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LA CRITIQUE EST LA DÉCOUVERTE DE L'ART

Il y a une découverte qui résume toutes les autres, c'est la découverte de la vie. La découverte de la vie est une découverte esthétique. L'art est le moyen, — puisé dans la vie même, — que nous avons à notre disposition pour la découvrir. Cette découverte est réalisée chaque fois qu'une œuvre d'art surgit, du sein même de la vie, comme une fleur miraculeuse. Mais tous ne voient pas la vie que l'œuvre d'art découvre, et c'est pourquoi la critique réahse la compréhension de l'art, pour réaliser la découverte de la vie.

La critique est la découverte de l'art. Jusqu'ici, on a pris pour la critique le contraire de la critique. Chaque fois que l'art a été découvert, la critique a existé. La critique est l'œuvre de l'art dans les consciences. C'est le sentiment de l'art dans les consciences provoqué par

Tart. C'est la preuve que Tart est compris, senti. Ceci est la vérité : la critique est, ne peut être que la découverte de Tart. C'est la découverte de l'art dans la vie, par conséquent la découverte de la vie dans l'art. La critique confond la vie et l'art. Elle les fait naître l'un de l'autre. — Par quelle méthode la critique parvient-elle à découvrir l'art, après l'avoir pressenti par l'émotion et par la pensée ? quelle méthode découvre-t-elle, pour faire la preuve de son émotion et de son amour, pour démontrer qu'elle a découvert l'œuvre qui réalise le Droit à la Beauté, l'œuvre capable de faire naître la pensée de l'art dans les consciences, — d'engendrer la critique, — sa compréhension et sa sympathie ? Par quelle méthode prouve-t-elle sa propre existence en prouvant l'existence de l'art ? Par la synthèse. La critique reconnaît que l'art est la synthèse de la vie, qu'il en est la découverte, et elle découvre la vie au moyen de la vie, elle se découvre elle-même, dans la vie, en étant synthétique et générale.

Quand le critique a découvert l'œuvre d'art, il proclame sa découverte, et il la proclame par le sentiment, par l'émotion, qu'il communique ^ l'humanité, parce qu'il les a éprouvés lui-même. Il est le témoin, le premier témoin de la beauté de l'œuvre. L'œuvre doit opérer sur le reste de l'humanité la transformation qu'elle a opérée sur lui. Elle doit faire naître la joie. Elle doit engendrer la vie. Le critique proclame joyeusement sa découverte, — qui est le résultat de ses efforts, de ses recherches, de ses veilles, — de sa douleur. L'homme qui a découvert un chef-d'œuvre est grand, il est bon, il est juste, parce qu'il

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ne garde pas égoïstement, jalousement, son trésor, pour lui seul, mais parce qu'il le répand autour de lui. Il a découvert l'idéal de la vie, il a découvert ce qu'il y a de meilleur dans la vie. Il est l'homme juste et bon par excellence. Il est socialiste. Il partage son bien.

Le critique, comprenant et sentant que l'art est l'expression de ce qu'il y a de meilleur dans l'humanité, que l'œuvre exprime tout l'homme, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, — l'artiste, — que l'œuvre est la pensée, rémotion et la volonté vraies, dans leur éternité et leur beauté, s'est mis en présence de l'œuvre comme en face d'un être vivant, et c'est avec son âme tout entière qu'il s'est efforcé de comprendre et d'aimer l'âme et l'esprit d'un autre. Il n'a pas séparé la pensée et l'émotion qui forment l'œuvre, et c'est pourquoi il ne les sépare pas en lui-même. En un mot, c'est par la synthèse que le critique a réussi à découvrir l'originalité et la sincérité de l'œuvre, — alors que l'analyse ne peut rien, qu'elle est impuissante à reconstituer la vie, à la découvrir. Une œuvre est la manifestation de l'émotion et de la pensée ; le critique ne les sépare pas, il sait qu'elles ne peuvent pas vivre isolément, et que leur association constitue l'œuvre. Il sait aussi que la pensée et l'émotion ne peuvent pas se manifester sans la forme qui leur correspond, et que l'œuvre est faite de l'association de sa pensée et de sa forme. La synthèse consiste à découvrir la vie dans l'art, — par conséquent l'art dans la vie, — en ne séparant pas les éléments qui constituent la vie que l'artiste n'a pas séparés pour créer ; les séparer, c'est la mort ; c'est ne pas saisir la vie dans son ensemble, dans toutes ses manifestations. Celui qui ne

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parvient pas à dégager la vérité éternelle n'est pas un artiste. Il se meut dans les régions inférieures, dans la région du médiocre ; il caricature Tart et la beauté, — il contrefait la vie, il se contrefait lui-même en contrefaisant l'humanité à laquelle il appartient. Il n'est pas vivant, parce que le caractère essentiel d'un être vivant c'est de comprendre la vie et de l'aimer, et de prouver cette compréhension et cet amour, — seule preuve logique, — par l'art qu'on a découvert dans la vie en la recréant.

La critique est la découverte de l'art dans la vie. C'est ])ar là môme la découverte de la vie, La critique découvre, pour l'humanité, l'idéal de l'art. Elle lui rappelle que cet idéal existe. Elle élève progressivement l'humanité à la vie esthétique, par son rapprochement avec l'art. Ce n'est pas l'art que la critique rapproche de l'humanité, c'est l'humanité qu'elle rapproche de l'art, à laquelle elle impose l'idéal de l'art. Elle veut que l'humanité se découvre ellemême par l'art, qu'elle se dépouille de son faux-art, qu'elle triomphe de son in-humanité. A notre époque, la découverte de la vie ce n'est pas autre chose, pour la jeunesse, que la compréhension de l'art, de la vie sous sa forme esthétique ; cette compréhension de l'art, la critique l'a réalisée dans les consciences, elles les a rendues esthétiques. La jeunesse a découvert la vie lorsque, en présence de la vie, la critique est née. La critique a été le jugement qu'elle a porté sur elle, l'hommage qui lui a été rendu, en la dépouillant de sa contrefaçon. La critique a été réalisée dès que le sentiment esthétique a triomphé du médiocre, dès que la beauté de l'art s'est découverte à ceux qui la cherchaient. La découverte de la vie ce n'est

pas autre chose que la critique réalisée dans les consciences, que le résultat de l'observation, que la découverte de la vérité. La critique, c'est de séparer l'art du faux-art, l'éternel de l'éphémère, — la vie du néant.

Pour découvrir la vie, il faut découvrir la critique. Il faut croire à la puissance, au rôle, à l'utilité de la critique. Il faut croire à la nécessité d'une critique neuve, en harnionie avec l'art. La fausse critique ne peut pas découvrir la vie. Elle n'existe pas. C'est la critique du médiocre se complaisant dans sa médiocrité. C'est l'art qui nous aide à découvrir la critique. C'est le spectacle de l'art qui, en faisant naître en nous le sentiment esthétique, réalise la critique. La critique est l'émotion produite par l'art dans la conscience humaine. C'est la reconnaissance et la découverte de l'art. Or l'art implique lui-même la découverte de la vie. La critique est l'émotion que la vie découverte et suggérée par l'art provoque dans notre être. Puisque l'art existe, la critique existe. La constatation de l'existence de l'art, la critique n'est pas autre chose. La critique existe, malgré l'action des médiocres dirigée contre elle. Cette action ne prouve pas que la critique ne soit pas. Parce que la société actuelle a peur de la critique, parce qu'elle lui interdit l'appui de ses journaux, de ses revues, nous ne croyons pas que l'avenir de la critique est en danger. Il faudrait supprimer l'art pour supprimer la critique. Rodin, Carrière, Besnard, France, sont là qui protestent par leurs œuvres, — leur œuvre. Nous les aimons, nous les comprenons, nous les admirons. Donc, la critique existe. Ce qui n'existe pas, ce sont les

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