CHABERT
un jeune enseigne de vaisseau, de grand mérite, le marquis deCliabert1, appela l’attention de M. de Maurepas sur les dangers de la navigation dans les parages de Elle du Cap-Breton et de Terre-Neuve. Au cours de deux campagnes à l’Acadie il avait remarqué les risques auxquels s’était trouvée exposée une partie de l’escadre du duc d'Anville, surtout par suite de 1 inexactitude des cartes marines. Chabert à ce sujet exprime une opinion que nous devons répéter ici :
Il est peu cle pays, dit cet officier, où il fût aussi nécessaire de faire des observations astronomiques que dans la partie de l’Amérique septentrionale qui comprend l’Acadie, l’Isle Royale etl lsle de Terre Neuve ; il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur les cartes qui ont été jusqu’à présent le plus en usage et de voir leur peu de ressemblance : à la vérité, étant toutes fondées sur des estimes, elles ne pouvoient guères s’accorder ; mais il en étoit pas moins surprenant que dans certains endroits leurs différences montassent à près de neuf degrés de longitude ou environ 120 lieues, comme on le trouve en effet entre les cartes Angloises et Ilollandoises, dans la position de la côte orientale de l’Ile de Terre-Neuve, ce qui fait plus d’un sixième aux côtes d’Europe... Ce n’est pas que la plupart des navigateurs n’eussent reconnu depuis longtemps ce défaut dans les cartes et principalement dans les Ilollandoises par la différence qu’ils trouvoient ordinairement de leur estime à leur atterrage ; quelques-uns cependant portés à les croire exactes, aimoient mieux rejeter sur leur route une partie de l’erreur; d’autres, cherchoient à justifier les défauts journaliers dont ils s’étoient aperçus dans le courant de leur navigation, par l’influence des causes étrangères et la variété des accidens physiques 2.
L’opinion de Chabert n’avait rien d’exagéré. Le célèbre ingénieur-géographe Jacques Bellin, deux ans après, formula aussi des critiques 3. Elles ne s’adressaient qu’aux géographes anglais et visaient non des erreurs, mais un
1 Josepli-Bernard, marquis de Chabert, né en 1724, devint membre de l’Académie des sciences, directeur du Dépôt des cartes, amiral, et mourut aveugle, en i8o5. C’est une des gloires les plus pures de la marine française.
2 De Chabert, Voyage fait par ordre du roi, en ij5o et 1751, dans l’Amérique septentrionale, pour rectifier les cartes des côtes de l'Acadie, de l'ilc Royale et de l’ile de Terre-Neuve , et pour en fixer les principaux points par des observations astronomiques. Paris, Impr. royale, 1 753, in-4°, avec 6 cartes et plans reliés avec le volume. Fait partie des mémoires de l’Académie des sciences.
La carte qui nous intéresse plus particulièrement à cette place porte le titre de Carte Réduite des Cosles de l’Acadie, de l'Isle Royale,
de la partie méridionale de liste de Terre- Neuve. Dressée sur les Observations faites par
Ordre du Roy Elle a été gravée par Dheulland
et mesure 64e X 20c . Nous y relevons les noms, au Sud de l’ile, de I. d’Amiens et C. de la llune.
C’est au cours de cette exploration que Chabert rencontra, « par hasard », le banc vulgairement appelé le Bonnet Flamand, et dont il fixa la détermination bien différemment de ce que 1 on la trouve dans les caries hollandaises, où le banc était placé par 23 minutes trop au Sud et au moins 24 lieues trop loin du grand banc, dit l’habile hydrographe ( Voyage, p. 35).
3 Bellin, Remarques sur la carte de l’Amérique septentrionale, comprise entre les 28° et 72e de latitude. Paris, 1755, in-4°.