XIII
coup de travail et de patience pour tuer, découper et bouillir les baleines et en faire de l’huile, sans attendre d’autre récompense qu’un petit morceau de pain ou un salaire aussi minime1.
Pour montrer les excellents rapports des indigènes du Canada avec les Basques, le démonographe Pierre de Lancre rapporte en i6i3 ce qui suit :
Et m’a-t-on asseuré qu’en l’an 1609, le sieur de Mons disputant au priué conseil du Roy contre quelques gens de Saint-Jean de Lus, certains dommages et interests qu’ils disoyent auoir faicts et soufferts pour auoir enuoyé quelques nauires au Canada, il leur lut maintenu que de tout temps et auant qu’il en eust cognoissance, les Basques y trafiquoient, si bien que les Canadois ne traictoient parmy les François en autre langage qu’en celle des Basques2.
Cela n’a rien d’impossible, mais ne devait guère s’appliquer qu’à quelque tribu d’indiens et d’une façon fort limitée. L’histoire néanmoins est assez curieuse.
Les Basques ne se confinaient pas à la pêche de la haleine ou de la morue dans les régions terre-neuviennes. De bonne heure, ils s’y livrèrent en même temps au trafic. C’est au point qu’en 1G08, près de Tadousac, lorsque Pontgravé, invoquant les privilèges qui lui attribuaient le monopole du commerce, voulut empêcher les Basques de trafiquer avec les Indiens, ils l’attaquèrent et tuèrent plusieurs de ses compagnons3.
En 1628, l’industrie de ces pêcheries tomba en une telle décadence dans les ports de Biscaye, au profit des Français et des Anglais, que le roi d’Espagne convoqua à Madrid une commission pour y remédier. On élabora même un projet tendant à créer une compagnie de pêche maritime exclusivement pour Terre-Neuve. L’ordonnance de 1620 permettant l importation de la morue par des navires étrangers fut rapportée en i638. Dans l’année 1681, treize bâtiments basques, montés par 55o hommes, ainsi que neuf balei-
1 Whitbourne, A Discovi se and Discovery of New-found-land ; London, 1622, in-4° ; préface.
Par contre, Charlevoix, parlant des indigènes de cette région même, dit : « Il n'y a point de prolit à faire avec les Sauvages, qui sont les plus intrai-
tables de tous les hommes, et qu’on a désespéré d’apprivoiser jamais ». Hist. de la Nouvelle- France , t. I, p. 422.
2 De Lancre. Tableau de l inconstance des mauvais anges et démons , où il est amplement traicté des sorciers et de la sorcellerie, Paris, 1 6 1 3 , in-4°, p . 29.
3 Ciiamplain, Voyages, édition de 1 6 1 3 , p. 166.