Cuba selon Cantino
c’est-à-dire la découverte de l’ilc de la Trinité, des bouches de l’Orénoque et de la côte de Paria, accomplie par Christophe Colomb en août de cette année, et qu’on ne connut à Séville que dans la seconde moitié de novembre suivant b
En 1499, la côte fut prolongée sur les cartes à l’Ouest, en conséquence de l’exploration faite par Hojeda de concert avec La Cosa, depuis Paria jusqu’à la province de Coquibacoa et au cap de la Vêla, au mois d’août de cette année ; mais ces résultats ne furent divulgués à Séville qu’en avril i5oo.
L’automne suivant, l’espace à l’Est, entre Paria et le cap Saint-Augustin, c’est-à-dire jusqu’à l’extrémité orientale de la côte, fut rempli à l'aide des épures rapportées par Vincente Yanez Pinzon. Parti de Palos en décembre 1499, ce navigateur atterra (mais nous ne savons s’il débarqua) sur le promontoire le plus oriental du Brésil, suivit le littoral dans la direction de l’Ouest, reconnut le golfe de Maranhào, ainsi que l’Amazone, et reprit peutêtre *, mais après avoir quitté Santo-Domingo, son exploration de l’Est à
1 La nouvelle de cette découverte fut envoyée de Santo-Domingo par Christophe Colomb, le iS octobre i5oo; mais les cinq navires qui l’apportaient n arrivèrent à Cadix qu’après une traversée de quarante jours, soit le 20 novembre. (Lettre de Simone del Verde à Mateo Cini ; Bibliotheca Americana Vetustissima, p. 470-47 L
et Christophe Colomb, t. II, p. 95-99.) Une carte fut envoyée par la même occasion (Las Casas, t. II, p. 354 et Discovery, n° 29, p. 408-409 ; Pleitos de Colon, t. I, p. 149, déposition de Pedro de Akuoyal).
2 O11 peut conjecturer que Pinzon ne se rendit pas directement en Espagne lorsqu il quitta His-
L’HYDROGRAPHIE AMÉRICANO-PORTUGAISE EN Ooo
l’Ouest. Le 3o septembre iooo, il était de retour en Espagne, où se trouvait aussi Jean de La Cosa, et ils durent se rencontrer, à Cadix ou à Séville, dans la première semaine d’octobre.
Ce sont les renseignements rapportés de ce voyage et, pour une partie, par Juan de Lepe le mois suivant, qui sans doute servirent à La Cosa pour compléter ce qu’il trace de la côte Nord de l’Amérique du Sud. Mais le cas fut différent à l’égard de l’hydrographie portugaise, à en juger par la mappemonde de Cantino ; car les contours de cette région, les latitudes et la nomenclature diffèrent sensiblement dans les deux cartes.
On s’est demandé si Améric Yespuce n’a pu fournir les éléments nécessaires aux cartographes lusitaniens, c’est-à-dire si ces derniers n’auraient pas eu connaissance d’une carte faite par lui. Cela n’aurait rien d'impossible si l’on admet l’authenticité de son second voyage, — comme entreprise indépendante, — puisque, d’après le récit plus ou moins écourté que nous en avons, Yespuce explora ce littoral depuis la côte Nord-Est du Brésil jusqu’au cap de la Vêla, et il était de retour en Espagne le 8 septembre i5oo. Si, au contraire, ce voyage se confond avec celui d’Hojeda, comme on le croit généralement, ce n’est pas de visu que Yespuce eût pu se procurer les renseignements nécessaires pour tracer la côte qui s’étend du cap Saint-Roque à l’embouchure de l’Orénoque.
Dans l’hypothèse que le voyage d’Hojeda et le second voyage de Vespuce ne font qu’un, le navigateur florentin se trouvait à Séville dès avril i5oo. Si, au contraire, on accorde un caractère absolument séparé à cette entreprise de Vespuce, celui-ci était dans cette ville vers le 8 septembre suivant. En tout cas, ce qu’il raconte des messagers qui lui furent envoyés par le roi de Portugal, à plusieurs reprises, de l’état de sa santé et d’un repos nécessaire après de si grandes fatigues1, porte à croire que Vespuce resta en Andalousie au moins jusqu’à l’hiver. Il a donc pu obtenir de Vicente Variez Pinzon, qui revint à Séville le 3o septembre i5oo, des détails cartographiques touchant la côte, depuis le cap Saint-Augustin jusqu’à Paria. Ces rensei-
paniola le a3 juin i5oo. Ce navigateur semble avoir continué son entreprise en explorant alors un espace de 4°° lieues à l’Ouest de cotte île : « et deli dicono essere de poi andati per ponente 4oolige in certaprovintia » (Ms. de Ferrare, lib. 7 delli Antipodï). C'est même dans cette région qu’il aurait perdu deux navires sur quatre. D’autre part, Colomb dit que Pinzon arriva à Hispaniola avec quatre caravelles : « En esto llego Vicente Yanez con cuatro caravellas ». (Lettre à la nour-
rice ; Navarrete, t. I, p- 267.) C’est donc après et non avant son arrivée dans cette île que Pinzon essuya la terrible tempête où la moitié de sa flottille lit naufrage.
1 « Standomi dipoi in Sibylia, riposandomi di tanti mia trauagli, che i questi due uiaggi haueuo passati... expedii el messagiero, o dicendo che stano male, et che quando stessi buono... forei quanto mimandasse. » Lettera di Amerigo Vespucci ; verso de b. vi.
gnements, ajoutés à ceux qu’il avait recueillis lui-même pendant l’été de 1499, permettaient un tracé complet depuis l’angle Nord-Est de l’Amérique méridionale jusqu’à la presqu’île de Paragoana. En tous cas, c’est de cette source que doivent provenir les tracés de l'île de la Trinité et du fond du golfe de Paria qu'on remarque dans les cartes de La Cosa et de Cantino, car Colomb ne connut de cette région que la côte Sud de la Tiinité et la péninsule étroite qui borde le golfe de Paria au Nord avec une partie du littoral de ce nom.
Lorsque Vespuce, acceptant les offres du roi Emmanuel, alla s’établir à Lisbonne pendant l’hiver, ce semble, de i5oo à i5oi, on dut lui communiquer les données géographiques obtenues par Cabrai et apportées en Portugal vers juillet i5oo par Gaspar de Lemos. Juan de La Cosa, lui, n’eut cependant à cette époque qu’une idée vague de la découverte du Brésil, puisque dans son planisphère, terminé trois mois après, c’est sous la forme d’une île, et très éloignée du continent, que se trouve représenté le pays découvert par le navigateur portugais.
On est donc fondé à croire que dès le printemps de i5oi, et même avant, il existait à Lisbonne un planisphère, lequel, à l’exception des résultats du troisième voyage de Gaspar Corte-Real, a servi de prototype à la carte de Cantino. Rien n’empêche non plus que ce modèle ait été construit par Améric Vespuce, et à Lisbonne même, mais alors, avant mai i5oi, époque de son départ de cette ville pour sa troisième expédition.