IV
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Inscription du Dig:
d'après un dessin p
)N Writing Rocr
par C. RAFN.
Court de Gebelin l'attribue aux Phéniciens et en fait une explication très-ingénieuse mais ne répondant pas au dessin qu'il en donne.
Le savant Lelewel la regarde comme une inscription runique, a D'après lui, » dit M. Gaffarel, « ce monument re- « présente la figure de Thorfinn et de son nouveau-né, « Snorro (part. III, § I du mémoire sur les frères Zeni), « distingué par un S. Le chiffre cxxxi, rappelle le nombre a des hommes d'équipage. En avant le bouclier blanc, sus- « pendu en signe de paix, et un taureau qui court, ne sont « autres que des objets d'échange entre les Normands et les « Skrellingers ' ».
Le savant M. Gaffarel conclut au rejet de toutes ces hypothèses et pense que le roc de Taunton restera probablement une énigme indéchiffrable,
Warden, qui étudia cette inscription sur la peinture de Kendall, et le dessin fait au trait, en 1788, par James Wintrope 2, est à peu près du même avis. « Il est difficile, » dit-il, a de découvrir dans ces étranges figures triangulaires, « des têtes humaines, des caractères phéniciens ou des « preuves de l'origine des peuples de l'Amérique 3 ».
' M. Gaffarel, op. cit.^ p. 129, note 2.
2 Des dessins de ce roc avaient déjà été faits: en ijSo, par le docteur Greenwood; en 1768, par Stephen Sewell; en 1790, par Bailles et Godwin ; — il en a été fait depuis par Job Gardner, en 1812, et par The Rhode-Island historical Society., en i83o. Toutes ces études, même celles reproduites par Warden, se trouvent dans les Antiquitates americance, où elles portent les nos iv-ix des planches xi et xn.
3 Warden, op. cit.., pp. 69, 70.
Depuis l'époque où Warden écrivait, la Société historique de Rhode-Island a fait une étude plus complète du roc de Dighton et l'on a retrouvé la Saga de Thorfînn que l'on croyait perdue. Ces deux pièces semblent avoir échappé aux savantes investigations de M. Gaffarel. Elles sont précisément d'une importance capitale. En appliquant aux figures de l'inscription les faits racontés dans la Saga, on obtient une solution rationnelle, sans torturer le texte ni les figures du dessin.
Deux savants professeurs de Copenhague, Christian Rafn et Finn Magnusen, ont reconnu, sans trop de peine, qu'il s'agissait de caractères runiques, de signes cryptographiques et de combinaisons de figures se rapportant aux aventures des Scandinaves dans le Massachusetts.
On a vu que Thorfinn était parti du Groenland avec 1 60 hommes. Magnusen dit 140, mais par erreur assurément '.
' « In laudatœ historice 7"° capite relatum est quod viro-
rum, illius expeditionis participum numerus fuisset cxl »
(Magnusen, ap. Rafn, p. 379.) Au chapitre qu'il indique on lit, au contraire: « Navibus eorum vehebantur centum et sexaginta viri 11. {Hist. Thorf. Karls.^ ap. Rafn, p. 169). A la page 137, on lit encore: « Omnino centum et sexaginta homines erant, cum ad Vestbygdam navigarunt, et inde ad Bjarneyam ». Il est bien dit, p. i57, que Bjarn et Gudrida restèrent avec cent hommes dans le Straumfjord, tandis que Karlsefn et Snorre partaient avec 40 ù la recherche de Thorhall le Chasseur, mais c'était après un séjour Je cinq ans en Amérique, six mois de famine, un combat quelque peu meurtrier et la séparation même de Thorhall, qui avait emmené neuf hommes. Ce chiffre de 160 hommes est également reproduit par Rafn, à la page 10 de sa notice sur la Découverte de l' Amérique au lO" siècle.
On a vu aussi qu'après le départ de Thorhall et de neuf hommes il avait pris possession de Thorfinnsbudir avec 1 3 1 hommes, que Gudrida lui donna un fils et qu'il soutint une attaque des Skrellings.
On va voir que le Dighton Writing Rock rappelle exactement ces faits.
Alagauchedu lecteur (voir la planche ci-contre), le nombre vingt est exprimé en chiffres romains. C'est la mention des vingt hommes dont Magnusen ne parle pas et qui moururent ou restèrent dans le Straumfjord. 11 est probable que c'est pour saluer une dernière fois des tombes et pour prendre des compagnons que Thorfinn revint dans Buzzard's Bay avant de quitter l'Amérique.
En supposant que Thorfinn n'a perdu à Mount-Hop que les deux hommes tués par les Skrellings, il n'en avait plus que 129 au moment de son départ. En revenant dans Buzzard's Bay il en compte 140, donc il en a reçu 1 1 qui ne pouvaient venir que d'une petite colonie laissée dans cette contrée.
Les chiffres xx sont joints à un signe qui affecte la forme du rune kaun (enflure); cela peut vouloir dire que les tombes ou les habitations de ces vingt hommes étaient au pied d'une colline,
La ligne verticale du ksMn est très-allongée, irrégulière et vient se terminer près de la lettre islandaise thau, dont la signification épigraphique est prora navis, navis. Le kaiin indique ainsi la route que suivirent les colons pour aller du navire au lieu de leur établissement.
Vers le centre de l'inscription on lit distinctement, également en chiffres romains, cxxxi ', nombre exact des compagnons de Thorfinn. A côté se trouve deux lettres: l'N latino-gothique et le rune madr. Leur valeur épigraphique est Nord ex Homme. Si l'on ajoute au nombre cxxxi l'équivalent de ces deux lettres, on a :