‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècleChapitre 8 sur 38 · EXPEDITION DE THORVALD · texte numérisé non relu

EXPEDITION DE THORVALD

Sur les instances de Leif Thorvald se rend en Vinland. — Son séjour à Leifsbudir. — Explorations au sud. — Explorations au nord. — Il est jeté à la côte et donne au cap Cod le nom de Kjalarnes. — Il prend terre dans la baie de Boston. — Première rencontre avec les Esquimaux. — Thorvald^ blessé mortellement, veut être inhumé sur un promontoire qu'il appelle Krossanes. — Découverte d'un tombeau Scandinave dans l'île de Rainsford.

'heureuse expédition de Leif fit grand bruit, ISÊ sollicita vivement les marins que tourmentait '^^^î l'amour de la gloire et des richesses.

Leif engagea Thorvald, son frère, à visiter le Vinland. Il lui donna, outre de bons conseils, le navire

bo

qu'il avait acheté de Bjarn Heriulfson. Thorvald choisit trente hommes et partit en 1002 '.

« Il est étrange, » dit M. Gaffarel, « que Leif ne l'ait pas « accompagné : mais ces hommes du Nord, hardis et infati- « gables à Tœuvre, se reposaient indéfiniment, quand ils « avaient par leurs prouesses illustré leur nom et acquis « assez de richesses. Ils ne comprenaient pas ce sentiment « tout moderne: le désir de mieux faire ^ ».

On ne connaît pas les particularités de la traversée.

Thorvald passa l'hiver dans les baraquements de Leifsbudir.

Au printemps de ioo3, il fit faire une reconnaissance au sud. Ses hommes virent une belle contrée couverte de forêts qui n'étaient séparées du rivage que par une étroite bordure de sable blanc. La mer était émaillée de petites îles. Dans l'une d'elles, ils trouvèrent une grange en bois. Les autres leur parurent vierges encore de toute trace d'hommes ou d'animaux.

Une île qui s'étendait au loin vers l'occident, probablement Long-Island, fut le terme de leur navigation. Ils revinrent en automne à Leifsbudir.

L'été suivant, Thorvald entreprit, avec une partie de sa troupe , l'exploration des côtes septentrionales. Une violente tempête brisa sur un cap la quille de son navire.

' Snorre Sturlesons, op. cit., cap. cvin, p. 3 12.

2 M. Gaffarel, Etude sur les rapports de l'Amérique et de Vancien continent avant Christophe Colomb., Paris, Thorin, 186g, p. 241.

Il séjourna quelques jours en cet endroit pour réparer ses avaries. Au moment de reprendre la mer il dit à ses compagnons : « Elevons sur celte pointe de terre une carène de « navire et donnons-lui le nom de Kjalarnes (Cap de la Ca- « rêne) ».

Rafn, Kohi et M. Beauvois ' pensent qu'on a pu donner ce nom de Kjalarnes au cap Cod (le Nausetdes Indiens, situé par ^2° de latitude, non loin de Boston), à cause de sa ressemblance avec la proue d'un vaisseau, particulièrement d'un vaisseau Scandinave.

De là Thorvald fit route à l'ouest et atterrit près d'un promontoire que l'on croit être Gurnet Point ou Cap Aiderton. La contrée lui parut si belle qu'il dit en prenant terre : « Ce pays est très-beau, je voudrais y bâtir ma demeure ».

De retour au vaisseau, les Normands aperçoivent sur le sable, au pied de la falaise, trois points noirs qui figurent des monticules. Ils s'y transportent et trouvent trois carabos (canots d'osier recouverts en cuir) contenant chacun trois hommes. Ils saisissent huit de ces hommes. Le neuvième s'enfuit et entend, malgré le bruit de la rame, les cris de ses compagnons que l'on égorge impitoyablement. Les Sagas ne donnent aucune raison de ce crime odieux, qui, d'ailleurs, était habituel aux pirates du Nord.

Les Normands explorent ensuite le promontoire et découvrent dans la baie des élévations qu'ils prennent pour des habitations. Ils retournent au navire et s'endorment. Bien-

' Rafn, Antiquitates americanœ^ pp. 426, 43 1. — Kohl, op. cit.^ p. 67. — M. E. Beauvois, op. cit. ^ p. 112, note i.

tôt un bruit confus de voix les réveille et semble dire : « Debout Thorvald ! Debout Normands, si vous voulez con- « server la vie ! Coupez les câbles, éloignez- vous promptett ment de terre ! « Ils voient alors un nombre infini de canots qui viennent demander vengeance des assassinats du matin. Thorvald prend à la hâte quelques dispositions défensives. Les Skrellings ou Esquimaux ' arrivent à portée du trait, lancent une nuée de flèches et s'enfuient.

Thorvald demande à ses compagnons s'ils sont blessés. Tous répondent négativement. « Moi, je le suis, » dit-il ; « la flèche que voilà m'est entrée sous l'aisselle après avoir u rebondi sur mon bouclier. J'en mourrai. Je vous conseille « de vous préparer à partir promptement et de me laisser- « sur ce promontoire où je voulais bâtir ma demeure. J'ai tt prophétisé mon sort, car je demeurerai là quelque temps. « Vous m'inhumerez en cet endroit et vous placerez deux « croix sur ma tombe, l'une à la tête et l'autre aux pieds, a pour qu'à l'avenir ce promontoire soit appelé Krossanes

' Les Esquimaux parcouraient alors, ce semble, toute la côte. Une révolution s'accomplit dans les siècles suivants. En 1 524, Giovanni Verazzano trouva dans ces contrées des populations nombreuses, mais sans aucun des traits qui distinguent la race esquimauïque. Celle-ci, pour conserver l'indépendance et la vie, avait dû se réfugier dans la région des glaces. (Al Christianissimo Re di Francia Francesco pritno^ Relatione di Giovanni da Verra^^ano Fiorentino délia terra per lui scoperta in nome di sua Maestà, scritta in Dieppa, adi 8 Luglio^ m.d.xxiiii. — ap. Ramusio, t. \n, 1606, fT. 35o-352).

« (promontoire des CroixJ. A cette époque, ajoute le chro- « niqueur, le Groenland était chrétien ' ».

Dans l'ilede Rainsford, près de Hull et du cap Alderton, dans le golfe de Boston, on a découvert, à la fin du xviii° siècle, un tombeau en maçonnerie qui contenait un squelette et une poignée d'épée enfer.

M. Smith a reconnu que ce squelette ne pouvait être celui d'un indien, ni celui d'un européen postérieur à la dernière découverte de l'Amérique; que cette épée n'était pas de facture européenne postérieure au xv° siècle. Il en conclut que le tombeau découvert était celui d'un ancien Scandinave 2.

Ce squelette serait-il celui du fils d'Erik le Rouge venant affirmer, après huit cents ans de sommeil, le passage de sa race dans ces lointaines contrées?

QjQand les Normands eurent exécuté les dernières volontés de leur chef, ils retournèrent à Leifsbudir, chargèrent le vaisseau des produits du pays et reprirent, en ioo5, la route du Groenland.

' Rafn, Antiqiiitates Americance., pp. 40-47, 426, 480, 43 1. — Snorre Sturlesons, op. cit., cap. cvui. pp. 3i2-3i4, — Th. ToRF^us, Historia Vinlandiœ Antiquce., pp. 10-14.

- Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord, 1840-1S43, p. 1 1.

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