‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 37 sur 258 · VOYAGES DE G. CORTE-REAL · texte numérisé non relu

VOYAGES DE G. CORTE-REAL

besoin cl’eau, ils s’approchèrent avec les canots et en prirent pour leurs besoins. Craignant de demeurer en ce lieu à cause de l’imminence du danger, ils pensèrent à s’en retourner, mais soutenus par l’espoir, ils résolurent de pousser dans la même direction pendant quelques jours encore autant que possible, et résumèrent leur voyage. Le deuxième jour ils rencontrèrent la mer gelée et, forcés de renoncer à l’entreprise, ils commencèrent à se tourner vers le Nord-Ouest et l’Est1 . »

Cantino continue ainsi :

« Ils voyagèrent pendant trois mois dans cette direction [Nord-Ouest et Ouestj, toujours favorisés par le beau temps. Le premier jour du quatrième mois, ils aperçurent un très grand pays. »

Les compagnons de Corte-Real dirent qu’ils trouvèrent dans ce pays « une grande quantité de fruits excellents et variés, ainsi que des arbres et des pins si hauts et si gros qu’ils n’eussent pu servir de mâts [même] aux plus grands vaisseaux ». Cantino, qui examina de près les naturels amenés de ce pays en iooi, ajoute qu’ils étaient « d’une stature un peu plus élevée que la nôtre, avec des membres proportionnés et bien formés ».

Ces détails se complètent par ceux que Damiao de Goes semble avoir empruntés à une source contemporaine. Nous les prenons, non dans son propre texte, mais dans celui de son plagiaire Osorio, afin d’utiliser la traduction faite au xvie siècle par Simon Goulart, en un français qui ne manque pas de saveur2.

« Les gens de ce pays sont [très] barbares et sauvages [presque comme ceux de la Terre de Santa Cruz], de couleur blanche, qui toutefois se ternit avec l’usage, à cause de la rigueur du froid. Hz sont fort légers du pied, bons archers à merveilles : leurs flèches sont bruslées par le vent, et en transpercent aussi aisément leurs ennemis que si elles estoyent ferrées. Ilz se couvrent le corps de peaux de bestes, demeurent en des fosses ou petites cabanes couvertes de chaume; vivent sans religion, et neantmoins croyent les devins. Hz espousent leurs femmes sur la pudicité desquelles ilz veillent fort soigneusement; car ils sont soupçonneux de leur naturel3. »

* Le lecteur trouvera le texte original completde cette lettre dans les Corte-Real, appendice XVII, pp. 204-208, d’après le ms. conservé aux archives d’Etat à Modène.

2 « Quasi do modo dos da terra de Sancta Cruz. » Détail omis par Osorio. Cette Terre de la Sainte- Croix est le Brésil, que Pedro Alvarez Cabral ve-

nait de découvrir, et dont Gaspar Corte-Real a pu être informé lorsqu’il revint de son second voyage, car la nouvelle en fut apportée à Lisbonne par Gaspar de Lemos au cours de l’été de l'an i5oo.

3 Jerosme Osorius, Histoire de Portugal... Nouvellement mise en françois, par S. G. S. Paris, 1587, in-8°, liv. Il, f° 60.

YTII

DÉCOUVERTE DE TERRE-NEUVE

Au point île vue des documents aujourd’hui connus, c’est donc Gaspar Corte-Real qui découvrit l’ île de Terre-Neuve. Pour prouver ce fait nous possédons de précieuses données. Ce sont les premiers dérivés portugais du prototype de la carte de Cantino. En les comparant entre eux et en relevant la nomenclature que porte la terre où, selon cette carte, Corte-Real atterrit après avoir quitté les abords du Groenland, on résout facilement la partie principale de la question.

Il va de soi que si, dès l’automne de i5oo, on eut en Portugal connaissance de l’existence des terres au Nord-Est du nouveau monde, et par Corte-Real lui -même, ce furent les caravelles qu’il renvoya à Lisbonne en octobre i5oi qui fournirent, — en dehors des renseignements dus à Jean Cabot, — les premières notions géographiques concernant les régions découvertes par le navigateur portugais, telles, du moins, que ses pilotes les concevaient.

Le prototype de la carte de Cantino inspira d’autres œuvres du même genre, dont plusieurs, à leur tour, furent imitées et modifiées en Italie et en Allemagne. C’est un de ces dérivés, envoyé à René II, duc de Lorraine, avant le 5 février iooi1, peut-être par Vespuce lui-même, qui alimenta sans changements aucuns pour le nouveau monde, toute l’hydrographie lusitano-germanique jusqu’au milieu du xvT siècle. C’est aussi à ce type, mais augmenté, et conséquemment postérieur à la carte de Cantino1, qu’appartient la mappecarte de canerio mond.e d’un cartographe génois appelé Nicolas de Canerio. Comme celle-ci

’ Tlie Discovery o f North America , chap. v, p. 277. La première terre que Cahral aperçut lorsqu’un jour de l’octave de Pâques i5oo il atterrit au Brésil, fut le sommet d une montagne, qu’il nomma, en conséquence, Monte Pascoal. De ce point, il remonta la côte vers le Nord, d’où, une semaine

après, virant de bord, il navigua droit au Sud- Est, en roule pour le cap de Bonne-Espérance. Toutes les cartes portant des noms au Sud du Monte Pascal, comme par exemple le Canerio, qui en marque onze, sont donc postérieures au planisphère de Cantino, lequel pour le Brésil,

DÉCOUVERTE DE TERRE-NEUVE

ne fait que reproduire, pour les régions septentrionales de l’Amérique \ les contours, les légendes et la nomenclature de la carte envoyée au duc de Ferrare (plus ou moins fidèlement), elle est sans intérêt dans la question qui nous occupe et le planisphère de Cantino reste le type de cette catégorie de cartes.

La mappemonde portugaise anonyme provenant des papiers du voyageur

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