‹ Decouverte de la vieChapitre 6 sur 12 · IG · texte numérisé non relu

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moyens de faire connaître notre jugement, notre opinion, notre critique ; d'amener à la compréhension de l'art ceux qui ne le comprennent pas, de les rallier à notre manière de voir, qui est conforme à la vie. La société ne met pas à notre disposition les ressources qu'elle met à la disposition du faux-art. Elle se contredirait si elle nous aidait à la combattre. Elle nous y aide par ses défauts, non par sa bonne volonté. C'est en fondant des journaux et des revues, des éditions, que nous pourrons réaliser la compréhension de l'art en dehors de nous-mêmes pour ceux qui nous liront. Nous ne trouvons qu'en nousmêmes l'énergie de réaliser la critique en dehors de nous. En dehors de nous, c'est l'effort pour nous empêcher d'être nous-mêmes, pour empêcher notre individualisme de se manifester. Il se manifeste quand même, contre l'efiort qui tend à le supprimer. Il découvre la vie, alors qu'autour de lui la mort s'efforce d'y mêler le mensonge, de la contrefaire. Nous restons nous-mêmes, nous découvrons notre véritable pensée, de découvrir la vie, de résister à l'effort qui agit autour de nous pour nous empêcher de la découvrir. C'est la critique, en nous, qui résiste à la mort, qui triomphe de la mort, qui nous sauve du néant. La critique découvre la vie, en dépit de l'effort des médiocres. Le médiocre veut étouffer la critique, pour étouffer l'art. Notre époque, cette époque de médiocres, ne veut pas s'entendre condamner, entendre condamner ses tares, par la critique. Elle sent que le jour où celle-ci aura découvert la vie, où elle existera de l'avoir découverte, le mensonge qu'elle est sera vaincu. Nous devons considérer toutes les injustices, toutes les erreurs de notre temps comme représentant l'effort suprême qu'il fait pour s'affranchir de la vie en la méconnaissant, en la niant. Notre époque ne veut pas que la pensée de la

vie, la critique, puisse la condamner, condamner sa fausse conception, inesthétique, de la vie.

La médiocrité de notre époque se résume dans sa haine de la critique, dans l'absence de critique. Sa haine pour la vie se traduit par sa haine pour la critique, découvrant la vie et sa contrefaçon. Ce qui la caractérise, c'est la haine de la critique. Toutes ses erreurs se résument dans celle-ci. Elle remplace la critique par la fausse critique correspondant au faux-art. Elle lui donne des journaux et des revues, des éditeurs. La fausse critique, c'est la réclame, la réclame qui ne voit pas qu'une œuvre est médiocre, qui ne voit pas qu'une œuvre est géniale, la réclame, qui ne voit rien. Publicité, réclame, c'est toute la critique d'aujourd'hui. Parce que notre temps ne veut pas reconnaître l'existence de la critique, est-ce une raison pour nier l'influence, le rôle de la critique ? Devons-nous rendre la critique responsable des erreurs de la fausse critique, de l'impuissance, de l'inertie, de la malfaisance de la fausse critique ? Nous affirmerons que la critique existe, que nous sommes critiques, en séparant la critique de la fausse critique. La critique existe dès qu'elle constate l'œuvre de la fausse critique. Son œuvre, à elle, c'est de la combattre, en réalisant la compréhension de l'art, en découvrant la vie, en initiant à la vie ceux qui l'ignorent. Qu'est-ce que la réclame et la publicité peuvent bien devenir en présence de la vie, en présence de la vérité ?

Découvrir la vie, c'est le rôle du critique, c'est toute la critique. La critique est une découverte. La critique est

Tart se découvrant lui-même. L'art étant une découverte — la découverte de la vie, — la critique, en découvrant Tart, découvre la vie. Le critique n'a complètement rempli sa mission que lorsqu'il a découvert la vie en découvrant l'art. Avant cette découverte, la critique n'existe pas. Elle découvre, il est vrai, le médiocre. Cela fait partie de son œuvre, c'est ce qui lui permet de découvrir la vie, d'opposer la vie au médiocre. Le critique répond aux questions qu'il suppose qu'une société parfaitement esthétique lui poserait, si elle avait à les lui poser. Il se demande si ses actes, ses paroles, ses écrits ont réalisé l'idéal de la critique, en harmonie avec l'idéal de l'art, qui est l'idéal de la vie. Il sait bien qu'il n'a pas d'autre mission, d'autre rôle, d'autre utilité que de découvrir à l'humanité cet idéal hmuain. Il puise dans la vie, dans son amour pour elle, la force qui lui permet de ne pas s'égarer, de ne pas se contredire, d'être juste. Il reconnaît qu'il a tort dès qu'il s'en éloigne, dès qu'elle lui apprend qu'il e.?t en contradiction avec elL\ Son effort sans cesse renouvelé, c'est de rester dans la vie, comme l'artiste. Qu'a-t-il fait pour la vie, pour la découverte de la vie ? Qu'a-t-il fait pour la compréhension intégrale de l'art ? Il cherche l'œuvre, il cherche l'homme qu'il s'agit pour lui de découvrir. Il recherche celui dont il doit recréer l'œuvre autant de fois qu'il la réalisera dans les consciences, autant de fois qu'il provoquera l'admiration qu'elle mérite.

Cette découverte de la vie, l'unique découverte à la quelle nous devons consacrer notre existence, but de notre existence, but de l'existence de l'humanité, parce qu'elle seule est logique, utile, humaine, — nous ne nous

agitons plus au hasard, l'humanité sait qu'elle ne peut pas découvrir de bonheur et de joie, de justice et de beauté en dehors de la vie, et c est pourquoi elle veut la découvrir en se rapprochant de l'art, en la réalisant par l'art, cette découverte consiste, pour chacun de nous, à réaliser la critique dans sa conscience par la compréhension de l'œuvre d'art. Il s'agit de nous créer une conscience esthétique, ou compréhension universelle de la vie. C'est pourquoi le désir de la vie, la foi dans la vie se substituant, par le spectacle de la vie, à la mort qui est en nous, qui est dans l'humanité, dans une proportion au moins égale à la vie, substituant dans l'humanité, un idéal humain à un idéal inhumain, nous voulons reconnaître quelles œuvres expriment la vie, et cela sur les indications de la vie se révélant dans l'œuvre d'art. C'est ce désir de connaître et de découvrir la vie qui nous ^ait demander à l'art une critique digne de lui. I/idéal humain ne manque à l'humanité que parce qu'elle ne le voit pas, mais il existe, il est dans la vie, il est dans l'art qui la recrée. Pour le découvrir, cet idéal humain, pour découvrir l'œuvre d'art qui le réaUse, nous demandons à l'art de nous aider ; c'est dans l'art, par conséquent dans la vie, que nous découvrons le moyen de découvrir l'art. L'art et la vie unis s'expliquent l'un par l'autre ; ils s'unissent pour que nous les comprenions. L'art fait naître la critique susceptible df le socialiser, et de l'humaniser, et cette critique est aussi vivante que lui. Il fait naître le sentiment esthétique, par la comparaison de l'œuvre à la vie, parce qu'il nous oblige à la regarder, en lui. L'art, synthèse de la vie, --- la critique, forme de l'art, est par conséquent sj'^n thé tique. Nous trouvons, dans l'art, la forme et la méthode de la critique. La critique, c'est Tact se découvrant à nous, par le triomphe de sa beauté dans

nos consciences, qui s'égalent à cette beauté. Nous décou- ; vrons Tart par la critique dont il crée l'idéal, la forme, la méthode. Nous découvrons l'art par l'art lui-même. L'art ne peut être compris que par l'art, — et c'est pourquoi il nous élève à lui, afin que nous puissions nous égaler à lui, — pour le comprendre. Dès que nous comprenons l'art, il accomplit sa mission et son rôle : nous devenons

iirtistes, parce que nous comprenons la vie, qui est recréée par Tart. S'il n'y avait pas d'art nous ne la comprendrions pas ; l'art n'est pas autre chose que cette compréhension. L'incompréhension de la vie, c'est tout ce qui est en dehors de l'art. Tout ce qui est en dehors de l'art est médiocre. Tout ce qui est en dehors de l'art est condamné par l'art, c'est-à-dire par la critique. Pour reconnaître i'œuvre d'art, pour reconnaître la vie qui est dans l'œuvre d'art, nous découvrons, dans la vie et dans l'art, la critique en contradiction avec le non-art. Cette critique est une synthèse, qui recrée l'œuvre intégralement. Cette critique est une esthétique, une esthétique vivante, — l'idéal de l'art, — sur laquelle elle s'appuie pour juger si l'œuvre est conforme à l'idéal de l'art. C'est ainsi que notre désir de découvrir la vie nous fait découvrir dans la vie même la critique, sa méthode et son idéal ; nous ne pensons pas que ce désir aujourd'hui si intense, parce que la mort nous entoure et nous opprime, puisse jamais être réalisé autrement que par la critique, autrement que par l'esthétique ; nous croyons que nous aurons découvert la vie quand nous aurons découvert une critique digne de la vie, qui émane de la vie, et qui soit la Pensée de la Vie. I^a critique seule peut nous délivrer de la mort, et c'est pourquoi l'œuvre de notre époque est de découvrir cette critique, et de la découvrir dans l'art, par la compréhension de l'art, vainqueur de la mort.

Il s'agit de découvrir la vie à Thumanité qui l'ignore. C'est ce que font les artistes de notre époque. Ils l'exf. priment dans leurs œuvres. La critique révèle aux foules la vie que renferment leurs œuvres. I^a plus grande partie de l'humanité présente vit dans le faux-art. Découvrir à son ignorance la beauté de l'art, c'est lui découvrir la vie, le sens de la vie, la beauté de la vie, c'est faire surgir son intelligence et sa volonté, son énergie, sa pensée, jus? qu'ici latentes, inconscientes, obscures. Il faut qu'une éducation s'accomplisse, que la vérité illumine les consciences, qu'elle les imprègne de clarté de de joie. Qui accomplira cette œuvre magnifique : — la découverte de la Vie ? La critique.

L'art seul découvre l'art. La critique ne découvre l'art que parce qu'elle est une de ses formes. La critique est une des expressions de l'art. Il faut, pour que l'on admette son rôle et son influence, qu'elle démontre qu'elle est dans l'art, qu'elle est l'art lui-même, qu'elle n'est pas à côté de l'art, que ce qui est à côté de l'art, c'est la fausse critique.

La critique, comme l'art, a son principe dans la'vie. Elle y découvre sa forme et sa méthode. Elle y puise sa beauté. Elle est l'art compris et senti par l'humanité. L'art est la synthèse de la vie , la critique est la synthèse de l'art. Elle n'aperçoit pas la vie directement, elle lajvoit et la découvre dans l'œuvre d'art. La vie réelle qu'elle observe, c'est la vie esthétique. C'est la vie dans son éternité et dans sa beauté. C'est l'art qui contemple l'art.

Pour la critique, la vie de Tart résume îa vie. On peut, par elle, la reconstruire dans tous ses détails. On y découvre tous les cléments dont Tensemble la constitue. I.'art. c'est la vie même. L'œuvre du critique est analogue à celle de l'écrivain : il accomplit, pour la vie de l'art, le même travail que l'écrivain accomplit pour la vie, afin de la découvrir, en découvrant l'art qu'elle renferme. La critique aussi découvre l'art que contient la vie. Ressusciter l'œuvre d'un écrivam. d'un penseur, c'est réaliser une transformation analogue à celle que cette œuvre fait subir à la vie. Dans cette transformation, pas plus que la vie ne cesse d'être la vie, l'art ne cesse d'être l'art. L'œuvre du critique ne se confond pas plus avec l'œuvre qu'il juge que celle-ci ne se confond avec le spectacle qu'elle reproduit. Et pourtant l'œuvre et la critique se confondent, autant que l'art et la vie. Cette transformation n'est qu'une découverte. L'art et îa vie se confondent, puisque la vie ne peut pas s'exprimer sans l'art, puisqu'en dehors de l'art on ne la voit pas. Où la vie n'est pas esthétique, elle n'existe pas. L'art devient la vie même dès qu'il la découvre. L'art crée la vie, autant qu'il la recrée. Une découverte est une création. La critique crée ce qu'elle découvre. Critiquer, c'est créer. Le critique observe les êtres qui ont pensé et créé, qui ont vécu la vie de l'art. La vie de l'art est son domaine, et avec elle la vie entière. Comme il compare l'œuvre àla vie, il est à son tour poète, romancier, — artiste. 11 ne comprend l'œuvre du romancier et du poète qu'en étant lui-même poète et romancier, artiste, en présence de la vie. L'œuvre du critique est analogue à celle du poète, du romancier, ou de quiconque crée. Alors, il n'y a plus aucune différence entre l'art et la critique ! Elle est semblable à l'art, comme toutes les formes d'art sont semblables. vSi la critique est

Tart lui-même, il n'y a plus de critique ! Au contraire, c'est d'être l'art lui-même qu'elle existe, indépendante, libre. Nous disons qu'elle est l'art lui-même, identique à toutes les formes d'art qui reproduisent tout l'art. Elle est l'art tout entier, elle enveloppe toutes les formes d'art. Elle est une des formes de l'art, elle a son indépendance, son individualité comme chacune d'elles. Elle est un art. comme la poésie, comme la musique, comme l'architecture. Comme l'art, elle contient une pensée. C'est la même pensée différemment exprimée. Comme la musique a son indépendance, sa forme qui l'empêche d'être confondue avec la poésie ou la sculpture, elle ne se confond pas plus avec l'une des formes de l'art que ces formes ne se confondent. Elle est en face de chacune d'elles dans la même indépendance qu'elles sont les unes en face des autres. Et comme chacune renferme toutes les autres, puisqu'elles expriment la même pensée, elle les renferme. Découvrir sa vie indépendante, son individualité, c'est démontrer son existence, — c'est par conséquent démontrer que sans cesser d'être un art, — l'art tout entier, — identique en chacune de ses expressions, — elle demeure la critique, et pour cette unique raison qu'elle ne se sépare pas de l'art, qu'elle est l'art dans sa vérité et dans sa beauté, — et que, tout en se confondant avec lui et parce qu'elle se confond avec lui, elle existe. Elle n'est pas à côté de l'art ; elle est dans l'art. Si certains esprits ne croient pas à l'existence de la critique, c'est parce qu'ils confondent la critique avec la fausse critique, qui est à côté de l'art, alors qu'elle se confond avec lui, qu'elle a son principe et sa fin dans l'art. Pour exister, la critique doit être ramenée à l'art; séparée, ce n'est pas la critique. La fausse critique, c'est elle que Ton doit opposer à l'art, parce qu'elle est incapable de l'exprimer, c'est

elle qui est la cause qu'entre les producteurs et les soi-disant critiques il y a un abîme. C'est Tabîme qu'il y a entre la vie et la mort. Créons la critique, en la faisant naître de l*art. Créons la critique, en la découvrant dans l'art.

Le théâtre, la poésie, la sculpture, sont les formes étemelles de l'art ; ainsi la critique. Tandis que le théâtre et la poésie sont l'expression directe de la vie, qu'entre eux et la vie il n'existe aucun intermédiaire, la critique est cette expression de l'art par laquelle celui-ci, se jugeant luimême, — et qui a le droit de juger l'art, et qui en est capable, si ce n'est l'art lui-même ? — cesse de reproduire des expressions en dehors de lui, dépourvues de beauté, mais se reproduit lui-même. La critique, c'est l'art se découvrant lui-même dans la vie. Et en se jugeant, et parce qu'il se juge, il ne cesse pas de juger la vie, puisqu'il la reproduit et la découvre au milieu de Fa contre façon. 11 juge si la vie est conforme à l'idéal de l'art, si l'art est conforme à l'idéal de la vie. La critique sert de trait-d'union entre l'art et la vie. Elle est la preuve de leur union, que l'on s'obstine à ne pas voir. Elle les découvre l'un dans l'autre. Elle découvre qu'ils se prolongent, qu'ils se confondent. Elle compare l'œuvre à la vie, et cette comparaison n'est que la découverte de l'art dans la vie et de la vie dans l'art. L'émotion que l'artiste éprouve devant la vie, la critique l'éprouve devant l'art. Elle y découvre la vie dans sa beauté réelle. L'admiration que l'artiste éprouve pour la vie, le critique l'éprouve pour l'art, La transformation que l'artiste fait subir à la vie (transformation qui n'est qu'une découverte), il la fait subir à l'art. Elle est la raison d'être de l'art, elle dé.

montre l'utilité de l'art, et ainsi sa propre utilité. Elle est la raison d'être de l'art : son rôle dans la vie, sa comprépension dans les consciences. Elle est la conscience esthétique de l'humanité L'art engendre le sentiment de l'art, il existe pour l'humanité et par l'humanité, et c'est pourquoi le but de l'art est d'engendrer la critique, de faire naître son propre sentiment dans les consciences, de se continuer et de se prolonger dans la conscience de l'humanité. La critique est le trait-d'union de l'art et de l'humanité. Elle ramène l'humanité à l'art, œuvre de son génie. Elle est sociale. La conscience que l'art existe, voilà la critique. Est critique celui qui a le sentiment de l'art, et le communique aux autres hommes, veut leur découvrir le même idéal, les amener à devenir artistes. Est critique celui qui voit dans l'art le résumé de la vie, qui la ramène toute à l'art, tous les actes, toutes les pensées, qui découvre dans l'art l'unité de la vie ; qui n'accepte que l'art, qui n'admet pas, qui combat le faux-art. Le critique est un artiste. L'artiste réalise la critique par son œuvre, puisqu'il réalise la beauté en la découvrant dans la vie,, puisque son œuvre est la beauté continuée, reproduite, suggérée, éternisée, — découverte. Le critique n'est qu'un artiste, — ni plus ni moins, — qui éprouve devant la vie les émotions et les sensations qu'il confie à son art, qu'il le charge de conserver et d'éterniser, parce qu'il veut qu'elles se perpétuent, qu'elles lui survivent qu'elles durent indéfiniment. Et ainsi que l'artiste, parce qu'il est artiste aussi, il s'émeut devant la vie, l'admire, la transforme. C'est ainsi que la critique, — l'art, — rejoint la vie, la continue. Et tandis que l'art fait naître, de la laideur, la beauté, tandis qu'il transforme la laideur en beauté en reproduisant la laideur, — la critique, si elle ne peut pas, d'une œuvre médiocre et sans art, faire

naître une œuvre géniale, si elle ne peut pas lui communiquer la beauté qu'elle n'a pas, du moins la juge, et c'est le jugement de la critique à propos du médiocre qui constitue la beauté, c'est le sentiment de l'art refusant d'admettre la laideur, et le médiocre contribue ainsi à la beauté de la critique, il devient esthétique, sans cesser d'être médiocre. En substituant à la laideur le jugement qui la condamne, la beauté, la critique la supprime. Là critique rend intéressant, par le jugement qu'elle porte sur lui, le faux-art qui n'est pas intéressant. Tandis que le poète, en décrivant un geste de laideur, par cela même qu'il le reproduit le transforme en beauté, — la beauté, c'est ce qu'il y ajoute, — le critique, en combattant l'ceuvre qui représente la laideur dans la vie parce qu'elle a été impuissante à la décrire en beauté, à s'y découvrir, qui représente dans la viie la contrefaçon de l'art, révèle son art même, fait œuvre de beauté, à propos du médiocre, et voici qu'elle nous apparaît une fois encore une des formes de l'art exprimant la vie au moyen de la mort. La critique est une création. Elle crée l'art. Elle crée la vie. Créer, c'est tirer la vie de la vie autant que du néant. C'est la découvrir où elle est, c'est la mettre où elle n'est pas. Mais de même que l'art a sa contrefaçon dans le faux-art, il arrive que la critique a sa contrefaçon dans la fausse critique. Avec la fausse critique, il n'y a plus de création, de génie, de synthèse. Il n'y a plus rien. Il n'y a plus que le médiocre. Si le critique fait œuvre d'art, — en faisant naître l'art de lui-même ou de sa contrefaçon, — si la critique est un art, une des formes d'art, n'aura-t-on pas le droit de supposer que la critique, d'être l'art, nous fait oublier, par sa beauté, la beauté de l'œuvre qu'elle juge, que nous cessons de nous intéresser à l'œuvre pour ne nous intéresser qu'à la critique. C'est le

-contraire qui est vrai : la beauté seule de la critique peut découvrir la beauté de Tart, seule elle peut la faire aimer. Si la critique n'était pas belle de découvrir la beauté de l'art, on ne l'admirerait pas, on n'admirerait pas l'art dont elle cesserait d'être une des formes. Il faut admirer, aimer la critique. La beauté de la critique est dans la révélation de l'art, dans l'art avec lequel elle révèle l'art. Il faut que nous nous intéressions à la critique pour nous intéresser à l'art.La fausse critique ne nous intéresse pas. Elle ne nous intéresse à rien. Parce que la critique est la forme que l'art adopte pour se réaliser dans les consciences, et par là dans les actes, elle nous intéresse à l'art en nous intéressant au jugement qu'elle porte sur lui. Elle cesserait d'être la critique, elle cesserait d'être l'art si elle ne nous intéressait pas à l'art, si elle ne découvrait pasvl'intérêt, c'est-àdire la beauté de l'oeuvre. La critique est incapable, par sa beauté, de faire oublier l'art, puisque sa beauté consiste dans l'obligation de ne pas le faire oublier, dans l'obligation de nous le découvrir, et pour mieux le rappeler à notre pensée de se confondre avec lui. Il ne s'agit pas de -placer l'artiste au-dessus du critique, ou le critique audessus de l'artiste, — raison de médiocres, — mais au même niveau parce que l'un et l'autre réalisent l'art. Ce ne sont pas des rivaux. Ce sont des artistes qui ont la même conception de la vie. Ce sont des artistes qui ont découvert la vie. S'ils se contredisaient, un seul serait artiste : l'autre appartiendrait au faux-art. Le critique n'est artiste, ne réalise l'art que pour faire aimer l'art, et dans l'art la vie qu'il découvre. Il n'est artiste que pour faire aimer l'œuvre qu'il aime. Il ne peut découvrir l'art que par l'art lui-même, que par le sentiment de l'art dominant tous les sentiments inférieurs et médiocres. Il ne fait œuvre d'art qu'en découvrant l'art, qu'en le faisant

aimer. La critique est l'égale de Tart, c'est une de ses formes qui égale les autres, — Tart cesserait d'exister si cette égalité manquait. C'est à la condition que l'œuvre du critique soit belle, qu'elle soit dans l'art, — et dès qu'elle découvre l'art elle est belle, et elle ne peut le découvrir que si elle est une de ses formes retrouvant en elle toutes les formes d'art, et se retrouvant en chacune d'elles, — qu'il a la chance d'assurer le triomphe de l'œuvre qui le passionne, dont le triomphe lui est plus cher que tout. Il triomphe avec elle, en même temps qu'elle, dès que la beauté de la critique a découvert la beauté de l'œuvre, — deux triomphes confondus en un seul. Non, nous n'admirerons plus le critique seul, nous admirerons, avec lui, et par lui, l'artiste, autant que lui. Nous admirerons l'artiste. Nous ignorerons qu'il y a des producteurs et des critiques. Nous ne comprendrons pas ce que cette distinction signifie. Nous la supprimerons de la vie. De même que nous ne croyons pas que l'artiste, parce qu'il décrit la vie, nous ôte l'idée de la connaître, (l'art nous la fait connaître en se faisant connaître, — on ne fait que le découvrir, à chaque pas, dans la vie, quand il nous a révélé où était la vie !) — nous ne croyons pas que la critique ne nous fait aimer qu'elle-même, nous ôte le désir de connaître l'œuvre qu'elle juge, qu'elle remplace l'œuvre dans notre pensée. La critique ne tient pas plus lieu de l'œuvre que celle-ci ne tient lieu de la vie, — bien que l'une et l'autre soient toute la vie, et tout l'art. La critique est l'art jugeant l'art, l'art se rendant lui-même cette justice que tout lui refuse en dehors de la vie, se reconnaissant et se découvrant dans sa beauté. Pour que l'art découvre la vie, il faut que la critique découvre l'art. La critique se détache de l'art pour découvrir l'art, ^lle devient une de ses formes. L'art délègue la critique.

lui prête son génie et son influence, — son utilité. Elle tient ses pouvoirs de l'art. L'art ne les lui confère que pour qu'elle les reconnaisse, se reconnaisse en lui. C'est un pacte qui ne peut être rompu sans entraîner la mort de l'un et de l'autre. Ils ne peuvent pas vivre séparés. Leur union les fait vivre. Elle réalise la vie. Reconnaître l'art, c'est être artiste. C'est être artiste que de comprendre l'art. L'art est bien le seul juge de l'art. Où trouver, en dehors de l'art, un juge qui le juge ? Avoir conscience que l'art existe, le reconnaître dans une œuvre, et le découvrir dans la vie, c'est être artiste. C'est pourquoi le critique ne peut pas nous séparer de l'œuvre. L'art attire l'art. Elle n'est pas l'œuvre même. Elle est une œuvre corespondant à une autre œuvre, se découvrant en elle. Elle se découvre dans l'œuvre comme l'œuvre se découvre dans la critique. Chaque forme d'art se découvre dans les autres. Elles se correspondent par leur pensée commune. Un idéal commun dirige toutes les manifestations de l'art. Comme une sculpture ne nous détourne pas d'aimer un poème, comme une musique nous fait aimer une peinture, ainsi la critique explique les œuvres et s'explique par elles. Toutes les formes d'art s'associent pour créer l'art. Elles s'unissent pour créer. L'association est création. Aussi devons-nous connaître chaque forme d'art, et les aimer avec la même force. Aucune ne doit supplanter l'autre dans notre cœur. Toutes les formes d'art nous sont également chères. Elles sont également admirables. Aussi devons-nous connaître la critique, et l'œuvre qu'exalte la critique. Ainsi la critique nous commande de ne pas nous contenter de sa beauté, bien qu'elle soit l'art tout entier, mais d'aimer la beauté de toutes les formes d'art, expression de la sienne. Nous devons connaître toute la

beauté de Tart, pour Taimer dans toutes ses manifestations, pour l'aimer dans son unité, pour Taimer dans son rôle, pour Taimer dans son influence. Aucune manifestation de la pensée esthétique ne doit rester cachée. Nous devons tout connaître. La critique ne diffère pas de l*art ; elle est une de ses formes : le rôle de cette forme est d'exprimer dans sa beauté réelle la beauté de chacune des autres, de naître de leur beauté, de se reproduire en elles, et de les reproduire dans son individualité. Sa beauté, c'est de les exprimer, et de s'exprimer par elles. Elle n'est qu'une note de cette harmonie immortelle que nous appelons l'art, une note sans laquelle l'harmonie manquerait, une note qui vibre d'enthousiasme et de sincérité. Elle est une harmonie individuelle qui reproduit l'harmonie générale à laquelle elle concourt. Elle est l'homme jugeant l'œuvre de l'homme, l'humanité jugeant sa beauté. Oui certes, l'art doit nous contraindre à regarder la vie, à la comprendre et l'aimer (et nous l'aimons parce que nous y découvrons l'art), nous apprendre à écouter le poème de la vie, à découvrir la vérité avec laquelle elle se confond. Nous ne parvenons à la connaître qu'à la condition de la connaître dans l'art. Nous y parvenons par la critique, dès que le sentiment de l'art se réalise dans notre conscience. Nous cherchons partout l'art dans la vie, et nous découvrons la vie partout où nous découvrons l'art. Une fois l'œuvre comprise et sentie, la vie aussi est comprise et sentie, nous allons vers elle avec l'émotion ,avec la passion, avec l'intelligence qu'elle donne à ceux-là seuls qui ont le désir de la découvrir. L'art remplit parfaitement ce rôle, et seul il le remplit, de nous faire aimer la vie éternelle. Et comme presque tous les individus ne comprennent rien à la beauté de l'art, méconnaissent son rôle, voici la cri-

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tique vengeresse, qui rend ce rôle possible. La critique réalise la compréhension de l'art dans les consciences. Tandis que l'art, pour remplir ce rôle, délègue une de ses formes, lui confie la garde de son idéal, fait aimer la critique, celle-ci ramène à l'art, à la pensée, à l'idéal de la vie, les égarés : — elle rapproche l'humanité de l'art pour la rapprocher de la vie. Elle l'initie par l'art à la vie. Elle lui fait aimer l'art dans toutes ses formes, et dans ces formes la vie. Elle proclame l'unité de l'art. La critique réconcilie l'humanité avec la vie par le moyen de l'art. Elle est l'intermédiaire entre le spectacle de l'œuvre et le spectacle de la vie. Elle ne peut pas échapper à cette pensée que l'un continue l'autre. Elle découvre l'unité de la vie dans l'unité de l'art. Découvrir la vie en découvrant l'art à l'inquiétude de l'humanité, voilà le rôle, le but, la mission de la critique, — de cette critique si méconnue, confondue avec la fausse critique, — de cette critique en laquelle réside désormais l'idéal et la pensée de l'humanité.

Pour découvrir si l'œuvre découvre la vie, si elle est une œuvre d'art, la critique la compare à la vie. La comparaison de l'œuvre avec la vie nous fait retrouver dans l'œuvre les éléments qui sont dans la vie, en même temps nous fait comprendre par quoi elle en diffère, c'est-à-dire ce qu'elle lui ajoute pour être l'art. C'est le problème de la découverte de la vie qu'elle résout : c'est le passage de la vie à l'art. Ces deux enquêtes, dont l'une découvre la ressemblance entre l'art et la vie, et l'autre leur différence (ce que l'art ajoute à la vie pour être l'art, pour la découvrir afin de prouver qu'il est la vie même), deux conditions

sans lesquelles l'œuvre d'art est inexistante, sont indispensables. Comment l'œuvre, qui est la vie même, peutelle s'en séparer ? Y a-t-il là une contradiction ? Il faut que l'art se distingue de la vie, pour la découvrir. Parce que l'œuvre n'existe que par la découverte de la vie, c'est par cette découverte qu'elle se confond avec la vie, que la vie devient l'art et que l'art devient la vie (l'œuvre, c'est la vie comprise et sentie). Ce que l'œuvre ajoute à la vie, c'est sa découverte. En se découvrant en elle, elle la décou\Te du même coup. Or, certaines conventions sont utiles pour la distinguer de la vie, par conséquent pour qu'elle se confonde avec elle, pour qu'elle la découvre et devienne la vie même. La \de se prolonge dans l'art, se découvre dans l'art, elle se transforme pour être comprise et sentie, et par l'art nous revenons à elle. L'art est l'intermédiaire entre la vie et nous. Il redevient la vie après qu'il nous a semblé s'en séparer pour la découvrir. Il faut des conventions que la vie réclame, pour apparaître et pour se découvrir. Ces conventions, l'art ne les puise que dans la vie. Elles n'ont rien de commun avec les conventions des médiocres. Il faut nous intéresser, par l'art, à des êtres peu intéressants, — il faut que l'art reproduise la contrefaçon de la vie. 11 est la vérité. Quand on n'y est pas parvenu, on n'a pas réedisé l'art. Oui, l'art nous intéresse à cette contrefaçon (il est vrai que c'est ne nous intéresser qu'à lui-même.) Comment un être sans art devient-il esthétique, une idée banale devient-elle originale ? et comment une idée originale découvre-t-elle son originalité, comment la beauté de la vie est-elle conservée, découverte, reproduite ? C'est ce que nous cherchons à connaître par l'étude de l'œuvre ; nous y cherchons les con- \cntions vivantes, utiles, qui condamnent les fausses conventions, celles dont les médiocres ne peuvent pas se

passer, — nous étudions les moyens que l'artiste a employés pour réaliser l'art, pour ajouter la vie à ce qui symbolise son contraire, et pour découvrir, sans l'enlaidir et la dénaturer, sa beauté. La vie les contient. Elle réclame le secours de l'humanité, qui est une de ses formes, elle délègue à l'homme ce pouvoir ; et si elle donne naissance au style, à la couleur, au son, formes du mouvement, il faut bien convenir que la couleur qui reproduit la nature n'est pas la nature. Pourtant, un jour la vie se confondra avec l'art, elle sera esthétique dans les idées, dans les actes, dans les pensées. L'art ne paraîtra pas davantage une fiction ou une illusion qu'il ne le paraît aujourd'hui aux esprits sérieux. L'art, qui est simple, lumineux, vivant, exige que nous découvrions sa beauté avec son harmonie et sa lumière. La critique, aussi lumineuse que l'art, ne découvre la nature et la mission de l'art qu'en un langage dont la clarté n'est pas toujours comprise, parce que l'humanité a enveloppé l'art de mensonges, parce que la réalité la plus claire elle en a fait la réalité la plus obscure. Parce qu'elle a supprimé toute réalité. Elle démontre que l'art n'est pas une illusion. L'art, c'est bien ici, quand il reproduit la nature sans être la nature, sa ::ontinuation ; il s'en sépare pour y revenir ; il s'ajoute à la vie pour devenir la vie. C'est la nature et la vie transformées (découvertes) par le cerveau de l'homme, vues par le cerveau de l'homme, qui recrée la nature avec les ressources qu'il puise dans la nature, qui exprime la pensée de la nature en exprimant sa pensée. Tout se tient. L'art n'est qu'une solidarité. Il est la preuve éclatante, — l'unique preuve, — de la solidarité. La vie est une solidarité. La nature devient art dès que reproduite et recréée humainement. Elle se prolonge, elle se prolonge sousjune nouvelle forme, et c'est

comme s'il y avait quelque chose d'ajouté à la nature. L'art, c'est la nature ajoutée à la nature, la pensée de l'homme la découvrant. La description, la reproduction, la vision des spectacles dont l'ensemble constitue la vie,

— qu'il s'agisse de la vie ou de sa contrefaçon qui, en la remplaçant dans l'esprit, — le faux esprit. — de certaines gens, devient pour certaines gens la vie même, et doit, pour cette raison, être décrite par l'art comme étant la vie mémo, afin qu'il puisse lui opposer son idéal autrement vivant Q'art est la vie se découvrant à l'humanité dans sa beauté, ne voulant pas être confondue avec le néant, et pour cela s'efïorçant de montrer le néant, — l'art est la vie triomphant de la mort, de toutes les formes de la mort) — sont artistiques ; mais en euxmêmes, en dehors de leur description, de leur reproduction, de leur vision, ces spectacles peuvent-ils être artistiques ? Ils peuvent être, ou ne pas être des œuvres d'art. Ils peuvent se confondre avec la vie, ou se confondre avec le néant. S'ils sont artistiques, quelle différence découvrirons-nous entre l'art et la vn*. ^ On a tort de penser que l'ari: est dans corrains actes et qu'il n est pas ailleurs, — qn i; n'est pas ^'aoiion dans sa piénltude, qu'il n'est pas î 'action sous toutes ses formes. L'unité de l'art est méconnue. La critique découvre l'unité de l'art. Elle la découvre dans la vie, et découvre en elle l'unité de la vie. Ces spectacles, — tous les spectacles vivants,

— sont des arts, l'art les a fécondés, ils en sont la manifestation ; et s'il en est de médiocres, sans art, l'art s'ajoute à la vie, il devient la vie même, il fait que ces spectacles qu'il a décrits en beauté, dans le livre, dans la peinture, dans le poème, se renouvellent, dans la vie, en beauté, par l'imitation de l'art, en s'en veloppant d'art. L'art et l'action se rejoignent. C'est

une vérité qu'il appartient à la critique de prouver. Un acte doit être beau. Ecrire un livre est un act'^. Sculpter, peindre, sont des actes. Si de tels actes peuvent être beaux, ainsi de tous les actes. L'art n'est pas exclusivement le livre, la peinture, la statue. L'art, c'est toute la vie. L'art, c'est la personne humaine, et tous les actes qu'elle accomplit. I-'art doit imprégner tous les actes de l'homme. L'art transforme le médiocre en beauté. Le médiocre, en face de l'idéal que l'art a manifesté en décrivant le médiocre, en face de l'harmonie qu'il a manifestée en reproduisant le médiocre, en s'y opposant tout en le contenant, disparait, paxce que l'idéal de l'art, né de la vie, et de sa contrefaçon, de la mort, se réalise dans les actes, élimine les gestes sans art, parce qu'il substitue partout la beauté à la mort. N'est pas seulement art le tableau, n'est pas seulement art le livre, le poème, la statue qui décrivent les gestes sans art ; ces gestes eux-mêmes deviennent des arts, font partie de l'histoire de l'art au même titre que le poème ou la sculpture, ils deviennent artistiques, dans la vie, après l'être devenus dans l'art (l'art considéré exclusivement ici comme le poème ou la «Jtatue), et parce qu'ils le sont devenus dans l'art. La vie devient le tableau, le livre, — l'art est réalisé diï-ectement dans la vie (on ne peut pas dire qu'il ne le soit pas aussi par le livre, la statue, la vie ne se manifestant que par l'art, n'étant réalisée que par l'œuvre d'art). Le fait, pour des hommes, de parler, d'agir, de s'assembler, peut ne pas être une œuvre d'art ; mais celui de reproduire comment ils s'assemblent, parlent, agissent, en est unç. Cette reproduction est reproduite par la vie dès que, substituant par l'art qui la découvre, sa beauté à sa laideur (sa contrefaçon) , elle devient la vie réelle, — la réalisation de l'idéal de l'art. L'art a découvert dans la vie

l'idéal de la vie, et la vie le reconnaît dans l'art, et le réalise chaque fois qu'elle triomphe de sa contrefaçon. L'art substitue de la sorte dans la vie, à la laideur, l'idéal qu'il y a puisé. Il substitue dans la vie, en supprimant le médiocre par l'harmonie qu'il lui oppose en le décrivant, en faisant triompher l'harmonie, la beauté au médiocre. Il réalise l'harmonie avec le médiocre. Cette harmonie remplace le médiocre. L'art chasse le médiocre en le décrivant, et par là le chasse de la vie. Il transforme la vie en la décrivant pour qu'elle se découvre. Il s'en sépare pour devenir la vie. Il réalise dans la vie l'idéal qu'il découvre dans la vie. Il se sépare de sa contrefaçon, — l'inharmonie, la laideur, le non-art, le faux-art, — qui passe pour la vie, il s'en sépare parce qu'il y ajoute sa beauté ; par cette beauté, donnée par l'art à la contrefaçon de la vie, beauté qui l'élimine, l'art et la vie se confondent. La vie est la beauté retrouvée, découverte par l'art au milieu de la laideur. S'assem.bler, parler, aimer, qui étaient des actes sans art, sont devenus des arts parce que l'art a reproduit leur laideur. Ils le sont devenus dans la vie, réalisant l'idéal de l'art, devenue l'art lui-même. L'art est le passage de la mort à la vie. C'est la vérité apparue. Reproduire en beauté les actions des hommes est une œuvre d'art ; mais ces actions constituent l'art, dès que celui-ci les inspire et les dirige. L'art devient toute la vie, dès que toute la vie devient l'art. Tout ce qui existe doit être reproduit par lui pour devenir artistique directement, pour exister vraiment. Le domaine de l'art est vaste. L'antique conception d'un art restreint, étroit, borné à la reproduction d'un petit nombre d'actes, ou ne se manifestant qu'en un petit nombre d'actes, rentre désormais dans la mort. L'art, c'est l'unité de la vie. Pourquoi s'assembler, parler, aimer, agir enfin, ne serait-ce pas artis-

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