‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 38 sur 258 · Carte de King · texte numérisé non relu

Carte de King

anglais Richard Ring et nommée d’après lui, est, des cartes connues, la plus rapprochée de celle de Cantino.

11 faut assigner à la carte de Ring une date un peu moins reculée que celle du Canerio, à cause du prolongement et du redressement de la côte carte de king

connut seulement la partie explorée par le premier navigateur qui y aborda. Il sc peut que celle nomenclature supplémentaire provienne de Vespuce, qui revint de son troisième voyage en septembre i5o2, après avoir rangé la côte brésilienne plus au Sud que Cabral.

1 L. Gallois; Une nouvelle carte marine du xvi° siècle. Le Portulan de Nicolas de Canerio, dans le Bulletin de la Société de géographie de Lyon; Lyon, 1890, t. IX, p. 97-119 ; avec tracés de la carte.

méridionale du Brésil, lesquels accusent une exploration postérieure et plus étendue. Les autres configurations sont, mais avec de légères variantes, celles du Cantino. Toutefois, le Groenland s’y trouve représenté sous la forme d’une île allongée, tandis que la terre continentale du Nord-Ouest est omise. L’omission s’explique par le fait que cette dernière région était considérée comme relevant de la couronne de Castille, ainsi que le montrent les pavillons espagnols ajoutés par Canerio, et que le cartographe lusitanien semble s’être surtout préoccupé de dresser un portulan des possessions transatlantiques du Portugal 1 .

La nomenclature pour le nouveau monde y est très sommaire, puisqu’elle ne contient que six noms; mais les trois premiers, apparaissant pour la première fois, selon les cartes que nous possédons aujourd’hui, sont d’une importance capitale.

Le plus septentrional de ces noms se trouve inscrit sur la péninsule triangulaire identifiée avec le Groenland. Mais au lieu d’être intitulée, comme dans Cantino, « Pointe de l’Asie »,elle porte la désignation nouvelle de Terralaboratoris : la Terre du Laboureur. La présence de cette dénomination inconnue jusqu’alors, à ce qu’il nous paraît, marquée en ce lieu et sur une carte portugaise de date aussi rapprochée de la découverte faite par Corte-Real, exclut l’idée d’une origine anglaise. Et ce, malgré la carte Wolfenbiittel B, où, après la mention attribuant la découverte du Labrador à des Anglais de Bristol, on lit : « Et comme celui qui le premier aperçut cette terre était un laboureur des Açores, on l’appela ainsi2. » En effet, le mot portugais laborador n’est nullement la traduction du mot anglais labourer 3 .

Les Azoréens à cette époque fréquentaient Bristol; des critiques ont donc pu à la rigueur supposer qu’un homme des Açores accompagna Jean Cabot en i4[)7 ; niais ce ne pouvait être qu’une vague supposition. On aurait dû aussi se demander si ce nom ne provenait pas d’autres expéditions, entreprises par des gens de Bristol avec des Azoréens, comme celles de mars i5oi et décembre 1.102 ; ensuite il fallait être sûr que cette désignation n’eût pu figurer déjà sur quelque carte portugaise et pour désigner un pays que les Anglais ne semblent pas avoir découvert : le Groenland, par exemple.

Se fondant sur un passage des lettres de Pasqualigo où, parlant de visu des

1 Colle carte a été décrite en détail par M. le

Dr E.-T. H am y ; Bulletin de géographie historique

et descriptive ; avec un fac-similé de la partie américaine et de l’Afrique. Année 1886, n° 4- Ce King est probablement Arthur, qui explora les régions arctiques. Né en Angleterre vers 1811, il mourut

à Londres, dans la plus grande misère, le 4 février 1876.

2 « E porque el que dio el auiso délia cra labrador de las illas de los acares le quedo este nombre. »

3 Labrador — Arator — éPloughman.

DÉCOUVERTE DE TERRE-NEUVE

Indiens amenés sur les caravelles de Corte-Real, il dit : « Les hommes de ce pays feront d’excellents manœuvres et les meilleurs esclaves qu’on ait encore vus1 », des historiens ont trouvé dans cette phrase l’origine du mot « Labrador ». Ils oublient que le pays désigné sous ce vocable par les Portugais est le Groenland, où Corte-Real ne put même débarquer.

Le 7 juin ioo8, le roi Emmanuel accorda à Diogo, fds de Pero de Barcellos, i*ero de barcellos gentilhomme des Açores, certains privilèges en récompense d’une découverte maritime accomplie par ce dernier au septentrion 2.

Les documents montrent, dès i 492 , ce Pero de Barcellos associé à un autre Azoréen nommé Joào Fernandez, pour faire des découvertes maritimes :

« para hir a descobrir». En outre, ce Fernandez est qualifié, dans les actes, de « llavorador ».

Ces deux faits autorisent l’ingénieuse hypothèse avancée par M. Ernesto do Canto3, qu’au cours d’une expédition entreprise dans les régions septentrionales, soit avec Barcellos après 1492, soit avec son compatriote Gaspar Corte-Real en l’an i5oo (deuxième voyage de ce dernier), Joào Fernandez peut avoir été le premier à apercevoir le Groenland, et qu’en conséquence, le nom familier de l’heureux navigateur : le Labrador , aurait été donné à cette terre, inabordable en iooo, comme elle le fut en i5oi, selon Pasqualigo.

D’autre part, le 19 mars i5oi, Henry Vil accorda des lettres patentes pour un voyage de découvertes transatlantiques à trois Bristolliens associés à trois Azoréens, dont l’un se nommait Joào Fernandez4. Ils devaient « explorer toutes les îles, contrées, régions et provinces quelles qu’elles fussent, dans les mers orientales, occidentales, méridionales et septentrionales restées jusqu’ici inconnues aux chrétiens 5 * 7 ». L’expédition eut lieu ; malheureusement,

1 « Clic seranno per excellentia da fatiga : et gli meglior schiaui se habia li asti sin hora. » Lettre de Pasqualigo à ses frères ; Paesi Nouamente retrouati , Vicentia, i5o7, cap. cxxvi, verso de Aii, et lettre à la Seigneurie; Sanuto, Diarii, t. IV, p. 200.

2 Ernesto do Canto, Arcliivo dos Açores , t. XII, 1894, p. 353, 367-870, 480, 529.

3 Le savant Azoréen cite des actes ( op . cit.,

p. 363) tendant à démontrer que ce voyage fut

entrepris trois ans avant avril 1 49 5 , soit dans les

premiers mois de 1492. Barcellos aurait donc précédé Christophe Colomb dans la découverte du nouveau monde. Mais on peut aussi présumer que la phrase de la Carta de privilegios du

7 juin i5o8 : « Avemdo nos rrespeito aos seruicos que temos rrecebidos de Pero de Barcelos... narmaçam [ sic pro « de navios », propose M. de Brito Rebello] e dcscubrimenlo da parte do

norte », peut s’appliquer à des découvertes faites postérieurement à 1 4 9 2 - date qui ne serait que celle d’une tentative, comme on en connaît un certain nombre à la lin du xv° siècle.

4 « John Fernandus, Francis Fernandus, and John Gunsolus, Squyers, borne in the Isle of Surrys under the oheisaunce of the Kynge of Portingalc. » Biddle, A Memoir of Sébastian Cabot; Philadelphia, i83i, in-8°, p. 3o6.

8 « Ad omnes partes, regioncs et fines Maris Orientalis, Occidentalis , Australis, Borealis et Septentrionalis. .. ad inveniendum, recuperandum, descoperiendum et investigandum Insulas, patrias, Regiones sive provincias quascunque Geutilium et Inlidelium in quacunque Mundi parte, positus quæ Christianis omnibus ante hæc leinpora fucrunt et in præsenti sunt incognita. » Lettres patentes, citées op. cit., p. 307.

tout ce qu’on en sait, c’est qu’elle était de retour en Angleterre au 7 janvier 1 5o2 , puisqu’à cette date, Henry Y1I donna une gratification « aux gens de Bristol qui découvrirent l’île 1 ».

Une découverte fut donc accomplie au cours de ce voyage. L’acte qui la mentionne ne parle que d’une « île », mais par ce terme on doit, jugeant par analogie, comprendre plutôt une terre. 11 se peut donc que le Groenland ait été aperçu à cette occasion, que Joào Fernandez, Azoréen, soit le même Joào Fernandez, Azoréen, qui accompagna Barcellos dans son expédition aux contrées septentrionales du nouveau monde et fut lui-même donataire en octobre 1499, de lettres patentes du roi de Portugal pour un voyage de découvertes : ce qui indique la profession de marin. Bien que qualifié d 'armiger par Henri VII, rien n’empêche qu’il soit le «. Joào Fernandez llavrador », car le mot labrador ne signifierait pas seulement laboureur. Selon des actes consultés par M. Ernesto do Canto, il veut aussi dire en portugais propriétaire terrien.

L’expédition anglo-azoréenne précitée était de retour à Bristol avant le 7 janvier i5o2. Une autre, en vertu de lettres patentes du 9 décembre de cette année, mit à la voile pour les mêmes régions en i5o3; mais Joào Fernandez n’en fit pas partie. On peut présumer qu’il retourna en Portugal, et à temps pour communiquer à quelque cartographe de ce pays les épures rapportées du Nord de l’Amérique par lui-même. Elles seraient ainsi devenues, vers i5o3, l’origine de la désignation Tierra de Labrador inscrite sur le Groenland dans les cartes portugaises de cette époque. A défaut de renseignements plus précis, nous donnons ces hypothèses pour ce qu’elles peuvent valoir.

1 » To mon ofBristoll thatfounde Th’isle. £ 5.» Excerptahistorica, p. 126. Ilne faut pas confondre celte expédition avec celle de i5o2-i5o3, accomplie par les mêmes associés, à l’exception, ce semble, de Joào Fernandez qui ne figure ni dans les lettres patentes du 28 septembre i5û2 [John Ca-

hot, doc. XIX, p. 397) ou 9 décembre i5o2 (Rymer, Fondera , t. V, part, iv, p. 186), ni parmi les Azoréens (Francisco Fernandez et Joào Gonzales), à qui Henry VII, le 6 décembre i5o3, accorda une pension de £ 10 pour services rendus <( as capitaigncs unto the neive founde lande ».

PREMIÈRE DESCRIPTION DE TERRE-NEUVE

Les deux autres noms que porte la carte de Kiug se trouvent sur la configuration appelée dans Cantino Terra del Rey de portuguall. Le premier de ces noms est Terra Cortercal ; le second, Capo raso, inscrit à l'angle Sud-Est. Ce dernier suffit pour identifier la région. En effet, les latitudes et la longitude de cette terre, entre le Groenland et le continent à l’Ouest ; la forme remarquablement dentelée de sa côte orientale ; enfin, le nom expressif donné à ce promontoire si connu sous la désignation de Cap Race (le cap ras ou plat), lequel, depuis, n’a pas cessé de figurer à sa véritable place et sous ce vocable dans toutes les cartes, montrent bien que la Terra del Rey de portuguall de Cantino et la Terra Cortereal de Ring sont un seul et même pays et que ce pays est incontestablement notre Terre-Neuve.

La carte de Cantino contient donc la plus ancienne délinéation connue de cette île. (Voy. infrà , page 44) •

Il convient maintenant de donner la description de cette terre telle que Pasqualigo et Cantino l’obtinrent des capitaines de Corte-Real, lorsque ceux-ci arrivèrent à Lisbonne en octobre i5oi.

Rappelons d’abord que, partis de ce port le ij mai et ayant constamment navigué par un bon vent1, sur une route tracée d’avance au Nord-Ouest, l’atterrissage, après avoir quitté le cap Farewell ou le cap Désolation, a dû se faire au commencement de juillet. Pasqualigo s’exprime ainsi :

« Ils ont trouvé à deux mille milles de Lisbonne2, entre le Nord-Ouest et

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