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plusieurs exemplaires. Mais comme ces artistes ne connaissaient pas toujours bien la langue dans laquelle les légendes et les noms de lieux étaient rédigés, ou ne voyaient pas 1 importance d’une grande exactitude à cet égard, se guidant même plutôt par le son des mots que par leur orthographe, déjà par elle-même fort indéfinie, il s’en est suivi des nomenclatures parfois inintelligibles ou contradictoires. Quant à la différence dans les contours, elle nous a semblé résulter aussi souvent de la maladresse ou de l’arbitraire du cartographe : ce que Purchas qualifie de « conceit of card makers », que d’erreurs servilement copiées sur les modèles.
En dehors du caractère, pour ainsi dire extrinsèque de la carte et des éléments graphiques fournis par les pilotes en rapports directs avec les cartographes, ceux-ci, particulièrement dans les ports de Normandie au xvie siècle, ont subi une influence étrangère que le critique ne saurait méconnaître. C’est de la cartographie lusitanienne qu’il s’agit.
Une des plus belles époques de l’histoire de la géographie est celle de la dynastie d’Avis en Portugal (i385-i58o). C’est alors que furent accomplies ces explorations maritimes, suivies d’admirables découvertes, dans les îles de l’océan Atlantique, sur la côte d’Afrique, en Asie et au nouveau monde. De là, un développement considérable dans tout ce qui concerne la navigation et notamment une cartographie progressive que vinrent perfectionner de véritables artistes venus de Majorque, de Pise, sans doute de Gènes (attirés par les Pizzigani ?), et d’autres villes d’Italie. La réputation des cartes lusitaniennes et des pilotes portugais ne tarda pas à se répandre en France surtout.
Le terrain était préparé depuis longtemps. Un jeune érudit à qui nous devons déjà de très solides travaux sur l’histoire de la marine1, montrera bientôt comment à partir de i «4 7 5 , l’orientation de la politique française, jusque-là inféodée à l’alliance castillane, changea et rapprocha la France du Portugal. La guerre de la succession, en mettant aux prises le Portugal avec la Castille et F Aragon coalisés, obligea le premier à demander secours. Louis NI envoya à Alphonse Y une flotte ainsi qu’une armée et celui-ci passa en France sur un vaisseau français.
C’est dans le tome II, sous presse, que ces faits recevront leur développement.
’ Charles de la Pioncière. Histoire de la marine française, 1. 1. Les origines. Paris, 1899, in-8.
INTRODUCTION
A dater de cette époque, les escadres françaises prirent chaque année la route de Lisbonne. C’est ainsi qu’en France on fut tenu au courant des découvertes portugaises, accomplies d’abord aux Açores, puis sur la côte de Guinée, enfin aux Indes. Ces rapports maritimes se continuèrent, au moins par la voie commerciale, entre la France et le Portugal aux xve et xvie siècles. Ils amenèrent l’emploi dans les ports de Normandie et de Bretagne de pilotes portugais ; comme on le voit par l’expédition de Paulmier de Gonneville au Brésil (i5o3) qui en comptait deux : Diogo Cohinto et Bastian Moura1. Ce fut même parfois au détriment de leur patrie. Les armateurs normands recherchaient les services de ces habiles marins pour marcher sur les brisées du Portugal et « pénétrer le secret » de ses navigations lointaines. Nous les voyons par exemple armer à Honfleur en 1027, la Marie de bon secours (aussi nommée le Grand Anglais) et confier ce navire à Estevâo Dias, pour attein dre subrepticement Quiloa et les Indes portugaises, où en effet il débarqua, comme en témoigne la curieuse pétition de trente-six de ses marins qui y furent faits prisonniers2. En i53i, Pero Fernandez, homme de mer très versé dans la navigation aux Indes, s’enfuit de Lisbonne pour offrir ses services au roi de France3. Martim Fereira le propre neveu de l’ancien ambassadeur à la cour de François Ie1', écrivit plusieurs lettres à ce prince, offrant de lui fournir d’utiles renseignements au sujet de la ligne de démarcation et la navigation aux possessions transatlantiques du Portugal4 * * *. Les exemples abondent. Citons seulement pour montrer encore les rapports des marins portugais avec les villes maritimes de Bretagne et de Normandie au milieu du xvie siècle, le fait que Jacques Cartier fut interprète pour la langue portugaise à Saint-Malo 8.
On a cherché à déterminer l’origine des renseignements géographiques de
1 D’Avezac. Campagne du navire » l Espoir », de Honfleur. Paris, 1869.
2 « A 1res liault et puyssant signeur... Gou-
uerneur de limdye... Suplyent très humblement
trente six pouvres misérables chrethiens de la nation de France... en captiuilé et seruitude en la montaigne de Chanpaner soubz la main du grant chien bahador [le sultan Bohador]... quil vous
plaise auoir pitié, compassion et prendre à
mercy et miséricorde la désolée compagnye lesquelz ont été menés et conduyz en ces partyes
de par deçà dcdens vne nef nomée la marie de
bon seccours autrement dit le grand engloys appartenant aux marchands de Rouen : Soubz la sarge et conduyte dung portugaloys ce faisant nommer estienne dies [Estevam Dias] lequel estoyt cappitaine pillote marchant conducteur et
entrepreneur dudit voyage » Ms. de la Torre
do Tombo, cité par Sousa Viterbo, Trabalhos Nauticos, Lisboa, 1898, in-fol., p. 84.
3 « Se carteava em França pera pilolo da Iindia, e que tinha abedilade pera danar. » Dépêche de Pedro Mascarenhas au roi de Portugal, Anvers, 17 janvier i532, cité par Sousa Viterbo, op. cit., p. io3.
4 « Procuramdo inteligemcias com El Rey de Framça sobre a demarcaçào e mauegaçào de meus mares, descubertos per mim e pelos Reys meus antecessores. » Lettre de J0À0 III, citée par Sousa Viterbo, op. cit., p. n3.
11 Joüon des Longeais, op. cit., actes des 10 avril 1 5 44 et 27 mars 1 5 5 7 .