DESCENTE DU NIL BLANG
Sur sa rive occidentale. — Une autre petite rivière de troisième ordre. Même époque pour la crue.
Ibid. — Le Bahr el Gazai ; peu ou point d'eau.
Sur sa rive orientale. — Le Sobat, rivière de premier ordre. En crue de juin en décembre. •
je ne tiens pas compte du Bahr Girafe, car les naturels du pays le considèrent comme une branche du Nil Blanc qui se sépare du fleuve principal dans le pays d'Aliab pour se réunir à lui plus tard entre le Bahr el Gazai et le Sobat, lat. 9<^ 25'. Le Sobat est l'affluent principal du Nil Blanc. Il est probablement alimenté par plusieurs rivières venant du pays des Gallas vers Kafla, sans compter les cours d'eau qui lui arrivent des pays de Berri et de Latouka. Le Sobat, suivant moi, est alimenté par des cours d'eau considérables de pays tout à fait distincts à l'est et au sud, où la pluie tombe en diverses saisons, car il est plein jusqu'aux bords à la fin de décembre , lorsque les rivières du sud (l'Asoua, etc.), sont fort basses. Au nord du Sobat, le Nil blanc ne reçoit plus aucun tributaire jusqu'à Khartoum où le Nil bleu le rejoint; il rencontre TAtbaraplus loin, lat. 17* 37'. Comme ces deux grands courants qui descendent des montagnes, sont soudainement enflés vers la fin de juin par les pluie d'Abyssinie, ils élèvent le volume du Nil à un niveau qui produit les inondations de la basse Egypte.
Le bassin du Nil étant ainsi délimité, réfléchissons un moment aux ressources naturelles oflertes par cette vaste et fertile section de l'Afi^ique centrale. Il est difdcile de croire qu'un sol aussi magnifique et un pays d'une étendue aussi érorme soit destiné à rester pour jamais à l'état sauvage; mais d'un autre côté il est difficile de compter sur les chances d'amélioration d'une partie du monde habitée par des barbares dont le bonheur consiste dans la paresse ou la guerre. Les avantages sont en petit nombre, les désavantages abondent au contraire. Ces contrées sont si loin de la côte qu'il serait tout à fait impossible, à cause des frais, d'y importer quoi que ce soit, excepté des marchandises d'une valeur extrême. Les produits naturels y sont nuls, hors l'ivoire. Le sol étant fertile et le climat favorable à la culture, toutes les plantes des tropiques pourraient s'y développer : le coton, le café et la canne à sucre y sont indigènes; mais malgré les qualités du climat et du sol, les conditions nécessaires à
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une culture profitable manquent ; la population est clairsemée, les nègres vicieux'et paresseux^ et en outre la température ne convient pas aux Européens : impossible de songer à coloniser. Que faire avec une perspective aussi décourageante ? D*oii introduire des éléments civilisateurs, si les Européens ne peuvent lutter contre les intempéries du climat? Le centre deTAfrique est si séparé du reste du monde, et les moyens de communication sont si difGciles, qu'en dépit de sa fertilité, ce vaste pays s'est trouvé par sa position géographique, sevré de tout progrès. Éloigné des foyers de civilisation, il est devenu un théâtre d'atrocités inouïeSy telles que les négociants en ivoire savent les commettre.
La tâche du missionnaire y est difficile sinon impossible. La mission autrichienne a échoué ,) et ses stations sont abandonnées; le précieux travail des prêtres n'amenait aucun résultat; ils succombaient à la peine sur un champ stérile. Quelle est la malédiction qui pèse sur l'Afrique et la rabaisse au-dessous de tout autre pays? C'est l'infernal trafic des esclaves, commerce si hideux que le mattre ainsi que l'esclave en ont le cœur vicié, et atrophié comme un membre desséché et incapable d'action. L'amour de sa propre progéniture que la race humaine partage avec les animaux les plus féroces cesse d'animer le cœur du malheureux sauvage. Pourquoi une mère aimerait-elle son enfant s'il doit devenir la propriété d'un autre ; — si son sort est d'être vendu dès qu'il peut se passer des soins de celle qui lui a donné le jour? Pourquoi une jeune fille serait-elle modeste, quand elle sait qu'elle est la propriété ^ la chose du premier acheteur venu? L'esclavage tue ce feu sacré de l'amour; ce sentiment béni qui adoucit le sort de Thomme le plus pauvre ; ce charme sacré qui l'attache à sa femme, à son enfant, à son foyer. L'amour ne saurait coexister avec l'esclavage ; celui-ci pervertit l'esprit au point d'en effacer toutes les émotions tendres que la nature a implantées dans le cœur de l'homme pour le distinguer de la brute ; et l'être humain privé de ces nobles instincts, tombe dans une brutalité sans nom. Voilà pourquoi l'Afrique est maudite, et jusqu'à ce que la traite des nègres soit tout à fait supprimée, rien ne pourra la relever au degré le plus infijue de l'échelle sociale. Si l'on veut améliorer la situation des tribus sauvages du Nil Blanc, la première chose à faire est de dé-