LES PIRATES
Les Victualie Brœdre désolent les états Scandinaves. — Sont vaincus et exilés. — Une partie de leur troupe établit son repaire dans le voisinage du Groenland. — Le Huitserk. — Pining et Pothorst. — Une nouvelle troupe de pirates sort des ports de l'Angleterre. — Jean de Danemark la chasse des mers du Nord et en prend une partie à sa solde pour détruire les corsaires du Groenland.
N 1418,1e Groenland fut dévasté par des flottes « venues on ne sait d'où ».
Le caractère aventureux de Henry Sinclair et son voisinage des colonies d'Erik portent à croire que ces flottes étaient les siennes '. Il est certain tou-
' HuMBOLDT, Cosmos, t. II, p. 346. — Malte-Brun, op. cit., liv. GUI, t. V, p 42. — M, l'abbé Rr.\sseur de Bourbourg, Histoire des nations civilisées du Mexique et de V Amérique centrale, t. I, pp. 21, 22. — Nicolas V, dans sa lettre de 1448 aux
tefois qu'il ne fut pas seul à piller ce malheureux pays et qu'il n'eut pas la plus grande part à sa ruine.
Au temps de ses expéditions dans le nord de l'Atlantique, les états Scandinaves et les villes hanséatiques étaient désolés par des pirates nommés Victualie ^rœdre (frères vivandiers).
Quand Marguerite de Waldemar fut victorieuse d'Albert de Mecklembourg, roi de Suède, les états Scandinaves unirent leurs forces contre les pirates, les chassèrent de la Baltique et les condamnèrent à l'exil '. En 1439, quarante-trois ans plus tard, ils ravageaient la ville de Bergen 2, ce qui prouve que la victoire des rois alliés ne fut pas aussi décisive qu'on pourrait le croire. Les pirates se répandirent dans la mer du Nord et une partie de leur troupe prit part à la ruine des colonies groenlandaises.
Olaus Magnus dit qu'en 1495 (nous pensons qu'il faut lire 1485) Pining et Pothorst se réfugièrent dans l'îlot de Huitsark, situé à mi-chemin de l'Islande et du Groenland. Dans la version toscane de son œuvre, la gravure placée en tête du premier des deux chapitres XI du II" livre représente, près du Groenland et au sud-est, un îlot sur lequel on lit: Morts. Hvit. Sark.
évêques de Skalholt et Holum, dit que, trente ans avant, les colonies groenlandaises furent dévastées par une flotte venue des côtes voisines. {Extrait des Q/lrchives du Vatican, par Paul Egedcs Efferrctninger, cite par Bcamish, loc. cit., p. i55.)
' J.-B. EvRits, Danemark^ p. 96 (Collection de VUnivers). Le Bas, Histoire de Suède., p. 33 (Collection de VUnivers.)
^ Mallet, Histoire du Dannemarc, t. iv, p. 45 1.
Dans le portulan de Sigurd Stephanius, de iSyo, le nom de Huitserk est donné à la partie de la côte groenlandaise opposée au nord de l'Islande.
Rafn croit retrouver Hvitserkr dans le cap Farewell et fait venir ce nom de Hvitr (blanc) et de Serkr (tunique), ce qui signifierait Mont ou Promontoire couvert de glace '.
L'opinion du savant professeur paraît seule admissible: il n'y a pas d'îlot à l'endroit indiqué par Olaus; le dessin de la version toscane est trop grossier pour qu'on puisse en tirer aucune induction géographique ; le Huitserk de Sigurd, loin de la route des navires, était inhabitable : le cap Farewell, au contraire, était parfaitement situé pour un nid de pirates.
Pour découvrir de plus loin les navires, Pinning et Pothorst avaient creusé un observatoire dans le roc qui leur servait de repaire. Ils commettaient mille atrocités sur tous ceux qui passaient à leur portée 2. Us avaient de petites embarcations en cuir armées d'éperons. Au lieu de donner l'abordage, ils perforaient les vaisseaux en les frappant audessous de leur ligne de flottaison. Olaus ne dit pas ce que
' Rafn, ylw/. ^mer., pp. 804 et 410.
2 Historia délie genti et délia nattera délie cose settentrionali da Olao Magno Gotho Arcivescovo di Upsala nel Regno di Suepa e Gopa, descritta in XXII libri. Nuovamente tradotta in lingua Toscana opéra molto dilettevole per le varie et mirabili cose, molto diverse dalle nostre, che in essa sileggono. In Vinegia J. Giunti, i565,lib. 11, cap. xi, f. 276.5. Dans ce livre II, il y a deux chapitres XI comme dans l'édition latine de i555.
faisaient les corsaires au moment de l'immersion des navires, mais on supplée facilement à son silence.
« En I 5o5, dit le même auteur, j'ai vudeux de ces petites embarcations en cuir au-dessus de la porte occidentale de l'église métropolitaine d'Opsolo, dédiée à saint Halvard. On prétend que le roi Haquin les a prises sur les côtesdu Groenland, au moment où, peut-être, les corsaires pensaient à couler ses navires ' i>.
Ce fait n'est pas exact. Huit rois du nom de Haquin ont régné sur la Norvège. Le dernier est mort en i 38o, sans avoir vu le Groenland. Haquin VI, surnommé Gamle (le Vieux), a conquis* l'Islande et le Groenland en 1261 ^. Il put exposer des barques en cuir dans la cathédrale d'Opsolo, mais il les avait prises sur les Esquimaux ou les Groenlandais, non sur les frères vivandiers, qui ne vinrent à Huitscrk que vers iSgS.
En 1485, une nouvelle troupe de pirates sortit des ports de l'Angleterre et se répandit dans les mers du Nord. Le roi Jean de Danemark leur déclara une guerre implacable et parvint, non sans peine, à les disperser ?. D'après M. Hartmann, il aurait pris à sa solde deux d'entre eux, Pynnink et Pyckhorst, dont le nom ressemble beaucoup à celui des deux
' Historia de gentibus septentrionalibus, authore Olao Magno Gotlio, Archiepiscopo Upsalensi, Sueticp et Gothiœ Primate. Autuerp'ise. ApudJoanncm Bcllcrum, sub insigni P'alconia;, i562, lib. II, cap. xi,
2 Le Bas, Histoire de Norvège, p. 21 (Coll. de V L^tiivers).
3 Eyriès, op. cit., p. 34.
forbans dOlaus, et les aurait chargés de détruire les corsaires de Huitserk '.
Tous ces détails sont confus et contradictoires. Il en ressort cependant un fait: les pirates tirent cause commune avec le froid, les Esquimaux, la peste et les jurisconsultes de Marguerite de Waldemar pour ruiner les colonies fondées par les Scandinaves surles côtes de l'Amérique et du Groenland.
' M. Zartmann, op. Cl/., p. 59.