‹ Découverte de l'Amérique par les Normands au Xe siècle [microforme]Chapitre 31 sur 78 · PRO CU UN · texte numérisé non relu

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A partir de Kjalarnes, ils virent de vastes déserts, des dunes, de longues et étroites plages qu’ils baptisèrent du nom de Furdustrandir (rivages merveilleux). On pense qu'ils désignaient par ce nom Nauset, Chatam et Monomoy Bay :.

Ils trouvèrent ensuite des côtes découpées de baies nombreuses. Karlsefn y descendit deux coureurs écossais : un homme, Haki; une femme, Hekja, qu'Olaf Triggvason avait donnés à Leif. Il leur recommanda d’explorer la contrée du sud-ouest. Ils reyinrent à la fin dutroisième jour avec quelques grappes de raisin et des épis de froment sauvage 2.

1 Mémoires de la Société royale des Antiquaires du Nord, 1840-1843. pp. 2, 3. — KouL, op. cit., p. 72.

D'après un très-ancien géographe, Bjarn Jousson, auteur du Gripla, le Furdustrandir était très-froid et l’on ignorait s’il était habité. « Au sud-est, » dit le même auteur, « se trouve le Hel- « luland, qui est aussi appelé Skrœnlingialand; de là, il n'y a « pas loin au bon Vinland, qui selon quelques-uns se rattache « à l'Afrique. Entrele Vinland et le Groenland se trouve le Gin- « nungagap, bras de l'Océan quientoure la terre ».(M. E. BEauvois, op. cit., p. 75).

2 Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 137-141, 169-173. — Ta. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, pp. 50, 51.

D’après l'Erbyggia Saga, Haki et Hokja étaient des animaux, plus semblables au singe qu’à l’homme, capturés par Thorfinn, sur la côte américaine. « Aliquo in loco adeptus est duo animantia, simiæ quam homini similiora, quæ Hakium et Hekjam appellavit ». (RAFN, Ant. Amer, pp. 196, 197).— Cette supposition ne mérite pas d'être discutée.

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Thorfinn s’engagea dans une baie profonde qu’il nomma Straumfjord (baie des courants); c’est probablement Buzzard’s Bay, où le Gulf-Stream produit des courants trèsirréguliers : Il descendit dans une île où l’éder se trouvait en très-grand nombre. On ne pouvait y faire un pas sans casser des œufs d'oiseaux 2. Il lui donna le nom de Straumey (île des courants). On croit la reconnaître dans Martha’s Vineyard 3.

Les navigateurs prirent terre dans le Straumfjord. La douceur du climat, la végétation, des eaux poissonneuses leur firent supposer qu'ils avaient trouvé un lieu convenable pour l'établissement d’une colonie.

Ils y construisirent des baraques, débarquèrent les troupeaux et donnèrent le printemps à des travaux de culture, à la pêche, à des explorations.

L'hiver les surprit sans provisions. La chasse et la pêche devinrent improductives. Ils passèrent dans l’île et la disette les y suivit. Pour obtenir des vivres, ils firent un vœu qui

1 KouL, op. cit., p. 72. — M. E. BeEauvois, op. cit., p. 37, note 1.

2 Historia Thorfinni Karlsefnii, pp. 141, 137. — Les îles inhabitées du Massachusetts servent encore de retraite à une foule d’éders et de canards sauvages, et l’une d’elles, située à la pointe sud-est de la péninsule de Barstable, est encore appelée Egg-lsland (îles des œufs). (M. E. Beauvois, op. cit., p. 37, note 2).

3 Rarn, Découverte de l'Amérique au 10° siècle, p. 19. — M. E. Beauvois, op. cit., p. 37, note 1.

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ne fut point exaucé. Sur ces entrefaites, Thorhall disparut, sans doute pour invoquer ses anciens dieux.

Ce chef, ancien serviteur d’Erik le Rouge, étaitsurnommé le Chasseur. Grand, fort, taciturne, railleur, «mauvais chrétien, » il ne parlait, dit la chronique, que pour conseiller le mal à son maître. Il connaissait parfaitement les lieux déserts et le refuge des oiseaux !.

Après trois jours et trois nuits d’anxieuses recherches, Karlsefn et Bjarn le trouvèrent sur un rocher, renversé sur le dos, la bouche et les narines ouvertes, murmurant des paroles inintelligibles. 11 ne voulut point s'expliquer sur les causes de son absence, mais se laissa reconduire au cantonnement.

Dans le même temps ils prirent une baleine et la disséquèrent, « car ils avaient peu de vivres ». Ils en firent bouillir et en mangèrent, ce qui les rendit tous malades 2.

« Maintenant, » dit Thorhall, « Œnobarbus me viendra « plutôtenaide que votre Christ. Voilà ce que rapported’avoir « composé un chant contreThor, mondieututélaire, lui qui « ne m'a jamais trompé. Ce qu'il y a de mieux à faire, c’est « de jeter à l’eau cette chair de baleine et de se confier aux « dieux. L'air se purifiera, le temps de la pêche reviendra ; les vivres ne vous manqueront plus, car il y a du gibier

‘ Historia Thorfinni Karlsefnii, p. 173. — Tu. Torræus, Historia Vinlandiæ antiquæ, p. 51. — M. E. Beauvois, op. cit, p. 38, note 1.

2 Historia Thorfinni Karselfnii, pp. 141, 142, 168, 169, 173- 175. — Particula de Grænlandis, pp. 57, 58.— Tu. TorFæus, Historia Vinlandiæ antiquæ, p. 52.

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« dans les bois, des œufs dans l’île, du poisson dans la « mer ».

Ils suivirent son conseil et revinrent en terre ferme, où, fort heureusement, le gibier, le poisson et les œufs se trouvaient alors en abondance.

A la suite de ces évènements, Thorhall dit qu’il voulait remonter au nord, le long des Furdustrandir, jusqu’au cap de la Carène, pour retrouver le Vinland. Karlsefn préféra la direction de l’ouest.

Bien que Thorfinn et Gudrida eussent conçu, organisé et fait presque tous les frais de l’entreprise, ils n’avaient sur leurs compagnons qu’une autorité purement nominale: les vieux Normands ne savaient pas obéir; dans toutes les situations ils conservaient la plénitude de leur indépendance.

Du jour où les idées de Karlsefn ne furent plus celles de l'irascible Thorhall, celui-ci reprit sa liberté d'action, se rendit dans l’île avec neuf hommes et se tint prêt à partir

par le premier vent favorable.

Un jour qu’il portait de l’eau dans son navire, il en but et chanta :

« Les colonnes de fer de l’Assemblée me disaient que « j'aurais dans ce pays les vins les plus délicats ; il me faut

« vitupérer cette terre devant les hommes. La divinité Porte- « Casque me présente maintenant un seau; ainsi donc, je

« cours à la fontaine, et mes lèvres ne sentent pas le goût

« du vin ».

Quand il mit à la voile, en 1008, il chanta cette seconde

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