‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 21 sur 258 · LX VIII · texte numérisé non relu

LX VIII

INTRODUCTION

exploiter aussi les pêcheries de Terre-Neuve. Malgré nos recherches nous n'avons pu trouver qu’un document sur ce sujet. C’est un édit de 1607 concernant les navires qui allaient pêcher la morue1. Citons toutefois l’inscription Sinus Hollandicus et Baye des Hollandais portées sur la côte du Labrador par le P. du Creux dans sa carte de 1660, et par Coronelli-Tillemon en 1689.

On les voit, sous le nom de Flamands que leur donne Champlain, trafiquant dès i6i5 avec les Iroquoiset guerroyant contre d’autres Indiens en leur compagnie2.

Nous devons croire néanmoins que, en dehors des achats de cartes faits par les éditeurs hollandais dans les ports de la France et du Portugal, une source plus importante de renseignements géographiques devait être les relevés, nécessairement élémentaires, obtenus par les navires de laCompagnie néerlandaise des Indes-Occidentales (1621-1674). Leur sphère d’action était trop proche de l’Acadie et de Terre-Neuve3 pour qu’ils n’aient pas cherché parfois à explorer une partie du littoral de ces régions.

Eu tout cas, les Hollandais ont joué un rôle actif dans ces parages. Thomas Le Fèvre les cite parmi ceux qui dès i6o5 « venoient tousiours à la traverse pour y ruiner les effects des marins français 4. » En 1639, une pétition fut adressée à Louis XIV demandant aide et protection contre leurs agissements. Elle mérite d’être rapportée ici :

Plaise au Roy,

Employer son authorité pour faire esloigner les Hollandois qui se sont jettez sur es costes de l’Acadie en la Nouvelle-France, depuis le 4oe jusqucs au 44° dégré de latitude, pratiquent les peuples du pais et veulent partager ce qui ne peult appartenir qu’aux

1 IVaerschouwinge ende Ordonnantie, raeckende de Terreneuf-Vaerders uyt dese landen.' s Grav. [La Haye], 1657. 1 feuillet in-fol. Nous avons lu, sans y rien trouver sur ce sujet, les nombreuses ordonnances maritimes des Pays- Bas, de 1 5 3 7 à 1 G3g , publiées dans le tome IV de Pardessus. David Pietersz De Vries conduisit une expédition dans les parages de Terre-Neuve en i63o, croyons-nous.

2 Champlain. Voyages et descovvertvres, Paris 1619; éd. de Québec, p. 33.

3 En réponse à une question des Etats-Géné-

raux sur l’étendue des droits territoriaux de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales celle-ci répondit le 23 février 1 638 , qu'en 1614 elle avait concédé à Jonas Witzen et Tyveenhuyzen, le littoral depuis la Virginie jusqu’à Terre-Neuve. Asher, Dutch books on Neu-Netherland. Amsterdam, 1854-67, in-4°.

4 Discovrs sommaire de la navigation et dv commerce, ivgements et pratique d’icevx. Par Thomas Le Fevre, sievr du Grand-Hamel ; lieutenant en l’ Admirante de France au Siège Général de la Table de Marbre du Pallais de Rouen. Rouen, i65o, in-4°, p. 202.

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MX

François, ce qui retavcleroit ladite colonie, et cmpescheroit la pure instruction en la Foy s’il n’y estoil pourvu par l’authorité de Sa Majesté 1 .

Les tentatives de colonisation à la Nouvelle-Ecosse 2 peuvent avoir aussi porté les navigateurs hollandais à dessiner des cartes sommaires de ce pays. D’ailleurs, ont cite des pilotes de cette nation qui étaient en même temps cartographes, sous le titre de ccirtschrywers* . Malgré d’actives recherches, nous n’avons pu trouver aucune de leurs œuvres, Linschoten, cependant, est mentionné comme ayant relevé lui-même les profils des côtes explorées au cours de ses entreprises maritimes.

Les relations de voyages néerlandais dans l’Amérique septentrionale qui eussent pu, incidemment, nous fournir quelques détails ont été aussi consultés sans résultats. C’est à regretter, car à en juger par les cartes manuscrites que dessina Joan Yingboons en i63q pour la Compagnie des Indes occidentales, surtout celles du Niew Neerlandt \ un tracé de Terre-Neuve par cet habile artiste, complété, selon son habitude, par une nomenclature précise et une sorte de cadastre, nous eût été fort utile.

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Ce n’est pas comme navigateurs que les Italiens ont joué un rôle dans la géographie de l’Amérique du Nord, puisque leur sphère d’action maritime ne s’est jamais étendue jusque dans ces parages. C’est par des cartes et des portulans qu’ils exercèrent une certaine influence, à différentes reprises et par des conceptions diverses du caractère géographique des régions septentrionales du nouveau monde.

Toutes néanmoins procèdent de la cartographie lusitanienne, mais modifiée, et de façon à constituer deux ou trois séries parfaitement distinctes.

1 Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires et autres documents relatifs à la Nouvelle-France. Québec, i883, in-4°, t. I, P- n6.

2 Conditien ...by d'Ed-'Mog-Heeren State». .. toe-ge-staan ...uen een yeder , die genenlieydt mochten hebben, om een aensielijcke Colonie uyt te settcn ...op de vaste Kuste van America ., 1675, in-4. Het smertelijk naberouw , dergener die van hier na Nieuw Schotland vertrokken zign, aidas klagende ingevoert, om datze haar vaderland verlaten hebben , dienende tôt waarschuwing. Sans date. Chanson populaire sur ceux qui se repentent d’avoir émigré à la Nouvelle-Ecosse.

Catalogues de Frédérick Muller ; Amsterdam, 1872 et 1893. Il faudrait pouvoir compulser les •jo 000 brochures de la Bibliotheca Duncania (1555-1700) et la Collection Blanche (1600-1664) de la Bibliothèque royale de La Haye, ainsi que les placaets et les octroys delà Bibliothèque Thysienne (1600-1664) à Leyde.

3 On cite, notamment, Carolus Jouis, qui paraît avoir dressé les cartes pour le voyage de Munks à la baie d’Hudson. Voir infra, p. 278.

1 Dans notre collection. Malheureusement ces belles cartes 11’exposent pas de délinéations au Nord du 43°.

INTRODUCTION

La première série est représentée par plusieurs cartes fort curieuses, passées inaperçues jusqu’ici. Leur caractéristique ne provient pas de renseignements particuliers. Elle semble résulter d’interprétations, plus ou moins arbitraires, de Ptolémée et des récits de Colomb ou de Vespuce, que les imprimeurs italiens multiplièrent dès le retour en Europe de ces deux navigateurs après leurs merveilleuses expéditions.

La plus ancienne de ces catégories comprend les cartes que nous nommerons roselliennes, à cause de Francesco Roselli, de Florence, qui paraît avoir dressé les prototypes de ce genre1.

Viennent ensuite le Portulan Egerton 2, construit vers 1607, œuvre également italienne, qui se rattache au type rosellien, tout en accusant un progrès dans la délinéation de Terre-Neuve, et la mappemonde de Ruysch, où nous croyons reconnaître l'influence des tracés de Roselli. Notons enfin un dérivé direct des œuvres de ce cartographe, gravé à Venise par Bordone en 1 028 :i.

On ne peut guère à cette place que signaler ces cartes (d’ailleurs décrites et reproduites dans le corps du présent ouvrage)4, comme témoignant d’une remarquable activité géographique à Florence et à Venise, dès les commencements du xvie siècle, et dont le critique regrette de ne pouvoir retracer l’origine ou de mieux déterminer la théorie et les causes.

Nous ne saurions clore cette partie de la cartographie italienne sans appeler l’attention du lecteur sur une carte manuscrite qui a passé récemment en vente à Munich, et dont les délinéations de l’Amérique septentrionale sont tout à fait extraordinaires, étant donnée la date qu’elles portent. Voici en quels termes cette pièce curieuse est décrite dans le catalogue de vente :

» Nova chctrla marina lo facta du mi fra Bono Arigoni venexia Mccccc xi » ( 1 5 1 1 ) . Carte lort précieuse du monde entier alors connu. Très beau dessin sur vélin, exécuté à l’encre de Chine, légèrement colorié, les noms sont écrits en or, en rouge et en noir. En-dessous à droite on voit une vignette représentant le lion de S. Marc avec l’inscription ci-dessus citée, à gauche une vignette représ, le portrait de l’auteur. Ces deux vignettes sont peintes en miniature et rehaussées d’or. In fol. (84 : 24 cm).

Carte extrêmement précieuse et intéressante. Le nom de son auteur est resté inconnu ;i Nordenskiold, Kretschmar, Barrisse etc. Les parties comprenant l’Europe et l’Afrique sont rendues à peu près comme elles doivent être. Le dessinateur était au courant des nouvelles découvertes, il en a lait preuve dans son dessin de l’Asie et du Nouveau Monde

1 Clichés 10 et n, p. 66 et 67.

'l Cliché 12

Cliché 1 3 , p. 7 1 .

1 Infra , chapitre xm, p. 65-72.

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où il nous montre « terra de bacalaos » (Labrador découvert en 1499) « terra florida » (découvert en 1007) « Cuba, Hispaniolq, Brasilq, Mar dulce 1 ».

Avec ce boniment se trouve un fac-similé en phototypie de la carte réduite au quart de l'original.

Cette carte est un faux.

Pour nous en tenir au nouveau monde, voici les configurations et la nomenclature que cette carte expose :

Au Nord, une région dénommée fera de bacalaos , se terminant à l’Ouest par un grand espace maritime et au Sud par un détroit, qui la sépare du continent. De ce point, la côte continentale à l ’Est se prolonge sans solution de continuité jusqu’à la Patagonie.

Au Nord de l’équateur, à proximité de bile de Cuba, s’avance du littoral une péninsule terminée en pointe et portant l’inscription fera florida. Cette péninsule est à la longitude et à la latitude de notre Floride.

Enfin, on voit, à sa véritable place, complet de ses deux rives et parfaitement représenté, 1 isthme de Panama.

Un premier étonnement, c’est de voir dans une carte dite de l’année i5n, une configuration qu’on ne connaissait jusqu’ici que par le planisphère de Mantoue2, construit en 1020, et qui n’eut pu l’être avant, puisqu’il fallut l’exploration de Estevâo Gomez, accomplie dans cette année même, pour permettre aux cartographes de relier sous cette forme la Floride à la Nouvelle-Ecosse.

Deux autres anachronismes prouvent encore le caractère absolument apocryphe de cette carte, datée, ne l’oublions pas, d’une façon explicite et formelle, de l’année t 5 1 1 : M. ccccc. xi.

Le premier est le vocable Fera florida. Or, ce nom fut donné à cette partie du nouveau monde par Juan Ponce de Léon, en I honneur du jour où il y aborda pour la première fois : Pasqua Florida 3, le 27 mars 1 5 1 3 ; deux ans après la confection prétendue de ladite carte.

1 Catalogue de livres anciens , manuscrits, reliures, cartes dessins, etc. provenant des collections de feu le chevalier Andrea Tessier de Venise et du marquis de ***. Vente du 21 au 2.3 mai 1900. Munich, Jacques Rosenthal, 1900; p. 84, n° 638. Vendue 3. 000 marcs !

2 Infra, hors-texte X.

3 (i Floridainque appellauerant, quia resurrec-

tionis die eam insulam reperint : uocal Ilispanus pascha floridum resurrectionis diem . »

Petrus Martyr de insulis nuper inventis, dans l’édition de ses Décades, Bâle, 1 533, f° 71, recto. Il s'ensuit que d’après Pierre-Martyr d’Anghiera,

de son temps en Espagne, 011 appelait « Pâques fleuries », non ce que nous nommons de ce vocable, c’est-à-dire le dimanche des Rameaux, mais bien le jour de Pâques même.

D’autre part, le voyage au cours duquel Ponce de Léon, vit la Floride pour la première fois, fut entrepris en vertu de lettres patentes accordées seulement le 23 février i5i2 : « a veinte y très de Febrero de mil quinientos é doce anos », alors qu’il était à Porlo-Rico. Documentas ineditos de Indias, t. XXII, p. 26. Un ordre royal du 12 août suivant l’appela en Espagne (communication de 1 Archive des Indes). C’est en 1 5 1 3 , que, de

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