JUAN DE LA COSA
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habile lithographe polonais nommé Rembiélinski , ce curieux monument de la géographie a été si souvent analysé que nous croyons inutile de le décrire en détail. Mais comme c’est cette carte qu’on invoque, surtout aujourd’hui, pour fixer l’atterrage de Jean Cahot et, par suite, sa découverte possible ou supposée de Terre-Neuve, il est nécessaire de rappeler ici les contours septentrionaux du continent américain, tels que La Cosa les expose. En outre, ce sont les plus anciennes délinéations de l’Amérique septentrionale connues. On s’explique donc l’importance que les géographes attachent à ce document, par rapport au problème à résoudre.
La première question, c’est d’établir la connexité qui peut exister, en dehors des configurations mêmes de la carte, entre l’origine de celle-ci et les voyages de Jean Cahot au nouveau monde.
Dans une dépêche adressée, de Londres, le a5 juillet 1/198, par Pedro de Ayala aux Rois Catholiques, dont il était l’un des deux ambassadeurs en Angleterre, ce diplomate dit posséder la carte que Jean Cabot avait rapportée de son premier voyage et exprime 1 intention de la leur envoyer2. Il le fit sans doute, et comme sa dépêche énonce que les contrées découvertes par Cabot se trouvent « au commencement de la partie dévolue à Leurs Majestés par le traité avec le Portugal » 3, on comprend pourquoi dès cette époque
DECOUVERTE DU CONTINENT PAR JEAN CABOT i5
aux informations, « bien que, dit finement le procès-verbal des séances, ces cartes semblassent ne pouvoir servir à rien du tout ou à pas grand’chose, car elles étaient anciennes 1 ». Rien n’advint, naturellement, de cette démarche hispano-académique et on ne sait ce que ces précieux documents sont devenus.
Le plus ancien spécimen de ce genre qui nous soit parvenu est ce qui paraît être une réplique contemporaine du planisphère dressé en 1000 au port Sainte-Marie par Juan de la Cosa, pilote de Christophe Colomb. Elle fut trouvée à Paris chez un brocanteur, par le baron Walckenaer, et communiquée à Humboldt en i832. Reproduit en fac-similé pour Jomard par un
1 « Sin embargo de haber parecido que eran de poco ô ningun uso, porque eran antiguas... » Procès-verbal de P Académie royale de l’Histoire, 18 juin 1762 ; cité dans les Relaciones geograficas de Indias ; Madrid, 1 88 5 , t. II, p. xi.
2 Sir Cléments Markham se trompe lorsqu’il dit positivement que Pedro de Avala « mentions in bis despatch of July 25, 1498, that the chart had been sent to Spain ». ( Geograpliical Journal, t. IX, n° 6, p. 607). Voici le texte relevé sur la copie même qu’en a faite Bergenrotii àSimancas :
« Porque creo V. A. ya tendra aviso de todo lo
[ ] y asymismo a la carta o mapa mundi que
este lia fecho, yo no la enbio agora, que aqui la ay ». Il y a évidemment une lacune après « todo lo », et plus bas il faut lire, selon nous, « [aun] que aqui la hay » ; et traduire la phrase ainsi : « Parce que je crois que Y. A. ont déjà connaissance de tout ce qui et quant à la carte ou
mappemonde que celui-ci [Cabot] a faite, je ne vous l envoie pas maintenant, quoique je l’aie ici. »
3 <( Yo vista [sic] la derrota que llevan y la canlitad del camino hallo que es lo que han hallado
reculée, ces pays nouveaux font corps, dans une carte espagnole, avec le continent, au lieu d’être représentés sous la forme d’îles ou de régions séparées de la terre ferme, comme nous les voyons, par exemple , dans le prototype portugais des cartes lusitano-germaniques et dans leurs dérivés.
D’autre part, on lit sur le planisphère de Juan de la Cosa qu'il fut dressé « en ano de iooo ». Le critique peut serrer la date de plus près. La Cosa partit avec Hojeda le 18 mai 1 490 1 et nc retourna en Espagne qu’au milieu d’avril i5oo2. 11 traversa de nouveau l’Atlantique, comme pilote de Bastidas, en octobre suivant3, voyage duquel il ne revint dans son pays que deux ans après. La carte a donc été faite entre avril et octobre iaoo. Elle ne contient d’ailleurs aucun renseignement postérieur à l’automne de cette année4.
Nous devions fixer l’époque de la confection de ce planisphère pour déterminer s’il pouvait aussi contenir les renseignements géographiques recueillis par Jean Cabot dans son second voyage. On possède aujourd'hui la preuve que ce navigateur, loin d’avoir péri, revint de cette expédition avant le 24 septembre 1498 5. Pedro de Ayala, qui alors se trouvait à Londres et avait eu entre les mains la carte du premier voyage, a donc pu obtenir de même celle du second et l’envoyer également aux Bois Catholiques, puisqu’il continua à correspondre d'Angleterre avec eux jusqu’à son départ pour la Flandre, en juin i5oo. Mais est-il probable que ce diplomate avisé eut pris cette fois la peine d’obtenir les épures de Cabot ? Nous en doutons. L'entreprise fut certainement un insuccès complet : Cabot, cela va de soi, n’aborda pas à Cipango, ni ne rapporta les perles et les épices qu’il était allé chercher. On se le représente longeant avec anxiété le littoral du Canada à la recherche de ces richesses imaginaires, espoir inspiré par les récits de Marco Polo, et ne rencontrant ab-
o buscanlo que V. A. posecn, porque es al cabo que V. A. capo [ sic pro « cupo »] por la convencion con Portugal [Traité de Tordesillas, 1 494] ». Jean et Séb. Cabot, doc. XIII. Ce passage a été omis par Bergexroth.
1 « xviij de mayo de XCIX anos, del puerto de Santà Maria ». Déposition de Juan Velâzquez. (Documents publiés par Mmo la duchesse de Berwick et d’Albe ; Madrid, 1802, p. 20; Discovery, p. 676 et 678).
2 lto.iED.v et La Cosa revinrent quelques jours : « dende a pocos dias » (Déposition de Nicolas Perez), après Guerra et Nnïo, et ceux-ci, partis de Curiana « octavo idus februarii », débarquèrent à Cadix après « unum et sexaginta dies in itinerc ». P. Martyr, Decad. I, lib. viii.
3 Comme La Cosa et Bastidas retournèrent à Cadix en septembre 1 5o2, après une absence de
23 mois : « veinte y très meses » (Bernaldez, t. II, p. 253), il partit d’Espagne en octobre i5oo.
4 Le renseignement le plus récent est la mention de la découverte du cap Saint-Augustin (?) par Vicenle Yaîiez Pinzon : « Este cauo se descubrio en ano de mil y nnxcix por Castilla syendc descobridor vicentians ». Pixzox revint en Espagne le 3o septembre 1 5oo (Ms. de Ferrare, lib. VII, clelli Antipodi ; P. Martyr, Decad. I, lib. IX, f° 20). La nouvelle de l’atterrage de Cabral au Brésil, représenté par la légende : « Ylla descubierta per Portugal », ne fut guère apportée à Lisbonne qu’eu juillet i5oo, par Gaspard de Lemos .
5 Edward Scott, The Cusloms Roll of the Portoj Bristol; A. D. lhOG-MHO. Bristol, 1897, in-fol., avec fac-similés et American historical Reeiew ; New-York, avril 1898, p. 4 49 45 5 .