ROSELLI C
et en caractères gothiques d’imprimerie, sont cent soixante-onze vers italiens, se terminant par Figura et Scrittura in somma cli tutto lo habit ato. Finis M.DXXXII . Cette carte, telle que nous venons de la décrire, fait partie de la seconde édition de Ylsolario1 de Bartolomeo da li Sonetti (et non Bartolomeo Zamberti) imprimée évidemment à la date de io32, selon toute apparence à Venise.
L’éditeur anonyme n’a cependant fait que se servir pour ladite carte d’une planche gravée bien antérieurement et à l’état séparé, mais portant déjà la signature F. Rosello florentino fecit , et qui est Roselli B. En effet, celle-ci provient de la même planche que Roselli A. Toutefois, c’est un tirage indépendant de tout texte, sans bordure versifiée et conséquemment sans la date de i53a, voire sans aucun millésime, mais elle porte la souscription précitée, du même burin et à la même place.
La bordure occidentale de la carte empêche au premier abord d’apercevoir l’ensemble de la région terre-neuvienne. Cependant, quand on rapproche ce qui est visible à l’Ouest de la partie que les exigences de la projection ont fait reporter au côté opposé, et où se lisent Tangut, pr ovine ia magna et Provincia Cathay , le caractère asiatique attribué à cette configuration devient apparent.
La contrée correspondant à notre Labrador et à Terre-Neuve réunis ne donne que deux noms: Tierra de Garamello (terre des Glaçons), que nous retrouverons seulement dans l’hydrographie lusitano-dieppoise, et rio da Rosa (la rivière delà Rose, ou das Rosas — des Roses), déjà connue par Runstmann N° III et par l’Oliveriana. Ces désignations, rapprochées de celle qui est inscrite sur le continent de l’Amérique du Sud : Terra S. Crvcis. sivc Mvndvs Novus, dénotent un prototype portugais, postérieur aux voyages de Vespuce.
Roselli C, tant par sa facture que par ses configurations, ressemble beaucoup à Roselli A et B. C’est un planisphère presque identique, mais rectangulaire, de 27 cent. X i5 cent., sans bordure, ornements, signature ou date d’aucune sorte2.
« F. Rosello florentino » est-il le Francesco Roselli de Florence du distique précité, et en même temps le Florentin qui, selon Marcus Beneventanus,
1 Petit in-folio de 28 ff . , sans titre ni lieu d'impression, avec de nombreux bois très frustes, représentant des îles, mais aucune ne se rapporte au nouveau monde ; de même que dans la bordure versifiée il 11’y est fait aucune allusion. La carte est de 38 centimètres de largeur par 18 centimètres de hauteur. Discovery , n° 204, p. 5go-
592. La première édition de cet Isolario est in-4°, absque nota , de 56 ff. avec un grand nombre
d’iles grossièrement gravées dans le texte, mais sans planisphère, et sans la longue pièce de vers italiens de l’édition de i532.
- Les seuls exemplaires de Roselli B et Roselli C arrivés à notre connaissance font partie de la collection de M. Horace Landau, de Florence, qui nous a généreusement communiqué un calque et une photographie de ces deux précieuses cartes.
LA CARTOGRAPHIE LUSITANO-ITALIQUE
publia à Venise, avant 1307, une carte du nouveau monde ? On doit le croire, bien que nos déductions tendant à ne reconnaître dans ces deux cosmographes florentins qu’un seul individu reposent, il faut l’avouer, plutôt sur des coïncidences que sur des preuves.
Un fait cependant vient à l’appui de notre supposition : c’est le caractère beaucoup plus ancien que i532 des configurations continentales de l’Amérique dans ces cartes. Les œuvres de l’hydrographie sévillane traçant la côte du nouveau continent sans solution de continuité depuis au moins La Plata jusqu’aux régions arctiques, arrivèrent entre io2G et 1027 en Italie. D’habiles cartographes italiens, entre autres Vesconte de Maggiolo (1027) et Hieronymo da Verrazzano (iSaq) ne tardèrent pas à adopter cette délinéation, conforme à la vérité. Mais avant ces dates il circulait des cartes où le littoral au Nord de l’équateur était déjà amorcé par une délinéation de la Terra de Bimini, autrement dit la Floride, que Pierre Martyr d’Anghiera trace dès i5ii ou iai2. Dans ces conditions, il est inadmissible qu’un cartographe comme l’était Roselli, dont les œuvres que nous venons de citer accusent, malgré des erreurs manifestes, du savoir et de I habileté, s’en fut tenu, après la première décade du xvie siècle, à une configuration du nouveau monde aussi arriérée que la sienne l’eût paru après le voyage de Gômez.
Ce qui donne encore un caractère d’ancienneté aux configurations américaines dans ces cartes de Roselli, c’est la forme qu’y affecte l’Amérique méridionale. On y voit la plus élémentaire et, à notre sens, la plus ancienne représentation présumée complète de cette partie du continent à l’état séparé1. Mais alors que dans les configurations entières d’origine portugaise ou espagnole, c’est la figure d’une pyramide retournée, ici l’on voit une côte méridionale parallèle à l’équateur dans toute sa largeur et qui forme avec le reste une sorte de parallélogramme.
L’étendue restreinte de la côte Sud-Est ne laisse pas non plus d’étonner. Selon l’échelle des latitudes inscrite dans Roselli G, elle se termine au 3o°. Ruysch, au contraire, la prolonge jusqu’au 37° et la flanque même d’une légende où se lit que, d’après ce qu’on rapporte, les Portugais avaient exploré cette côte jusqu’au 5o° de latitude australe et sans en trouver la fin 2. Aussi est-on fondé à se demander si cette partie de la carte n’a pas pour base les épures rapportées par Gaspar de Lemos et comprenant seulement la
* Cf. les globes Hauslab, circa i5og ; Lenox, circa i5ii ; le globe surmontant l’horloge des Jagellon, àCracovie, i5ii-j5i2 ; la mappemonde de Stobnicza, i5i2, celle de Schôner, i 5 i 5 .
2 « Nautc lusitani partem hanc terre huius observarunt et usque ad elevationem poli antarctici. 5o. gradum pervenerunt, nondum tamen ad eius finem austrinum. »
LE PORTULAN EGERTON
découverte de Cabrai (i5oo), au maximum, l’exploration de Gonzalo Coelho (i5o3), tandis que Ruysch embrasse en plus les résultats de voyages portugais subséquents.
Le British Muséum possède1 un portulan anonyme renfermant une carte curieuse, que nous rapprochons de celles de Roselli à cause de son origine présumée italienne. S’arrêtant à la marge, la configuration terre-neuvienne peut, dans la pensée du cartographe, avoir été un prolongement de 1 Asie. On y remarque un Groenland (dénommé Terra de Labrador) et une île de Terre- Neuve supérieurs cependant, comme forme et position, aux délinéations de Ruysch et de Roselli, bien qu’apparemment de la même époque.
Ces contours et leur orientation rappellent les cartes de Reinel et de Kunstmann N° IV. Le grand dégagement au Sud de Terre-Neuve, ici nommée Terra de los Baclialaos , comme dans Roselli C (où cette désignation apparaît pour la première fois) et, au Nord, la continuation à l’Ouest de la côte méridionale de la Terra de Labrador attirent l’attention, surtout à cause de la date probable de ce portulan. En effet, la table d’éphémérides qu’il renferme est rédigée pour les années subséquentes à 1007. Il a donc été dressé avant cette date, car, cela va de soi, les tables astronomiques dans les œuvres de ce genre ont pour but d’indiquer l’état du zodiaque, non dans le passé, mais en vue de l’avenir.
1 Egerton Mss. a8o3, f° 8 b. Ce portulan con- septentrionales. Nous remercions à cette place
tient en outre une mappemonde, mais elle n’ex- M. M. Oppenheim qui a notre demande a bien
pose aucune délinéation se rapportant aux régions voulu examiner ces deux cartes intéressantes.