a Grosse étoffe de coton à cdtes. » (— M
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leurs épaules. Le fleuve semble être la limite de la sauvagerie absolue ; car les habitants d*Ounyoro ont sur l'indécence de la nudité, les mêmes idées que les Européens.
A Karuma, le district nord de rOunyoro est nommé Chopi ; le langage y est le même que le madi, mais il difTère du dialecte que Ton parle dans les parties centrales et méridionales du royaume. Le type des habitants est particulier, mais ils ont les cheveux crépus, comme toutes les autres tribus du Nil Blanc.
Par des observations astronomiques, je détermine la latitude d'Atada, aux cataractes de Karuma, (2* 15 N.) et le thermomètre de Gasella me donne 3,996 pour la hauteur du niveau de la rivière au-dessus de celui de la mer.
Après les dégoûtantes tribus de sauvages nus au milieu desquelles nous avions voyagé pendant plus d'un an, c'était un changement délicieux de se trouver chez des gens comparativement civilisés, à ce que témoignaient non-seulement la décence des habits, mais encore la confection des étofles et les autres fabriques du pays. Les forgerons étaient fort habiles, et se servaient de marteaux de fer au lieu de pierres ; ils transformaient en un fil très-délié les fils grossiers de cuivre et de laiton qu'ils recevaient de Zanzibar; leurs soufflets étaient les mêmes que ceux dont se servaient leurs compatriotes moins civilisés; mais surtout leur poterie témoignait de leur supériorité.
Presque tous les sauvages ont quelque idée de travailler la terre; mais la place qu'un peuple occupe entre la barbarie et la civilisation peut être déterminée par la qualité de la poterie. Les Chinois étaient aussi civilisés qu'ils le sont aujourd'hui à une époque où l'Angleterre se trouvait plçngée dans la barbarie : leur porcelaine a toujours joui d'une grande réputation. On peut déterminer ainsi la différence entre les pays sauvages et les pays civilisés : les premiers font de la poterie, les seconds fabriquent de la porcelaine ; ainsi tous les degrés dans cette industrie, depuis les ustensiles les plus grossiers, correspondent aux échelons de la civilisation.
La calebasse est le premier ustensile du sauvage africain, et l'écorce de ce fruit est le vase que la nature lui offre conmie le premier modèle à imiter. La nature, se pliant aux besoins de l'homme et des autres animaux, semble fournir abondamment dans ces pays barbares ce qu'il faut au sauvage. Non-
seulement on y voit crottre des gourdes à écorce extrêmement dure, qui, coupées en deux, forment des vases; mais ces fruits, de figure et de dimension diverses, forment aussi des bouteilles naturelles de toutes les dimensions, depuis la petite fiole jusqu'à la dame-jeanne, qui contient cinq galons. Tandis que les tribus les plus grossières, se contentant de ces productions naturelles, bornent leurs ébauches d'imitation aune jarre informe et à moitié cuite, les demi-sauvages, tels que sont les natifs de TOunyoro, copiant la nature, nous offrent un premier exemple d'art industriel. Le sauvage primitif emprunte directement à la nature : la calebasse est son ustensile. L'indigène d'Ounyoro, plus avancé, ne voit dans ce cucurbitacé qu'un modèle pour sa poterie. Il sait tirer parti d'une belle argile noire; il en confectionne d'excellentes pipes très-artistement travaillées, à l'imitation de la petite gourde oviforme.
Il en fabrique des tasses fort jolies et des bouteilles copiées sur les diverses variétés de la gourde, nous révélant ainsi dans ses humbles essais le premier pas fait par l'esprit humain dans l'industrie manufacturière, de même que le superbe chapiteau corinthien a pour origine une corbeille de fleurs.
Quelques extraits de mon journal rendront compte du retard que j'eus à essuyer à Âtâda.
« 2 6 janvier 1864. — Les huttes de ce district sont très-grandes, d'environ vingt pieds de diamètre, tout entières en roseaux et en paille; elles sont très-hautes, ressemblant à l'intérieur à de grands paniers renversés; leur forme est celle d'une ruche, bien différente des chenils des tribus du nord.
« On nous apprend que nous ne devons pas compter sur la visite de Kamrasi, car les personnages d'importance ne sont jamais pressés de rendre leurs visites. Aucun des chefs principaux n'a encore paru. On attend Kidgwiga aujourd'hui; mais de toutes parts la foule arrive pour voir la dame blanche. Attendre qu'il plaise à ces nègres tout-puissants de permettre à nos gens de traverser le fleuve est une terrible épreuve pour notre patience.
« 27 janvier. — Encore un jour perdu, alors que chaque instant est précieux. Les pluies commenceront, j'en ai peur, avant que ma tâche ne soit accomplie, et si l'Asoua est débordé , je ne pourrai pas retourner à Gondokoro. Dans ce district, la population est nombreuse et la culture étendue. Il y a beaucoup dar-
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bres ressemblant au vacoua de Tlle Maurice; mais les feuilles, d'une texture différente, produisent une sorte de chanvre. On nous dit tous les jours que le chef envoyé par Ramrasi est en route, mais il ne donne aucun signe de vie.
« 28 janvier. — Kamrasi, dit-on, a envoyé un homme de confiance avec une gran4e troupe, comprenant plusieurs des gens qui ont abandonné Speke. Ils doivent m'examiner et constater si je suis vraiment blanc et Anglais ; si ouï, je suppose qu'on nous laissera passer ; si non^ nous serons sans doute exterminés. De peur de méprise, je me suis précautionné de toute façon ; mais, n'ayant que huit hommes de ce côté de la rivière, s'il arrive une échauffourée, je suis sûr de perdre tout mon bagage, car personne ne voudra le transporter au canot.
c 29 janvier. — Bananes , patates et œufs en abondance. On obtient trois bananes pour une petite perle. Les nègres s'amusent beaucoup en nous voyant essayer les œufs dans l'eau avant de les acheter. On attend le chef aujourd'hui. Hier soir, un message fort poli nous a été expédié par Kamrasi ; il s'excuse de ne pouvoir venir nous voir, et nous invite à nous rendre à sa capitale. Ce matin, la troupe envoyée par Kamrasi n'est plus, nous dit-on, qu'à une heure de marche d'Atâda.
« A midi, le chef arrive accompagné d'une suite nombreuse dans laquelle se trouvent trois des déserteurs de Speke; un d'entre eux a été créé chef par Kamrasi, qui lui a fait présent de deux femmes. Je les reçois debout, et, inspection faite, on me reconnaît, à la satisfaction générale, pour le frère de Speke. Cependant tout n'est pas terminé ; un long discours m'annonce un nouveau délai de quatre jours, indispensable pour avoir la réponse de Kanu*asi au rapport satisfaisant qu'on lui adresse sur mon compté. Perdant toute patience, j'éclate : je déclare que Kamrasi n'est qu'une misérable créature, tandis qu'un blanc est un roi en comparaison de lui; j'ordonne que l'on transporte surle-champ mon bagage au canot, et je déclare que je vais retourner dans mon pays; je ne tiens plus à voir un rustre conune Kamrasi, et pas un autre homme blanc ne viendra désormais visiter son royaume.
< L'effet de ces paroles est magique. Je me lève en hAte comme pour partir; les cWs suppliants m'arrêtent: Kamrasi, disentils, les tuera tous si je m'en vais. Pour empêcher ce malheur,
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ils ont fait enlever secrètement le canot. Ma colère s'en accroît; craignant une sérieuse querelle, près de quatre cents nègres témoins de la scène se dispersent de tous côtés. Je dis aux chefs que rien ne pouvant plus me retenir, je m'emparerai du canot de force, si ma caravane tout entière n'est pas transportée sur-le-champ de ce côté de la rivière. On accepte mes conditions. Un des hommes d'Ibrahim et Tun des déserteurs de Speke, agissant au nom de Kamrasi, échangent et boivent du sang tiré simultanément du bras droit de chacun d'eux. De cette façon, la paix étant tout à fait cimentée, plusieurs canots partent de suite, et avant le coucher du soleil plus de soixante de nos hommes ont traversé le fleuve. Cependant, par précaution, les naturels ont éloigné leurs femmes.
« 30 janvier. — Le reste de la troupe et du bagage est arrivé, et on nous apporte des provisions de toute espèce. Demain, nous nous mettons en route directement pour la capitale de Kamrasi, qui me promet un guide pour me conduire au lac.
« Les naturels du pays sont très-soigneux dans tout ce qu'ils font; s'ils ont quelque objet à vendre, ils le disposent en paquets fort propres, entourés d'écorce de plantain, et quelquefois de la pellicule intérieure d'un roseau préparée en petites lanières de la blancheur de la neige et qpii sont attachées autour des paquets avec le plus grand soin. Si le cidre du plantain {merissà) est apporté dans une jarre, l'ouverture de cette jarre est toujours scellée par un couvercle en roseaux étroitement nattés; le tabac même n*est jamais mis en vente qu'empaqueté de cette façon. Ils se servent en voyage d'une jolie gourdeàlong cou, en forme de bouteille, pour contenir leur vin de banane; le goulot est fermé par un paquet de ces fibres de roseaux, dans lesquels on insère un chalumeau qui descend jusqu'au fond. Ainsi on peut humer la boisson quand on est en marche, sans avoir besoin de s'arrêter et sans craindre que le mouvement la répande.
« Les naturels préparent les peaux de chèvres très-habilement, et les rendent aussi souples que de la peau de chamois. Us les coupent en carrés qu'ils cousent ensemble avec toute l'adresse d'un tailleur européen; ils en font des manteaux préférables, à cause de leur solidité, à ceux d'écorce. Ils fabriquent aussi leurs propres aiguilles, non en y perçant un trou, mais en affinant l'extrémité qu'ils recourbent ensuite et fixent
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d'un coup de marteau dans un petit cran préparé sur la tige de Taiguille.
« Les vêtements de toute sorte sont fort recherchés ici et pourraient être avantageusement troqués contre de Tivoire. La verroterie est aussi fort appréciée et serait une matière d'échange avantageuse si le pays ne devait bientôt en être encombré. Les articles d'habillement au contraire ne durent pas, et le marché serait toujours ouvert à ces articles périssables. Il y a donc là, comme je l'ai toujours pensé, une excellente occasion de commencer un trafic légitime.
« Sljanv. — Les naturels viennent en grand nombre pour transporter gratuitement notre bagage d'après les ordresdu roi. Nous partons à sept heures du matin, et nous faisons une traite de dix milles et demi vers le sud, parallèlement au Nil ; le pays est bien peuplé et les champs sont couverts de sésame, patates, fèves, tallabouriy dourra, maïs, et à chaque village nous trouvons des hommes prêts à relayer nos porteurs de l'étape précédente. Dans cette partie de son cours, le fleuve, loin d'être encaissé dans de hautes berges, coule au niveau du sol, ce qui indique une forte pente vers l'ouest depuis Keruma. Nous faisons halte près d'un village à l'ombre des bananiers. Ces plantes sont ici beaucoup plus hautes qu'à Ceylan, et leurs tiges noires s'élèvent à vingt-cinq ou trente pieds. Le chef du district vient à notre rencontre et insiste pour que nous restions dans son village aujourd'hui et demain, afin de boire et de manger avec lui; autrement Kamrasi le tuera. Ainsi nous perdons sans cesse un temps si précieux. Le chef se nomme Matta Goumi. Pour lui le lac.n*est plus un secret. Ainsi que ses administrés, il m'affirme que le lac Luka N'zigé est plus grand que le Victoria N'yanza, et que les deux lacs sont alimentés par des cours d'eau venant de la grande montagne Bartouma. Cette montagne est-elle le M'fumbiro de Speke, avec une différence de nom purement locale ? Suivant les indications que l'on me donne, elle doit être au sud -ouest de l'endroit où nous nous trouvons, et dont la latitude, obtenue par la hauteur méridienne de la Chèvre, est de 2^ 5' 32".
« v fév. — Ma femme est sérieusement malade d'une fièvre bilieuse. Tous les habitants ont quitté leurs villages, laissant leurs cabanes et leurs ardins à notre disposition. Telle est la
coutume du pays lorsque le roi ordonne qu'ui^ étranger soit conduit à travers ses Ëtats.
Les habitants d'Ounyoro ont un outil bien supérieur k la molote dont les tribus du nord font usage. C'est une lame de fer trèsforte emmanchée comme celle dont on se sert dans les plantations de cannes aux Antilles, mais en forme de cœur; avec ces outibs ils creusent la terre très-profondément, surtout pour la culture de leurs patates. La température pendant la journée Tarie de 80* à 84', et pendant la nuit, descend parfois jusqu'à 36^ Climat très-malsain à cause de la proximité de la rivière.
c 2 février. — Marche de cinq milles. Ma femme, très-souffrante, est transportée en litière. Je tombe malade comme elle.
t Le 3 et le 4 février. — Même situation. Nous partons à sept heures trente du matin. F*** est portée en litière ; mon malaise augmente aussi, et après avoir été soutenu sur mon bœuf par deux hommes je tombe enfin entre leurs bras. On me place sous un arbre où je passe environ cinq heures ; dès que je suis un peu mieux je fais deux heures de marche vers le sud. Des montfi^es apparaissent au sud et au sud-ouest à environ dix milles de distance. Le pays boisé, parsemé de villages, s*étend sur les deux rives du Somerset; mais on n'y voit ni tamarins ni aucun autre fruit, ce qui est très-fâcheux en cas de fièvre ; une de nos négresses, Fadila, se meurt de cette maladie.
« 5 février. —F*** est si malade qu'elle ne peut pas même supporter la litière. Dieu veuille avoir pitié de nous dans ce pays perdu. Hauteur du niveau de la rivière au-dessus de celui de la mer : 4056 pieds.
• 6 /"émer. — Légère amélioration dans l'état de F***. Contrée semblable à celle des jours précédents. Après une courte traite de trois milles et demi, nous faisons halte dans un village où nous sommes retenus toute la journée tandis qu'on expédie un courrier àKamrasi. Demain nous arriverons, je crois, à la capitale de ce tyran. Il m'a fait dire aujourd'hui que les maisons qu'il avait préparées pour moi ayant été incendiées, il me priait d'attendre qu'on en ait disposé d'autres. La vérité est qu'il a peur de ma nombreuse escorte, et il nous ajourne autant que possible afin d'apprendre comment nous nous conduisons en route. Latitude, par observation : 1* 50' 47" N.
« 7 février. — Retenu ici nour la journée. Je n'ai jamais vu
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gens plus sales, dans leurs habitations, que ces indigènes de TOunyoro. Chèvres et volailles partagent avec le propriétaire la hutte à laquelle une litière de paille étendue sur le sol donne l'aspect d'une étable. Les naturels dorment sur une plate-forme recouverte de paille avec une peau de bœuf préparée. Hier ils ont voulu nous vendre quelque peu de café. Ils ignorent complètement son usage comme boisson, mais se contentent de le mâcher cru en guise de stimulant. La graine, petite et délicate, a un parfum agréable. On l'apporte du pays d'Utumbi, situé à environ un degré plus au sud.
« 8 février. — Nous faisons huit milles directement au sud. La rivière décrit un grande courbe, et notre marche de ce matin représente la corde de l'arc. Halte et délai d'un jour encore, car nous ne sommes pas loin de la capitale, et il faut que nous recevions des instructions du roi avant d'aller plus loin. Jamais je n'ai vu de poltronnerie si abjecte que celle de Kamrasi. La razzia que le vakil de Debono a faite sur sa frontière l'a tellement épouvanté qu'il a quitté le lieu ordinaire de sa résidence, pour se réfugier de l'autre côté d'une rivière d'où il nous expédie des messages sans objet, afin de retarder notre marche autant que possible. Manquant tout à fait de dignité, il n'envoie pas d'homme de haut rang pour ouvrir une conférence avec nous, mais il accepte avidement, dé la part de bavards de bas étage, des rapports contradictoires qui augmentent sa perpleiité. On lui a dit, entre autres faussetés, que nous avions figuré parmi les gens de Ras-Galla, le vakil de Debono, et il n'a le courage ni de nous repousser, ni de nous recevoir. En effet, si nous en venions à une lutte ouverte, ma petite armée de cent douze hommes, suffisamment approvisionnée de munitions, ne ferait qu'une bouchée de son royaume. Quant à présent, chaque homme ne porte que soixante cartouches, et cela n'est peut-être pas suffisant.
« 9 février, — Après des discussions sans fin et de continuels échanges de messages, le roi m'envoie dire qu'il faut que j'aille le trouver seul. Je refuse et, comme je me mets en route avec mes gens, le guide ne veut pas m'accompagner, je me retourne alors et dis au guide que je renonce à voir Kamrasi qui ne peut être qu'un imbécile, et que je vais reprendre le chemin de mon pays. Une confusion générale, de nouveaux mes.sages au roi sui-
rent celte déclaration ; j'obtiens la permission de me faire suivre le tous mes hommes, mais Ibrahim ne peut prendre avec lui (ue cinq Turcs. Bachita a dit aux naturels que nous formons leux troupes distinctes.
« Une violente attaque de fièvre retarde mon départ. Cette «rrible maladie me tourmente d'autant plus cruellement que je l'ai plus de quinine à lui opposer.
« 10 février, — L'esclave Fadila est morte de la fièvre. Quant à noi, j'éprouve du mieux, et le chef est à ma porte, prêt à nous nener vers Kamrasi. Après une marche rapide de trois heures i travers d'immenses forêts, nous arrivons à la capitale, grand rillage de huttes en gazon, sur la pente d'une colline inculte. On lous transporte de l'autre côté de la rivière dans de grands »nots^ capables de contenir cinquante hommes, et creusés cha- ;uti dans un tronc d'arbre de plus de quatre pieds de largeur. On nous avait dit que Kamrasi était dans sa résidence lur cette rive méridionale, mais en y arrivant, nous éprouvons mcore une déception complète. Nous sommes sur un terrain )lat, affreux, de niveau avec la rivière, formant un marais dans a saison pluvieuse, à la jonction du Kafour avec le Somerset. ]ette dernière rivière, qui borde à l'est le terrain où nous nous Touvons, est très-large, d'un cours fort lent et encombrée de lapyrus et de nénufars. Le fleuve que nous venons de traverser 3st le Kafour; son eau est tout à fait stagnante, sa largeur d'en* nron quatre-vingts verges, y compris, de chaque côté, les 3ancs couverts de papyrus. On nous montra quelques huttes malpropres qui devaient former notre camp. Les moustiques ibondaient et nous n'avions à manger que quelques poulets que 'avais apportés avec moi. Kamrasi était de l'autre côté de la rivière; les nègres nous tenaient ainsi adroitement loin de lui et Ten étaient rétournés avec les canots. Nous nous trouvions donc 3ri«onniers dans le marécage. Voilà comment le roi d'Ounyoro lous souhaitait la bienvenue. J'appris que Grantet Speke avaient ^té logés à l'endroit même où nous nous trouvions. »
Cependant Ibrahim était très-inquiet ainsi que mes gens. Ils m'affirmaient qu'un acte de trahison se préparait puisqu'on ivait enlevé les bateaux. Ils songeaient à retraverser la rivière à la nage pour aller rejoindre le reste de notre caravane, restée à trois heures en arrière. Ma femme et moi nous étions malades de
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la fièvre et l'atmosphère malsaine du marécage aggravait nos souffrances. Suivant les conditions stipulées par Kamrasi, notre bagage avait été laissé à la dernière station, ainsi nous étions réduits à dormir sur le sol humide dans une cabane dégoûtante, car la rosée abondante nous empêchait de nous reposer en plein air. J'accompagnai avec la plus grande difficulté Ibrahim et quelques hommes sur la plage où nous avions débarqué la veille, et grimpant sur le sommet d'un nid de termites, afin d'obtenir un point de vue par-dessus les roseaux, j'examinai le village avec une lunette d'approche. La scène était des plus animées : çà et là couraient des troupes de nègres, se dirigeant de tous côtés vers le fleuve, dont les rives, jusqu'à la ville de M'rouli, étaient absolument noires d'êtres vivants, et je vis une douzaine de grands canots se préparant à les transporter de notre côté. Revenant de mon observatoire vers Ibrahim qui, à quelque distance de là, plongé au milieu des roseaux et des herbes, ne pouvait rien distinguer, je le priai de me suivre, de se placer sur la fourmilière et de regarder du côté de M*rouli. A peine eut-il jeté un coup d'œil dans cette direction, que descendant en hAte, il s'écria : « Ils vont nous attaquer ! Retournons au camp, et préparons-nous pour une bataille ! » « Tirons , s'écrièrent quelquesuns de nos gens, tirons sur eux pendant qu'ils essayent de traverser dans leurs canots. Nos balles les faucheront, entassés comme ils le sont les uns sur les autres. » Et frappés d une terreur panique, ils auraient certainement mis ce projet en exécution si je ne m'étais pas trouvé là.
« Imbéciles que vous êtes I leur dis -je; ne voyez-vous pas que les nègres n'ont pas de boucliers avec eux, mais seulement des lances 1 Commenceraient- ils une attaque sans leurs boucliers? C'est Kamrasi qui vient en grande pompe nous faire visite.» Cette idée paraissant peu plausible à mes gens, nous gagnâmes notre camp, et comme mesure de précaution, nous plaçâmes nos hommes en position derrière une haie d'épines. Ibrahim s'était arrangé de façon à amener avec lui douze soldats d'élite au lieu de cinq, de sorte que nous formions un corps de vingt-quatre hommes. Quant à moi, abattu par la fièvre, je ne pouvais payer beaucoup de ma personne.
En peu de temps les canots arrivent, et environ une heure se passe à faire traverser un grand nombre d'hommes: enfin ils
s'avancent et prennent possession de quelques huttes à 200 verges de notre camp.
On nous cria que Kamrasi était arrivé, et voyant des bœufs au milieu de la troupe j'étais sûr qu'on n'avait aucune mauvaise intention contre nous. J'ordonnai à mes gens de me transporter sur leurs bras jusqu'au roi et de ne pas oublier les présents, car j'étais déterminé à avoir une audience en personne quoique je ne fusse bon qu'à aller à l'hôpital.
A mon approche, la foule s'ouvrit, et Ton me déposa sur une natte où siégeait le roi. C'était un bel homme, mais aux traits singuliers, aux yeux fort saillants; il avait bien six pieds de haut. Très-propre de sa personne, il portait une robe d'écorce tombant en plis gracieux. Ses ongles, tant des mains que des pieds, étaient très-soignés ; son teint était d'un brun aussi foncé que celui d'un Abyssin. Assis sur un tabouret de cuivre placé sur un tapis de peaux de léopards, il était entouré de dix de ses principaux chefs.
Notre interprète, Bachita, lui dit qui nous sommes, et lui apprend le but de mon voyage. Il nous répond qu'il est fâché d'avoir été si longtemps en route ; mais la trahison des gens de Debono l'a obligé d'être prudent. Je lui dis que je suis Anglais, ainsi queSpeke etOrant ; qu'ayant appris la réception qu'il leur a faite, je viens le remercier, lui offrir quelques présents pour lui témoigner ma reconnaissance, et le prier de me donner un guide qui me conduise au lac LutaN'zigé. Ce nom le fait rire et il le répète plusieurs fois avec ses chefs ; — il me dit ensuite que ce n'est pas Luta^ mais M'woutan N'zigé ; que le trajet de M'rouli au lac étant de six moiSy faible comme je le suis, il me sera impossible d'y arriver; que je mourrai en route, loin de ma patrie, où on se figurera que j'ai été massacré, ce qui causera peut-être l'invasion de son pays. Je m'empresse de répondre que la faiblesse dont je souffre est la suite des fatigues que j'ai éprouvées-pendant plusieurs années sur le sol brûlant de l'Afrique; je suis à la recherche du grand lac et je ne retournerai pas dans mon pays avant de l'avoir découvert; ce n'est pas un roi qui me gouverne, mais une reine puissante; elle veille sur tous ses sujets, et aucun Anglais ne peut être massacré impunément; il faut donc qu'il me fasse conduire sans délai vers le lac, parce que c'est le seul moyen de diminuer nos chances de mort dans ses États.
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J*explique au roi que le cours du Nil s*étend à travers des régions merveilleuses dont le parcours exige un voyage de deux ans ; le fleuve tombe dans la mer, d'où on pourrait facilement lui envoyer toutes sortes d'objets précieux en échange de l'ivoire de l'Ounyoro, si je réussissais à arriver jusqu'au lac. Comme preuve de mes assertions, je lui apportais quelques curiosités que j'espérais qu'il voudrait bien agréer ; je regrettais que l'impossibilité où je m'étais trouvé de me procurer des portefaix m'eût forcé d'abandonner d'autres cadeaux qui lui étaient destinés.
Là-dessus je commandai à mes gens de déballer le tapis de Perse, que je fis déployer devant lui. Je lui donnai de plus un abbia (grand manteau de Cachemire), un ceinturon de soie rouge, une paire de souliers turcs écarlates, plusieurs paires de chaussettes, un fusil à deux coups avec des munitions, et une quantité de verroterie, premier choix, disposée en colliers et en ceintures magnifiques. Il fit peu d'attention aux présents, mais me pria de tirer un coup de fusil, ce qui fut fait, au grand émoi de la foule présente. Tous s'enfuirent si vite qu'ils tombèrent les uns sur les autres comme autant de lapins. Le roi en fut charmé; surpris d'abord, il finit par rire aux éclats. Il me dit que j'avais sans doute faim et soif; il espérait donc que j'accepterais de lui de quoi manger et boire; il ràe donna en conséqtience dix-sept vaches, vingt pots de cidre du pays, fort sûr, et plusieurs charges de bananes qui n'étaient pas mûres. Je demandai si Speke avait laissé derrière lui en partant un cofTre à médicaments. Il me répondit que le pays était fort sujet aux fièvres, et que lui et ses sujets avaient fait usage de tous les remèdes. Ma dernière espérance de me procurer un peu de quinine se trouvait donc déçue.... J'avais toujours compté que le roi pourrait m'en donner, car Speke lui en avait laissé un grand flacon, à ce qu'il m'avait dit lui-même. Impossible d'obtenir du roi aucun renseignement. On me transporta à ma hutte, où je trouvai Mme Baker exténuée par la fièvre ; nous ne pouvions donc être d'aucun secours l'un pour l'autre.
Le lendemain matin le roi se présenta de nouveau; j'étais mieux, et j'eus avec lui une longue entrevue. Sans paraître faire attention à mes questions, il me pria de m'allier à lui pour attaquer son ennemi Rionga. Je lui dis que je ne pouvais pas me mêler de semblables querelles ; mon seul but était le lac. Je le
priai de donner une grande quantité d'ivoire à Ibrahim, qui, à son premier retour de Gondokoro, lui remettrait en échange les articles les plus précieux. Il me répondit qu*il n'était pas sûr Simon ventre était blanc ou noir (si mes intentions étaient bonnes ou mauvaises); mais, s'il était blanc, je ne pouvais avoir aucune objection à échanger du sang avec lui comme 'preuve de mon amitié et de ma sincérité. Cette demande passait les bornes de Tètfangeté! Je répliquai que cela était impossible, parce que dans mon pays on regardait l'effusion du sang comme une preuve d'hostilité; mais qu'il pouvait accepter Ibrahim comme mon remplaçant. Chacune des parties contractantes se découvrit un bras, y fit une piqûre et lécha le sang de l'autre ; l'alliance se trouva conclue. Ibrahim convint d'assister Kamrasi contre tous ées ennemis. Il passait à son service spécial, et désormais nos deux caravanes devenaient distinctes l'une de l'autre.
Il pleuvait à torrents, et le sol de notre cabane devint si humide, si saturé de l'eau d»*s marécages voisins, que mes pieds s'y enfonçaient jusqu'à la cheville. Tous les jours j'avais la fièvre vers trois heures de l'après-midi, et chaque accès durait cinq ou six heures, me réduisant à une extrême faiblesse. Ma femme souffrait tout aussi violemment. Quelques extraits de mon journal donneront une idée suffisante de notre misérable position.
t I6fév. — Tous mes portefaix m'ont abandonné, ayant appris que le lac est si loin. Je n'ai pas un seul homme qui puisse porter mon bagage; si donc je ne puis pas retraverser l'Asoua avant les crues, me voih pour une autre année emprisonné dans ce maudit pays, sans médecin, sans vêtements, sans provisions.
« 17 fév. — Accès de fièvre la nuit dernière; pluie, comme à l'ordinaire, avec accompagnement de boue. Un des agents principaux de Kamrasi, dont mes cadeaux ont dénoué la langue, m'assure avoir été en dix jours jusqu'au lac pour acheter du sel, et qu'un homme chargé de cette marchandise peut revenir en quinze jours. Dieu seul sait ce qui en e>t! Le temps presse, et Kamrasi me retient ici de la manière la plus fatigante.
c Kamrasi est venu aujourd'hui; comme d'habitude il voula que je lui fisse cadeau de tout ce que j'avais : mon sabre, ma montre, ma boussole; je refusai positivement. Je lui dis qu'il m'avait trompé en me faisant accroire que le lac était à six mois de marche, quand la distance n'était pas de plus de dix jours. Il
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répondit insolemment : « Allez-y, si cela vous fait p*aisir, mais ne vous en prenez pas à moi si vous ne pouvez pas revenir. C'est une marche de vingt jours, croyez-moi ou non, comme vous l'entendrez. » Lorscpie je le questionnai sur le moyen de se procurer des porteurs, il se borna à me demander mon sabre et ma jolie petite carabine Fletcher. Plein de dégoût, je me retirai dans ma hutte. Cette après-midi un messager est arrivé de la part du roi*, portant vingt-quatre petits morceaux de paille de la longueur d'environ quatre pouces chacun. Ayant arrangé ces morceaux de paille à la file, il m'expliqua qu'il avait voulu représenter ainsi le nombre de cadeaux faits au roi par Speke. Je n'en avais fait que dix ; pourquoi m'étais-je arrêté là? Ce misérable mendiant, cet avide poltron est pourtant un roi, et de lui dépend le succès de mon expédition.
« 20 février. — Ciel couvert comme d'ordinaire; on ne voit ni soleil, ni lune, ni étoiles. Heureusement on peut se procurer du lait ici. Je vis de lait caillé. Kamrasi est venu, et m'a donné vingt défenses d'éléphant comme cadeau pour Ibrahim. Il parait que les gens de Debono, commandés par Ras-Galla, sont encore dans le territoire deRionga; ce qui effraye terriblement Kamrasi.
« 2 1 février. — Ce matin Kamrasi a été assez poli pour nous permettre de quitter le marécage, vrai nid à moustiques et à fièvre où nous étions cantonnés; nous avons traversé la rivière Kafour, et nous voilà dans M'rouli. Je suis allé le voir, et après une longue délibération, il a promis de me faire conduire vers le lac dès demain. Là-dessus, ôtant mon baudrier et mon sabre, je les lui ai offerts, lui disant que comme j'étais maintenant persuadé de son amitié, j'avais le plus grand plaisir à lui offrir mon sabre, comme preuve de la cordialité de mes sentiments; car en remettant ainsi entre ses mains l'arme qui servait à ma défense, je me plaçais pour ainsi dire sous sa protection. Pour prouver ce dont mon sabre était capable, je lui proposai de pourfendre le bouclier le plus solide qu'il pourrait mettre à l'épreuve ; ce qui l'a beaucoup réjoui. J'espère maintenant pouvoir atteindre le confluent du Somerset avec le Mwoutan-Nzigé, à Magungo; de là je rejoindrai Ibrahim à Shoua, puis, je me dirigerai sur Gondokoro où je trouverai un bateau venu de Khartoum au-devant de nous.
c Ibrahim et ses compagnons se sont remis en route ce matin
pour Karuma, me laissant avec ma petite troupe de treize hommes. Si je puis réussir à découvrir le lac, je remercierai Dieu du fond de mon cœur. La fatigue, l'inquiétude, les ennuis cuisants que j'ai eu à endurer par le fait de mon association avec les Turcs , joints à la Qèvre — passée maintenant à l'état chronique— toutes ces misères suffiraient pour détruire le tempérament d'un éléphant. Tous les jours il faut donner : donner aux Turcs, donner aux nègres. Si je prête quelque chose aux Turcs, ce serait une insulte de le leur redemander. Un seul mot imprudent aurait pu faire échouer tous mes plans ; depuis un an j'ai été obligé de parler, d'expliquer, d'arranger, de conduire des brutes comme un cocher conduit des chevaux vicieux. Des monceaux de présents faits à Ibrahim joints à une description animée des avantages que lui procurerait l'établissement d'un commerce avec Kamrasi, l'ont enfin décidé à venir dans ce pays. Sans lui je n'aurais pu me procurer de portefaix ; sans lui donc il m'eût été impossible d'arriver où j'en suis. C'est lui qui jusqu'à Karuma m'a fourni des portefaix à raison de six bracelets de cuivre par tête et par grande étape. Il est convenu avec moi de me laisser trente têtes de bétail à Shoua; de cette façon, lors même qu'il serait parti pour Gondokoro avant mon 'retour à Shoua, je pourrai me procurer des portefaix, et arriver à temps pour le bateau.
c Jusqu'ici il m'a été impossible de faire des observations astronomiques, le ciel étant obscurci par un voile épais, couleur d'ardoise. Ce soir j'ai pu observer Canope et déterminer la latitude (l*,38 N). Le thermomètre de Casella me donne pour la hauteur du Somerset à M'rouli 4,061 pieds au-dessus du niveau de la mer, d'où Ton peut déduire 65 pieds de chute entre le point où nous nous trouvons et la base des cataractes de Karuma.
c Comme Ibrahim nous quittait ce matin, je fus obligé de retenir l'esclave Bachita en qualité d'interprète et j'achetai sa liberté moyennant trois fusils à deux coups. Je lui expliquai qu'elle était libre, que je désirais qu'elle me servît de drogman pendant mon séjour dans l'Ounyoro, et qu'à mon retour je la laisserais dans son pays, à Chopi. Loin d'être satisfaite de ce changement, Bachita regrettait les Turcs, et elle devint de très-mauvaise humeur quoique ma femme lui donnât des perles et un jupon neuf pour l'adoucir.
« 22 février. — Kamrasi a promis de m'envoyer.des porteurs,
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afin que nous puissions partir aujourd'hui, mais je ne vois aucun préparatif, et je suis retenu ici quand tout délai est un péril. Pour surcroît d'ennui, la femme que j'ai pour interprète ne veut pas parler; c'est Tètre le plus grognon que j'aie jamais vu. Le soirKamrasi me fait dire qu'il nous enverra demsûn un guide et des porteurs. Impossible de compter sur lui. »
Après tant de délai, nous fûmes enfin honorés d'une visite de Kamrasi, accompagné de nombre de ses gens, et il promit que nous partirions le lendemain. Il m'indiqua un chef et un guide qui devaient nous prendre sous leur protection, et nous fournir tout ce dont nous aurions besoin. Il termina sa harangue en me demandant, comme d'ordinaire, ma montre et de la verroterie. J'accédai à sa demande en ce qui concernait le dernier article, et je lui remis de plus une masse de munition pour ses armes à feu. Il me montra une superbe carabine à deux coups de la fabrique de Blesset que Speke lui avait donnée. Je désirais beaucoup me la procurer afin de la rendre à mon ami dès que je serais de retour en Angleterre, car je lui avais entendu dire, à Gondokoro, qu'il s'était vu, bien à contre-cœur, obligé de distribuer en présents un grand nombre d'objets de valeur, y compris la carabine en question. J'offris au roi trois fusils à deux coups de fabrique ordinaire en échange de cette arme de prix ; mais sachant parfaitement la différence qu'il y avait entre ces articles, il me refusa net. II me montra ensuite un grand chronomètre en argent dont Speke lui avait fait cadeau. Il me dit qu'il était mort et il me pria de le réparer. Je répondis que cela m'était impossible. Il avoua alors qu'ayant voulu expliquer à ses sujets , au moyen d'une aiguille, le mécanisme et la cause du tic-tac* de Tinstrument, celui-ci était, depuis lors, resté muet. Je regrettai de voir des objets tels que la carabine et le chronomètre jetés devant un pourceau comme Kamrasi, qui avait dépouillé Speke et Grant de tout ce qu'ils possédaient avant de leur permettre de poursuivre leur chemin.
Ce qui rend les voyages d'exploration en Afrique si difficiles, c'est la rapacité des chefs des différentes tribus. Chaque tribu cherche à accaparer tous les objets de prix que vous avez et sans lesquels vous ne sauriez rien faire. La difficulté de se procurer des porteurs vous oblige à réduire votre bagage; ainsi une quantité donnée de provisions doit forcément vous servir
pendant un certain espace de temps; si ces provisions font défaut, votre expédition est par cela même terminée. Il est donc très-difficile de régler sa dépense de manière à satisfaire tout le monde et à se ménager une réserve pour les cas urgents. Sevré de toute communication avec le monde civilisé, n'en attendant aucun secours, le voyageur ne peut compter que sur lui-même, n'a d'espoir que dans la Providence, et, de corps et d'âme, doit être préparé à tout événement.
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