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affreuse chevelure, de grands yeux et la face large. Ces hommes étaient des Esquimaux ou Skrellings, comme les appellent les chroniqueurs. Ils dressaient de longues perches et les faisaient siffler en les agitant rapidement.
« Que penses-tu de cela? dit Thorfinn à Snorre. — Je « pense que c’est un signal de paix et qu'il convient d’arbo- « rer le bouclier blanc ». Le bouclier blanc, qui était aussi le bouclier de paix, fut arboré. Les Esquimaux s’approchérent, regardèrent curizusement les Scandinaves, puis virérent de bord et disparurent derrière le promontoire.
Le printemps les ramena. Leurs carabos vinrent un matin en si grand nombre qu'on aurait pu croire la mer couverte de charbons. Après avoir échangé le signal de paix avec les Normands, ils débarquèrent et offrirent, pour des morceaux d’étoffe rouge, des peaux de toute sorte : et des corbeilles. Ils demandèrent aussi des lances et des épées, mais Thorfinn et Snorre défendirent prudemment de leur en donner.
Karlsefn s’aperçut un jour qu'il ne lui restait plus que
très-peu d’étoffe rouge; il la fit découper en bandes larges de moins d’un doigt. Les Skrellings achetèrent ces morceaux le même prix et souvent plus cher que les autres. Ils s’en faisaient un ornement de tête.
* Il leur offrit un jour de la soupe au lait. Cette nourriture fut tellement de leur goût qu'ils ne voulurent plus autre chose. « Ils emportaient ainsi dans leur ventre le prix de « marchandises que les Scandinaves mettaient soigneuse- « ment de côté pour en charger leurs navires ».
! M. Beauvois dit: « du vrai petit-gris ».
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Thorfinn, par crainte de surprise, avait entouré son habitation d’une forte palissade.
Dans le courant de l'automne, Gudrida le rendit père d’un fils qui reçut le nom de Snorre. Ce fait mérite d’être signalé parce que Snorre est le premier des Normands qui virent le jour en Amérique.
Un taureau appartenant à Karlsefn sortit un jour du bois en courant et mugissant. LesSkrellings, effrayés, s’enfuirent précipitamment, avec leurs paquets de fourrures, du côté des maisons et voulurent y pénétrer, mais Karlsefn leur en fit fermer les portes.
C'est à ce fait que la Saga de Thorfinn et Torfæus attribuent le conflit qui survint entre les Skrellings et les Normands. Les Particula de Grænlandis et l'Heimskringla mentionnent cet incident, mais sans y attacher d’importance. C’est à tort, ce semble, que les premiers donnent pour seule cause du conflit l’effroi causé par le taureau; c'est à tort aussi que les autres n’accordent à ce fait aucune importance. Les Skrellings eurent grand peur et soupçonnèrent une trahison des Normands. Ils craignirent dès lors un com-
bat et cette crainte augmenta le désir qu’ils avaient de posséder des armes en fer, Comme on va le voir, ils firent pour s’en procurer une tentative qui détermina le conflit.
Au commencement de l'hiver, après une absence que Torfæus dit avoir été de trois semaines, les Skrellings revinrent, maisen beaucoup plus grand nombre que d’habitude, et
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