Voy. le poëme de Thomas Moore, Laiah Rookh, (—M
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de la chair de volailles sauvages hachée menu, et garnie des ingrédients ordinaires. Mon jardin était en fort bon état; oignons, haricots, melons, ignames, laitues et radis en quantité, que plusieurs averses rafraîchissantes avaient fait rapidement pousser. La température était de 85« à l'ombre pendant les plus fortes chaleurs du jour, de 72* pendant la nuit.
On ne peut se procurer de sel à Latouka ; les naturels en font rarement usage, car il est très-difficile de l'obtenir par l'un ou l'autre des procédés en usage. Le meilleur sel se tire du crottin de chèvre réduit en cendres et bien saturé d'eau; on filtre et on évapore. L'autre qualité s'extrait d'une herbe spéciale à tige épaisse et charnue à peu près comme celle de la canne à sucre; les cendres de cette tige produisent un sel qui est fort mélangé. Je vis un jour le ch^ de Latouka manger avidement une poignée de sel que je lui donnais, et le sel me servait plus facilement même que la verroterie à me rocurer ce dont j'avais besoin.
Le 4 juin, Ibrahim et quatre-vingt-cinq hommes partent pour Obbo avec environ quatre cents vaches et mille chèvres. Bientôt après un violent orage, accompagné de torrents de pluie, enfle la rivière de Latouka et les mares où le gibier se tient d'habitude. Je me prépare à une bonne chasse pour le lendemain, car, à la suite d'un orage, on voit toujours arriver bon nombre de canards.
Le lendemain, 5, je sors de bonne heure, et en très-peu de t^mps j'abats huit palpimèdes, canards ou oies. A environ un demi-mille de mon camp se trouve une mare entourée d'un petit marais, et Ik les oiseaux sauvages arrivent en grandes bandes. Deux arbres hegleeks qui se trouvent là me servent d'affût.
Je venais de commencer ma chasse de bon cœur, lorsque j'entendis dans le camp des Turcs, un coup de feu suivi de cris perçants, et je vis une troupe de Latoukas s'enfuir du canap vers la ville. Bientôt le tambour turc se fait entendre, les hommes courent de côté et d'autre, et les nègres des environs se rassemblent, armés de lances et de boucliers comme pour une bataille. Je n'avais emmené que deux hommes avec moi, et me trouvant à près d*un demi-mille du camp, je crus prudent* de retourner le plus vite possible, de peur que quelque contretemps ne survînt en mon absence. J'arrive bientôt, et je trouve
ma femme, dans la crainte d'une émeute, plaçant tous les hommes à leur poste. Ils m'avaient vu venir. Je me dirige vers le camp des Turcs » mes proches voisins, et je demande la cause de cette alarme.
Jamais je n'ai été plus révolté. Déjà les vautours s'abattaient en cercle sur un objet gisant hors du camp. Il parait qu'un habitant de Kayala (la ville récemment attaquée par les Turcs) s'était rendu à Tarrangollé pour obtenir des nouvelles d'une vache qu'il avait perdue. Les chefs Moy et Commoro l'amenèrent au camp turc pour attester qu'il n'avait aucun mauvais dessein. Les Turcs apprennent que ce malheureux est natif de Kayala, l'accusent immédiatement d'espionnage, et le condamnent à être fusillé. Les deux chefs Moy et Commoro, se sentant compromis par le danger qii, à leur insu ils ont mis ce pauvre homme, se jettent au-devant de lui, déclarant qu'il leur appartient, et qu'ils ne souffriront pas qu'il lui soit fait aucun mal. Il leur est arraché, malgré leurs protestations,par les efforts combinés de plusieurs Turcs, on le garrotte, et on le mène à la mort. Le cri : « Tuez l'espion! » n'est pas plus tôt prononcé, qu'un misérable s'approche et décharge à bout portant son fusil dans la poitrine du Kayalais qui tombe ainsi lâchement assassiné de sang-froid. Les nègres s'enfuient de suite, croyant qu'un massacre général va s'ensuivre. On traîne le cadavre par les talons à quelques verges hors du camp ; il n'est pas refroidi que les vautours s'en repaissent.
J'eus peine à retenir mon indignation devant un fait aussi révoltant. Je sentais que la brutalité des trafiquants me compromettrait, au moment où je m'y attendrais le moins, dans quelque sérieuse révolte des naturels. Déjà on disait qu'il était peu sûr de s'aventurer à la chasse sans une escorte de dix ou douze hommes armés.
Aussi Iflches que brutaux, tous ces soi-disants marchands furent bientôt saisis de crainte en apprenant, d'après le bruit général que, les habitants de Kayala avaient le projet de se joindre à ceux de Tarrangollé pour attaquer le camp turc. Je fortifiai ma position en construisant une tour en palissades qui dominait toutes les approches de mon zareeba.
Latouka était déjà ruiné par les Turcs ; on se procurait difficilement de la farine et du lait en échange de verroterie, car.
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depuis l'attaque sur Kayala, les geus d'Ibrahim s'étaient mis à acheter toutes leurs provisions, soit avec des chèvres, soit avec des bœufs; deux articles d'échange volés, et par conséquent économiques. J'étais riche en verroterie et en cuivre, mais en réalité je me trouvais pauvre, car je ne pouvais rien obtenir. Je donnai donc à mes gens deux livres de verroterie par mois, et ils allaient aux villages éloignés pour acheter leurs provisions comme ils l'entendaient.
Le 11 juin, à sept heures vingt du matin, j'observai un phénomène curieux. Le ciel était parfaitement serein, mais nous fûmes surpris par un bruit semblable à l'explosion soudaine d'une mine ou d'une battçrie d'artillerie, bruit presque immédiatement répété. Il semblait venir des montagnes à environ seize milles sud du camp. Je ne pus m'expliquer ce fait qu'en supposant qu'un immense bloc de granit s'était détaché des montagnes, et qu'en tombant dans la vallée il avait rebondi sur une saillie de roc et produit ainsi un double bruit.
13 juin. Je tuai dix oies ou canards avant déjeuner, y compris une grande oie blanche et noire avec le cou et la tête de couleur cramoisi. Son poids était exactement de onze livres. Cette oie porte sur l'articulation de chaque aile un éperon aigu d'un pouce de long.
Pendant ma promenade du matin j'ai rencontré des centaines de nègres fort animés, armés de lances et de boucliers, et courant vers le village d'Âdda ; ils se proposent d'aller quatre milles plus loin voler du bétail ; il en résultera donc une bataille avant la fin du jour. La rivière deLatouka est maintenant en crue, et elle ressemble à un fleuve permanent, portant au Sobat un volume d'eau considérable.
Ce matin, pendant ma chasse au canard, j'ai rencontré deux larrons : l'un était un aigUy l'autre un nègre. On peut généralement voir le bel aigle à cou blanc perclié sur une branche près de la rivière, à l'affût de toute proie passant à sa portée. Je venais de tirer deux canards qui descendaient le cours du torrent. L'un tomba mort dans l'eau, mais l'autre mal ajusté, voltigea pendant quelque temps à sa surface, puis fut immédiatement poursuivi et saisi par un aigle qui, sans respect pour mon fusil, suivait attentivement la chasse du sommet d'un grand arbre, avec le désir évident de s'en approprier le fruit. Mes gens
qui ne se souciaient guère de se voir privés de leur déjeuner, se mirent à sa poursuite criant à tue-téte afln de l'effrayer; l'un d'eux, ayant un fusil chargé à chevrotines, tira, et le bruit du coup détermina Taigle à lâcher le canard, dont mes compagnons s'emparèrent triomphalement.
L'autre larron était un nègre. J'avais tiré de loin sur un canard; cet oiseau s'envola à une distance considérable et alla tomber à environ un quart de mille de là. Un Latouka qui bêchait la terre tout près de l'endroit où s'abattit l'oiseau, le ramassa et le cacha dans un buisson; à notre arrivée il continua de travailler comme si de rien n'était, et déclara positivement qu'il ne pouvait nous donner aucune nouvelle de notre gibier, quoique je l'eusse vu le ramasser. Je le pris par l'oreille et le conduisis vers le buisson où nous trouvâmes le canard soigneusement caché.
14 juin. Les naturels ayant perdu un homme dans le combat d'hier, la nuit s'est passée en chants et en danses. Le pays se dessèche. Quoique la rivière soit pleine, il n'est pas tombé une goutte de pluie dans tout le Latouka; l'eau qui coule dans le torrent vient des montagnes d'Obbo où il pleut tous les jours.
Ibrahimawa,le natif de Bornou, autrement dit Sinbad le matelot, m'amuse et m'ennuie tour à tour par les récits merveilleux et interminables qu'il me fait de ses voyages. Les extraits suivants permettront au lecteur d'apprécier le caractère de ses relations, t II y avait près du Bornou un pays dont le roi était si gros qu'il lui était impossible de marcher. Enfin les médecins s'avisèrent de lui ouvrir le ventre et d'en retirer toute la graisse, opération qu'ils répétèrent ensuite tous les ans ! >
Un autre pays, suivant lui, était un paradis. Personne ne s'y abaissait à boire de l'eau. La richesse était telle que les plus pauvres s'abreuvaient de mem^a (bière). L'ivrognerie y était si générale, qu'après trois heures de l'après-midi, tout le monde était gris ; et que les vaches, les chèvres et les poules se grisaient aussi en allant boire la bière laissée dans les coupes de leurs propriétaires endormis.
Ayant été domestique à bord d'une frégate turque, qui avait été envoyée à.Gravesend, il connaissait parraitement l'Angleterre. Il me décrivit, avec beaucoup d'entrain, une soirée à laquelle il avait assisté. Il avait été à un bal chez un pacha anglais
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dans le Blackwall S et avait fait la conquête de plusieurs charmantes dames anglaises très-décolletées, qui, le prenant pour un pacha, s'étaient énamourées de lui.
Telles sont les impressions de voyage dlbrahimawa le Bornouen.
Le 16 juin, les gens deKourshid revinrent d'Obbo. Ibrahim était resté là avec quelques-uns de ses hommes; et, comme il se méfiait du caractère belliqueux des Latoukas, il avait donné ordre à toute la caravane de quitter TarrangoUé, se déterminant à établir une station dans le pays plus tranquille des Obbos. Un passage de mon journal exprime Teffet que cette résolution soudaine produisit sur moi : « G*est fort ennuyeux ; j'avais disposé mon camp, mon jardin, etc.^ pour la saison pluvieuse, et me voilà maintenant contraint de tout abandonner, car il me serait impossible de rester seul dans le pays avec ma petite troupe. Depuis la razzia faite sur leurs bestiaux, les naturels sont devenus si mal disposés, que, même pour aller chercher de l'eau à la rivière, ^ il faut absolument être accompagné d'une escorte considérable. Il est très-agréable de voyager en compagnie des trafiquants; ils transforment en guêpier tous les pays qu'ils traversent. Ils n'ont ni détermination ni plan bien arrêté; et comme je suis nmlheureusement obligé de me guider d'après leurs mouvements, je ressemble moins à un voyageur qu'à un âne que l'on selle et que Ton emmène au moment où il s'y attend le moins. » Environ soixante hommes d'Obbo accompagnaient les gens d'Ibrahim pour porter les bagages. Il me fallait au moins cinquante porteurs, car un grand nombre de mes bêtes de somme avait succombé. Rien ne peut peindre la paresse et l'indolence obstinée de mes hommes. Il ne m'en reste que quatre sur lesquels je puisse compter : Richarn, Hamed, Sali et Taher.
Dans les deux camps, l'ordre de partir excitait le plus grand mécontentement, car les hommes s'étaient installés de manière à passer confortablement la saison pluvieuse à Latouka. Les deux chefs Moy et Gommoro comptant sur la protection des Turcs pour l'avenir, s'étaient alliés à eux afin de détruire la ville voisine, et se trouvaient dans une fausse position; Mainte-
I . Blackwall est un des faubourgs de Londres les plus lAal habités. On n'y ?oit qu3 des matelots et des ouviiers. (—M.)
oant ils allaient être réduits à leurs propres ressources, et se sentaient peu capables de résister à leurs ennemis.
Quelques extraits de mon journal termineront le récit de mon séjour à Latouka.
« 18 juin. — Les fourmis blanches sont la peste de ce pays. Tous les jours, nous balayons la hutte et nous détruisons leurs galeries; mais ces animaux remettent tout en état pendant la nuit, gravissant les poutres qui maintiennent la toiture, et pénétrant à travers le chaume. Ils dévorent d'abord tout ce qui est cuir oulaine.La rapidité avec laquelle ils réparent leurs galeries est vraiment merveilleuse ; le travail qu'ils font est soigneusement cimenté ; ils avalent de la terre qui se mêle dans leur canal intestinal avec une matière glutineuse qu'ils déposent ensuite comme les abeilles font la cire. La pluie fait tomber en ruine l'argile, dont on se sert ici pour bâtir; mais les constructions des fourmis blanches sont solides et imperméables à l'eau, grâce à la glu, dont elles sont cimentées. J'ai vu trois variétés de fourmis blanches : la première a environ la grosseur d'une petite guêpe; elle ne s'attaque pas aux habitations, mais vit sur les arbres abattus. La seconde, d'une dimension inférieure, s'aventure rarement aussi dans les maisons. La troisième est une véritable peste, c'est la plus petite de toutes, mais épaisse et glutineuse; la terre en est infestée, et, à Latouka, on ne saurait trouver un pied carré de sol qui ne soit pas couvert de ces insectes.'
« 19yMin.— J'ai eu hier une attaque de fièvre. Depuis quelques jours, je m'en sentais menacé. Tout le bagage est prêt, je l'ai distribué en paquets de cinquante livres chacun, pour que les naturels puissent le transporter.
« 20 juin. — Nous fabriquons de nouveaux cordages avec Técorce du mimosa ; comme nous partons après-demain, tout le ^ monde est à l'ouvrage. Ma perte en bêtes de somme représente une différence de vingt-trois porteurs. Il faut que je retienne quarante naturels, car le mauvais état des routes m'oblige à ne charger les ânes que très-légèrement. Je n'ai plus que quatorze ânes, mais ils sont en bonne santé, et tout irait bien, si les oiseatx ne les tourmentaient pas continuellement en leur déchirant le dos à coups de bec. Les attaques seules de ces oiseaux m'ont tué deux roussins ; j'ai couvert le seul chameau qui me reste et
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quelques-uns des ânes avec des espèces de housses faites de toile à tente.
« 21 jfuin. —Rien d'important.
« 22 juin. — La nuit dernière, nous avons été éveillés par une sentinelle qui nous informa que les naturels erraient autour du camp. Je fais placer trois autres factionnaires un peu avant deux heures du matin ; un coup de feu se fait entendre, immédiatement suivi de deux autres, et d'un bruit de pas comme si des fuyards passaient rapidement devant l'entrée du camp. En un instant, je suis debout, et mes gens prennent les armes ; le tambour turc bat, et leur camp, qui est près du mien, est tout agitation, mais l'obscurité régne encore. J'allume ma lanterne sourde, toujours tenue en bon état, et je m'avance vers l'endroit où le coup a été tiré. «Les naturels avaient cherché à voler les bestiaux dans le kraal des Turcs, et, favorisés par la nuit, ils s'étaient mis à creuser la terre afin de déraciner les épines qui formaient le mur de défense. Malheureusement pour les voleurs, ils ne se doutaient pas qu'il y eût des gens de garde dans le kraal aussi bien qu'au camp ; la nuit était fort noire, et on ne pouvait rien distinguer; mais l'agitation des chèvres, témoignant qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, avait excité l'attention d'une des sentinelles. Cet homme avait alors aperçu tout près de lui, de l'autre câté de la haie, un être noir accroupi, d'autres debout; il avait aussi entendu le bruit sus* pect des épines remuées comme si l'on cherchait à les arracher. Sur-le-champ, il avait tiré un coup de feu, et, entendant des hommes s'enfuir, il avait lâché un second coup, tandis que son camarade de faction déchargeait aussi sa carabine. Avec l'aide de la lanterne, nous nous mettons en quête, et nous découvrons le corps d'un nègre étendu près de la haie, au-dessus d'un trou creusé sous les épines, dont la racine était enfoncée dans le sol, et déjà assez grand pour donner accès dans le kraal. Le nègre avait commencé sa tranchée immédiatement vis-à-vis de la sentinelle, et le coup, chargé à balle, l'avait frappé presqu'à bout portant. Il avait tenté la fortune et mérité son sort; cependant on ne pouvait voir sans dégoût la brutalité des Turcs, qui, attachant des cordes aux chevilles du malheureux, tirèrent son cadavre vers l'entrée du camp. Là, ils voulaient, en manière de passe-temps, lui larder la poitrine à coups de baïonnette.