Mimosa Nilotica^ ou Acacia fera. (—M
bagatelle, la valeur n'atteignant guère plus de quarante mille livres sterling- par an .
Ceux qui se livrent à Tinfâme trafic du Nil Blanc sont des Syriens, des Coptes, des Turcs, des Circassiens et quelques Européens. L'abominable traite des nègres est si intimement liée aux difficultés de mon expédition que je dois entrer ici dans certains détails sur le soi-disant commerce d'ivoire du Nil Blanc
Dans toute l'étendue du Soudan l'argent est fort rare et le taux de l'intérêt exorbitant, variant, selon les garanties, de 36 à 80 p. 100; — fait qui prouve la pauvreté et la malhonnêteté générales, et qui, seul, suffirait à arrêter le progrès. A des conditions si élevées et si fatales, il faut renoncer à toute entreprise légitime ; sous un tel système le pays doit être ruiné. Le hardi spéculateur emprunte, puis il part tout à coup avec l'éclat d'une fusée ou retombe dans la misère. Ainsi, comme il ne faut pas songer à faire honnêtement ses affaires, on s'y p^end d'une manière opposée, et une expédition heureuse au Nil Blanc vous remet à flot. Les spéculateurs qui se livrent à ce genre de trafic peuvent se diviser en deux classes : les uns sont des capitalistes, les autres des aventuriers sans le sou ; dans ces deux cas, le système d'opérations est le même; ainsi, en décrivant le dernier, j'aurai donné une idée du premier.
Un homme sans ressources forme le projet d'une expédition et, pour ce motif, il emprunte de l'argent à cent pour cent de la façon suivante : Il convient de rembourser son créancier en ivoire à moitié prix de sa valeur commerciale. Ayant obtenu les fonds nécessaires, il loue plusieurs vaisseaux, et prend à son service une troupe variant de cent à trois cents hommes, composée d'Arabes et de vauriens de pays éloignés qui ont cherché dans l'obscurité de Khartoum un refuge contre la justice. Il achète ensuite pour ses gens des armes à feu et une grande quantité de munitions; il se procure aussi quelques quintaux de verroterie. L'expédition étant ainsi organisée, il paye à l'équipage cinq mois de gages d'avance, à raison de quarante-cinq piastres (neuf shellings ou 1 i fr. 25 c.) par mois, leur promettant en outre quatre-vingts piastres par mois pour tout le temps en sus des cinq premiers mois. Ces avances sont payées partie en espèces, partie en étoffes de coton pour habillements, évaluées à un prix énorme. Chaque homme est porteur d'un chiffon de
papier, sur lequel le commis principal de rexpédition a consigné le montant reçu en argent et en nature, et ce récépissé doit être présenté lorsque les comptes de Tentreprise sont définitivement réglés.
On s'embarque vers le mois de décembre, et lorsque la flottille a atteint la localité convenue, l'équipage s'avance dans l'intérieur jusqu'à ce que Ton soit arrivé au village de quelque chef nègre avec lequel une liaison intime est bientôt établie. Charmé par ses nouveaux amis, frappé de la supériorité de leurs fusils, le chef ne néglige pas l'occasion de s'assurer de leur secours pour l'attaque qu'il médite contre un roitelet hostile du voisinage. Guidés par leurs hôtes noirs, les membres de la colonne expéditionnaire se mettent en marche pendant la nuit, et établissent leur bivac à moins d une lieue de distance du hameau qu'ils se proposent d'attaquer environ une demi-heure avant l'aube. Le moment fixé arrive enfin ; ils entourent en silence le village pendant que les habitants sont endormis, puis ils mettent le feu de toutes parts aux huttes construites de gazon et déchargent leurs armes à travers le chaume brûlant. Frappées de terreur, les malheureuses victimes se précipitent en hâte hors de leurs cabanes à moitié consumées. Les hommes sont tués comme des faisans dans une battue, tandis que les femmes et les enfants, abasourdis au milieu du péril et de la confusion générale, restent prisonniers. On s'empare facilement des bestiaux qui se trouvent encore dans leur kraal ou « zareeba, » et on les emmène avec de grands cris comme prix de la victoire. Femmes et enfants sont alors liés ensemble ; à cet effet, les envahisseurs se sont pourvus d'un instrument nommé shebay et qui consiste en un épieu terminé en forme de fourche; le cou de la captive est placé entre les deux bras de la fourche, dont l'autre extrémité est fixée à un second morceau de bois attaché par derrière, tandis que les poignets de la malheureuse, ramenés en avant du corps, sont liés à l'épieu lui-même. Les enfants sont ensuite attachés aux femmes par une corde qui leur entoure le cou, et cette chatne d'êtres vivants est conduite au quartier général en compagnie des troupeaux précédemment enlevés.
Ce n'est encore ici que le commencenient de la razzia; on s'empare de tout l'ivoire qui peut se trouver dans les cabanes non détruites par l'incendie, et un pillage général a lieu. Les
U L'ALBERT N'TANZA.
D^es regardent leurs houes en fer comme leur plus grand trésor, et les enfouissent généralement sous le sol de leurs huttes ; les gens de l'expédition les déterrent ; on détruit à plaisir les dépôts de provision ; on coupe le poing aux cadavres pour s'emparer de leurs bracelets de fer ou de cuivre. Ainsi chargés de butin, ces négociants retournent vers leur allié nègre ; ils ont défait ses ennemis, ce qui Tenchante; ils lui font présent de trente ou quarante têtes de bétail, et le voilà ivre de joie; enfin, ils lui donnent une jolie petite fille de quatorze ans ou environ, et son bonheur est au comble.
Mais les affaires sont à peine entamées. Ce que le nègre désire surtout, c'est le bétail ; et notre commerçant a pris environ 3000 animaux. On les troquera contre de l'ivoire. La nouvelle est à peine répandue , que les défenses d'éléphant arrivent de toutes parts. Une vache la pièce, suivant les dimensions. — besogne profitable, puisque ks vaches n'ont rien coûté. Le commerce est très-animé : cependant il y a encore quelques petites formalités à remplir, — formalités bien connues par les négociants du Nil Blanc. Les esclaves et les deux tiers du bétail appartiennent au chef de l'expédition; mais ses gens réclament comme leur bénéfice le dernier tiers. On fait le partage, et les esclaves sont mis aux enchères parmi les membres de la troupe qui achètent ceux dont ils ont besoin, le montant étant consigné sur les récépissés des acheteurs en déduction de leurs gages. Il se pourrait cependant que ces papiers tombassent entre les mains du gouvernement ou des consuls européens. Afin donc d'éviter tout désagrément, la somme n'est pas portée en compte comme valeur d'un esclave, mais elle est répartie de manière à représenter des avances factices qui auraient été faites. Ainsi, supposant qu'un esclave soit acheté pour la somme de mille piastres, ce montant serait inscrit sur le mémoire à peu près comme suit :
Savon 50
Tarboosh (bonnet) « . 100
Araki. • • 500
Chaussures 200
Cotonnade 150
Total 1000
Les esclaves vendus aux gens de la troupe sont continuelle-
ment revendus et échangés ; si les parents des femmes et des enfants enlevés veulent les racheter, le négociant les réclame de ceux de ses subordonnés auxquels ils avaient échu. Il résilie la vente et met en liberté les individus en question moyennant payement d*un certain nombre de défenses d'élépbant. Si quelque esclave du sexe cherche à s'enfuir, elle est, suivant les circonstances, fouettée d'une manière brutale, fusillée ou pendue pour servir d'exemple aux autres.
Une attaque ou razzia, telle que je viens de la décrire, a pour complément ordinaire une dispute avec le chef nègre allié; celui-ci, à son tour, est tué et pillé par notre négociant, et ses femmes et ses enfants deviennent naturellement esclaves.
Pour une troupe de cent cinquante hommes une bonne expédition devrait produire environ deux cents cantars ' (vingt mille livres) d'ivoire, évalués quatre mille livres sterling à Khartoum. Les hommes sont payés en esclaves; ainsi, les gages équivalent à zéro, et il devrait rester, pour le profit du chef, un profit de quatre à cinq cents esclaves valant, en moyenne, de cinq à six livres sterling chacun.
Les vaisseaux sont alors chargés de leur cargaison humaine, et une partie des gens de l'expédition les accompagne jusqu'au Soudan; tandis que les autres, formant un camp ou station dans le pays qu'ils ont adopté, pillent, tuent, réduisent les naturels en esclavage avec beaucoup de persévérance jusqu'à ce que leur mattre revienne de Khartoum la saison suivante, et les trouve pourvus d'une cargaison fraîche d'esclaves et d'ivoire prête à être embarquée! Lorsque les affaires ont été ainsi mises en bon train, les esclaves- sont distribués, sur divers points, à quelques journées de distance de Khartoum ; là, se trouvent des agents ou acheteurs prêts à les recevoir et à en payer la valeur en argent. Ces gens-là sont presque tous Arabes. Les esclaves sont alors dirigés, à travers le pays, vers les différentes localités; beaucoup sont emmenés au Sennaar, où on les vend à d'autres agents qui les revendent aux Arabes et aux Turcs. Quelquesuns doivent traverser d'immenses distances pour se rendre à Souakim, à Masowa et à d'autres ports de la mer Rouge, d'où on les expédie en Arabie et en Perse. On en envoie une grande