LES HYDROGRAPHES DIEPPOIS
élève de ce dernier \ encore au commencement du siècle suivant. D’Aseville dédiant à M. de Vie, gouverneur de Calais, en 1601, sa traduction de la Trésorerie ou Cabinet de la route marinesque , du Flamand Lucas Jansz Waghenaer, lui dit : « Vous avez faict venir deDiepe (réputée comme l’escolle des bons Pilottes de ce royaulme) un de ceulx qui en faict leçon aux autres, pour vous y instruire et en la cognoissance des globes célestes et terrestres. »
Dieppe ne cessa pas à cette époque de mériter sa réputation. Les cartes de Jean Du Pont, qui enseignait dans cette ville « l’art de naviger », celles de Jean Guérard, « hydrographe de Sa Majesté, qui a fait les plus belles cartes et plus justes qui se soient veiies en ce siècle2 ». et dont le Dépôt hydrographique possède des spécimens, datés respectivement 1625, i63i et i634, en sont un sûr garant. Enfin, Jean Cauderon (i655) « un très-honeste homme de prestre... habile en l’art de naviguer », comme il est qualifié dans une lettre du missionnaire Dufour à saint Vincent de Paul3 joignait la pratique à la théorie et perdit même la vie en tombant de la poulaine à la mer.
Plus tard, si le vœu des Etats-Généraux de 16 1 4, pour la création d’une école où la science de l’hydrographie serait enseignée, prit corps dans le code Michau de 1629 \ il ne put être réalisé que le 3 septembre i663°. A cette date, Colbert, bien que non encore investi de la direction du commerce et de la marine, fonda l’école d’hydrographie de Dieppe, en 1669 celle de Saint-Malo, et l’année suivante un établissement semblable à Toulon. Son désir de multiplier ces écoles fut tel, que nous le voyons en 1G70 écrire à l’intendant de Seuil de chercher partout un professeur pour l’école de Brest, « dût-on le demander même à la Hollande6 ».
A Dieppe, Colbert choisit pour premier titulaire Guillaume Denys, prêtre de Saint-Jacques de cette ville qui, dès avant 1661, « y enseignait gratuitement et dans un seul but de charité apostolique, la science du pilotage7 ».
vrage à Dieppe, en 1 583, in-4- Toussaint de Bessard (1572 et 1 57 4) était d’Ange en Normandie.
Quel est ce François de Dieppe, inventeur d’un méridien passant par le polus magnetis dont il prétendait connaître l’existence? Lelewel, t. II.
1 Le P. Fournier, op. cit.
2 Asseline, ubi suprà.
3 Mémoires de la congrégation de la Mission ; t. IX, p. 257, cités par Didier Neuville ; Les établissements scientifiques de I ancienne marine. Paris, 1882, in-8°, p. 84.
4 Ordonnance de Louis XIII que Michel de Marillac Fit enregistrer dans un lit de justice
tenu le 4 janvier 1629 ; Isambert, t. XVI, art. 433-
8 P. Clément. Lettres , instructions et mémoires cle Colbert-, t. III, ire partie, p. 75, note.
6 Clément, op. cit., p. 241, lettre du 14 juin
7 Ch. Duveyrier. Lettres politiques, Paris, 1849, lettre 19, p. (85. L'art de naviger , de Denys, est de 1684. Montucla. Hist. des mathématiques, t. II, p. 658, cite le P. Deschales (1677), Henri Cauvette, Jean Bouguer (1678, père du célèbre Pierre Bouguer), Dassier (F, Dassié, i683), tous ou la plupart, dit-il, professeurs royaux d’hydrographie dans les ports de l’Ouest.
INTRODUCTION
Mais ce qu’il faut entendre par hydrographie à cette époque, c’est uniquement « l’art de naviger par régies et par principes ». La cartographie en fît rarement partie. Nous voyons bien Boissaye du Bocage terminer son cours au Havre de Grâce en 1682 par la méthode pour dresser des cartes*. Mais si Goubart, cette même année, à Brest, se propose « d’enseigner à ses élèves le moyen de faire une bonne estime quand il l’aura appris lui-même [sü'c] dans le voyage qu’il comptait faire sur mer », son programme du i3 avril 1G82, bien que très détaillé, ne mentionne d’aucune façon l’étude de la cartographie1 2.
Cependant la belle ordonnance d’août 1681 porte que « les professeurs d’hydrographie devront sçavoir dessigner et l’enseigneront à leurs escholiers pour les rendre capables de figurer les ports, costes et de faire les cartes qu’ils découvriront3 ». Mais Valin, dans son célèbre commentaire sur cette ordonnance, exprimant une opinion qui sans doute l’égnait depuis longtemps, n’hésite pas à déclarer que le « dessin, dans les écoles d’hydrographie, ne peut guère convenir qu’aux génies privilégiés et rares, et que les autres n’en ont que faire 4 * ».
Toujours est- il que parmi ces professeurs officiels d’hydrographie sous le règne de Louis XIV, à Dieppe, Samson Le Cordier et son fils l’abbé Denis Le Cordier (1661-1709) ; les deux Boissaye et Meynier, au Havre (1682-1726); Deglos et Lechevallier à Honfleur (1677-1682) ; La Voye et Lamberty à Brest (1671) ; l’abbé Vautremer à Bayonne (i685) ; Gaulette à Dunkerque (1681) ; l’abbé Caudron à La Rochelle, Bouguet le père au Croisic (1700), Branchu à Au ray (1709)“, etc., il y en a deux ou trois seulement qui aient été tentés de dresser une carte de l’Amérique septentrionale, bien qu elle fût alors presqu’entièrement possession française et en rapports constants avec les ports de mer de l’Atlantique où ces hydrographes enseignaient, parfois gratis6. Il en
1 Le programme de Boissaye a été analysé dans Les Etablissements scientifiques de l’ancienne marine, de Didier Neuville, Paris, 1882, in-8°, p. 16-19.
2 Pour le cours professé par Coubakt, voir l’intéressant article de M. Levot, Revue coloniale et maritime, t. XLIV, p. 1 6 5 .
3 Pardessus. Collection des lois maritimes antérieures au xvme siècle ; t. IY, p. 335.
4 Valin. Nouveau commentaire sur l’ordon-
nance de la marine du mois d'août 1681. La Rochelle, 1761, in-4°, t I, p. 223.
6 Pour la plupart de ces noms, voir le remarquable Etat sommaire des archives de la marine antérieure à la Révolution, dressé par M. Didier
Neuville, Paris, 1898, in-8. Nous notons dans les états de soldes pour 1 63 5 , ajoutés à la Correspondance de Sourdis, t. III, p. 376, un Antoine Le Metel, sieur d’OuviLLE, qui y ligure comme hydrographe entretenu en la marine aux appointements de 600 1. Il serait piquant que ce fut Antoine Le Metel, sieur d’OuviLLE (frère de l’abbé de Bois-Robert), auteur dramatique dont dix pièces de théâtre, assez libres, furent publiés de 1 63 5 à i638.
6 George Boissaye du Bocage « tenant 1 escole d'hydrographie gratis au Havre. 1678 ». Guérard, plus heureux, « n’avoit cependant d’autre revenu, comme professeur d hydrographie, sous le titre de commissaire examinateur des pilotes, que la reconnaissance des étudiants ». Documents cités