‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 45 sur 73 · SUR LE CHEMIN DU LAC · texte numérisé non relu

SUR LE CHEMIN DU LAC

L'aube parut, la lampe venait de s'éteindre ; courbaturé par ma veille nocturne, je me levai, et voyant qu'elle se trouvait toiyours dans la même attitude, j'allai à la porte de la cabane pour respirer Tair frais du matin. Je guettais l'apparition de la première ligne rosée qui annonce à l'horizon l'approche du soleil, lorsque je tressaillis en entendant une voix faible murmurer derrière moi les mots : « Dieu merci I » Elle s'était soudain réveillée de sa torpeur; le cœur gros je me précipitai vers elle. Ses yeux brillaient des feux du délire ;... elle parlait, mais sa raison avait disparu.

Je renonce à décrire ici les horribles épreuves d'une fièvre cérébrale qui dura sept jours. La pluie tombait à torrents, et le manque de provisions nous obligeait de marcher sans cesse. De temps en temps nous abattions une pintade, mais rare* ment; quoique le pays dût être giboyeux, nous ne trouvions rien. Les forets nous procuraient du miel sauvage, mais les hameaux abandonnés ne contenaient aucune provision, car nous étions sur la frontière de l'Uganda, et les gens du roi irtésa avaient pillé toute la contrée.

Je n'avais pas dormi de sept nuits^ et quoique faible comme un roseau, je marchais toujours à côté de la litière. Enfin la nature ne put résister plus longtemps. Un soir, nous atteignîmes QH village; la malade avait éprouvé une suite de convulsions et tout semblait presque fini. Je la plaçai sur son angarep dans une hutte, je la couvris de son plaid écossais, et je tombai insensible sur ma natte, accablé de douleur et de fatigue. Ce soir-là mes hommes mirent des manches neufs à leurs pioches et cherchèrent un endroit favorable pour y creuser une fosse.

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