‹ Découverte de l'Albert N'YanzaChapitre 58 sur 73 · NOUVELLES VENUES DE KHARTOUM · texte numérisé non relu

NOUVELLES VENUES DE KHARTOUM

Les caravanes de pseudo-marchands réunies à Gondokoro comprenaient un total d*au moins trois mille esclaves; mais sur tous les visages se peignait un sentiment de consternation sérieuse. Trois bateaux seulement étaient arrivés de Khartoum — une dahabié et deux noggors. — Ces trois navires appartenaient à Kourhid Aga. Voici le résumé des nouvelles que Ton faisait circuler.

t Les autorités égyptiennes avaient reçu des gouvernements européens l'ordre de supprimer la traite des nègres. A cet effet, quatre vapeurs étaient arrivés du Caire à Khartoum. Deux de ces steamers avaient remonté le Nil Blanc et pris plusieurs bateaux chargés d'esclaves; les équipages étaient emprisonnés après avoir subi la bastonnade et la torture ; les esclaves avaient été confisqués par les autorités égyptiennes.

c II devenait donc impossible, d'importer des nègres dans le Soudan, car un régiment égyptien occupait le pays des Shillouks, et des bateaux à vapeur, formant une croisière, interceptaient toute communication fluviale entre l'intérieur du pays et Khartoum; de sorte que l'armée d'esclaves en ce moment à Gondokoro n'avait aucune valeur.

« La peste régnait à Khartoum, et avait enlevé quinze mille personnes ; une partie des équipages des bateaux se rendant de Khartoum à Gondokoro était morte de ce fléau; la contagion avait même éclaté dans la station où nous nous trouvions alors, et chaque jour amenait son contingent de victimes.

472 L'ALBERT N'YANZA.

< Le Nil Blanc s'étant trouvé barré par un caprice de la nature, les équipages de trente embarcations avaient été occupés pendant cinq semaines à couper une tranchée à travers cet obstacle, afin de donner passage à la navigation. >

Telles étaient les dernières nouvelles de Rhartoum. Comme on ne nous avait expédié aucun bateau, je louai la dahabié envoyée pour l'ivoire de Rourshid, laquelle allait s'en retourner à vide, puisqu'on ne pouvait pas transporter d*ivoire à Gondokoro. Plusieurs hommes étaient morts de la peste à son bord en venant de Rhartoum ; perspective des moins agréables et qui nous faisait entrevoir une invasion de ce terrible fléau comme finale aux difficultés que nous avions eu à traverser pendant notre long exil dans l'Afrique centrale. Je fis nettoyer le navire à fond avec du sable et de Teau bouillante, après quoi on y fit une fumigation au moyen de quelques livres de tabac brûlées dans la cabine.

Trois jours furent employés à transporter en deux noggors de l'autre côté de la rivière les esclaves qui devaient être tous renvoyés à leurs nations respectives. Je me réjouissais de la déconfiture complète des marchands, et observant une colonne de fumée dans l'horizon je répandis le bruit qu'un bateau à vapeur s'approchait venant de Rhartoum. La seule idée d'un tel événement inspirait tant de terreur aux marchands qu'ils se préparèrent à prendre la fuite immédiatement dans l'intérieur, s'attendant à être saisis par les troupes du gouvernement envoyées de Rhartoum pour abolir la traite. Profitant de ces craintes, j'obtins d'eux le départ immédiat du bateau, et je le frétai pour la somme de quatre milles piastres (quarante livres sterling = 1000 francs). La peste ayant éclaté à Gondokoro, on traînait au bord du fleuve et on y précipitait ceux des naturels qui y avaient succombé. Impossible de décrire l'odeur épouvantable produite par l'entassement d'esclaves accumulés dans le petit enclos de la station. Enfin l'heureux moment arriva pour nous de quitter cet afl'reux endroit. Le bateau était prêt à partir, nous nous trouvions à bord, lorsqu'Ibrahim vint nous dire adieu, accompagné de ses gens. Je dois déclarer ici, pour lui rendre justice, que quoiqu'il se fût montré mon ennemi, en 1863, à Gondokoro, il s'était toujours bien comporté depuis le traité de paix conclu entre nous à EUyria; chasseur d'esclaves par nature et

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