‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 36 sur 258 · VOYAGES DE G. CORTE-REAL · texte numérisé non relu

VOYAGES DE G. CORTE-REAL

que esta debaixo do Norte en cincoenta graos daltura1. » Si cette latitude est exacte, notre navigateur aurait atterri aux environs de la baie Notre-Dame. De Goes ajoute que le pays était très froid, couvert de grands arbres, et que, pour cette raison, Corte-Real le nomma La Terre-Verte 2.

Cependant, lorsque nous songeons au manque ordinaire de précision et de critique des anciens chroniqueurs, au peu de probabilité que Galvâo, qui passa la plus grande partie de sa vie aux Indes et revint à Lisbonne seulement pour y finir ses jours à l’hôpital, ait pu consulter des documents originaux conservés à la Torre do Tombo ; que Goes écrivait soixante ans après les événements et qu’il était assez mal renseigné pour croire qu’on ne reçut plus jamais de nouvelles de Gaspar Corte-Real après son départ en mai i5oi, alors que deux de ses caravelles revinrent à Lisbonne en octobre suivant, nous sommes pris d’un doute.

L’hésitation augmente lorsqu’on rapproche le récit donné par Damiâo de Goes de ce que rapporte Pasqualigo. Quand cet esprit précis et véridique, comme tous les diplomates vénitiens de l’époque dans leurs rapports avec la Seigneurie, relate que la terre découverte en i5oi n’est qu’une continuation de celle que Corte-Real découvrit l’année précédente, mais qu’il ne put atteindre à cause d’immenses banquises, son langage n’implique-t-il pas que le navigateur revint à Lisbonne sans avoir pu alors atterrir nulle part ? Pasqualigo, selon nous, ne s’en serait pas tenu à une phrase aussi brève si, virant de bord, Corte-Real avait navigué vers le Sud et fini par rencontrer un port ou une plage propice à l’atterrissement de ses caravelles. Puis, dans ces conditions, il n’aurait guère fait qu’aborder de nouveau aux lieux découverts par lui-même une année auparavant, et la description s’en fût certainement ressentie.

Gomara (i55i) et Ramusio (1 563) donnent quelques détails supplémentaires sur ce voyage ; mais nous les écartons ; car, à notre avis, ils ont été empruntés à Pasqualigo (d’après les Paesi, publiés dès 1507) et en mêlant la seconde avec la troisième expédition. Quant aux latitudes de 5o° et Co° données par ces historiens, il ne faut y voir que leur interprétation de portulans portugais, comme nous en possédons encore plusieurs, et où se voit à ces hauteurs une Terra Corterealis.

Ce qu’il faut retenir de la comparaison de ces textes, c'est que, en toute

1 Tratado que compos o nobre e notauel capitâo Antonio Galuaô . S. 1 n. d. (mais Lisbonne, 1 563), in-8°, f° 29, verso.

2 « Nesta viajem descobrio, perà quella banda do Norte, hîia terra que por ser muito fresca, e

de grades aruoredos, quomo ho sam todas has que jazé peraqueRa bàda, lhe pos nome terra verde. » Chronica do F. Rei dom Emanuel, coinposita per Damiam De Goes . Lisbonne, 1 566 , in-vol., f° 65.

probabilité, Gaspar Corte-Real découvrit, lors de son second voyage, une terre, laquelle, d’après une brève description de Pasqualigo et l’époque vraisemblable de la découverte, devait être située sur la côte Sud-Est du Labrador ou sur la côte Nord-Est de Terre-Neuve, mais qu’il ne fit que l’apercevoir.

En bonne logique, on peut donc présumer que la partie exacte de tous ces récits, qu’ils proviennent de Galvâo, de Goes ou de Ramusio, se rapporte non au second, mais au troisième voyage de Corte-Real.

Pour cette dernière expédition, nous possédons des renseignements authentiques transmis parce même Pasqualigo et par Alberto Cantino, l’envoyé d’Hercule d’Este auprès du roi de Portugal. L’un et l’autre furent témoins oculaires du retour des caravelles, et leurs récits sont confirmés par la belle mappemonde que Cantino fit dresser ou copier à Lisbonne par l’ordre de son maître avant novembre i5o2 et dont nous avons déjà parlé.

Le diplomate ferrarais cependant se trompe sur la durée de la traversée, laquelle ne peut avoir été, « par un bon vent constant », de quatre mois pour le premier atterrissage (au Groenland) et de trois pour le second (sur la côte Nord-Est américaine), soit sept mois passés continuellement sur mer avant de pouvoir aborder. Parti de Lisbonne le i5 mai i5oi *, deux des caravelles de Corte-Real étaient de retour dans le port, l’une le 9, l’autre le 11 octobre suivant, après une navigation d’un mois seulement, c’est-àdire que, depuis le départ de Portugal jusqu’au renvoi de ces deux navires après avoir reconnu une partie de pays, il s’écoula en réalité moins de dix-sept semaines.

Les gens de la caravelle arrivée à Lisbonne le 11 octobre i5oi firent au roi, en présence de Cantino, un récit que celui-ci rapporte en ces termes : récit de cantino « D’abord ils racontent qu'après avoir quitté le port de Lisbonne, ils

naviguèrent durant quatre mois de suite toujours dans la même direction et vers le même pôle, et pendant tout ce temps ils ne virent jamais rien. Dans le cinquième mois, voulant toujours avancer, ils disent avoir rencontré des masses énormes de neige congelée sur la mer [des banquises] et qui s’avancaient sous l’impulsion des vagues. Du sommet de ces blocs coulait une eau douce et limpide produite par la chaleur du soleil, et qui descendait à travers les rigoles quelle se creusait. Les navires ayant déjà

1 « No anno de M. D . T, . . . partio de Lisboa ahos xv dias do mes de Maio » . D. de Goes, Chronica do Reydotn Emanuel ; Lisbonne, i566, f° 65. Cette date est en partie confirmée par le reçu donné à

Lisbonne par Gaspar Corte-Real en personne, le il avril i5oi, pour 7a quintaux de biscuit. Gaspar Corte-Real ; la date de sa dernière expédition au nouveau monde. Paris, 1 883 , p. 8.

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