un pays où les bétes fauves abondent, et bientôt après hotre descente nous vîmes un troupeau d'environ vingt Tètels (hartebeest). Malheureusement au moment même où je mettais pied à terre pour leur faire la chasse, les drapeaux rouges des Turcs attirèrent l'attention d'une grande troupe de babouins assis sur les rochers, et ils poussèrent de suite un cri d'alarme qui effraya les Tètels.

Poussé par la vengeance, un des hommes tira un coup de fusil à un gros singe accroupi solitaire au sommet d'un rocher; par hasard la balle frappa l'animal à la tête. C'était un énorme spécimen du genre Cynocéphale, grand comme un boule-dogue, mais avec une crinière brune comme celle du lion. Cette crinière est fort estimée des naturels qui en font un ornement. On écorcha le singe sur-le-champ, et la peau fut découpée en longues lanières d'environ trois pouces de largeur, et terminée par une

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portion de crinière comme par une frange; le tout se porte en écharpe, et chaque peau produit huit ou dix de ces ornements.

J'envoyai mes hommes au camp, et accompagné de Richam monté sur mon cheval Souris, je me mis en quête de gibier i travers ce parc naturel. Les antilopes, y compris des individus de l'espèce si belle et si rare que l'on nomme Maharif^ abondaient, mais ce sol est si découvert et les animaux sont si sauvages que je ne pus en ajuster un seul. Désappointement d'autant plus contrariant que le Maharifesi une espèce jusqu'ici non décrite, à ce que je crois. J'avais maintes fois échoué en leur donnant la chasse, car bien que les ayant souvent remarqués sur la frontière sud-ouest de l'Abyssinie, je n'avais jamais pu en tuer un. Ce sont des animaux fort timides; de plus ils habitent toujours des plaines où le chasseur ne peut se mettre à l'affût. Les ayant à plusieurs reprises examinés au télescope, je connaissais très-bien toutes leurs particularités. Le if a/iari/* ressemble beaucoup à l'antilope de l'Afrique méridionale , mais il est d'une couleur gris de souris avec des raies blanches et noires sur le museau. Les cornes sont exactement celles de l'antilope dont je viens de parler, très-massives, ridées , et recourbées en arrière sur les épaules. Le garrot est très-élevé , ce qui donne aux épaules un air assez gauche, rendu encore plus extraordinaire par une épaisse crinière noire. J'ai une paire de cornes que je me suis procurée par l'entremise d'un lion qui tua un Maharif près de hêbl tente pendant que ce pauvre animal se désaltérait dans le courant; malheureusement la peau était en mille pièces, et il ne restait d'entier que le crâne avec les cornes.

Impossible comme à l'ordinaire de trouver une occasion de tirer à coup sûr; je fais donc un long circuit, et bientôt après je remarque les têtes élevées d'un troupeau de girafes dominant les mimosas. 11 n'est point d'animal aussi pittoresque dans sa terre natale. Il se nourrit de feuilles d'arbres, préférant certaines espèces, surtout les différentes variétés de mimosas, et comme cet arbre est de petite taille , la girafe peut porter ses regards à une grande distance. Aussi n'aime-t-elle pas les hautes forêts. Sa grande taille lui donne cet avantage précieux qu'elle peut voir de très-loin, et se tenir ainsi sur ses gardes contre ses deux ennemis l'homme et le lion. Il n'y a pas d'animal plus difficile à chasser, et la méthode la plus sûre est celle que sui-

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vent les Arabes Hamran sur la frontière d'Abyssinie. Ils le poursuivent à cheval, au galop et lui coupent le jarret avec leurs sabres. Les chevaux doivent être de bonne qualité, car quoique Tallure d'une girafe paraisse très-gauche à cause du mouvement particulier de ses jambes, sa marche est très-rapide par suite de ses grandes enjambées, et son trot mettrait au défi le meilleur cheval.

Le sabot est aussi élégamment proportionné que celui de la plus petite gazelle, la longueur de ses jambes et son dos court lui assurent la rapidité et la force. Lorsqu'on chasse la girafe à cheval, il y a une règle qu'on ne doit pas manquer d'observer. Dès que l'animal est parti, il faut le presser avec rapidité; la vitesse est ici ce qu'il importe surtout d'obtenir, donnez de l'éperon sur-le-champ, et lancez votre cheval à fond de train ; dès l'abord il s'agit de l'emporter en rapidité, et si vous permettez à la girafe de prendre cinq minutes d'avance, vous serez forcé d'abandonner la partie.

Je montais Filfil, mon cheval le plus rapide, mais complètement inutile lorsqu'il s'agissait d'armes à feu. Je passai au pommeau de ma selle un sabre ordinaire au lieu du grand sabre arabe que j'avais perdu à Obbo ; et partant au grand galop en même temps que les girafes, nous traversâmes ce magnifique parc naturel. Malheureusement Richarn était mauvais cavalier, et gêné comme je l'étais par ma carabine, je ne pouvais faire usage de mon sabre. Mon intention était bien de tirer les girafes dès que je les verrais fatiguées, mais je sentais en mémo temps que mon cheval rendait ce projet fort incertain. Le vent nous grondait dans les oreilles pendant que nous galopions à travers la plaine. Le gazon n'avait pas plus d'un pied de haut, et le sol était très-sec ; à environ quatre cents verges devant moi couraient les girafes en soulevant des tourbillons de poussière ; car de ce côté de la montagne il n'était pas tombé de pluie. Fil fil était un cheval étrange; il aimait la chasse et ne redoutait aucun animal sauvage; mais le bruit d'un coup de fusil le mettait hors de lui. A la vue de ce magnifique troupeau d'environ quinze girafes, le voilà qui s'anime et n'a pas besoin d'éperon! ||i Le voilà descendant une légère inclinaison du terrain, volant pour ainsi dire par-dessus les sillons cre\isés par les buffles; tantôt c'est un torrent desséché qu*il traverse, tantôt il remonte

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le bord opposé et bondit sur le terrain uni ; la poussière qui nous aveugle me prouve que nous gagnons sur les girafes ; tout à coup, miséricorde ! un fourré se présente devant nous, les girafes s'y jettent, et au milieu d'un véritable nuage de poussière* nous volons à leur suite au milieu des buissons épineux , à moins de cent verges de notre gibier. En une minute ou deux j'étais tout près, et une magnifique girafe mâle fuyait à mes côtés, comme une haute locomotive , écartant les mimosas dans sa course et courbant les branches que leur élasticité repoussait ensuite avec une force prodigieuse. Si je ne m*étais pas tenu à dii^tance convenable, mon cheval et moi nous en eussions été renversés. Le fourré semblait vivant, rempli qu'il était de ces animaux au pelage d'un rouge-orange, et le troupeau m'environnait tandis que je pressais le mâle fuyant devant moi. Que n'étais-je dans une plaine ouverte I je ne pouvais attaquer, et j'avais à prendre les plus grandes précautions pour ne pas ralentir ma course au milieu de ces épais mimosas où je pouvais à chaque instant me heurter contre les troncs ou les branches. Le fourré devenait plus épais, et quoique au centre de la bande et à dix mètres au plus de plusieurs girafes, il me fut impossible d'en tirer une seule. Les animaux disparurent au milieu d'une véritable forêt d'épines entrelacées, et la course si ardemment poursuivie prit fin devant cette barrière. J'étais battu.

N'importe, la chasse avait été curieuse; mais où était mon camp? Il faisait presque nuit et je pouvais à peine distinguer dans le lointain le défilé par lequel nous avions descendu la montagne; je savais bien dans quelle direction je me trouvais, mais nous avions fait une traite de trois milles, et il serait nuit noire avant mon retour. Je remontai pourtant les traces fratches des, girafes. Quoique j'eusse été battu à la course et que je fusse désappointé, je me dis que tout était pour le mieux. Si j'avais tué une girafe à cette heure et à cette distance du camp, à quoi cela m'aurait- il servi? J'étais seul, car Richarn avait disparu, et ainsi qui aurait pu trouver ma proie pendant la nuit? Avant le lendemain matin elle aurait été dévorée par les lions ou les hyènes. Quel crime que de tuer pour rien ces belles et innocentes créatures ! Avec ces réflexions consolantes et pratiques je continuais ma route, quand une branche d'épine crochue me

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saisissant par le nez interrompit le cours de mes pensées, et me prouva en même temps que j'avais perdu mon chemin. Il faisait très-sombre, et je ne pouvais distinguer ni la trace des girafes, ni la position des montagnes. Je tirai donc un coup de carabine comme signal; bientôt après un second coup se fit entendre au loin en manière de réponse, et soudain la flamme d'un feu de bivouac s'éleva sur la pente de la montagne. A l'aide de ce phare je regagnai l'endroit où mes gens étaient campés; ils avaient allumé le signal sur un rocher élevé de cinquante pieds environ au-dessus du niveau de la plaine, et quoiqu'ils eussent fait vingt ou trente feux du même genre, je n'avais pu les apercevoir dans l'épaisseur du fourré. Je trouvai ma femme et mes gens discutant sur la convenance qu'il y avait de ma part à rester seul si tard dans les bois. D'un autre côté, le dfner était prêt, et les angareps confortablement disposés près d'un feu splendide ; un coup d'œil jeté vers le ciel étoile me donna la certitude d'une belle nuit. Ma femme, la bienvenue, la nourriture, le feu et le beau temps — que pouvais-je désirer de plus?

Un bivouac au désert a ses charmes; indépendance absolue; les sentinelles sont à leur poste ; les bêtes de somme bien repues sont attachées, et autour de la caravane il y a un cercle de feu , les factionnaires seuls veillent en dehors. Il y a une espèce de bois de fer très-combustible, et comme c'est une plante oléagineuse, elle brûle comme une torche. On trouvait abondance de c^ bois dans le voisinage du camp, et les feux nombreux alimentés par lui égayaient le bivouac d'une flamme continuelle. Mes hommes étaient activement occupés à faire cuire du pain. Dans des circonstances semblables, on se passe de four. Pendant que la pâte se pétrit, on allume une fournaise terrible : la pâte bien trempée se façonne en galettes de deux pieds de diamètre environ, mais jamais de plus de deux pouces d'épaisseur. Quand le feu est à l'état de cendre rouge, on fait au milieu un grand trou dans lequel on place la galette recouverte de braise; ainsi ensevelie elle est cuke au bout de vingt minutes ; mais si elle n'a pas été suffisamment mouillée, elle tourne à l'état de cendres.

Le lendemain nous arrivâmes à Latouka; tout était en bon ordre au dépôt, et les légumes d'Europe que j'avais semés s'élevaient déjà au-dessus du sol. Commoro, suivi d'un grand nombre

de ses sujets , vint à notre rencontre. Depuis notre départ il avait plu très-peu à Latouka, quoique les averses journalières eussent été très-fortes à Obbo ; le sol sablonneux qui environne la ville était tel qu'au moment de notre départ , et il fallait mener paître les animaux fort loin.

Le lendemain de mon arrivée Fil/il tomba malade et mourut en peu d'heures. Depuis le jour où pendant la chasse aux éléphants il avait fait une chute, Tétel lui aussi était devenu invalide, et maintenant il refusait toute nourriture. La maladie se répandit promptement parmi mes animaux; cinq ânes succombèrent en quelques jours; les autres dépérissaient. Deux de nos chameaux moururent soudain pour avoir mangé le poison végétal dont j'ai parlé plus haut. Peu de jours après ce désastre la mort emporta mon bon vieux cheval de chasse Tétel^ qui avait été mon compagnon pendant toutes mes excursions dans le pays des Basés. Ces terribles catastrophes réjouissaient les Latoukas qui mangeaient nos bétes de somme dès qu'elles mouraient. C'était à qui d'eux ou des vautours seraient les premiers à profiter de mes pertes.

Non-seulement les animaux étaient malades, mais ma femme fut frappée d'une violente attaque de fièvre gastrique, et moimême je souffrais tous les jours de fièvres intermittentes. La petite vérole te déclara parmi les Turcs et emporta.plusieurs d'entre eux. Et pour empirer les choses, les survivants s'entêtaient à recourir à l'inoculation pour eux et leurs esclaves; de cette façon tout le camp fut infesté de cette horrible maladie.

Heureusement mon bivouac était à l'écart et au vent. Je défendis sévèrement à mes gens de faire inoculer, et pas un cas de la petite vérole ne se déclara parmi eux quoique tous les environs fussent frappés. La petite vérole est un véritable fléau dans l'Afrique centrale; de temps en temps elle ravage le pays et décime la population.

Parmi les natifs d'Obbo qui nous avaient accompagnés à Latouka, se trouvait un homme du nom de Wani, qui avait autrefois voyagé fort loin vers le Sud ; ayant offert à Ibrahim de le conduire dans un district riche en ivoire et où aucun voyageur ne s'était encore aventuré, il avait été retenu par lui en qualité de guide et d'interprète. En faisant des questions à Wani je trouvai que les coquilles de cauris arrivaient d'un endroit

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nommé Magungo. J'avais déjà entendu des naturels prononcer ce nom, mais je ne savais pas où Magungo était situé. Il était ^e la dernière importance que je découvrisse la route exacte par laquelle les petits cauris arrivaient du Sud, car ce renseignement pouvait me servir de guide pour ma propre expédition. Les détails que Wani me donna à Latouka étaient excessivement vagues, et cependant ces données bien imparfaites servirent de bases à des conclusions que mes découvertes ultérieures devaient étrangement justifier. Je transcris donc, mot pour mot, les notes consignées sur mon journal à Latouka le 26 mai 1863 lorsque j'obtins le premier renseignement sur la position de T Albert N'yanza.

« J'ai eu une longue conférence avec Wani, le guide et l'interprète, au sujet du pays de Magungo, Loggo, l'interprète Barî, a toujours décrit Magungo comme placé sur une grande rivière que je croyais être l'Asoua; mais de nouvelles questions m'ont prouvé qu'il avait fait usage du mot Bahr qui signifie en arabe rivière ou mer, au lieu de Birké qui veut dire lac. La découverte de cette importante erreur jette un nouveau jour sur la géographie du pays. Selon la description de Wani, Magungo est situé sur un lac si étendu qu'on n'en connaît pas les limites. De grands bateaux arrivent à Magungo de pays inconnus et lointains, apportant des cauris et des perles en échange de l'ivoire. On a vu des blancs à bord de ces vaisseaux. Toutes les coquilles de cauris en usage à Latouka et dans les districts voisins sont fournies par ces vaisseaux, mais depuis deux ans il n'en est arrivé aucun.

< Les distances données placent Magungo vers le deuxième degré de latitude nord. Ce lac ne peut être que le N'yanza, qui s'étend plus loin au nord que Speke ne l'avait cru; si la position de Magungo est correcte , les blancs dont il est question doivent être des Arabes' qui transportent les cauris de Zanzibar. Je m'imagine que ce pays appartient au frère de Kamrasi, car le roi du pays, me dit Wani, a un frère, chef d'une tribu puissante sur le bord occidental du Nil ; mais ces deux frères sont toujours en guerre l'un contre l'autre.

« J'ai questionné un autre naturel qui s'était rendu à Magungo pour acheter du simbi (coquilles de cauris). Il me dit qu'autrefois un homme blanc venait là tous les ans amenant avec lui un

âne dans un bateau ; une fois débarqué, il parcourait le pays sur son baudet, et commerçait avec les naturels au moyen de cauris et de bracelets de cuivre. Cet homme n'avait pas d*armes à feu, mais seulement un sabre. Le roi de Magungo se nommait Cher' rybambi. »

Les détails que je viens de transcrire me mirent pour la première fois sur la trace des faits que j'ai ensuite établis; et l'arrivée des blancs (Arabes) à Magungo me fut confirmée par les naturels de Magungo même un an après les vagues informations recueillies à Latouka.

Les Arabes, étant bruns, sont appelés blancs par les nègres. Gomme distinction on disait de moi que j'étais un homme trèsblanc; cependant le soleil avait basané mes traits, et j'ai eu souvent à entr'ouvrir ma chemise pour montrer la différence de carnation existant entre mes compagnons et moi.

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