‹ Decouverte de la vieChapitre 7 sur 12 · IS · texte numérisé non relu

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tique ? Pourquoi l'art ne serait-il pas réalise directement par l'action, comme il l'est par Tœuvre de l'artiste, qui est aussi de l'action ? Pourquoi chaque indidividu ne deviendrait-il pas artiste en chacun de ses actes, pourquoi ces actes ne seraient-ils pas des œuvres d'art ? Pourquoi ne réaliseraient-ils pas l'art par la synthèse, — l'union de la forme et de l'idée ? Pourquoi ne découvriraient-ils pas la vie ? Pourquoi ne présenteraient-ils pas, enfin, tous les caractères essentiels de l'art ? En reconnaissant à chaque acte une valeur esthétique — chaque acte enveloppe une pensée, — nous ne supprimons pas l'œuvre d'art, nous ne supprimons que la fausse conception de l'art d'après laquelle il n'est réalisable que d'une certaine manière et dans certains cas. En pensant que chaque acte de la vie est un art dès qu'il découvre sa beauté, on ne supprime pas l'art sous prétexte qu'il se confond avec la vie, sous prétexte qu'il est impossible de prouver qu'il en diffère, alors que nous plaçons dans cette différence même son l'individualité (ce qu'il lui ajoute pour la découvrir : il y ajoute la vie, l'art est la vie découvrant la vie), alors que nous écrivons que, pour être l'art, il doit en différer. Mais nous écrivons aussi que le but que l'artiste poursuit en créant son œuvre qu'il découvre dans la vie, en la séparant de la vie par les conventions qui ne sont que les moyens qu'elle met à sa disposition, — qu'il lui emprunte, — pour qu'il puisse la transformer en art, — nous avons dit que ce but est de rapprocher l'art et la vie (dans l'humanité), qui ne se séparent, qui ont l'air de ne se séparer que pour mieux se confondre. Pour que l'art existe, pour que la vie existe dans l'art, il faut qu'il reste dans la vie ; il faut aussi qu'il s'en sépare, qu'il paraisse s'en séparer. Si parler, agir, penser, aimer, sont des arts, c'est à la condition que l'on aime, parle, agisse et pense en artiste. En

dehors de l'humanité l'art existe-t-il, existe-t-il en dehors des actes accomplis par Thomme ? Existe-t-il dans le paysage compris et senti? Il en est la sensation et la compréhension, le prolongement dans Thomme. Il n'est pas le paysage. L'art y est pourtant tout entier, il s'en détache, parce que le paysage est beau. L*art s'y reconnaît. — La critique s'applique-t-elle à ces formes différentes de l'action esthétique, à ces manifestations d'une même unité ? n'est-ce que le poème, — peint ou sculpté, écrit, — qu'elle juge en considérant qu'il les renferme toutes, chaque art reproduisant tout l'art ? L'art a justement pour but d'obliger chaque acte de la vie à devenir un art, en apprenant aux hommes à aimer, à voir, à comprendre la vie, à réaliser, dans la vie, comme dans l'œuvre d'art, l'harmonie de la pensée et de sa forme, (l'art est l'harmonie de la vie découverte ; — l'art est la vie qui découvre sa beauté), à faire delà vie une œuvre d'art. Il faut leur dire que parler, aimer, — vivre enfin, — sont des arts, comme écrire un poème, sculpter ou peindre. Vivre est un art. Penser est un art. Aimer, songer, espérer, sont des arts. La critique, dont c'est le rôle et le devoir de juger toutes les formes de l'activité esthétique, de découvrir si l'art existe en chacune des expressions de la vie, de découvrir la vie en découvrant l'art qui est en elle, doit-elle le juger dans l'œuvre d'art proprement dite, dans laquelle elles se rencontrent toutes ? Non, parce qu'elle méconnaîtrait l'unité de l'art, qu'elle ne cesse d'affirmer. La critique juge l'art partout où elle le découvre, — son jugement et sa découverte se confondent. Tout l'art lui appartient. Elle ne doit pas préférer à telle forme telle autre forme. Conçoit-on l'art ne se jugeant que partiellement, bien que dans une de ses formes soit contenu tout l'art ? Et quand

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elle juge une œuvre, cette œuvre qui appartient à l'une des formes de l'art, elle ne se dérobe pas à son principe de le juger tout entier. Si elle juge une sculpture, une peinture, un écrit séparément, c'est afin de découvrir la solidarité qui les unit. La critique ne se contredit pas plus que l'art. Elle juge tout ce qui est artistique, tout ce qui présente les caractères de l'art, tout ce qui est œuvre d'art, — émotion, pensée, — parler, aimer, tous les actes, qui sont une création, la création originale de l'artiste, exactement comme peindre ou sculpter, — une syîithèse. Non, le critique ne se contente pas de juger le poème, le tableau, la musique. Chaque forme d'art synthétise tout l'art. Chaque forme d'art synthétise toute la vie. Il faut que l'art se juge partout où il apparaît, qu'il se découvre partout où il est. Ce que le critique juge, en attendant de juger tous les actes à mesure qu'ils deviendront esthétiques, — l'action durable, — c'est aussi bien l'art que le faux-art. Il faut qu'il condamne les actes dépourvus d'art, donc inférieurs, médiocres. Il continue à prouver, dans ce jugement sur le rien, l'utilité, le rôle et la mission de l'art. Le faux-art est une négation. La critique constate cette négation. Ce que la critique constate, ce qu'elle affirme et ce qu'elle démontre, c'est l'existence de l'art. Elle est la reconnaissance, par l'art lui-même, qu'il existe, l'art constatant sa propre réalité ; — elle juge, — un jugement sur le faux-art se ramène en dernier lieu à un jugement sur l'art, — ce qui présente le caractère de l'art : c'est le poème, c'est le livre, c'est la sculpture, parce qu'ils synthétisent tout ce qui existe, y compris le médiocre, et parce que leur beauté prépare tous les actes de l'homme à dégager leur beauté, à devenir des œuvres d'art. L'art engendre l'art. Dans l'art, il n'y a ni formes inférieures ni formes supérieures. L'art (la critique), en

même temps qu*il constate sa présence, constate Texistence de la laideur à laquelle il oppose sa beauté. La critique, en jugeant rart, juge toute la vie. En jugeant les actes qui aujourd'hui sont esthétiques (ce jugement est une découverte) , elle constate qu'ils renferment la beauté des actes futurs, qui seront leur reproduction. Ils seront la réalisation de Tart dans la vie. Ils seront l'idéal vivant. Les œuvres d'art de notre époque, — seuls actes qui comptent, — contiennent tout l'art de demain comme tout l'art d'hier. Elles sont l'afl&rmation de l'éternité de l'art. L'afi&rmation de son passé, de son avenir. Le trait-d'union qui groupe dans le présent le passé et l'avenir. Comme elles contiennent l'art de demain réalisé directement par la vie, — elles sont pour le présent la vie réalisée directement par l'art, — elles communiquent, aujourd'hui même, par leur présence seule, en le reproduisant, un caractère esthétique à ce qui en est dépourvu. Cette reproduction est l'harmonie réaUsée avec le contraire de l'harmonie. Elles suppriment le médiocre en le transformant dans leur beauté, en étant belles en reproduisant la laideur, afin que l'exemple de leur beauté élimine le médiocre. Elles se réalisent dans les consciences par la critique, qui est le sentiment de l'art, qui est la synthèse de l'art reproduisant toute la vie ; — elles forment le goût, combattent le faux-goût, elles font que parler, aimer, agir, toutes les formes de l'action deviennent des arts, tous les sentiments, toutes les passions, tous les gestes. Chaque action possède un caractère esthétique ; chaque action ne l'a pas encore découvert. Chaque action doit se dépouiller de ce qu'elle renferme de non-art pour revêtir sa forme vraie. Chaque action a pour fin la beauté. L'art réalise la découverte de la beauté de chaque action. Il transforme chaque action. Chaque action découvre

sa beauté par Tart qu'elle exprime, avec lequel elle se confond. L'art est la preuve q^e l'action existe, qu'elle a une raison d'être, et qu'elle durera par sa beauté.L'art, sous sa forme littérature et sculpture, sous sa forme critique, — et sous toutes ses formes, — chaque foisqu'une expression quelconque de l'action est esthétique, réalise la survie. Il est la preuve que l'action s'est délivrée de la mort, qu'elle est victorieuse de. la mort. Ne durent que les actions belles. Chaque acte survit par son caractère esthétique, par le rôle de beauté, d'harmonie et de joie qu'il a joué dans la vie et qui se prolonge indéfiniment, — efface les actions sans art, il triomphe de leur laideur, les élimine de la vie. Danser, aimer, chanter, survivent à l'individu, — c'est ce caractère de survie que la critique découvre, — l'individu s'y éternise. Nés avec l'individu, œuvre de l'individu, ces actes ne meurent pas avec lui, l'individu survit par eux. Ils empêchent l'individu de mourir. Ils sont la forme qu'il laisse en témoignage de son passage héroïque dans la vie. Ils deviennent des arts de survie, ils réaUsent la survie, comme toutes les formes d'art, des arts qui survivent à leur auteur, au créateur de leur beauté. Ils survivent, comme les actes de sculpter, de peindre. Ils sont l'exemple transmis de pensée en pensée, de parole en parole. Il y a un art de chanter qui est commun à tous les hommes, un art de danser qui est l'œuvre de tous. Ce sont des arts sociaux — tout art est social au même degré — qui réalisent dans tous les individus le même idéal de beauté. Toutes les actions de tous les hommes doivent s'égaler en beauté. Celles de demain reproduiront le même idéal que celles d'hier. Il y a une volonté commune qui survit au passage de l'individu, une volonté commune à laquelle il collabore. Son effort, dure éternellement. Il dure

autant que dure rhumanité. Une fois que l'homme a découvert la danse, une fois qu'il a découvert les formes, les lois, l'harmonie de la danse, qu'il a puisées dans la vie, elle est une œuvre d'art, une création de la pensée et du génie humain, aussi réelle que le poème, — c'est le poème dansé, à côté du poème écrit, sculpté, peint, — elle a sa vie indépendante, et comme toutes les œuvres d'art demeure. Le génie des peuples la crée. Ainsi du chant, de la parole, de tous les actes de l'homme dont l'ensemble constitue la vie. Il faut que le génie achève ce que le peuple a commencé, qu'il organise l'art pressenti par le peuple, qu'il le découvre dans le peuple ; le génie se découvre dans le peuple, il est le peuple achevant l'œuvre du peuple, lui communiquant la survie. Ne nions donc pas que l'art est partout, dans tous les gestes, et qu'il est la manifestation (la découverte) de la beauté qui est dans tous les gestes (l'art est la beauté apparente, et manifestée à tous les hommes, la preuve de cette beauté, la découverte et la révélation de la beauté latente dans chaque expression de la vie, qui par cette révélation devient la beauté réelle, la vie réelle, délivrée de son masque), et qu'il sera un jour toute la vie ; en attendant, il contient toute la vie, celle qui sera réalisée un jour, et sa contrefaçon qui ne sera plus, dans l'avenir, qu'un souvenir, que le souvenir de la mort, — toute la vie d'hier, d'aujourd'hui, de demain, dans son éternité et dans sa beauté ; il est toute la vie fixée à l'avance, sa beauté future, découverte dans la réalité d'aujourd'hui et d'hier. Il est toute la vie, s'exprimant par la Httérature ou la sculpture, par toutes les œuvres de beauté, quelles que soient leurs formes. Tous les actes ne se sont pas encore exprimés en beauté, ils ne sont pas encore devenus des arts. L'art n'a pas dédaigné de les reproduire

pour, par cette reproduction, substituer sa beauté à leur laideur, afin qu'ils se confondent avec l'art. Un acte de beauté concourt à l'évolution de la vie : seul, il la réalise. Celles de nos actions qui sont belles demeurent. Pour survivre, une pensée, un acte, doivent être empreints de beauté. L'art est la condition de la survie. Ce caractère de survie, la critique l'a-t-elle sufl&samment dégagé ? C'est elle qui fait survivre l'art. La critique, née de l'art, engendre l'art. La critique est générale : elle juge l'art tout entier. Elle est sociale. Elle est humaine. Elle est vivante. L'art exerce son influence par la critique. La critique constate que l'art découvre la beauté de l'action. Elle-même est action. Comme toutes les actions durables, elle est esthétique. L'action de la critique s'étend à toute la vie. Elle n'a pas de limites. Elle est. La critique, en découvrant l'art, découvre la beauté de l'action. L'art substitue la beauté à la laideur dans les actes qu'il décrit, dans leur description, et ensuite dans ces actes eux-mêmes, quand il s'y insinue, les inspire et les dirige. Il est le creuset dans lequel s'opère la transformation de la laideur en beauté. Double victoire de l'art sur la mort, victoire de la vie afl&rmant sans cesse sa beauté ! Œuvre de l'individu, œuvre qui lui survit en le faisant survivre, — ce n'est pas uniquement dans le poème que l'art s'afhrme, qu'il affirme son caractère individuel et social, — ce n'est pas uniquement dans le poème écrit, parlé, sculpté, peint : la danse, l'art d'aimer, tous les gestes individuels, — formes du poème vivant — ont leur caractère social, leur héroïsme spontané, — parce qu'ils sont l'œuvre de tous, parce qu'Us doivent être pratiqués par tous les individus sans en excepter un seul ; ils survivent par leur exemple, par la réahsation en chaque individu d'un idéal commun, lljfaut que la médiocrit'^, toute la

médiocrité qui recouvre la vie, se change en art, — ce changement n*est qu'une substitution, — qu'elle soit effacée, supprimée par l'éducation du goût, œuvre de la critique. La critique élève l'action à l'art. Alors, sera la vie réelle. Ne comptera, ne durera que l'effort de beauté réalisé. Alors, tous les actes auront leur utihté, parce qu'ils auront leur beauté. Leur beauté fera leur utilité. On ne comprend pas qu'une action puisse être utile sans beauté, que l'utiUté seule puisse constituer sa beauté, alors que c'est la beauté, uniquement, qui découvre cette utilité en la réaUsant. L'œuvre d'art est utile parce qu'elle est belle. L'utilité n'existe pas sans beauté. Tout ce qui est en dehors de la beauté, tout ce qui n'est pas artistique ne compte pas. L'art, en découvrant la beauté de chaque expression, en découvrant la vie réelle, en découvre l'utilité. L'œuvre d'art est un enseignement. C'est un exemple vivant. Elle s'adresse à tous les hommes pour les empêcher de s'éloigner d'un idéal de survie, pour que les hommes se rapprochent des hommes, unissent leurs efforts dans un but de beauté. L'art est le but de l'effort de l'homme. La critique dirige cet effort. L'œuvre d'art est le résultat de cet effort. Elle se multiplie dans les consciences, qu'elle découvre à elles-mêmes. Tout acte reproduit par elle retrouve en elle, et par elle, son caractère social.

Si l'écrivain, l'artiste ont une mission qui les"*oblige à créer, à exprimer ce qu'ils sentent, ce qu'ils pensent, le critique ne peut pas avoir d'autre mission que celle de l'artiste. Ce que nous réclamons, ce que nous exigeons de l'artiste pour qu'il soit un véritable^artiste, nous le réclamons

et Texigeons du critique. De même que l'artiste se voit souvent contraint, pour défendre ses idées, de se transformer en critique, de réaliser cette forme d'art, le critique n'est que l'artiste défendant son œuvre, l'œuvre collective qui appartient à tous. On demande au critique de s'afl&rmer artiste, d'être absolument artiste. Artiste et critique se confondent. L'art et la critique se confondent. Le critique est un artiste, comme la critique est un art. Le critique est un artiste dont le rôle est de défendre l'art, de le faire triompher, de faire triompher tous les artistes' de génie. Son rôle est de réaliser l'art dans la vie. Son rôle est d'encourager les artistes, de les soutenir contre lesmensonges de la foule, du public, qui sont plus souvent contre lui qu'avec lui, — s'ils étaient toujours avec lui, où serait l'utilité de la critique (la critique serait réalisée dans la vie) ? L'artiste connaît sa mission, et par la critique la réalise. La mission du critique est de provoquer la rencontre de l'art et de l'humanité, de les conduire l'un vers l'autre, de guider l'humanité vers l'art. Elle la dirige vers la lumière. En l'amenant à l'art, elle l'élève, elle la dépouille de ses petitesses, elle réalise une humanité supérieure. Elle réalise l'humanité telle qu'elle devrait être. Si le critique a quelque chose à nous dire au sujet de son rôle et de sa mission, il a le devoir et le droit de le dire de suite. Ce sont ses premières paroles. Il doit faire connaître ses intentions, nous dire s'il entend prendre la défense de l'art, s'il est du côté de la vie. C'est sa franchise de critique d'affirmer sa foi. Cette foi, sans doute, son œuvre la révélera à mesure qu'elle se développera harmonieusement, on finira par connaître toute sa pensée, mais il importe de la connaître tout de suite. Ses premières paroles doivent nous fixer sur son attitude. Non, le critique n'attend pas. Il a trop l'amour de la vie pour ne pas

le proclamer de suite. Il faut qu'il l'exprime saus retard. Toutes ses paroles, tous ses actes en seront la preuve. Et c'est pourquoi, avant de juger les œuvres, et pour les découvrir, il doit nous dire pourquoi il les juge, comment il entend remplir son rôle, — le rôle même de l'artiste. Pourquoi il les juge, et comment il les jugera, il faut qu'il s'attache, de suite, notre confiance. Il faut que nous l'aimions, pour le suivre, pour découvrir l'art avec lui. C'est un devoir pour lui, c'est une obligation de se faire aimer. Ce sont les critiques sans idéal, c'est la fausse critique, qui n'ont rien à nous dire, avant, autant qu'après les œuvres. Mais un critique ayant une foi, la foi dans son rôle et sa mission d'artiste, doit, sans retard, la professer. Sa conception de la critique est la même que sa conception de l'art et de la vie. Elle est une. Son esthétique personnelle, individuelle, n'est qu'une esthétique impersonnelle, sociale, puisque le critique ne doit pas avoir d'autres préférences ni d'autres admirations que l'art. Il rend hommage à l'art. Il s'incline devant la vérité. Il n'est pas hbre de ne pas s'incliner devant la vérité. Il n'est pas libre de ne pas être juste. Tous les critiques s'égalent par leur ardent amour de l'art. Ils ont le même idéal. Cet idéal est impersonnel. On n'imagine pas un critique ayant d'autres préférences que des préférences esthétiques. La critique, c'est préférer l'art au non-art. C'est s'incliner devant la vérité. C'est affirmer la vérité que l'on a découverte. Cet idéal impersonnel se confond avec la personnalité du critique. Celui-ci s'applique à le réaliser dans ses jugements qui sont des actes. Cet idéal impersonnel, c'est l'adhésion de l'homme à l'art, c'est la liberté qu'il a de préférer l'art au non-art (s'il préférait à l'art le non-art la liberté serait détruite). Préférer le non-art, c'est être esclave. C'est dans sa conscience que le critique découvre son devoir, le de-

voir de défendre Tart. Il n'obéit qu'à sa volonté et à sa liberté. Il est indépendant. C'est sa personnalité qui l'incline devant la vérité, c'est son âme d'artiste. La conviction et^la foi du critique, son esthétique, lui sont inspirées par l'art. Son orip^inalité, c'est d'avoir une foi. La critiqué est un équilibre. Elle n'est pas plus personnelle qu'impersonnelle. Ce qui fait la beauté d'un dogme, c'est son étendue, c'est sa vastitude ; un dogme n'est qu'un résumé, le plus vaste des résumés. C'est l'expression de la vérité. C'est ce qui est éternel. En dehors de lui, de la vérité qu'il affirme, c'est le transitoire. Il y a de faux dogmes, qui ne sont pas éternels, qui disparaîtront. La critique, c'est le dogme, c'est la loi vivante. Ce n'est pas une impression de néant, c'est l'impression supérieure de la vie. Il y a de petites impressions. Elles sont superficielles. Ce ne sont pas des impressions. La petite critique se contente de petites impressions. Elle se contente de faux dogmes. La critique vit d'impressions qui démontrent la même vérité, qui répètent la même réalité, — d'impressions et de sensations totales. Elle est l'impression que la vie dépose dans le cerveau de l'homme, avec la vérité. La méthode n'est que la découverte des impressions durables. 'Elle condamne les impressions fugitives, qui ne correspondent pas à l'éternité de l'art. Il faut une méthode au critique, pour lui permettre d'étudier, d'observer, de découvrir l'œuvre d'art, et pour la faire connaître. La méthode découvre la vérité. On n'a pas le droit de jugef superficiellement, — ce qui est superficiel n'est pas un jugement, — les œuvres de la pensée humaine. Il est évident que nul n'a le droit de défiorer la beauté de la vie, qui est la beauté de l'art ; que certains signes caractérisent le médiocre, qu'ils sont précis, déterminés, comme les signes du génie. S'il y avait la moindre hésitation, si

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des signes certains n'indiquaient pas la présence du médiocre et du génie, que deviendrait la critique ? Or, elle découvre les signes certains de l'art et du fauxart. Elle sait comment les reconnaître. Elle n'hésite pas. Le génie et le médiocre les portent en eux-mêmes, c'est nous qui devons les reconnaître, les découvrir, et nous ne le pouvons qu'au moyen d'une méthode. La critique est la découverte d'une méthode qui permet de combattre l'erreur sous toutes ses formes, et sous sa forme dominante du faux-art. L'attitude que l'artiste, — par la force de son génie, qui est libre, personnel, vivant, — adopte en face de la vie, est la même que l'attitude du critique en face de l'art. Les faits que le critique observe, ce sont des idées, des livres, des œuvres. La critique suppose l'existence de l'art, autant que du non-art. Elle reconstitue l'art, cette vie supérieure, comme l'artiste reconstitue la vie. L'artiste a découvert, dans la vie, la vie réelle que le critique découvre à son tour. Il reconnaît la puissance du génie de l'artiste. Il découvre la vie réelle dans son œuvre. L'artiste, en dépouillant la vie de sa contrefaçon, réalise, par la vérité supérieure qui émane de son œuvre, la vie réelle dont l'humanité a besoin. C'est la vie qu'il rend supérieure, en découvrant sa beauté qu'il exprime en sa réalité magnifique. L'artiste, en face de ce qui n'est pas la vie, découvre ce qui est la vie ; ce qui est médiocre, il l'exprime sans médiocrité, et avec ce qui, dans la \'ie, n'est pas la vie, il réahse une vie supérieure, — que cluique homme doit réaliser en devenant artiste, - — où se retrouve toute la vie, où se résume la vie intégrale, en même temps que son contraire. L'art contient l'antithèse de la vie et de la mort. C'est la grande force de l'art, c'est sa beauté parfaite, de transformer la laideur en beauté, la médiocrité en génie, la petitesse

en héroïsme. Par la perfection de leur expression, il en découvre le néant. Il fait surgir la laideur qui est dans le contraire de la vie, en même temps il exalte la vie réelle, la vie belle et durable. Cette beauté, qui est dans la vie, il l'exprime, il la fait comprendre, il la propage : ce n'est pas autre chose que l'art découvrant l'art, reconnaissant la vie réelle qui reproduit sa beauté, découvrant dans la vie la justice et l'harmonie. Pour l'art, la vie réelle est celle qui renferme les éléments de l'art, qui est juste, harmonieuse et lumineuse comme une œuvre d'art, celle qui est esthétique par sa justice et sa beauté. Le critique, c'est l'artiste jugeant son œuvre, la jugeant par rapport à la vie, et jugeant par là même ce qui contredit son œuvre, ce qui ne correspond que par antithèse à son œuvre : le non-art. Ce qui ne peut pas vivre en bonnetentente, ce qui se contredit et se combat, l'art le rapproche, il rassemble, il réunit ce qui est désuni, et de cette opposition des éléments les plus différents, il fait naître, comme juge suprême, son harmonie et sa beauté. Cette harmonie et cette beauté sont la preuve que la critique inspire l'art, qu'elle est l'art découvrant la beauté, et en découvrant la beauté se découvrant luimême.

La critique, comme l'art, est une abnégation. Elle est un sacrifice. C'est l'oubli de l'individu, de l'égoïsme de l'individu par l'élargissement de sa pensée, par l'amour 4e la vie, par la passion du vrai. Cette passion du vrai anime le critique. Il ne voit plus que la vie, en présence de laquelle il s'humilie, et par cet amour et cette admiration sa conscience est aussi vaste que la vie. Sa

pensée est généreuse. Son courage est illimité. Ainsi le critique oublie sa personnalité quand il considère l'œuvre. Il oublie sa personnalité, c'est-à-dire son intérêt — bien que son intérêt se confonde avec celui de Tart. La critique, c'est l'oubli de soi. Par là encore, la critique et l'art se confondent. Le critique oublie sa personnalité, tous les petits égoïsmes, en présence de l'œuvre ; mais en même temps sa personnalité s'agrandit, s'égale à l'œuvre. Ainsi l'artiste, humble devant la nature, est aussitôt grandi par cette humilité. Il égale toute la nature. Il participe à sa beauté. Elle lui communique sa force. 11 y puise de l'héroïsme. Elle le récompense de son humilité. Plus le critique s'efforce de disparaître, — et il disparaît totalement, — en présence de l'œuvre dont il se fait le juge et le défenseur, plus il affirme son « moi ». Il n'est pas à côté, ni en dehors, ni au-dessus d'elle. Il est au cœur, au sein même de l'œuvre. Il est lui-même, parce qu'il affirme son amour de l'art. Plus son effort est grand pour s'effacer devant l'œuvre, plus sa. véritable personnalité apparaît : la conscience de l'art. On ne peut pas oublier le critique, en dépit des efforts qu'il fait pour être oublié. On ne l'oublie pas à cause même de son effort à vouloir qu'on l'oublie. Car c'est cet effort qui constitue la beauté^dc sa pensée. C'est cet effort que l'on admire et que l'on aime. — Au contraire, si nous pensons aux critiques dont l'effort consiste à nous intéresser à leurs travaux plus qu'aux œuvres,à nous désintéresser des œuvres, qui ne nous intéressent pas à leurs travaux dans le but de nous intéresser aux œuvres, qui veulent que nous ne retenions que leurs travaux, à propos des œuvres, nous ne pouvons nous intéresser à leur œuvre néfaste, nous la condamnons. Ils n'atteignent pas leur but. Ils échouent dans leur prétentions. Ils appartiennent à la catégorie des faux

critiques. Ils sont inutiles, nuisibles. Ils ne parviennent qu'à se contredire, car il y a bien des chances pour qu'ils se rendent haïssables, d'être les auxiliaires du fauxart qu'ils ne font pas plus oublier qu'eux-mêmes, — ils ne parviennent qu'à nous faire aimer l'art, sans l'avoir voulu, — se rendent haïssables parce qu'ils croient exister de nier les œuvres d'art, qu'ils ne comprennent pas. Un faux critique est un être dépourvu de sensibilité. C'est quelque chose de monstrueux. La fausse critique attire l'attention sur son néant ; elle veut que l'on s'intéresse à son néant, non à la vie de l'œuvre qu'elle prétend juger, à laquelle elle ne comprend rien, et elle se contredit lorsque l'œuvre est aussi médiocre qu'elle, elle ne parvient qu'à la rendre haïssable en croyant la faire aimer; elle ne peut admirer que le médiocre (l'admiration a ici un sens inattendu), — ce qu'elle croit la beauté est pour nous la laideur, — et en n'admirant que le médiocre, elle se contredit de vouloir paraître meilleure que lui, sans se douter qu'elle est aussi médiocre. La fausse critique est une contradiction» Une contradiction d'où aucune vérité ne jaillit. Elle contredit, elle se contredit. Elle est incapable de formuler avec précision son idéal médiocre, son absence d'idéal. Elle va contre la vie, sans la connaître. L'expression «critique» n'a pas encore réalisé sa beauté. Elle est encore enveloppée de néant. Elle ne s'est pas dégagée du chaos. C'est par l'oubli de soi — il est incapable d'oublier son idéal esthétique, mais il y a une façon de s'oublier qui est de conformer sa personnaUté à un idéal qui devient cette personnalité, — que la critique existe. L'oubli de soi, — l'abandon de l'égoïsme, — substituera la critique à la fausse critique. La critique est sociale. C'est une abnégation. Nous dirions un apostolat, si ce vocable n'était mal employé. Cet oubli ne signifie pas que le critique oublie

ses préférences, — puisque ses préférences sont vraies, et il ne peut pas se contredire, — il signifie qu'il doit n'avoir d'autre but que leur triomphe ; c'est pourquoi il ne cherche pas à se faire admirer, il cherche à faire admirer l'œuvre. Il y parvient. L'admiration pour son œuvre de critique lui vient sans qu'il la recherche, sans qu'il la réclame. C'est un surcroît d'admiration. Il faut pourtant qu'elle existe. Cette admiration, c'est l'hommage de la justice à la justice. Il ne peut pas aller contre elle. C'est parce qu'elle vient à lui qu'il ne va pas à elle. Elle est, pour lui, secondaire. Ce qui importe plus qu'un succès personnel, c'est l'art. C'est l'art qu'il importe d'admirer. Et l'on admire du coup la critique, qui est une des formes de l'art. Si l'art du critique est admirable, — s'il ne l'était pas, la critique n'existerait pas, — qu'on l'admire, c'est justice, mais le critique ne consent à être admiré que pour rendre admirable l'œuvre qu'il admire. Celui qui admire l'œuvre et la critique devient critique. La justice pour l'art, comme pour la critique, c'est la réalisation de la critique. La critique seule juge la critique. Seule, elle peut, elle doit être juste. La critique n'a pas suffisamment pensé à l'œuvre. Certes, on pense à l'œuvre, on pense à l'art, quand on recherche une méthode, — la fausse critique est l'absence de méthode, elle ne cherche rien, — un idéal esthétique, on pense aux œ^uvres que l'on jugera. La fausse critique, même en cherchant un idéal et une méthode, n'a pas pensé à l'œuvre, parce qu'elle les a cherchés en dehors de la vie. Elle n'a découvert — ce qui équivaut à ne rien découvrir du tout — qu'un idéal factice, qu'une méthode inexistante. La fausse critique, c'est l'absence de méthode, c'est l'absence d'idéal. Il faut que la critique pense à l'œuvre de la critique, qu'elle découvre un idéal, une

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méthode : qu'elle se crée. Nous savons qu'il y a là un effort de pensée que la critique médiocre est incapable de faire. Elle ne pense ni à l'œuvre, ni à son œuvre. Elle ne pense à rien. Elle veut seulement faire croire qu'elle existe. Or, elle n'existe pas. Elle n'y parvient pas. Elle ne parvient pas à nous persuader qu'elle existe. La fausse critique oublie l'œuvre, — l'œuvre d'art, — elle s'oublie, d'une certaine manière, — pour faire croire à sa force, pour faire croire à sa beauté. Elle a horreur de la vie. Elle veut avoir l'air de vivre. Les critiques médiocres n'ont jamais songé qu'à leur propre succès. Il est vrai que de la gloire de la critique dépend la gloire de l'art (elles dépendent l'une de l'autre). Mais le succès de la fausse critique, — à quoi sert-il ? Quelle est son utilité ? Il ne démontre que son peu de consistance. Que le critique pense bien que son succès, sa gloire, — la vraie, — c'est le succès, la gloire de l'œuvre qu'il veut que nous aimions, et que nous admirions. Aucune gloire n'est comparable à celle-ci. Sa méthode, ses moyens, son idéal, sa forme, la critique ne les utilise que pour le triomphe de l'art. L'indépendance de la critique est souveraine : ses préférences sont dans sa méthode, elles sont commandées par la vie. La critique n'est pas libre de choisir, elle ne doit s'incliner que devant la beauté. La fausse critique adore la laideur. Elle s'y complaît. La critique, pour exister, doit aimer la beauté. Pour l'aimer, elle doit la découvrir. Le vrai critique préfère toujours la beauté, parce qu'elle est la vérité que nul ne peut nier sans nier la vie.

L'art est l'étude de la vie. Il ne se contente pas de copier es formes, mais il s'efforce de découvrir, — il découvre, —

leur signification. Il sait que les formes enveloppent les idées. L'écrivain est plus qu'un moraliste, plus qu'un philosophe, plus qu'un sociologue, puisque son observation porte sur toutes les formes de la vie et qu'il ne les considère pas isolées. C'est pourquoi la littérature exprime l'universel, c'est pourquoi elle découvre l'unité, elle réalise l'unité de tout ce que nous connaissons, tout ce que nous cherchons à découvrir et tout ce que nous découvrons. La critique est la forme de la Httératurc qui svnthétise l'art. Elle découvre la solidarité de tous les arts, et la solidarité de tous les actes de la vie. Elle est le trait-d'union entre ce que nous connaissons et ce que nous cherchons à connaître. Tout ce que nous cherchons est contenu dans l'art. A nous de savoir y découvrir toute la vérité. En elle, les synthèses particulières, esthétiques au même degré, toutes les formes d'art, viennent se réfléchir, découvrent les liens qui les rapprochent, — reproduire la pensée de l'univers. La critique est un art qui, comme toutes les formes d'art, synthétise tout l'art, par là toute la vie. La critique, — dernière venue des formes d'art littéraire, — est arrivée peu à peu à se constituer. Voici. Elle existe puisque l'art existe. Elle est le sentiment de de l'art. J^llc n'a pas eu à évoluer. On a cherché seulement à la découvrir. Elle est née avec la première œuvre d'art. L'art jugeant l'art, c'est la critique. On a plus ou moins senti, compris, la beauté de l'art. La critique a été, on n'a pas été réaUsée. Elle a été réalisée chaque fois que l'art a été senti, compris. C'est pourquoi la critique constatant sa propre existence, dans le jugement des liommes, constatant son existence, ou mieux l'humanité, par ses artistes, reconnaissant le rôle et l'influence de la critique, il semble que ce rôle et cette influence ne se font sentir qu'aujourd'hui.

L'évolution de la critique, ce sont les recherches des hommes pour se rapprocher de l'art, pour comprendre sa beauté, pour arriver à là juger. Ce n'est pas la critique qui a évolué. C'est l'idée plus ou moins juste des hommes sur la critique qui a évolué. C'est une opposation. L'opposition des artistes et des médiocres. On a paru découvrir une nouvelle critique chaque fois que les artistes ont combattu la fausse critique, ou faux sentiment, ou fausse idée de l'art. La découverte de la critique, c'est une adhésion à l'art. Quiconque adhère à l'art découvre la critique. Il découvre le génie et la beauté. Il découvre la civihsation. Il découvre la nature. Il découvre la vie. Il se découvre lui-même, — sa propre énergie et sa propre volonté.'Dire que la critique se fonde, se crée, c'est supposer qu'elle a toujours existé, c'est affirme* l'éternité de l'art. Ni plus ni moins. C'est affirmer que le sentiment de l'art existe, c'est affirmer qu'il se généralisera chaque jour, qu'D s'universalisera, que l'humanité s'élèvera progressivement à la vie de l'art, à sa compréhension, à la critique. La critique est la conscience de la vie. C'est la lumière qui éclaire les faits, les idées, les actes. Elle est la preuve que le sentiment de l'art est vivant, et ce qu'elle démontre aujourd'hui, en démontrant l'existence de l'art, c'est sa propre vitalité. Voilà ce que l'on appelle la découverte d'une critique nouvelle, en harmonie avec l'idéal de l'art. C'est la découverte de la critique étemelle, de l'art de tous les temps. Ce sentiment de l'art, développé à toutes les époques en plus ou moins de consciences, la critique d'aujourd'hui est la preuve qu'il est durable. La critique est la preuve de la présence de l'art dans la vie. C'est l'art qui démontre sa réalité. L'art existe, mais presque tous les hommes, excepté les artistes, l'ignorent : c'est pourquoi la critique leur démontre que

l'art existe . Elle démontre que ceux qui ont le sentiment de l'art sont dans ^a vérité, qu'ils réalisent la critique par la compréhenson de la beauté. Ce sentiment de l'art il faut le généraliser. La critique défend, universalise, généralise la critique. La critique est le sentiment de l'art universalisé. L'art se socialise par la critique née de lui. Se socialiser, c'est pour l'art élever à lui l'humanité. La critique, c'est l'art rejoignant l'humanité, c'estdire obligeant l'humanité à le rejoindre, à rejoindre l'humanité, la nature, la vie. L'art a engendré la critique, il a fait sortir de lui-même cette nouvelle forme de sa beauté. Sans doute, parce que l'art existe, la critique existe. EUe est en puissance dans l'art. L'art sera un jour senti, compris de tous les hommes. Du moment que l'art est senti, compris de quelques hommes, on ne peut nier sa présence, la présence de la critique. Chaque œuvre d'art porte avec elle la critique qui la juge. La critique est aussi éternelle que l'art. Elle naît avec lui. Elle est depuis qu'il y a des œuvres d'art. Elle est l'œuvre qui dure, qui survit. C'est le jugement durable engendré par l'œuvre durable. L'œuvre de notre époque, c'est de démontrer la réalité de la critique, et cela par la voix même de la critique. Elle seule peut reconnaître son devoir et ses droits. La critique seule a le pouvoir et la force de défendre la critique. C'est pourquoi l'art, qui contient la critique, après l'avoir réalisée par sa beauté, veut la réaliser dans la vie de l'humanité. La critique est donc bien la dernière forme de l'art (tout en étant aussi ancienne que toutes les formes esthétiques), celle par laquelle elle doit vaincre la médiocrité. La critique combat la mort. Parce que la mort est l'adversaire de l'art. L'œuvre de la mort est anéantie par la critique. Peutêtre qu'un^jour l'art, qui est aussi inépuisable que la

nature, découvrira d'autres expressions de sa beauté qui existent depuis toujours parce que, depuis qu'il existe, au jour même de l'éclosion de la vie, il a exprimé toute la nature ? C'est l'humanité qui découvrira ces nouvelles formes de beauté. Cette découverte, c'est la réalisation de l'art dans tous ses actes. C'est dans la critique, aujourd'hui, que l'art se résume, — est-ce bienun résumé ^ — l'art d'aujourd'hui, de demain, de toujours. Comme la critique est en puissance dans toutes les œuvrer d'art, — elle est leur rôle, leur influence, leur compréhension, — l'art est en puissance dans la critique, l'art qui reproduira demain l'art d'autrefois. C'est aujourd'hui l'expression dans laquelle il se découvre tout entier, dans son idéal et sa forme, dans laquelle il découvre tout son passé, tout son présent, et dans laquelle son avenir est tout entier contenu. C'est en elle qu'il dépose toutes ses richesses, c'est à elle qu'il confie la garde de son idéal. EPe est le temple qui protège jalousement ce trésor d'art accumulé. Elle ne le dissimule pas. El^e l'expose à la lumière. Elle ne veut pas que ce trésor reste caché. Elle veut que l'éclat en rejailhsse sur chaque vie humaine. Une nouvelle beauté s'ajoute au passé de l'art, aussi magnifique, aussi éternelle que lui; une nouvelle forme d'art va naître, qui existe depuis l'origine de l'art, dont il faudra bien que tous les hommes reconnaissent l'utihté et la souveraineté, — une nouvelle forme d'art qui se découvre comme se sont découvertes, par le génie de l'homme découvrant la vie, toutes les expressions de l'art magnifique,aux époques splendides de son histoire, répondant au besoin grandissant des hommes, dirigeant l'évolution vers la vie des sociétés humaines ; une forme qui existe complètement, comme chaque forme d'art, dans les autres formes ; un genre qui manifeste son

héroïsme , son utilité, sa beauté, qui apparaît enfin aujourd'hui, pour condamner le médiocre, rappeler l'humanité au souci de l'idéal, l'obUger à examiner les replis profonds de sa conscience, sonder son cœur, interroger son esprit, et que nous découvrons dans l'art, dans l'inépuisable fécondité de l'art , - dans notre inquiétude, dans nos idées, dans nos aspirations, notre agitation, nos rêves, et nous apporte enfin la vérité que nous demandons, que nous réclamons : la critique.

La critique découvre une esthétique, — une théorie de l'art et de la beauté, — à laquelle elle ramène tous ses jugements. Une critique sérieuse ne se dérobe pas au devoir de formuler l'esthétique dans laquelle est contenu son idéal. Elle y rapporte tout. C'est le guide qu'elle s'est choisi, qui lui indique la voie qu'elle doit suivre. Chaque critique n'a pas une esthétique différente. Il n'y a pas l'esthétique de tel ou tel. Chaque critique conforme ses jugements à l'idéal esthétique ordonné, imposé par la critique. La critique est incapable de remplir son rôle, elle n'existe pas si elle ne découvre pas l'esthétique à laquelle elle doit conformer ses jugements. Ce que c'est que l'art, ce que c'est que la beauté, la critique le recherche, le découvre. La découverte d'une esthétique, de l'esthétique, — de l'art, est pour la critique une nécessité. Dès qu'elle se propose de rechercher la nature, le rôle et la mission de l'art, dès qu'elle s'est assigné la découverte de l'idéal de l'art dans la vie, elle est vivante. La fausse critique n'a pas d'esthétique. L'existence de la critique est donc subordonnée à l'existence de l'esthétique ; mais celle-ci jfestp' œuvre ^de celle-là, et on ne

s'efforce tant de découvrir une théorie de la beauté que parce que la nécessité s'impose d'avoir une critique en rapport avec l'art, — que parce que la critique est utile, que parce que l'humanité ne pouvant pas vivre sans art a besoin de la critique pour lui indiquer où est l'art, parce que l'art doit rejoindre, par la critique, l'humanité. — Le Droit à la Beauté n'est pas autre chose qu'une esthétique, — l'esthétique fondamentale, — qui renferme les droits et les devoirs de la critique, ses idées sur l'art, et du même coup sur la vie. Cette théorie qu'il a découverte dans l'art en le découvrant dans la vie, qu'il a découverte dans les œuvres, le critique l'exprime avant l'étude des œuvres. C'est pour lui le dogme en dehors duquel la vérité n'existe pas. Ce dogme proclame l'universalité et l'unité de l'art, ses rapports avec la vie et l'humanité, que l'art et l'humanité doivent se rejoin- . dre, se rapprocher, et la critique appUque ces préceptes, rapproche l'humanité de l'idéal de l'art. C'est une théorie pratique. Le critique accompHt l'œuvre d'affranchissement que tous les artistes tentent de leur côté. Il ne se croit pas moins artiste que le poète ou le sculpteur. C'est une esthétique indépendante dans laquelle il s'affirme aussi indépendant que tous les écrivains et que tous les artistes, — indépendance que démontre son mépris des écoles et son amour de la vie.

L'esthétique est méconnue. Elle est pourtant l'idéal de l'art reconnu par la critique. Nier l'esthétique, c'est nier l'art. De fausses esthétiques ont répandu de fausses idées sur l'art. La critique découvre l'art dans la vie, et l'ensemble des idées que l'art lui a suggérées, — des idées

vivantes, puisées dans la vie, étemelles, — constitue Testhétique. La critique substitue l'esthétique à la philosophie, à l'enseignement faux de l'école, non conforme à la vie. Par l'esthétique, — expression de l'idéal de l'art, — elle expUque toute la vie, tous les actes, toutes les formes. La critique place l'art au centre de la vie, comme le centre vers lequel convergent toutes les activités. L'esthétique, — cette partie de la critique dégageant l'idéal universel de l'art, — expliquera désormais les motifs qui font agir les hommes, donnera l'explication de leur conduite, remplacera la morale, la politique la religion, auxquelles elle substituera l'enseignement de la vie. L'esthétique permettra d'apprécier tel ou tel acte, de juger s'il est ou s'il n'est pas conforme à la beauté. Elle transformera la société d'aujourd'hui en une société meilleure, elle lui substituera une société vivante, parce qu'elle lui aura imposé l'idéal de l'art, que la critique recherchera et découvrira à son tour dans les œuvres.

L'esthétique est la science de la vie. Elle est la' science universelle, parce qu'elle demande à l'art l'explication de la vie ; parce qu'elle a pour objet l'art, qui résume la vie. En recherchant la nature de l'art, son origine sa mission, et son rôle, son influence, — l'esthétique coordonne toutes les sciences sous l'unique loi à laquelle, pour être la découverte du vrai, elles doivent se soumettre : la loi de Beauté. Elle contient toutes les sciences parce que l'art les contient toutes. L'esthétique est la compréhension de la vie, — de la nature, — de l'humanité.

L'Idéal qui soutient, dirige, guide le critique, lui permet d'accomplir la mission sociale que ce temps exige, c'est le Droit à la Beauté. La méthode qu'il emploie pour réaliser cet idéal, — qu'il applique aux œuvres du passé aussi bien qu'à celles d'aujourd'hui, aux œuvres qui constitueront la beauté de l'avenir, — pour découvrir l'œuvre d'art correspondant à cet idéal et la rendre compréhensible pour tous, afin qu'elle réalise dans les consciences les germes de joie, de force, de volonté, d'énergie et de liberté, — d'harmonie, — qu'elle renferme, — méthode au moyen de laquelle s'opère le passage de l'art à la foule (l'élévation de l'humanité à l'art), — c'est la synthèse. En dehors de cet idéal et de cette méthode, dont l'une complète l'autre, c'est le néant. C'est l'incompréhension. Ils supposent que le critique n'est pas indifférent à la vie qui l'entoure ; qu'il n'envisage pas l'œuvre comme le résultat, mais la cause de l'évolution ; qu'il attache une égale importance à l'idée et à l'expression de l'idée. A chacune des écoles, négation de l'art et de la vie, — puisqu'aucune école ne reproduit l'art tout entier en ne reproduisant qu'imparfaitement la vie, correspondit une critique également restreinte, étroite, négative. A l'école classique. — l'école est prise au sens rétrograde, éphémère, non dans ce qu'elle a de supérieur, ce qui lui a survécu, l'a condamnée en la dépassant et brisant la formule, au classicisme, — ne considérant qu'abstraitement la vie, et l'art aussi mensongèrement, emprisonné dans la même conception routinière, correspondit une critique bornée, craintive, timide. A l'école romantique, reproduisant inversement l'école classique, aboutissant, dans l'étroitesse de sa formule, à la même négation de la vie, au nom de laquelle s'insurgeaient les écrivains supérieurs de ce mouvement, dans celles de leurs œuvres qui dominaient l'école.

correspondit une critique aussi plate, aussi peu vivante, quoique paraissant s'enthousiasmer et se rebeller. A l'école naturaliste, dernière forme du réalisme s'attaquant aux littératures et aux arts d'imagination, de mythologie et de rêve, — le réalisme opère le passage du romantisme au naturalisme, — ne voulant exprimer de la vie que sa contrefaçon, certes dans un but louable, dans un but de combat, que sa contrefaçon au lieu de l'exprimer entièrement, de l'opposer à cette contrefaçon, et aggravant cette étroitesse de pensée, du moins dans les œuvres médiocres, par l'expression sans art de cette contrefaçon, par la platitude du style et l'absence d'idées, la pauvreté des intrigues, par conséquent continuant à symboliser l'absence d'art qu'elle croyait combattre, et qu'elle aurait dO combattre, comme les réalistes, en la reproduisant en beauté, en lui opposant l'art et l'harmonie de l'œuvre née de ce spectacle, s 'ajoutant à l'absence d'art qui était dans la vie, la continuant, contrefaisant la vie par le faux-art, — ne voulant découvrir aucun sens idéal au réel, repoussant toute spéculation philosophique, toute hypothèse généreuse, qui n'ont rien à voir avec le vague des métaphysiques, et ne saisissant pas la véritable ini])ortance du document, correspondit une critique sans idéal, sans art, sans beauté (une critique lyrique et de révolte saine parvint à naître en rompant avec l'application rigide d'un système, et fut la revanche de l'art) : attachant plus d'importance aux faits qu'aux idées, ne découvrant pas les faits réels, les faits positifs, les humbles faits ou les faits généraux de l'existence quotidienne, aux documents qu'à leur signification réelle, n'expliquant pas le génie de l'écrivain, ne découvrant de génie qu'aux médiocres, détruisant l'harmonie et la liberté de la pensée et de l'inspiration, hésitante, peureuse chaque fois qu'elle se trouva

en présence d'un esprit supérieur, imprégné de naturalisme vrai, de sincérité et de lyrisme, et dominant toutes les écoles, — cataloguant, collectionnant, sans conclure, sans juger. Au symbolisme, s'insurgeant à la fois contre toutes les écoles, au symbolisme guerrier, enthousiaste, jeune, téméraire, — préférant le vague et l'imprécis à l'observation directe, n'exprimant chaque fait, chaque idée, chaque sentiment, que par une métaphore ou allégorie, que musicalement, opérant sur le monde réel une transformation qui, tout en lui restituant son sens mystérieux et symbolique, n'en fut pas moins excessive chez la plupart, perdit l'équilibre et la notion du vrai, aboutit aux rêveries de la métaphysique, — correspondit une critique batailleuse, en révolte contre lés programmes ofl&ciels, manquant d'expérience pour se préserver de certains défauts, et donnant dans le vague (il se dégagea parallèlement une critique indépendante) , et qui entrevoyait, pressentait des vérités plutôt qu'elle ne les précisait, — qui allait contre elle-même, contre son enthousiasme, contre sa jeunesse, contre sa virihté, contre son amour de la beauté, qui gaspillait ses dons, s'énervait, se lassait, contre son amour de la beauté qu'elle définissait en termes obscurs et prétentieux, — qui était généreus e, certes, dans son intransigeance, dans sa haine des médiocres, des bourgeois. A l'art synthétique, supérieur à toutes les écoles, en germe dans le classicisme, le romantisme, le réalisme et le symbolisme, à cet art qui se réalisait au-dessus de chaque école, la condamnait, qui était l'œuvre des écrivains de génie planant au-dessus de l'école dans laquelle on les emprisonnait, — correspond une critique synthétique. L'art veut attendre, pour se juger, par la critique, — la critique est l'art qui se juge, le jugement que l'art porte sur l'art, — alors que la fausse critique correspond au faux-art, elle est le faux-art se

complaisant dans sa propre médiocrité, — l'art, qui engendre la critique, qui la contient, qui la fait naître de sa beauté, l'art attend le moment opportun pour se juger, le moment où on l'oublie, où on le méconnaît — il réserve son jugement pour une date ultérieure. Du moment que la critique est contenue tout entière dans l'art, ceux qui méconnaissent l'art se sentent condamnés, écrasés par la présence même de la beauté. La seule présence de l'art juge l'art, démontre sa beauté. Cette présence proteste contre l'oubli et l'indifiFérence. Cette protestation a son heure de triomphe. Elle triomphe chaque fois qu'un individu consent à dépouiller sa médiocrité pour adhérer à la vie esthétique. On méconnaît l'art à toutes les époques. Il y a des époques où cette indifférence est plus forte, plus ignominieuse. Les artistes vivent à l'écart. On les isole du reste des hommes. Leur œuvre est méconnue. La critique intervient. La critique les venge. La critique est la protestation de l'art contre le non-art. C'est la vie qui poursuit et combat la mort. L'art a voulu attendre jusqu'à notre époque le moment de reprendre sa revanche contre les médiocres de tous les temps. Son rôle s'impose. Il est nécessaire. C'est le désarroi. L'art aussitôt apporte son appui, régénère l'humanité. Sa beauté démontre que si l'humanité est malheureuse, c'est parce qu'elle vit en dehors de l'idéal de l'art. L'art se juge la force condamnant les forces mauvaises. Notre époque est celle où l'art veut se juger, juger tout son passé (il ne juge, en définitive, que l'attitude de l'humanité en face de sa beauté) . Il veut connaître si l'humanité se rapproclie ou s'éloigne de lui. Un immense amour le conduit au-devant de l'humanité. Il va contre l'erreur ; il va contre la discorde ; il va contre le médiocre ; il va contre la mort. Il porte la vie dans ses replis majestueux, dans sa beauté

souveraine. Il répand à flots la vie. Il répand des torrents de lumière. Il est la source paradisiaque, la source inépuisable d'harmonie et de lumière. Il est l'abreuvoir sacré, où chacun vient désaltérer sa soif de justice, sa soif de beauté, sa soif de magnificence. Il suscite des héros. Alors, la critique naît. Elle se réveille. Longtemps endormie dans le sein de l'art et de la vie, reposant dans le calme et l'harmonie de l'art, elle s'anime soudain, elle parle, elle vibre. L'art contemple sa force, sa volonté, son énergie. L'art vient d'enfanter la critique. C'est la chair de sa chair, c'est la pensée de sa pensée. C'est l'œuvre de son émotion, de son énergie, de sa tendresse. La critique se reconnaît dans l'art, dans la beauté de l'art. Le même frisson l'agite. Elle aime, elle adore, elle vibre. La critique vit. Elle tressaille d'indépendance. Elle est une personnalité. Elle est un être. Elle n'est pas un symbole. EUe est une réalité. EUe est un fait. Elle a un nom. Elle est la synthèse des mouvements, des formes, des idées. Quand l'art, qui a la puissance et l'énergie d'attendre, comprend que l'humanité ne peut plus attendre, que la mort la guette si elle ne fait un suprême, un dernier effort pour la vaincre, il enfante la critique, il condamne la fausse critique, la fausse idée de l'art, il délègue pour vaincre la mort la critique synthétique, celle qui correspond exactement à sa nature, à son rôle, à sa beauté, aussi universelle, aussi générale, aussi populaire que lui, — celle qui l'explique, le comprend et le juge parfaitement. L'art a réservé jusqu'à ce jour le jugement qu'il devait porter sur lui-même. Ce jugement doit condamner aujourd'hui le médiocre. Par la critique synthétique, correspondant à l'art synthétique, exprimant tout l'art qui exprime toute la vie, la vérité est dégagée pour l'art comme pour le faux-art, pour la vie comme pour sa contrefaçon. C'est le faux-art

jugé et condamné par l'art, et la contrefaçon de la vie jugée, condamnée par la vie. L'art découvrant toute la vie, et non pas un fragment quelconque de la vie, qui n'a aucune signification si on l'isole du reste de la vie, — la vie est une association, — le rôle de la critique est de découvrir tout Tart, son unité et sa beauté, de voir s'y prolonger la vie totale. L'art s'empare de la vie pour la transformer en la recréant. La critique dégage la vie qui est dans l'œuvre d'art. Vie, — art, — critique, sont les expressions d'une même vérité. La beauté est le résultat de leur association. Il est impossible de séparer l'esthétique, — ou découverte du beau dans l'art, — de la critique, ou découverte de l'art dans la vie. Toutes deux ont le même amour de la nature et de la vie, défendent le même idéal et la même vérité. On ne parvient pas à isoler l'esthétique, — ou sentiment du beau, — de la critique, dont le rôle est de faire naître, d'éveiller, de développer ce sentiment. La critique est le sentiment de l'art. C'est l'art compris et senti. C'est l'art se réalisant dans les consciences. C'est l'art découvrant la vérité et la vie. I^'esthétique est un idéal, la critique est une méthode. La critique réalise l'idéal de l'esthétique dans toute la vie.

Qu'est-ce qu'une critique vraiment scientifique ? Celle qui ne veut pas laisser à la fantaisie, au dilettantisme, au faux impressionnisme autant qu'au faux dogmatisme, le droit de prononcer sur la valeur d'une œuvre, parce qu'ils sont impuissants à la comprendre, parce qu'elle est toujours mal comprise, parce qu'elle n'est pas prise au sérieux. La critique scientifique est celle qui découvre la beauté, autant que la laideur, d'une œuvre.

— tilT —

Une critique scientifique est esthétique : elle n'est pas scientifique à cause de l'emploi de termes lourds et prétentieux, elle n'est pas scientifique à cause de la recherche de signes qui n'existent pas, elle est scientifique parce qu'elle recherche, comme la science, le vrai, parce que le vrai lui apparaît réalisé par l'art, parce que le vrai est dans la beauté, parce qu'elle ne se propose pas d'autre but que de découvrir cette beauté et parce que, pour la découvrir, elle découvre une méthode rigoureuse, — la synthèse. Une critique dont l'idéal est le droit à la beauté, — la critique, c'est la réalisation du droit à la beauté pour tous, — répudie le faux impressionnisme, le faux dogmatisme, la virtuosité, qui caractérisent la fausse critique. Nous entendons par critique scientifique une critique sérieuse, logique, vivante. Ce n'est pas la critique de signes, uniquement, qui considère l'œuvre comme l'expression d^un état d'esprit, sans découvrir le véritable signe qu'elle manifeste ; ce n'est pas plus une critique morale que sociale ; c'est une critique synthétique. La critique sera scientifique en se préoccupant, non seulement des idées, mais des formes, de tout ce qui constitue l'œuvre d'art, de tous les caractères qui l'opposent au non-art.

Pour expliquer l'œuvre d'art, sa naissance, sa pensée,, sa forme, certains critiques pensent qu'il est nécessaire de connaître la société qui l'a produite. Cette société, comment la connaître autrement que par Tort ? Il n'y a pas d'autres renseignements sur elle que son art, — je ne parle pas du faux-art, qui n'exprime rien, et qui est exprimé par l'art. Il n'y a pas de degrés dans le faux-art, il n'y en a pas dans Fart. Ils existent l'un positivement, l'autre négative-

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