‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 227 sur 258 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

NOMENCLATURE CHRONOLOGIQUE

DU LABRADOR, DE TERRE-NEUVE ET DE LA RÉGION ADJACENTE DEPUIS LA DÉCOUVERTE JUSQU’A LA FIN DU XVIe SIÈCLE

La cartographie de dixième main, peut-être, et avec quelles lacunes ! seule nous reste aujourd’hui pour contrôler les récits des voyageurs et retracer graphiquement les découvertes accomplies au cours d’expéditions à Terre-Neuve et aux pays circon voisins. On trouve plus difficile encore de déterminer les lieux mentionnés dans les relations de voyages ou portés sur les anciennes cartes. Aussi rien de moins certain que la plupart des identifications tentées jusqu’ici pour établir la nomenclature terre-neuvienne au xvie siècle. Il ne saurait d’ailleurs en être autrement quand on songe à quel point le littoral de Terre-Neuve est déchiqueté. Les anses, les golfes, les fiords, les sinuosités, les caps et les presqu’îles escarpées sont innombrables. Ajoutons que ces profils sont tellement rapprochés les uns des autres, et si peu variés au premier abord, que les relevés dûrent être pendant plus d’un siècle fort rudimentaires.

Il en résulte que l’absence de toute hydrographie contemporaine des explorations sur lesquelles est fondée l’ancienne cartographie, rend l’œuvre du géographe aussi incertaine que laborieuse.

Ce qui vient encore compliquer le problème, c’est l’idée fausse ou superficielle que les premiers navigateurs se faisaient des contours côtiers et, par suite, l’inexactitude des tracés qu’ils nous ont transmis pendant plus de deux siècles. Les nomenclatures ne sont pas moins décevantes. Que sont les îles Emcorprada, Amborbaca , Facoala, da Fortuna , da Tormenta, les caps da Soute do , Spignus , Agrar , de Maraserba ; les rivières dos Agaes , Com-

predo ; les désignations Costcichâ , Alalhadmes , Cornecadacena , etc., noms tous clairement écrits et portés sur des cartes d’origines diverses Qu’entendait-on par 17so/rt 7c Demoni de Ramusio et de Mercator ? Que devonsnous comprendre par cette grande île à' Oberlarule placée comme une sorte d’escale entre le Groenland et le Labrador par les hydrographes dieppois, depuis l’Harleyenne et les Desceliers jusqu’aux cartes murales du Vatican ? Quoi de plus surprenant que la riche nomenclature portugaise inscrite sur la côte lahradorienne dans l’atlas de la Riccardiana et que traduisent, répètent et amplifient les mappemondes dieppoises, à commencer par le Desliens de i54i ? Les étymologies et la véritable orthographe dune multitude de noms de ce genre pourraient certainement nous éclairer sur 1 histoire et la chronologie des découvertes accomplies par les Poi tugais, les Basques, les Bretons, dans la région entière jusqu au milieu du xvi siècle. Mais où trouver ces éléments indispensables de toute reconstruction géographique ?

Il ne suffit pas de choisir dans la masse d’ilots qui bordent le littoral de Terre-Neuve ceux dont la latitude semble correspondre à certains parallèles des cartes modernes, ou dont les noms estropiés rappellent à des esprits peu doués de sens critique des désignations récentes1, pour qu ils s imaginent

> Quoi de plus puérile et de moins exact, par exemple, que la prétendue étymologie elle raisonne-

NOMENCLATU R E C H R ONOLOGIQUE

en avoir retrouvé l'étymologie ou l’origine et fixé le prototype. Les estimes et les mesures des cartographes du xvie siècle sont en grande partie hypothétiques et fort différentes des nôtres. Enfin, ce que les anciens explorateurs de cette région appelaient des îles, n’étaient presque toujours que des promontoires incomplètement relevés sur leurs épures. C’est à un tel point qu’il fallut un siècle avant qu’on songeât à relier la péninsule d’Avalon à la masse et faire de Terre-Neuve, non une presqu’île, ni un archipel, mais une île unique.

Après avoir montré par de simples contours, pour rendre l’ensemble plus visible, l’évolution cartographique dans ses phases principales, il convient de compléter ces délinéations par les nomenclatures plus ou moins déformées et fragmentaires qui nous sont parvenues. Mais ici encore le critique ne doit pas s’exagérer l’importance de cette ressource. Nous ne possédons que des dérivés des cartes originales, dérivés qui ont passé par les mains des cartographes de nationalités diverses et formant une chaîne dont beaucoup d’anneaux et, parmi ceux-ci, les premiers et les plus importants, manquent depuis de longues années. 11 s’ensuit que ces noms sont fréquemment inintelligibles et présentent des lacunes variées ou contradictoires, avec une orthographe de fantaisie, due à ce que l’auteur de la carte n’a eu souvent pour se guider qu’une source auriculaire, ou ne connaissait pas la langue de la nomenclature.

Cette corruption des termes n’est cependant pas sans une certaine utilité. Elle permet quelque fois de classer les cartes par famille et de remonter aux types les plus anciens. Quant aux noms devenus tout à fait intraduisibles, comme on en trouve tant pour Terre-Neuve et les pays adjacents

ment suivants, relevés dans un prospectus récent, et dictés par l’amour-propre national : la plaie des études historiques !

« Ferryland affords one of the best examples ofthe process by which the original English names were changed or corrupted into Portugese or French and then further corrupted by the Newfoundland sailors. Ferryland Head evidently marks the position of one of the original English territorial crosses and was known as the Foreland (to foreigners as the « English Foreland », « Le Forillon Anglois ») , a more usual expression wilh English sailors for a headland at that time than the Word « Cape. » This was translated ou the early maps into the Portugese F'arilham and the French Forillon or Ferillon. Ferryland may thus be combination of French and English • — Feriland. « Ferryland » was a thoroughly established word in Lord Baltimore’s time. Whitbourne’s Discourse, 1622, bas « Foriland » ; Wyet and Leigh in

Hakluyt Voyages, vol. iii., pp. 241-242 « Farillon » and « Farrilon ».

Comme si des marins portugais ou français se seraient jamais avisés d’appeler cap ( foreland ) un récif ou un banc d’écueils, — car c’est la véritable signification de farelhaom, farilhom et forillon. D'ailleurs , les anciens documents et les vieilles cartes, tant espagnols que portugais, inscrivent ce vocable à chaque instant, presque dans le monde entier. Est-ce que les Faralhâos sur la côte d’Estramadure de Portugal ; le Farallon du Venezuela mentionné dans les lettres pal entes de Hojeda en i5oa; 1 e Puerto del Farallon que marque Chaves en i536 sur la côte du Brésil, etc., tous placés en des lieux à une époque où jamais Anglais n’avaient encore mis les pieds, auraient aussi emprunté ce nom à la lexicographie anglaise ?

dans la cartographie lusitano-dieppoise, ce sont autant de points de repère permettant aussi de retrouver les modèles dont le cartographe s’est inspiré. Mais dans ces recherches, il faut agir avec prudence et Lien choisir ses lexiques. Par exemple, en cherchant l’étymologie des noms donnés par Jacques Cartier, c’est un dictionnaire breton qu’on songerait d’abord à consulter. Or, les Malouins parlaient le langage galot ; c’est-à-dire un patois français. Les dialectes bretons n’étaient usités que dans la partie de la Bretagne à l'Ouest de Tréguier.

Restent pour fixer les dates, les noms du calendrier. Ils sont d’une grande importance, étant donnée l’habitude fréquente des anciens navigateurs de nommer les îles et les points saillants d’après les saints dont la fête tombait le jour de la découverte. Mais il faut être certain des homonymes1. On doit pouvoir assurer que la carte est celle où figure ce nom pour la première fois; qu’il s’applique à tel saint plutôt qu’à tel autre; qu’il a été pris dans un calendrier espagnol, français, portugais ou basque, et qu’on connaît l’année du baptême géographique. Autrement, le moyen est d’une utilité fort restreinte; car, savoir le mois et le jour sans être à même de donner le millésime, c’est encore rester dans 1 incertitude. Comme preuve, citons un exemple du caractère superficiel de certaines applications de cette méthode :

En réponse à l’opinion que Jean Cabot, en 1497, fit son exploration de l'Ouest à l' Est,, un historien récent, de Terre-Neuve, répond que « la position du cap Saint-George (saint dont le jour tombe le 23 avril), et celle du cap Sainte-Lucie, (sainte dont le jour arrive le G décembre), montrent conclusivement |sfc] que le navigateur, dont la carte de La Cosa expose le voyage, a navigué de Y Est à l'Ouest ».

La carte de La Cosa est datée de Lan ijoo. A cette époque, l’Angleterre n’avait encore envoyé que deux expéditions au nouveau monde : celles de Jean Cabot en 1 407 et i4o3, et nul Européen avant lui (à l’exception des Scandinaves du xe au xme siècle) n’avait navigué dans cette partie de l’Amérique. Il s’agit donc nécessairement et exclusivement de Jean Cabot. Or, au 23 avril et au G décembre 1 497 et 1498, Jean Cabot était en Angleterre !

Malgré ce qui précède, nous n’avons pas cru pouvoir nous dispenser de dresser une liste générale et chronologique des noms et des légendes inscrits

1 Ainsi, Y Art de vérifier les dates nomme vingt aujourd’hui, le calendrier français inscrit quatre

saint Marc, quarante saint Paul et plus de cent saint Paul, dont la fêle tombe respectivement

saint Pierre; saints dont beaucoup ont figuré en janvier, en mars, en juin et en décembre !

dans les calendriers de différentes nations. Encore

NOMENCLATURE CHRONOLOGIQUE

sur les réprésentations de Terre-Neuve faites dans les deux siècles qui suivirent la découverte de cette île. Toute imparfaite qu’elle soit, en dépit de lacunes considérables et de l’impossibilité de ramener nombre de désignations à leur forme et à leur signification primitives, une telle liste peut encore rendre quelques services.

En fait, la chronologie est notre dernière ressource : ressource fort relative, puisque la plupart des cartes anciennes manuscrites ne sont pas datées et que la série est extraordinairement incomplète. Néanmoins, en cataloguant les noms d’après les cartes où (dans l’état de nos connaissances) ils apparaissent pour la première fois, on place, pour ainsi dire, des jalons utiles. Notre travail d’ailleurs n’est qu’un cadre, dans lequel des chercheurs plus favorisés ou moins difficiles, finiront sans doute par introduire des noms et des étymologies qui nous ont échappé.

i5oo

Requilia.

après 1 5o3.

VEItS ] 5o4

KUNSTMANN, N° I I I, p. 52,

LA COSA, p. 21 5 et pl. IL

C° de S. luzia.

Ansro.

KING, p. 39, et

Y. verde.

Lago fori.

KUNSTMANN, N° II, p. 49-

et l’oliveriana, p. 54 et

S. grigor.

C° de S. Jorge.

pl. IV.

Cauo de ynglaterra.

Cauo descubierto 1 .

Terra Laboratoris.

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