‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 40 sur 73 · NOUVEAU DÉPART POUR OBBO · texte numérisé non relu

NOUVEAU DÉPART POUR OBBO

Il n'était pas tout à fait mortr un coup de feu lui avait enlevé un œily et, comme il était pelotonné à terre lorsqu*il avait été atteint, il avait les cuisses , la figure et la poitrine également criblées. Je ne voulus pas permettre qu'on le mutilât, et, après quelques instants d*agonie, il rendit le dernier soupir. Les gens cie la caravane lui coupèrent immédiatement les poignets, afin de s'emparer de ses bracelets de cuivre ; d'autres lui enlevèrent son casque de verroterie, et enfln on transporta le cadavre jusqu'à l'entrée de mon camp.

22 juin. — Voyant que ces ignobles Turcs avaient mis le cadavre presqu'à ma porte, je le fis éloigner à en viron deux cents verges au-dessous du vent. Tous les oiseaux de proie s'assemblèrent sur-le-champ : buses, vautours, corbeaux, marabouts. Je remarquai un grand vautour, qui réussit presque à retourner le cadavre en arrachant la chair du bras opposé au côté où il se trouvait. Les oiseaux de proie commencent invariablement leur attaque sur les yeux, la partie intérieure des cuisses et des aisselles, avant de dévorer les portions plus résistantes. En quelques heures, il ne resta plus du Latouka qu'un squelette proprement dépecé. »

Nous devions partir le lendemain. Ma femme était dangereusement malade d'une fièvre bilieuse, et ne pouvait se tenir debout. J'essayai en vain de persuader aux gens de la caravane d'ajourner leur départ. Ils ne voulaient pas en entendre parler. Ils avaient tellement irrité les Latoukas, qu'ils craignaient une attaque, et leur capitaine ou va/ct7, Ibrahim, leur avait ordonné d'évacuer le pays sur-le-champ. Que faire? Les marchands avaient soulevé l'hostilité du pays, et j'en souffrirais si je restais seul en arrière. Sans eux, je ne pourrais me procurer de portefaix, car les naturels ne consentiraient pas à accompagner ma petite troupe, surtout comme je n'avais à leur ofirir en payement que de la verroterie ou du cuivre. Depuis quelques jours, les pluies avaient commencé dans le Latouka, et, jusqu'à Obbo, nous allions avoir à essuyer des orages continuels. Nous devions prendre un long circuit afin d'éviter les défilés dans les montagnes. Vu la disposition actuelle du pays, ces défilés seraient dangereux, surtout à cause des nombreux troupeaux dont la caravane était accompagnée. Le voyage devait durer cinq jours, programme menaçant pour moi, ma femme étant presque mou-

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rante. Cependant je me mis à l'ouvrage et je fabriquai, pour un de mes angareps^ un système de cerceaux formant d'un bout jusqu'à Tautre, une espèce de carcasse comme la couverture d'une charrette. Sur ces cerceaux J'étendis deux peaux tannées d'Abyssînie à Tépreuve de l'eau, et, attachant deux pieux fort longs parallèlement aux côtés de l'an^arep , j'obtins, de la sorte, un excellent palanquin. Nous y plaçâmes Mme Baker, et nous partîmes le 23 juin.

Nous comptions réunis environ trois cents hommes. En arrivant au pied de la chaîne de montagnes, nous la longeâmes vers le nord-ouest au lieu de la traverser comme nous l'avions fait auparavant, puis, faisant un circuit à travers une brèche naturelle, nous remontâmes peu à peu vers le Sud.

Le cinquième jour, à 5 heures du soir, nous trouvant à moins de douze milles d'Obbo, nous bivouaquons sur un inmiense plateau de granit, formant un plan incliné d'environ un acre d'étendue sur la pente d'une colline. Les naturels qui nous accompagnent reçoivent l'ordre d'enlever l'herbe de dedans les interstices des rochers, et, à peine ont-ils commencé, qu'un bruit suspect parmi les pierres, atteste la présence de quelque chose d'extraordinaire. En ce moment, les soldats attroupés lancent des dards et des cailloux, et, en m'approchant je vois le monstre le plus affreux que j'aie jamais aperçu. Je lui transperce immédiatement la tête, que je détache d'un seul coup de mon couteau de chasse, en ébréchant contre le granit mon arme favorite. C'était une vipère de la plus grande taille. Tirant de ma carnassière mon ruban à mesurer, que j'avais toujours à ma portée , je reconnus que cet animal avait cinq pieds quatre pouces de longueur et un peu plus de quinze pouces de tour. La queue est très-obtuse comme d'habitude chez les serpents venimeux, et la tête tout à fait plate, d'environ deux pouces et demi de largeur. Malheureusement pendant ma courte absence, les nègres l'avaient écrasée sous un bloc de granit. Elle était donc sans valeur comme échantillon, et trois des dents avaient été brisées, mais je comptai huit de celles-ci, et je m'emparai de cinq crochets venimeux, les deux plus saillants ayant près d'un pouce de longueur. Un caprice diabolique de la nature a fait de ces crochets mortifères des tubes pointus par lesquels le poison est injecté jusqu'au fond de la blessure. La pointe extrême

du crochet est solide et si fine, que, sous un fort microscope, elle paratt tout à fait lisse, tandis que la pointe de la meilleure aiguille offre des aspérités. Un peu au-dessous de l'extrémité solide du crochet l'ouverture du canal paratt coupée en biseau comme une plume lorsqu'on lui donne le premier coup de canif; c'est par cette ouverture que le poison est injecté.

J'avais à peine détaché les crochets, qu'un violent coup de tonnerre retentit dans les montagnes, qui s'élevaient abruptement, à moins d'un mille, sur notre gauche. L'éclair brille, et presque aussitôt un second coup éclate dans le nuage épaissi sur nos têtes, tandis que j'étais agenouillé, me préparant à écorcher le monstre. Sa tête plate, ses froids petits yeux gris et sa peau écailleuse, lui donnaient un air tellement satanique, à la lueur de l'éclair, au fracas du tonnerre, qu'il me rappela la légende de saint Dunstan et du Diable, et je l'écorchai. Les nègres et mes hommes étaient également saisis d'horreur, car ils n'auraient pas voulu toucher de la main une partie quelconque de ce serpent. Ils croyaient que la peau même avait des propriétés nuisibles.

Je n'ai jamais vu pleuvoir d'une manière plus violente que cette nuit-là. Heureusement Mme Baker dans son palanquin était comme un colimaçon dans sa coquille, mais je n'avais d'autre abri qu'une peau de bœuf. Je me jetai sur mon angarep^ et tirai cette couverture sur moi. Les nègres avaient déjà allumé des feux immenses et se groupaient autour de la flamme; mais, dans un orage pareil, qu'eût été même le grand incendie de Londres? En une demi-heure, tout était éteint; le déluge était tel, que le ravin, sec lorsque nous avions établi notre bivac, était devenu un torrent infranchissable. Ma peau de bœuf était devenue une chose sans nom, et mon angarep , recouvert d'une natte, se trouvait à quelques pouces sous l'eau. Je rejetai la natte, l'eau s'en échappa comme d'un tamis, et me laissa détrempé. La pluie tomba toute la nuit sans relâche. Depuis notre départ de Latouka, nous avions été mouillés tous les jours, mais les nuits avaient été belles. Notre détresse était maintenant au comble. Enfin la pluie cessa, l'aube parut. Nous ne pouvions nous procurer de feu, car tout était saturé d'eau, et nous dûmes repartir à travers les forêts et les hautes herbes chargées de pluie. La route que nous suivions nous permit

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d'éviter tous les défilés, car, à l'ouest de la chaîne de montagnes, le sol s'élève rapidement, mais régulièrement jusqu'à Obbo.

En arrivant à mon ancienne cabane, je trouvai un grand changement: rherbe avait atteint au moins dix pieds de haut, et mon petit camp était caché au milieu de cette abondante végétation. Le vieux Katchiba vint nous voir, mais ne nous apporta rien, disant que les Turcs avaient dévoré le pays. La misère de notre position est décrite dans l'extrait suivant de mon journal:

« Ce pays d'Obbo est maintenant une terre de famine. Les naturels refusent la verroterie, et ne veulent rien nous fournir, si nous ne leur donnons pas de bétail. Telle est la malédiction que les Turcs ont amenée sur le pays en volant les bestiaux, puis en les distribuant à profusion. Nous n'avons, strictement parlant, à manger que du tullaboun^ petite céréale amère, dont les naturels font usage au lieu de blé ; il n'y a pas de gibier, et s'il y en avait, il serait impossible d'aller à la chasse, car l'herbe est impénétrable. J'apprends que les Turcs se proposent défaire une razzia dans le pa]fs de Shoggo près Farajoke ; s'il en est ainsi, ils créeront des embarras pour moi partout où je passerai, et ma petite caravane ne pourra ni s'avancer seule, ni même séjourner paisiblement ici. Je serai vraiment heureux de quitter cette terre abominable; jamais je n'ai vu des coquins plus mauvais que ceux de l'Afrique, de cette partie du Soudan surtout. Il est impossible d'engager comme domestique aucun de ces drôles; leur apathie et leur impertinence, jointes à leur saleté, dépassent toute description, et leur horreur de tout ce qui ressemble à la discipline ajoute aux sentiments de haine que les Européens leur inspirent. Je n'ai pas un seul homme avec moi qui mérite le nom de serviteur. Les bétes de somme sont négligées et meurent en conséquence. Si je venais à mourir moimême, ils seraient au comble de la joie, car ils se réuniraient sur-le-champ aux gens de Kourshid pour faire la chasse aux bestiaux et aux esclaves. De charmants compagnons dans les moments de danger I.... Ils empoisonnent toutes les joies du voyage et en aggravent les fatigues. On ne saurait s'imaginer les ennuis, les embarras auxquels nous sommes exposés, sans compter l'ignoble désagrément de dépendre jusqu'à un certain poîot d'une bande de voleurs. Mon vakil est tout à fait responsable

de cette situation. Si ma première escorte était demeurée fidèle, je me trouvais indépendant, et, avec mes bêtes de somme, j'aurais pu pénétrer dans le sud avant le commencement de la saison pluvieuse. Je suis bien dégoûté de cette expédition ; je continuerai pourtant avec persévérance; Dieu seul sait comment cela finira. Que je serai reconnaissant si je puis revoir un jour la vieille Angleterre I »

Ha femme et moi nous étions très-malades d'une fièvre bilieuse, et nous ne pouvions nous entr'aider. Le vieux chef Ratchiba, apprenant nos souffrances, vint nous charmer avec ses cérémonies magiques. Nous jugeant sans ressource, il détacha immédiatement une branche d'arbre, puis se remplissant la bouche d'eau, il en arrosa les feuilles puis le sol de la cabane. Il agita ensuite la branche au fatte de la tête de ma femme et audessus de la mienne, et termina la cérémonie en fixant cette branche dans le chaume au-dessus de la porte. Il me dit alors que nous nous porterions mieux, et il repartit très-satisfait. La cabane était infestée de rats et de fourmis blanches; pendant la nuit, les premiers nous couraient sur le corps, et, faisant des trous dans le sol, remplissaient notre unique chambre de petits monticules comme des taupinières. J*avais beau boucher les trous, d'autres les remplaçaient sans trêve ni relâche. Ayant une provision d'arsenic, je résolus de donner aux rats un dîner, dont les résultats furent aussi désagréables pour nous que pour eux. Hs mouraient dans leurs trous, ce qui causait une puanteur horrible, et de nouvelles troupes prenaient la place des défunts. Quelquefois aussi, on pouvait voir, se glissant à travers le chaume, un serpent qui cherchait un abri contre la pluie.

Le pays était ravagé par la petite vérole, et les nègres périssaient comme des mouches. Le payjs était très-malsain, car la pluie tombant sans cesse, les hautes herbes empêchaient Tair de circuler librement, et l'extrême humidité amenait la fièvre. La température se maintenait à 65* Fahr. pendant la nuit, à 72<> pendant le jour ; des fiuages épais masquaient constamment le soleil, et l'air était chargé d'humidité. Le soir il fallait toujours entretenir dans la cabane un feu extraordinaire, car le sol et les murailles étaient fort humides.

L'herbe mouillée ne valait rien pour mes bêtes de somme. D'innombrables mouches survinrent', y compris la tsetxi^ et en

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peu de semaines les ânes ne conservèrent pas un crin sur les oreilles et sur les jambes. En vain je bâtis des hangars et j'allumai des feux ; rien ne pouvait les protéger contre les insectes. Dès que le feu était allumé les animaux se jetaient dans la famée comme sMls eussent été fous; rien ne pouvait les en arracher, et ils passaient les journées dans ce nuage plus ou moins protecteur, refusant toute nourriture. Le 16 juillet, Souris^ mon dernier cheval, mourut; il avait une très-longue queue, en échange de laquelle je me procurai une vache. Rien n'est aussi estimé qu'une queue de cheval. On se sert des crins pour enfiler des perles et pour faire des espèces de houppes que l'on se suspend aux coudes comme ornement. 11 est de très-bon goût à Obbo de porter de ces houppes faites de queues de vaches. Il est aussi de fort bon ton de se passer au cou, au risque de s'étrangler, six ou huit anneaux de fer poli qui ressemblent à ces colliers qu'on met au cou des chiens.

Le 18 Juillet les nègres eurent une grande délibération qui se termina par une danse guerrière. Ils étaient tous peints d'ocre rouge et de terre de pipe formant des dessins de modèles variés. La tête ornée élégamment d'une parure faite de cauris et de panaches de plumes d'autruches qui retombent sur la nuque. Après la danse le vieux chef leur fait un discours très-long et très-énergique, d'autres orateurs, tous fort éloquents, prennent ensuite la parole, et on décide enfin que c les nogaras battront, et que les gens de la tribu se réuniront aux Turcs pour faire une razzia dans le pays de Madi. >

Ibrahim part avec 120 hommes armés et une multitude d'Obbos pour la maraude en question.

Le lendemain Katchiba vint nous voir, nous apportant un cadeau de farine. Je lui donnai à mon tour une assiette d'étain, une cuillère de bois, la dernière de nos tasses à thé, et plusieurs boutons de chemise en nacre de perle fixés sur un papier de clinquant. Ce dernier objet lui plut tellement qu'il pria ma femme de le lui suspendre au cou comme une médaille. C'était vraiment un brave vieillard que ce Katchiba, le meilleur que j^aie vu en Afrique. Il se méfiait beaucoup des Turcs qui, disaitil, finiraient par causer sa ruine ; car en attaquant les Madis ils les exciteraient contre lui, et après le départ des Turcs les Madis à leur tour envahiraient les districts obbos. Les bestiaux étaient

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irascible antagoniste Gaddum Her. L'autre jour, celle-ci a appris à ses dépens que Saat prend de la force, car je l'ai trouvée étendue par terre égratignant de ses ongles crasseux les grosses joues de Saat; tandis que lui, assis sur l'estomac de la négresse, lui pochait les yeux à beaux coups de poing. II est juste de dire que c'est toujours Gaddum Her qui commence.

« Rien n'est absurde comme l'air de suffisance des bandits qui forment la troupe de Kourshid; ils sont trop distingués pour servir comme des soldats, et on les voit se pavaner de côté et d'autre accompagnés de négrillons qui portent leurs fusils. J'ai souvent comparé le sort des pauvres honteux en Angleterre, avec celui de ces vauriens dont le courage consiste à piller et à assassiner les nègres sans défense, tandis qu'ils vivent en voleurs des produits de ce pillage. Je suis très-anxieux de savoir si le gouvernement anglais s'occupera enfin du commerce du Nil Blanc, ou si tous les efforts de la diplomatie se borneront à des protestations et à des lettres, auxquelles le gouvernement égyptien répondra uniquement par la promesse de faire cesser les atrocités qui se commettent aujourd'hui. Les autorités du Caire promettront, et, comme c'est l'habitude chez les Turcs, ne feront rien. D'un autre côté les nègres sont foncièrement pervertis. Une tribu accueille les Turcs comme alliés contre la tribu voisine, et pourvu que le résultat soit du bétail, on ne tient aucun compte des moyens par lesquels ce bétail est obtenu. Il en résulte une anarchie générale.

« 6 août. — Il est trèa-difficile de se procurer des vivres. Voici la seule manière d'avoir de la farine. Les naturels ne veulent prendre en échange que de la viande. Pour acheter un bœuf il me faut des molotes (houes); pour avoir des mo/o(«, je suis obligé de vendre mes habits et mes souliers aux gens de la caravane. On conduit alors le bœuf à un village voisin où il est abattu et découpé en près de cent morceaux. Mes hommes s'asseyent ensuite à terre avec trois grands paniers dans lesquels les naturels viennent vider de très-petites corbeilles de farine, à raison d'une corbeille pour chaque morceau de viande. Ce procédé ennuyeux est un exemple des difficultés qu'on éprouve dans l'Afrique centrale pour se procurer quelque chose d'aussi simple qu'un peu de farine. Par un grand nombre de détails de mœurs les naturels d'Obbo ressemblent aux Baris. J'ai eu la

plus grande peine à faire renoncer Thomme qui trait mon bétail à la dégoûtante habitude de laver les jattes à lait avec de Turine de vache, et même de mêler un peu de ce liquide avec le lait. Il affirme que s'il ne so lave pas les mains dans de l'urine avant de traire les vaches, celles-ci perdront leur lait. On ne sait d'où vient cette coutume repoussante. Les Obbos se rincent la bouche avec leur propre urine ; cela tient peut-être à ce qu'il n'y a pas de sel dans le pays. Au contraire les Latoukas sont fort propres, et on peut sans crainte acheter du lait dans leurs propres jattes.

€ 8 août. — J'ai tué un bœuf gras, et mes hommes sont occupés à en faire bouillir la graisse. On doit avoir soin de répandre quelques gouttes d'eau sur cette matière en pleine ébullition ; si l'eau produit le même sifflement que quand elle est versée sur du plomb fondu, on peut être sûr que la graisse est en bon état; sinon, elle n'est pas assez bouillie, et ne se conservera pas.

« Trois femmes esclaves ont été arrêtées ce matin par les gens de Kourshid au moment où elles essayaient de s'enfuir, et deux d'entre elles ont été traitées d'une manière brutale. En général ces malheureuses sont bien soignées tant qu'elles sont jeunes, mais on les assomme sans pitié dès que leur première fraîcheur est passée .

1 1 août. — En cette saison d'immenses scarabées se mettent à l'ouvrage, emportant deçà, deli, de la fiente de toute espèce. Ils en font des pelotes de la grosseur d'une petite pomme, et les roulent au moyen de leurs jambes de derrière, marchant i reculons à l'aide des jambes de devant. Si une de ces pelotes tombe dans un pli du sol, j'ai souvent vu un second scarabée venir au secours du propriétaire du butin, l'aider à retirer sa proie, puis la lui disputer quand elle a été ramenée sur le terrain uni.

« Cette espèce de scarabée est celle que les anciens Égyptiens regardaient comme sacrée ; elle se montre dès le commencement de la saison pluvieuse, et continue ses travaux jusqu'à la fin de celle-ci. Alors elle se retire. Si les anciens l'adoraient, n'est-ce pas parce que cet animal annonçait la crue du Nil? Comme l'existence même de la Basse-Egypte dépendait des inondations annuelles, on observait la crue avec la plus vive inquiétude. Ce scarabée remarquable en ce qu'il apparaissait au commencement de cette crue, et aussi par ses grandes dimensions et par son

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activité extraordinaire à débarrasser la terre de toute espèce d'ordure, n'a-t-il pas pu naturellement inspirer aux anciens l'idée qu'il existait quelque rapport entre lui et le fleuve ; et de là à lui attribuer un caractère sacré, lié au débordement des eaux, il n'y avait pas loin.

« Il y a dans ce pays un haricot sauvage dont la fleur a le parfum exquis de la violette. Je regrette de ne pas avoir de provision de papier pour réunir des échantillons de plantes, car au commencement de la saison des pluies, on voit éclore de toute part de fort belles fleurs. Par contre il y a peu d'épines et point de gomme ; contraste frappant avec les arbres et les arbustes du Soudan qui sont presque tous protégés par une armature naturelle.

«13 août. — J'ai fait subir un long examen à une femme eisclave nommée Bachita, appartenant à un des honunes de Kourshid. Il y a deux ans, le roi Kamrasi l'avait envoyée en qualité d'espionne parmi les trafiquants ; elle était chargée de les attirer dans le pays si leurs dispositions semblaient favorables, mais de revenir simplement faire son rapport s'il en était autrement.

« Dès son arrivée à Faloro, elle fut prise par les gens de Debono, puis vendue à son maître actuel. Elle parle la langue arabe qu'elle a apprise des gens de la caravane. Elle me dit que Magungo, ce lieu dont j'ai tant entendu parler» n'est qu'à quatre jours de marche forcée (pour un nègre), en droite ligne de Faloro ; les Turcs mettraient huit jours à faire le voyage. La ville est à égale distance de Faloro et de la capitale de Kamrasi dans TOunyoro. Elle a entendu, sur le LutaN'Zigé, des récits concordant avec ceux de Speke, mais elle ne le connaît que sous le nom de Kara-Woutan-N'Zigé. Elle m*a confirmé les rapports relatifs à de grands bâtiments arrivant à Magungo avec des équipages arabes, et elle décrit le lac comme une nappe blanche s'étendant à perte de vue. C'est, me dit-elle, une eau particulière, car si on dépose une jarre sur le rivage, cette eau s'avancera^ emportera la jarre et la brisera. Cette description indique, à ce que j'imagine, le mou vement des vagues. Elle ajoute que le Gondokoro^ ou Mil Blanc, après être entré dans le lac, ne tarde pas à en ressortir, et elle me parle d'une masse d'eau qui semble tomber du ciel avec un grand bruit.

€ T-espère réussira atteindre ce lao; sans cela j'aurai perdu non temps, ma peine et mon argent, car j'ai renoncé au plaisir le la chasse pour mener à bien mon expédition. Si j'avais préféré chasser I j'aurais pu m'en donner à cœur joie pendant la saison sèche sur les bords de TAtabbi, et sur le Ranieti, dans le iroislnage de Wakkala ; mais j'ai dû négliger tout pour atteindre le but de mon voyage, il faut que je m'avance vers la capitale de Kamrasi, et de là vers le lac. Ce qui m'inquiète, c'est la conduite des gens de Kourshid ; s'ils font des razzias vers le sud, ils feront avorter mes plans, car mes compagnons craindront de s'aventurer à travers un pays soulevé. Je suis obligé de rester dans de bons rapports avec le chef de ces bandits, car je dépends de lui pour mon interprète et mes portefaix.

« Je voudrais persuader à Ibrahim de remplacer par un commerce légitime d'ivoire, dans le pays de Ramrasi, l'atroce système de vols et de meurtres qui prévaut maintenant. J*aime Kourshid, si voleur effronté qu'il soit, car il n'est pas un hypocrite comme les autres négociants des Khartoum ; c'est le seul homme qui se soit conduit civilement envers moi; je serais donc charmé de lui rendre service en établissant un commerce légal entre lui et Kamrasi; en même temps, j'aurais l'avantage d'être escorté par ses gens dans mon voyage vers le pays oh je désire aller. Commercialement parlant, voici où en sont les choses :

« L'Ounyoro , le pays de Ramrasi, est une espèce de sol vierge , la verroterie y est à peine connue ; le roi y règne despotiquement, ei sa parole a force de loi. Le commerce se ferait par son canal exclusivement; il fournirait des défenses d'éléphant, tandis que Kourshid, en retour, lui enverrait tous les ans de la verroterie et d'autres articles. Ainsi, d'après les coutumes du Nil Blanc, Kourshid seul ferait le commerce avec Kamrasi, et l'abominable système du vol des bestiaux disparaîtrait.

« Le défaut de moyens de transport est généralement la grande difficulté commerciale dans les pays éloignés ; chaque tribu étant ordinairement ennemie de la tribu voisine, craint d'envoyer des porteurs au delà de ses propres frontières. Si je réussis à prouver que le lac Luta N'Zigé est une soiuxe du Nil avec une jonction navigable, j'aurai détruit la difGculté principale^et ouvert pour le commerce de Kourshid, une route directe. Le lac est dans le pays de Ramrasi ; de la sorte, il ne craindra pas d'en-

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voyer des porteurs remettre les cargaisons d'ivoire dans un dépôt qui pourra être établi soit sur les bords du lac, ou à sa jonction avec le Nil. Il faudrait construire sur le lac un bfttiment pour faire le commerce avec les riverains, et transporter l'ivoire au dépôt central. Ce navire redescendrait ensuite le Nil jusqu'aux cataractes, là on formerait un camp, et de ce point, en quelques jours de marche, Tivoire serait transféré à Gondokoro. Un trèsgrand commerce s'organiserait ainsi ; car non-seulement on obtiendrait l'ivoire de rOunyoro, mais encore au moyen du lac, les navigateurs pourraient parvenir jusqu'au cœur de l'Afrique- Il y aurait aussi un grand avantage à traiter seulement avec Kamrasi ; ce n'est pas, en effet, un sauvage avide uniquement de verroterie et de bracelets ; il recevrait des cotonnades et des articles de différentes espèces, de telle sorte que l'ivoire s'obtiendrait pour une valeur presque nominale. Le dépôt sur leLuta N'Zigé serait un magasin général, d'où les marchandises arrivant de Gondokoro seraient ensuite distribuées par d'autres vaisseaux parmi les tribus qui bordent le lac.

« La seule difficulté capable d'entraver ce commerce légitime est la répulsion des habitants de Khartoum pour tout ce qui est honnête. Le prestige des razzias de bestiaux et de la chasse aux esclaves, joint aux attraits du meurtre, réunissent tous les bandits dans les expéditions du Nil Blanc, et si un commerce honorablement conduit était le seul objet des marchands d'ivoire, je crains qu'il ne fût difficile de recruter le nombre de soldats nécessaire pour la sûreté des caravanes.

« Je crois que même à Obbo on pourrait se procurer de l'ivoire au moyen de calicots imprimés, de chemises de laine rouge, de couvertures, etc. Ce pays étant élevé de 3600 pieds au-dessus du niveau environnant, les nuits y sont froides, et même les journées , pendant la saison pluvieuse ; des vêtements y sont donc nécessaires. C'est ce que nous voyons par les peaux d'animaux dont les naturels se couvrent. Depuis le pays deSchillouk (lat. 10*) jusqu'à la latitude où je me trouve (4" 02 ), les Obbos sont les seuls riverains du Nil Blanc qui possèdent un rudiment d'habits. Les sujets de Kamrasi sont bien vêtus ; plus au sud, vers Zanzibar, tous les nègres le sont plus ou moins ; ainsi, Obbo est la limite où le climat a forcé les nègres à se vêtir ; dans les basses terres où la chaleur est plus grande, ils vont nus. Là où des articles d'ba-

billement sont indispensables, les manufactures anglaises trouveraient facilement un débouché contre de Tivoire ; et on pourrait organiser un commerce légal.

« Tarajoke, dans le pays de Souli (lat. 3' 33*), limite sud de mes explorations jusqu'à ce jour, est à environ neuf ou dix jours de marche du lac, en ligne directe; mais cette route est impossible parce que le pays intermédiaire est occupé par les gens de Debono ; et les lois des trafiquants interdisent à un tiers de passer sur le terrain qu'ils se sont attribué. Les gens de Kourshid refuseraient de prendre ce chemin ; les miens, s'ils sont seuls, craindront de voyager, et trouveront quelque motif pour battre en retraite. Dès le commencement ils ont été pour moi un fardeau intolérable ; ils reçoivent chaque mois deux livres de verroterie par tête pour ne faire absolument rien, après avoir privé mon expédition de toute liberté de mouvement par leur révolte à Gondokoro.

• 23 août. — Mon dernier chameau est mort aujourd'hui; ainsi, tous mes chevaux, tous mes chamaux ont péri, et de vingt et un ânes que j'avais, il ne m'en reste que huit. Encore la plupart de ceux-ci mourront, sinon tous. La principale cause de leurs maladies est sans doute l'excessive humidité de la nourriture, causée par les rosées et les pluies. Les chevaux, les chameaux et les fines du Soudan se portent à merveille dans le climat sec de leur pays natal, tandis que le climat humide oii ils se trouvent maintenant leur est mortel.

« Si j'avais été dépourvu de bêtes de somme, je n'aurais pu quitter Gondokoro, où il m'était impossible de me procurer des portefaix. Pavais bien fait entrer dans mes prévisions la mort de mes animaux, mais j'espérais qu'ils m'accompagneraient jusqu'à l'équateur ; et c'est ce qu'ils auraient fait pendant les deux mois comparativement secs qui suivirent mon arrivée à Gondokoro, si la révolte n'avait pas dérouté tous mes plans en me rejetant dans la saison pluvieuse. Mes bëtes de somme m'ont :onduit à Obbo, et sont mortes dans l'inaction, au lieu de tomber aiLténuées sur la route. Si j'avais pu partir directement de Gonlokoro, comme je me le proposais, je serais arrivé dans le pays de Kamrasi avant la saison des grandes pluies.

« n y a à Obbo une espèce de gourde excellente ; elle est de la forme d'une poire, longue d'environ dix pouces, avec un diamè-

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tre de sept; son écorce blanche a des rugosités sur la surface; c'est la plus délicate et la plus agréable que j'aie jamais mangée.

< Il y a dans ce pays deux variétés de ricin; l'une a mie tige pourpre, des feuilles d'un rouge brillant ; c'est une plante trèsbelle. On trouve aussi un bananier sauvage, dont la feuille a une tige cramoisie ; il n'atteint pas la hauteur ordinaire des plantes de cette famille, mais ressemble à un bouquet de feuilles sortant immédiatement de terre.

«30 août. — Mme Baker et moi nous avons fait ce matin une visite au vieux chef Katchiba, sur sa demande expresse. La cour de sa cabane, propre et bien battue, d'environ cent pieds de diamètre, était entourée de palissades le long desquelles croissaient des gourdes et l'igname grimpante que l'on appelle coUololo. Dans l'enclos se trouvent plusieurs huttes appartenant à ses femmes. Il nous reçut très-poliment et nous pria d'entrer dans sa demeure principale qui était simplement arrangée. Cest la hutte circulaire ordinaire, mais le diamètre en est de vingt-cinq pieds environ. Nous traînant à quatre pattes à travers l'entrée, nous nous trouvons en présence d'une de ses femmes qui prépare de la merissa. L'ameublement a un caractère pratique et révèle le goût du vieux chef, car la chambre sent la brasserie. On y voit plusieurs immenses jarres d'une capacité d'environ trente gallons; les unes sont destinées à la bière; dans les autres se trouvent les petits cadeaux qu'il a reçus soit des Turcs, soit de nous, y compris une chemise de flanelle rouge à laquelle il attache le plus grand prix. Ces objets recherchés sont empaquetés dans une jarre dont l'embouchure est fermée par un autre vase afin d'empêcher les rats et les fourmis blanches d'y pénétrer. Deux ou trois peaux de bœufs bien préparées sont étendues par terre ; Katchiba prie Mme Baker de s'asseoir à sa droite, tandis que je me place à gauche, il demande ensuite de la merissa que sa femme lui apporte de suite dans une immense calebasse ; Mme Baker et moi nous en buvons un peu, puis il' finit le reste. Cet aimable vieux sorcier, ayant résolu de nous divertir, envoie chercher son rababa ; c'est une espèce de harpe formée d'une base creuse ajustée à un manche de bois qui s'élève perpendiculairement et auquel sont attachées huit cordes. Il passe quelques instants à accorder l'instrument, puis me demande s'il doit chanter. Préparés à entendre quelque chose de

comique, nous le prions de commencer. Il chante un air trèsplaintif» très-sauvage, mais fort agréable, en s'accompagnant à merveille sur sa harpe, et nous donnant le meilleur spécimen de musique que j'aie entendue en Afrique. Bref, la musique et la danse sont ce que le vieux Karchiba aime le plus, surtout quand de copieuses boissons s'y joignent. Ayant fini de chanter, il se lève et disparaît, mais revient bientôt, amenant au bout d'une corde un mouton qu'il nous prie d'accepter. Je le remercie, mais lui dis que nous n'étions pas venus le voir afin de recevoir des cadeaux; nous lui faisions une visite d'amis, et par conséquent nous ne saurions songer à rien recevoir de lui. Là-dessus, il remet le mouton à sa femme, et bientôt après nous nous levons pour prendre congé de lui. Ëtant sorti à quatre pattes, il nous reconduit par la main de la façon la plus cordiale à une distance d'environ cent verges; puis, nous souhaite le bonjour, espérant que nous reviendrons souvent le voir. De retour chez nous, nous trouvons le mouton qui nous attendait. Déterminé à nous faire un présent, Katchiba l'avait envoyé en avant. Je lui expédiai sur-le-champ un collier splendide de la plus belle verroterie, et donnai au nègre qui avait amené le mouton un présent pour lui-même et pour sa femme. Ainsi tout le monde est content, et le mouton figure à notre dtner.

« Le lendemain matin Katchiba parait à ma porte avec un drapeau rouge fait d'un morceau de cotonnade que les Turcs lui ont donné. Il est accompagné de deux hommes battant la caisse, tandis qu'un troisième joue d'une espèce de clarinette. C'était en imitation des Turcs. Katchiba est de très-bonne humeur et mon collier l'enchante.

« 6 octobre. — Je viens d'inspecter le seul âne qui me reste. Quel tableau de misère ! L'humeur lui coule des yeux et des naseaux ; son pelage â disparu ; il est sur le point de rejoindre ses déftints camarades ; ses préparatifs sont faits pour son dernier voyage. Avec sa peau nue sur un squelette épuisé, il ressemble au lion britannique qui orne l'écusson placé au-dessus de la porte du consulat de Khartoum. Dans cet écusson, le roi des animaux parait aussi étiolé que mon pauvre âne. Peut-être l'artiste a-t-il voulu représenter par celte maigreur celle du traitement que reçoit le consul. « Voyez ma misère f » semble dire le lion : « cent cinquante livres par an ! »

272 L'ALBERT N'TANZA.

« Toutes les fois que je regarde mon âne agonisant, de poétiques idées s'emparent de moi ; je songe aux vers de Thomas Moore : « je n*ai jamais aimé une tendre gazelle, > etc., mais la question pratique : « qui se chargera de mon porte-manteau î » reste sans réponse. Je ne crois pas que les Turcs aient l'intention de se rendre dans le pays de Kamrasi ; ils ont peur, car ils ont entendu dire que c'est un chef puissant, et ils craignent les restrictions qu'il apporterait à leurs habitudes de bandits. En ce cas j'irai sans eux, mais ils m'ont trompé en emportant cent soixante-cinq livres de verroterie qu'ils ne peuvent me rembourser, ce qui me met dans l'embarras. Selon le dire des nègres, l'Asoua est encore infranchissable, ce qui empêchera toute marche générale vers le sud. Si les pluies cessent, le niveau de la rivière tombera rapidement, et je me mettrai en route pour sortir de cette prison d'herbe épaisse et d'inaction.

1 1 oct, —Les lions rugissent toutes les nuits, mais on ne les voit pas. Je fais construire par mes hommes un camp fortifié : un parallélogramme de palissades flanqué aux angles opposés de deux avancées destinées à dominer toute approche. Ces paresseux ouvriers n'en sont que de plus mauvaise humeur. Ils passent la journée à boire ie\si merissa^ àdormiretàpincerdu rababa^ tandisque les négresses se querellent, Tune disant à l'autre par manière d'insulte qu'elle est aussi noire que la marmite, et lui recommandant de manger du poison.

noct. — Je m'attends à une attaquede fièvre demain ou le jour suivant, car une expérience constante et pénible m'a familiarisé avec tous les degrés de cette maladie. Pendant quelques jours on ressent un malaise général indéfinissable ; point de symptômes spéciaux, excepté un ou deux jours avant la crise ; alors il survient une grande lassitude avec une envie irrésistible de dormir. Douleurs rhumatismales dans le côté, le dos et les articulations, accompagnées d'une sensation de très-grande faiblesse. Frisson si terrible qu'il aflecte immédiatement l'estomac. Vomissements pénibles, les yeux sont fatigués et douloureux ; chaleurs et maux de tête. Extrémités pâles et froides, pouls très-faible et ne donnant que cinquante-six pulsations à la minute ; l'action du cœur est très-imparfaite et la prostration générale. Les frissons et les vomissements continuent pendant deux heures environ, avec une grande difficulté de respirer. Puis survient la fièvre; les

envies de vomir avec respiration difficile, une faiblesse extrême, un malaise général subsistent pendant environ une heure et demie. Alors, si les remèdes ont réussi, viennent ^des sueurs abondantes et sommeil. La crise cesse, mais l'estomac demeure très faible.

La flèvre est intermittente ; chaque crise survenant à la même heure, de deux jours l'un, le malade est bientôt réduit à l'état de squelette, l'estomac n'agit pas et la mort s'ensuit. Tout violent effort de l'esprit, tout mouvement de chagrin ou de colère est presque à coup sûr suivi de fièvre dans ce pays. Il ne me reste plus que quelques grains de quinine, et ma tâche est à peine commencée. Tous nos animaux sont morts ; de fréquents accès de fièvre nous ont affaiblis tous deux, et pourtant il va falloir continuer notre voyage à pied.

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