RÉSUMÉ
A une époque aussi tardive pour l’Angleterre que 1091, on voit des pêcheurs d une de ses îles de la Manche Venir demander aux autorités de Saint-Malo la permission de venir pêcher la morue à Terre-Neuve : autorisation que le conseil municipal leur refusa.
Néanmoins, la pêche de ce poisson sur les côtes de cette île prit aux mains des Anglais un tel développement qu’ils 11e tardèrent pas a apporter directement en Espagne et en Italie l’excédant de leurs cargaisons.
C’est encore eux qui, avec les Français, détruisirent au siècle suivant, par la concurrence, cette industrie chez les Basques et ruinèrent le port de Saint-Jean-de-Luz, que les pêcheries terre-neuviennes avaient rendu prospère.
Les documents n’attestent la présence d’aucun Européen à T. -N., avant Gaspar Corte-Real.
En l’an i5oo, Gaspar Corte-Real partit de Lisbonne, traversa l’océan Atlantique et vint atterrir sur l’extrémité septentrionale de Terre-Neuve. Mais il ne débarqua dans cette île qu’au cours de l’expédition entreprise l’année suivante.
L’atterrage se fit pendant l’été de i5oi, apparemment au Sud de la péninsule du Petit-Nord, entre 4803o' et 49°3o/ de latitude, aux environs du Gander ou de la rivière des Exploits. C’est sur les rives d’un de ces lleuves, à une lieue de l’embouchure, que les Portugais établirent leur premier campement.
Corte-Real renvoya deux de ses caravelles à Lisbonne. Leurs pilotes apportèrent des épures qui constituent les premiers éléments géographiques certains de Terre-Neuve qu’on connaisse. Ils se retrouvent dans la mappemonde dite de Cantino, dans celle de Canerio, dérivée du même prototype, et dans toutes les œuvres, globes el mappemondes de l’hydrographie lusitano-germanique jusqu’au milieu du xvie siècle.
O11 ne désigna et on ne put désigner Terre-Neuve comme « île », dans le sens que nous attachons à ce terme, que trente-quatre ans au moins après la découverte. Jusqu'alors Terra Nova ne signifia que « pays nouvellement découvert » et il s’appliqua d’une manière vague à la région qui comprend le Labrador, Terre-Neuve et le Canada.
Ce lut aussi cette contrée qu’on connut pendant le xvic siècle sous le nom général de Baccalaos ou de « Terre des Morues ».
Si dans les premières œuvres de la cartographie lusitano-germanique, Terre-Neuve allecte à première vue la forme insulaire, la côte occidentale cependant est indéfinie, pour indiquer qu’à l’époque on ne savait de visu rien de ce qui pouvait exister au delà.
Au printemps de i5o2, Miguel Corte-Real partit de Lisbonne avec deux ou trois caravelles à la recherche de son frère Gaspar. La flottille explora la région, sans succès. Miguel continua seul les recherches après avoir renvoyé en Portugal un ou deux de ses navires, nantis sans doute de renseignements géographiques.
En 1 5o3, le roi Emmanuel envoya deux navires pour retrouver Gaspar et Miguel Corte-Real. Cette expédition rapporta probablement des profils de côtes. Ce sont ces données que nous croyons avoir été employées dans Iving et dans Kunstmann n° IL
Foutes les cartes portant la désignation Terra de Corte-Real ou son équivalent, sont d’une date postérieure à i5o3.
C’est dans la carte de Iving qu’on relève pour la première fois la légende Terra Corlereal et le nom de Capo Raso, que Ruysch nomme, de visu, avant i5o6, C. de Porlogesi : le cap des Portugais.
Inlrod., p. vi.
lulrod., p. lxiii.
Introd.. p. xxi.
ïntrod., p. xxviii, et p. 36 1 .
ïntrod., p. xxii.
ïntrod., p. xxiv.
ïntrod., p. xxiii.
ïntrod., p. xxiv.
Fac-similé XXII el ]i. 3 1 3.
ïntrod., p. xiii
C’est dans Kunstmann n° Il (copie laite par un Italien d'une carte portugaise) que commence à paraître la désignation Terra de lauorador, inscrite d’abord sur le Groenland.
Le nom de Laborador peut avoir été le surnom de Joào Fernandez, compagnon de Pero de Barcellos dans des expéditions transatlantiques entreprises au xve siècle. Ce Fernandez parait être le donataire des lettres patentes de Henry YII en vertu desquelles lut fait le voyage au nouveau monde sous le pavillon de ce prince en t5oi.
La première nomenclature étendue du Labrador est exclusivement portugaise et se trouve dans la Riccardiana, au prototype de laquelle, les Dieppois, h commencer par Desliens en i54i, l’ont empruntée.
Les noms Padraôs et de la Cruz, dans les cartes, indiquent des lieux découverts par les Portugais.
L’Oliveriana, carte éclectique italienne, postérieure à l’année ioo3, dénote une connaissance du planisphère de La Cosa et du récit imprimé du troisième voyage de Vespuce. Elle présente également des tracés du Sud de Terre-Neuve, mais empruntés à quelque carte espagnole ou portugaise encore inconnue.
Le portulan Egerton, dressé vers i5o6, est, pour l’Amérique septentrionale, un dérivé du prototype de Reinel. Cette dernière, de ce fait, se trouve exposer des délinéations remontant, dans leur forme première, aussi loin que l’année i5o4-
Les configurations de Reinel proviennent d’une des premières explorations portugaises qui lurent entreprises après les désastres des deux Corte-Real.
A l’inverse de l’Angleterre, le Portugal donna suite aux découvertes de ses nationaux et il 11e cessa même pendant près d’un siècle de considérer Terre-Neuve comme partie de son domaine transatlantique. On ne connaît aucune protestation des Tudor à cet égard.
Dès le i4 octobre i5o6, le gouvernement portugais percevait un droit fiscal sur le poisson apporté de Terre-Neuve : preuve d’un développement précoce des pêcheries portugaises dans ces parages.
Nombre d’expéditions ne cessèrent pendant tout le xvie siècle, de partir des ports du Portugal et des Açores, pour la pèche de la morue ainsi que pour celle de la baleine, et en quête du passage au Cathay par le Nord-Ouest.
La famille de Corte-Real, de son côté, continua d’exercer les droits qu’il tenait du roi Emmanuel, droits que les successeurs de ce prince confirmèrent et renouvelèrent au moins jusqu’en 1579.
L’étendard de l’ordre du Christ, plusieurs fois porté par Fitz-Hugh en 1693 sur sa carte des pêcheries terre-neuviennes, montre qu’à la fin du xvnc siècle, l’Angleterre reconnaissait encore les droits du Portugal, depuis la baie Notre-Dame en suivant vers le Sud la longitude de 54° (Greenwich). De cette cause provient la persistance de la nomenclature lusitanienne sur la côte de Terre-Neuve, presque jusqu’à nos jours.
Le littoral de la Nouvelle-Ecosse, l’intérieur du golfe Saint-Laurent et les abords du Sud de Terre-Neuve ont été explorés par le navigateur portugais Joào Alvarez Fagundes avant 1 5a 1 .
Les Anglais ne commencèrent à visiter le golle Saint-Laurent que dans la dernière décade du xvie siècle.
11 n’y eut que les Français qui, de l’avis des Anglais, possédèrent à Terre-Neuve des établissements permanents au xvic siècle.
Eux seules savaient dépecer et caquer la morue.
Malgré le tracé de la côte orientale du nouveau monde dans le planisphère de La Cosa (i5oo) et l’opinion avouée des premiers navigateurs que Terre-Neuve attenait aux possessions transatlantiques de I Espagne, la première tentative des cartographes portugais pour relier les deux régions, ne se voit que dans Kunstmann n° III, carte dérivée d’un autre prototype lusitanien que celui de Cantino.
C’est dans la carte dressée à Dieppe en i 54 1 par Nicolas Desliens que pour la première lois Terre-Neuve apparaît complètement séparée du Labrador.
Les Portugais et les Anglais plaçaient le passage au Cathay dans le Nord-Ouest du Labrador; les Espagnols, entre la Floride et Terre-Neuve; les Français au Saguenay, fleuve du Canada. Ces hypothèses expliquent les nombreuses explorations qui lurent faites des côtes de l’Amérique septentrionale et l’origine d’utiles éléments cartographiques; mais en même temps de grands déboires.
C’est sur le tracé fantaisiste de Sébastien Cabot, qui prétendait avoir découvert le fameux détroit, par 6i°-64° de latitude Nord, que Frobisher fît son expédition de i5y6.
Le peu d’étendue des premiers tracés au Sud de Terre-Neuve dans l’hydrographie lusitanienne semble provenir de la crainte d’empiéter sur le domaine de l’Espagne : le traité de Tordesillas n ayant rien laissé au Portugal dans l’Amérique du Nord au Sud de 44° 3o, et à l’Ouest du 66° (Greenwich).
La carte de l’Oliveriana paraît unir Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse, et même au delà, mais en vertu d’une conception éclectique prenant pour base un dérivé de La Cosa et une carte portugaise postérieure à i5o3.
La mappemonde gravée de la collection Landau, dérivé du prototype des cartes roselliennes, décèle l’évolution à Florence et à Venise, dès les commencements du xvie siècle, d’une idée géographique reliant explicitement Terre-Neuve au continent asiatique.
Bien que Ruyseh ait visité une partie de l’Amérique septentrionale et qu'il fut géographe de prolession, sa mappemonde n’est aucunement un travail original. C’est une carte portugaise, dont à l’égard de Terre-Neuve, il a simplement accentué les contours. Elle expose néanmoins (tacitement) les plus anciennes traces cartographiques connues d une expédition anglaise à l’ile même, et de la présence dans cette région des Bretons de l’Armorique.
Les délinéations américaines dans la mappemonde de Ruyseh sont antérieures à juillet 1 5oG, bien que gravées en i5o8.
La péninsule d’Avalon et les baies de Plaisance et de Fortune apparaissent au moins dès le planisphère d Ottomanno Freducci, qui, pour Terre-Neuve, s est inspiré des cartographes lusitaniens.
La baie Sainte-Marie et une forme plus accentuée de celle de Plaisance se voient pour la première lois dans Viegas.
Les Portugais furent donc les premiers à noter ces importantes configurations.
Par contre, la péninsule du Petit-Nord leur resta longtemps inconnue, comme telle.
C est aux Portugais que revient le mérite des premières explorations du Labrador au
Inlrod., p. xiv.
P. xii et lxiv.
Fac-similé XI et p. 204.
Introd., p. xxiv.
Introd., p. xxx.
Idem .
Fac-similé X.
moins jusqu’en 1041, date à laquelle Joào III n’accorda plus de lettres patentes pour des voyages dans ce pays, a cause des nombreux navires portugais qui s’y perdirent.
La nomenclature lusitanienne dans Yiegas et la Riccardiana montre que ce sont encore les Portugais qui après Fagundes devancèrent les navigateurs des autres nations sur les côtes Nord-Est et Sud-Ouest du golfe Saint-Laurent, voire à la Nouvelle-Écosse.
Ils furent cependant précédés au Nord de Elle du Cap-Breton et dans l’archipel situé au Sud de Terre-Neuve par les Bretons de l’Armorique.
Au moins dès 1010, les Bretons faisaient concurrence aux pêcheurs normands, pour la morue, sur le marché de Rouen.
D’autre part, les Rouennais équipaient même avant i5o(5, des flottilles de morutiers pour Terre-Neuve.
Cette activité se voit dans la plupart des ports de la Normandie, de la Bretagne, en Saintonge et dans le Bordelais, dès le premier quart du xvie siècle.
C’est dans ce mouvement maritime, qu’il faut chercher les éléments cartographiques qui ont servi de base à bon nombre de cartes dressées en France et surtout en Hollande.
Les hydrographes espagnols n’ont connu que l’entrée méridionale du golfe Saint- Laurent, sans dépasser à l’Ouest, 6o° long (Greenwich).
L’opinion, mainte fois répétée, que si dans la carte de Ribeiro (1529) cette entrée se trouve fermée, c’est parce que le gouvernement espagnol prétendait que c’était l’ouverture du détroit conduisant au Cathay, qu’il ne voulait pas divulguer, est absurde.
11 est probable que la mystérieuse ile Saint-Jean que marquent les cartes portugaises, espagnoles et dieppoises sur la côte orientale de la Nouvelle-Ecosse, est seulement la partie de 111e du Cap-Breton qui se trouve séparée de la masse (ou à peu près) par le fiord du Bras-d’Or, et qu elle a été primitivement configurée sous cette forme d’ile par les pêcheurs bretons.
C’est des épures rapportées par Estevào Gomez (i425) que dans toutes les œuvres de l’hydrographie sévillane, jusqu’il la fin du xvie siècle, et dans ses dérivés, date le tracé complet de la côte depuis le Labrador et Terre-Neuve jusqu'à la Floride.
Le point de repère dans cette cartographie est la forme qu’elle attribue à la presqu'île d’Avalon.
La plus ancienne délinéation de l’Amérique du Nord tracée par un Français qui nous soit parvenue se trouve sur le globe de Robert de Bailly, daté de i53o.
Elle sépare nettement de l’Asie le nouveau continent, séparation non moins accentuée dans les mappemondes de l’IIarleycnne, de Desliens et de Desceliers.
C’est une conception géographique imaginée par les cartographes dieppois, dont les autres traits particuliers sont :
Le morcellement extraordinaire de Elle de Terre-Neuve : interprétation erronée de la découverte du détroit de Belle-Isle par Jacques Cartier.
L’introduction, dans les cartes et les récits, de la contrée ainsi que de la ville de Norembègue : légende dieppoise, qui peut avoir été forgée par les compagnons normands de Verrazano en i5%4-
Les tracés du fleuve Saint-Laurent et des grands lacs.
La nomenclature du Labrador, bien qu’empruntée en grande partie a l’hydrographie portugaise.
La cartographie dieppoise est, pour l’Amérique septentrionale, d’origine lusitanienne. On peut y voir une suite des rapports intimes qui s’établirent entre la France et le Portugal lors de la guerre contre la Castille et l’Ara go n coalisés ( 1 4 7 ) -
Mais déjà des cosmographes portugais étaient établis en France.
Au commencement du xvie siècle, les ports de Normandie et de Bretagne employaient des pilotes lusitaniens pour leurs expéditions maritimes au Brésil et aux Indes.
Les géographes dieppois, en prolongeant jusqu’au détroit de Belle-lsle les baies profondes marquées dans les cartes portugaises, transformèrent Terre-Neuve, jusqu’en 1 534 portée comme péninsule, en un nombreux archipel.
Le premier spécimen connu de cette méprise (qui prévalut pendant un quart de siècle), se rencontre dans la carte dressée par Desliens en i 54 1 -
Par contre, c’est seulement à la suite des voyages de Cartier que l’Ile du Cap- Breton apparût dégagée et qu’on vit sur les cartes la partie méridionale du véritable golfe Saint-Laurent.
Les cartographes espagnols, français et italiens se sont pour la plupart inspirés des profils terre-neuviens de Reinel.
C’est dans la carte de Yiegas ( 1 534) et dans celle de la Riccarcliana que se voient les dernières configurations exclusivement lusitaniennes de Terre-Neuve.
Les cartes de Jacques Cartier différaient sensiblement des oeuvres dieppoises que nous possédons. Celle du premier voyage n indiquait pas la grande entrée méridionale du golfe Saint-Laurent, et dans les autres, ce que nous appelons l ile du Prince Edouard n’a pu y figurer que comme côte occidentale de l’Acadie.
Les Portugais et les Rochellais peuvent avoir reconnu le détroit de Belle-lsle avant Jacques Cartier, mais par l’entrée qui se trouve dans le golfe Saint-Laurent.
La partie centrale du Canada dans la mappemonde ajoutée par Hakluyt à sa collection de voyages, publiée en 1099, est empruntée à la carte que Jacques Noël dressa d’après celle de Jacques Cartier lui-même.
Aucun des tracés du cours de la rivière Saint-Laurent presque jusqu’à la fin du xvic siècle ne s’étend au delà du point extrême exploré ou décrit par Jacques Cartier en
Il en est de même des grands lacs.
Les délinéations de Terre-Neuve et du Canada dans le planisphère de Sébastien Cabot ( 1 544) sont plagiées cl’une carte dieppoise, du type du premier Desliens.
La mappemonde harleyenne a été dressée après octobre i54a. C’est la première carte dieppoise indiquant (d’après quelque prototype portugais) la tendance cartographique de Terre-Neuve vers une configuration compacte et insulaire.
Les contours de cette ile ne sont pas identiques dans toutes les cartes dieppoises, bien que signées parfois du même nom, et sans que cette divergence résulte d’un progrès dans les connaissances géographiques. Aussi est-on fondé à admettre l’existence à Dieppe d’au moins deux types de cartes franco-américaines.
A l’exception du Desliens de 1 54 1 et de l’atlas de Jehan Roze, toute cette famille de cartes expose les résultats des trois voyages de Cartier à Terre-Neuve et au Canada.
La base topographique ne cesse pas d’être portugaise et les tracés continuent à suivre l’évolution progressive des cartes lusitaniennes pour ces régions. L’influence française
Introd., p. r..
Inlrod., p. i.r.
fntrod., p. xxn.
Idem .
TE RR E-N EU V E
Frontispice et p. 224.
ic-similé XVII.
ne s'y tait sentir que dans la nomenclature additionnelle, prise des récits du navigateur mal o u in.
Ce que relate Jehan All'onse, non seulement touchant Terre-Neuve et le Canada, mais it propos de la plupart des pays qu’il dit avoir visités, est sujet à caution.
Maintes parties de sa Cosmographie ont été plagiées de la Suma de Enciso (Séville, 1.J19 et i53o). C’est surtout par les Voyages aventureux, médiocre paraphrase abrégée de ladite Cosmographie , que les descriptions imaginaires du pilote Saintongeois se sont répandues.
Il n’y a rien d’utile à tirer, concernant le Labrador et Terre-Neuve, des cartes et des olobes dits verrazaniens.
Le caractère insulaire de Terre-Neuve dans les œuves postérieures de l’hydrographie lusitano-germanique, n’est pas dù a une connaissance plus lidèle des contours de l’île. C’est toujours le tracé de Cantino.
11 en est de même du détroit qui dans les Mercator de 1 538 et 1 54 1 sépare Terre- Neuve du continent et produit l’illusion du détroit de Belle-Isle. C’est encore une interprétation arbitraire d’une carte de ce type.
Une conception exacte de l’ensemble de Terre-Neuve, mais tracée sur une très petite échelle et qui semble avoir été une opinion isolée, se remarque dès 1 543 dans le portulan dressé par Giovanni Benedetto, cartographe siennois au service de François Ier.
Quoique Alfonse en i544 réduise déjà Terre-Neuve à deux fragments, c’est encore l’hydrographie portugaise qui, par une réduction dans le nombre des segments et la forme donnée à ces parties séparées, ouvrit la voie définitive à ce progrès cartographique.
Dans Vallard. les Desceliers de i55o et 1 553 et le Velho de 1 56 1 , on voit poindre la presqu’île de Petit-Nord; dans 1 île du Sud-Est, l’appendice d’Avalon, — bien que déjà indiqué par Ottomanno Freducci — et dans celle du Sud-Ouest la presqu’île du cap Saint-George.
C’est chez les Portugais que commencent à se manifester les premiers doutes concernant la configuration occidentale de Terre Neuve.
L évolution s’accentue; la Carte portugaise du Dépôt en marque les premiers progrès.
La cartographie amerieano-italique, après avoir débuté (i5i 1) par des contours cantiniens, s’inspire, depuis Gastaldi jusqu’à Martines ( 1 546- 1 R90), des premières cartes dieppoises, mais elle n’en suit pas les développements.
Desliens, en i563, arrive, comme Benedetto vingt ans auparavant, à une conception uni-insulaire de Terre-Neuve.
Cette innovation n’est pas adoptée par les cartographes normands. Le Testu, De \ aulx, Pastoret, continuent les anciens errements. Le grand Mercator lui-même, dans sa célèbre mappemonde de 1 56g 11e s’inspire que d’une vieille carte lusitano-dieppoise pour sa configuration de Terre-Neuve.
En 1 583, deux cents lieues de la côte, depuis le Cap-Breton vers le Sud-Ouest furent explorées aux dépens du cardinal de Bourbon, par Stephen Bellinger, Anglais établi à Rouen. Aucune carte connue ne reproduit ce parcours ou ne cite Bellinger. Hakluyt seul le nomme.
Les cartographes hollandais et belges, tributaires des Portugais jusqu’à la fin du xvi<! siècle, arrivent d’un bond, particulièrement avec Pierre Bertius (1600) à la configuration d’ensemble de Terre-Neuve la plus satisfaisante qu’on eut encore vue. Elle se trouve exposée dans une carte gravée sur cuivre : la première de ce genre pour cette île.
L’épure de la Bibliothèque de Stockholm expose une forme générale de Terre-Neuve, p curieuse par ses contours, surtout pour l’époque de Hall (i6o5), si elle est véritablement de cette date.
La carte de Jacobsen (1621) est un dérivé lusitano-normand, non moins notable à cet égard.
Les configurations terre-neuviennes des atlas maritimes construits en Hollande dans la seconde moitié du xvne siècle, sont des adaptations plus ou moins arbitraires des cartes portugaises et françaises, habilement coordonnées, gravées et propagées.
Le Champlain de 1612, loin d’être une œuvre originale, dérive du prototype de ]
Dirckx et est inférieure au « petit cartron » de Bertius. La dernière production du célèbre colonisateur et hydrographe français (1629) est supérieure comme ensemble et orientation à sa première, mais avec une presqu île avalonienne qui laisse beaucoup à désirer, même pour l’époque.
Les plus anciennes cartes dressées en Angleterre et où il soit fait mention de Terre- Neuve, sont l’œuvre d’un Dieppois, Jehan Roze (1042), au service de Henry Y1II. Elles sont entièrement lusitano-dieppoises, sans traces d’explorations ou de nomenclature anglaise.
Vient ensuite la carte manuscrite de John Dee (i.58o), dérivé direct d’une carte portugaise du type de Homem.
Toutes les cartes anglaises qui suivirent, pendant près d’un siècle, empruntèrent P. 2 1 leurs données géographiques sur Terre-Neuve à des œuvres dieppoises, italiennes ou hollandaises.
L’action gourvernementale des Anglais à Terre-Neuve ne date que de 1610, quand John Guy créa un établissement dans la baie de la Conception, qu’on transporta à Saint- Jean, puis à l’Est, en s’avançant vers le cap Race.
La partie Nord de l’ile et presque tout le Sud furent fréquentés par les Français exclusivement jusqu’au milieu du xvne siècle.
Les désignations en langue anglaise dans le Jacobsen de 1621 indiquent l’existence avant cette date de cartes usuelles et probablement gravées où Terre-Neuve était représentée et qui furent dressées par des Anglais où à leur usage par des cartographes étrangers. On n’en connaît pas aujourd’hui de cette catégorie.
La carte de Mason (1626) est une copie de quelque œuvre hollandaise, sur laquelle il a plaqué la première nomenclature anglaise importante qu'on connaisse.
Nous n’avons commencé à voir de travail cartographique anglais original que dans la carte particulière de Terre-Neuve dressée par Henry Southwood (167b) et importante pour la presqu’île d’Avalon et ses abords.
La première exploration totale de l’ile faite par un officier de la marine royale de p France est celle du lieutenant de Courcelle (1675). Mais elle fut de trop courte durée et pour que la carte qui en témoigne ait eu pour base de véritables travaux hydrographiques.
P. 3oi .
sirnilé XXIII p. 3 1 7-3ai .