LES CARTES PORTUGAISES
Nous allons maintenant aborder des cartes et des textes plus précis ; c’està-dire les documents cartographiques et autres concernant le dernier voyage de Gaspar Corte-Real, sous le pavillon d’Emmanuel le Fortuné, quatre ans après la première expédition de Jean Cabot.
Il faut d’abord décrire les éléments dont l’hydrographie portugaise s’est servie à cette époque pour dresser des cartes du nouveau monde. Plusieurs planisphères contemporains des découvertes transatlantiques et conservés dans les collections de la France, de l’Allemagne et de l’Italie nous en offrent le moyen.
Dans une carte lusitanienne exposant les contours de l’Amérique, îles et terre ferme, connus avant 1002, on devait voir au Nord-Ouest de l’Océan Atlantique et émergeant de la bordure à la gauche du lecteur, une terre continentale présentant une certaine ressemblance, pai sa position et par sa forme, avec la partie du littoral des Etats-Unis qui s’étend des environs de l’Etat du Maine à l’entrée du golfe du Mexique, y compris la péninsule lloridienne.
Faisant face à l’extrémité Sud-Est de cette terre continentale, le lecteur remarquera l’ile de Cuba (Ylhci yssabelld), que nous mettons en vedette1, car elle sert, par sa forme si caractéristique, à reconnaître du premier coup d’œil tous les dérivés de l’hydrographie lusitano-germanique pour cette région et même pour l’Amérique septentrionale.
Nous devrions peut-être arrêter ici notre analyse, car les régions qui restent à décrire sont fort éloignées de Terre-Neuve, sujet de la présente
* Dans la carte 4- La partie occidenlale de 1 i le y affecte une forme qu’on a qualifiée de champignonnaire ; dans La Cosa et lOliveriana elle ressemble à un colimaçon, tandis que l’hydro-
graphie sévillane (Weimar et ses dérivés) en fait une péninsule étroite et pointue. Ces différences sont à noter, car elles permettent de retrouver la plupart des prototypes.
L’HYDROGRAPIIIE AMÉRICANO-PORTUGAISE EN i5oo
étude. Il faut néanmoins la poursuivre afin de fixer, si faire se peut, la chronologie de toutes ces configurations.
Dans ce prototype portugais, la côte occidentale de la péninsule simili-
floridienne se raccordait, comme dans les cartes modernes, à l’Ouest et au Sud-Ouest, avec une côte 1 conduisant à une vaste échancrure semblable au Golfe du Mexique et parsemée d’îles imaginaires. Le littoral ne s’arrêtait qu’à la latitude de l’archipel du cap Vert.
C’est seulement dans l’hiver de 1498-1499 que les cartographes lusita-
1 II n’en resle plus qu’un faible vestige dans le planisphère de Cantino, mutilé pour en faire un
paravent; mais toute celte partie delà côte se retrouve dans la carte de Canerio.
niens purent commencer à tracer une partie de la côte septentrionale de 1 Amérique du Sud, mais en empruntant leurs données à ce qu’ils pouvaient apprendre des premières explorations des Espagnols dans cette région,