‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 204 sur 258 · I. — JEAN-BAPTISTE FRANQUELIN · texte numérisé non relu

I. — JEAN-BAPTISTE FRANQUELIN

Il ne s’agissait plus que de réunir les derniers tracés de Champlain à ceux des hydrographes hollandais ou anglais et de les compléter au Sud par les échancrures profondes dont les cartes lusitano-italiennes de Diego Homem offraient les éléments, pour arriver d’emblée à des contours d’ensemble se rapprochant de la configuration exacte. On était en droit d’attendre ce progrès des cartographes de l’administration de la Nouvelle-France dans la seconde moitié du règne de Louis XIV, époque dont nous devons maintenant nous occuper.

Après les cartes de Champlain, publiées jusqu’en 1640, nous ne trouvons néanmoins dans les œuvres géographiques franco-canadiennes aucun élément nouveau ou méritant d’être cité. Certes, les documents de ce genre ne manquent pas, mais ils ne concernent que les parties séparées du Canada et du « Grand Ouest » où s’exercaient le zèle des missionnaires et le génie aventureux d’un Jolliet ou d’un Cavelier de La Salle et des coureurs de bois. Aussi n’est-ce guère que sous Frontenac et l’intendant Duchesneau qu’on trouve des représentations de Terre-Neuve, et encore n’est-ce que comme complément secondaire.

C’est à cette époque qu’apparaît Jean-Baptiste-Louis Franquelin, dont le rôle fut important dans le développement de la cartographie de l’Amérique Septentrionale, mais plutôt au regard du Canada que de Terre-Neuve. Cependant, comme cette île est reproduite sous des formes diverses et curieuses dans la plupart des cartes qu’il a dressées, l’homme et son œuvre demandent à être décrits.

L’HYDROGRAPHIE FRANCO-CANADIENNE

On ne sait rien de l’origine de Franquelin, s’il était Français de France, ou bien Canadien d’origine. Son nom se lit pour la première fois dans une carte sans date, mais qui a été dressée entre 1G74 et 1681. Il se livrait toutefois à des travaux cartographiques depuis au moins l’année 1G72 Franquelin n’était alors et ne fut pendant longtemps qu’un pauvre hère, comme en témoigne le passage suivant de la lettre adressée par M. Le Febvre de la Barre à Seignelay, de Québec, le 4 novembre iG83 :

Le garçon qui fait ces cartes est un nommé Franquelin, aussi habile de la main qu’il y ait en France ; mais il est extrêmement pauvre, et qui auroit besoin d’un peu de secours de la part de S. M. Comme ingénieur, il travaille à une carte très juste du pays que je vous envoyrcz l’année prochaine en son nom, pendant que je le ferai subsister par quelques petits secours 1 2.

Parmi les documents que nous découvrîmes dans un grenier 3 pendant le siège de Paris et que nous dûmes cesser d’étudier sous la menace d’un général de l’arme du génie d’être emprisonné, sinon fusillé4, il y avait un mémoire où, en mars 1G89, Jean-Baptiste Franquelin, alors à Paris, proposait au ministre de se livrer à des études préparatoires en vue de construire une carte générale de la Nouvelle-France, sur des bases nouvelles. Il voulait que la région entière fut divisée en provinces, lesquelles, ainsi que les rivières, les montagnes et toutes les localités recevraient des noms exclusivement français et modernes. Chaque province devait être ensuite reprise en sous-œuvre pour ainsi dire, et cartographiée séparément, avec des notices spéciales sur la nature du sol, les climats et autres renseignements utiles à l’agriculteur et au commerçant. Autant qu’il nous en souvient, ce projet datait d’assez loin et

1 Dans sa carte de 1688 [infra), Franquelin dit avoir fait des observations cartographiques « pendant plus de seize années, par l’ordre des Gouuerneurs et Intendans du Pays, pour le service du Roy » .

! Archives du Ministère des Colonies. Canada , Correspondance. 1682-1684; reg. 6, fu 1 38 , v°. Nous croyons avoir lu autrefois sur le document original « pendant que je le feraiy-je subsister ».

3 Archives du Dépôt des fortifications des colonies, alors au n° i3 de la rue de 1 Université, mais (malheureusement) ne relevant en aucune façon du Dépôt hydrographique de la Marine.

1 Comme coupable d avoir, étant muni d’une autorisation écrite du ministre de la Marine, examiné des paperasses concernant un fort démoli il y a

deux siècles, dans un pays qui n’appartenait plus à la F’rancè depuis cent dix ans.

Par contre, nous sommes heureux d’exprimer à cette place notre profonde gratitude pour l’accueil que pendant plus de trente années nous n’avons cessé de recevoir des esprits larges, éclairés, courtois et d’une si haute science qui dirigent le Dépôt hydrographique de la Marine, ainsi que sa bibliothèque et ses archives.

Il est à regretter que le gouvernement des Etats-Unis ne fasse pas reproduire en fac-similés les nombreuses cartes des xvn° et xvm0 siècles concernant l’Amérique du Nord qu'on y conserve. En réalité c’est l’histoire documentaire de la découverte et de la colonisation de vingt au moins de ses Etats les plus prospères.

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