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Quand vint l'hiver, Helge et Finnborge organisèrent des jeux. Ces jeux furent supprimés à la suite de querelles, et le reste de ia saison se passa un peu tristement.
Cette vie paisible n’était point du goût de Freydisa.
Un matin, elle quitte sans bruit le lit conjugal, se couvre du pallium de son mari, et va pieds nus, dans la rosée, à la demeure des deux frères. Un des compagnons de ceux-ci, qui venait de sortir, avait laissé la porte entr'ouverte. Elle la pousse, entre, et reste un moment silencieuse. Finnborge l’apercçoit et lui dit: « Que veux-tu, Freydisa? — Je veux te « parler; lève-toi et viens avec moi. » Finnborge la suit et s'assied près ‘d'elle sur un tronc d'arbre. « Comment te
« trouves-tu dans ce pays? » lui dit-elle. — « La fécondité « du sol me plaît, mais la querelle survenue entre nous me « semble sans cause et me déplaît. — Tu dis vrai; du
« moins, c’est mon sentiment. Je t’ai demandé cet entretien « parce que je veux changer de navire avec vous, le vôtre « étant plus grand que le mien. — Nous te céderons vo- « lontiers notre navire, si cela doit te faire plaisir ». [ls se séparent sur ces mots. Finnborge se remet au lit; Freydisa retourne à sa maison et se recouche également.
Le contact de ses pieds froids et humides réveille Thorvard, qui demande des explications. Elle lui répond, en feignant la plus grande indignation : « Je me suis rendue au- « près des frères pour acheter leur navire qui est plus grand « que le nôtre. Ils se sont mis en colère, m'ont frappée et « traitée violemment. Mais toi, chétif, tu ne peux venger mon injure, bien qu’elle soit aussi la tienne. Si tu ne sais
« pas les punir, de retour en Groenland, je déclarerai le di- « VOrce entre nous ».
Thorvard, que les artifices de sa femme n'auraient pas dû surprendre, la crut sur parole. S'il entrevit la vérité, il ne sut pas résister à ses perfides suggétions. En tout cas, il fait prendre les armes à sa troupe, se rend à la demeure des frères, les saisit, ainsi que leurs compagnons, pendant leur sommeil, les emmène et les livre à sa femme. Celle-ci les fait égorger. Il restait cinq femmes. Personne neles voulant tuer : « Donnez-moi une hache en ma main, » s’écrie-t-elle. On lui donne une hache et les cinq femmes tombent sous ses coups.
La troupe de Thorvard est consternée, honteuse. Elle sent qu’elle vient de commettre une insigne lâcheté. « Freydisa, « qui conçut et exécuta cet horrible crime paraît seule le « voir avec plaisir ». La contenance des Normands finit cependant par troubler sa joie. Une vague inquiétude la gagne. Elle est inaccessible au remord, mais elle craint des indiscrétions qui peuvent la perdre à son retour en Groenland. Se redressant alors plus hautaine, plus sauvage que jamais : « Si la Fortune nous accorde de retourner en Groen- « land, je retrancherai, » dit-elle, « du milieu des hommes, « celui qui dira ces choses. Nous dirons, au contraire, qu’Z/s « sont restés 1ci ».
Au printemps dero13, elle prit le navire des deux frères, le chargeu et partit pour Eriksfjord. Elle arriva, on l’a vu plus haut, juste au moment où Karlsefn mettait à la voile pour la Norvége,
De retour dans sa demeure, elle perdit complètement son assurance. Elle distribua entre ses compagnons la plus grande partie de ce qu’elle avait apporté, sacrifiant ainsi le produit de son crime pour en étouffer le souvenir.
Malgré cette générosité forcée et la crainte qu’elle inspirait, les détails de l’horrible drame se répandirent peu à peu. Quand Leif, ayant mis à la torture quelques hommes, acquit la preuve de leur réalité, il dit avec tristesse : « Je ne « puis punir ma sœur, mais je prévois que sa postérité sera « malheureuse ». A partir de cette époque, disent les Sagas,
il ne lui arriva plus, en effet, que des revers !. 1 RE : se ï Freydisa et son lâche époux finirent leurs jours dansl’iso- 4 lement et probablement dans le mépris l’un de l’autre. Leur
naissance les avait placés au-dessus de la justice légale, mais ils furent broyés par cette justice supérieure qui siége dans la conscience publique.
A l'extrémité méridionale de Fall-River, dans le Massachusetts, à l'endroit où Rafn a placé Leifsbudir et le lieu du drame qui vient d’être raconté, on a trouvé, le 26 avril1831, dans un banc de sable, un squelette d'homme, une parure de poitrine en bronze, divers instruments, des fers de lance qui ne sont pas d'origine indienne ni de facture européenne postérieure au xv° siècle.
Cette découverte fut précédée et suivie de plusieurs autres.
1 Particula de Grænlandis, pp. 65-73. — SNORRE STURLESONS, op. cit.,t1, pp. 321-325. — Tn, Torræus, op. cit., pp. 23-28. P PP P PP
Les objets trouvés dans les tombeaux ouverts furent soi- | 4 gneusement comparés avec leurs similaires découverts en Jutland, en Islande, en Groenland et dont l’origine scandinave est parfaitement établie.
Le bronze d’une ceinture, analysé par Berzelius, diffère de l'espèce attribuée à l’âge de bronze du Nord. mais il est assez semblable à celui de la dernière période du paganisme et se compose des mêmes éléments que celui des trouvailles faites près de Novling, en Jutland, et analysé par Forchnammer. On a constaté toutefois que le bronze américain contient un peu plus de zinc et un peu moins d’étain et de plomb que celui du Danemark.
Quant aux ceintures, composées de roseaux recouverts d’une légère enveloppe de bronze et réunis par une courroie très-mince, elles sont exactement semblables à celles trouvées dans la Scandinavie. Malgré cette conformité, la Société royale des Antiquaires du Nord a cru devoir suspendre sa décision, parce que la position de l’un des squelettes pourrait faire croire que ces ceintures sont l’œuvre d’une race indoscandinave !.
Cette restriction ne s'applique qu'aux reliques d’une seule inhumation. L'origine des autres objets trouvés à l’extrémité de Fall-River ne laisse aucun doute. Il se pourrait donc que plusieurs des squelettes découverts fussent ceux de victimes de Freydisa.
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\ Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord, 1840-1844, PF: 104-109, 119-127, 177, 1783 1845-1849, PP. 101, 102.
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