‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 5 sur 258 · LES NORMANDS · texte numérisé non relu

LES NORMANDS

amenés à Rouen, ex en in s nia , e/uæ terra nova clicit, en i5o9, les sept sauvages dont parle l’édition de la Chronique d’Eusèbe donnée à Paris par Henri Estienne trois ans après1.

Le 3 août 1Ô27, John Rut rencontre à la fois dans la seule baie de Saint-Jean onze navires normands2. Ces entreprises ne tardent pas à prendre un plus grand développement encore. Dès les mois de janvier et février i> j t (i542) soixante bateaux au moins, mettent à la voile d’un seul port de Normandie, « pour aller pêcher des morues aux terres neuves 3 * * ». En septembre i542, treize navires de guerre espagnols attaquent sur les côtes de Hollande une Hotte de pêcheurs français qui revenaient de Terre-Neuve, composée de quatrevingt à cent bâtiments. Presque tous furent capturés ou détruits ;.

Malgré ce désastre, l’ardeur se soutient, et l’on voit partir de Rouen, du Havre, de Dieppe et d’Honfleur, en i543 et i544> pendant les mois de janvier et de février, environ deux navires par jour. A dater de 1 545, le mouvement cesse presqu’entièrement3, mais en t56o, il reprend, et Gosselin, à qui nous empruntons ce renseignement, a compté trente-huit navires qui, pendant les mois de janvier et de février appareillèrent des petits ports de Jumièges, de Vatteville et de la Bouille, avec un tonnage augmenté de 70 à i5o tonneaux. C’était le cas chaque année, dit-il, dans tous les autres ports depuis Saint-Malo, le long des côtes de Normandie6.

A la lin du siècle, ces expéditions eurent beaucoup à souffrir des corsaires anglais. Vers 1.594, nous voyons Henri IV écrire lui-même à la reine Elisabeth, à l’amiral d’Angleterre et à Beauvoir-La-Nocle, son ambassadeur dans ce pays, pour faire restituer à Nicolas Missart, capitaine d’un morutier de Pont-Audemer, son navire la Diane , pris par les Anglais en revenant « des Terres neiifVes chargé de poisson sec '. » Déjà, le 20 janvier i5p3, il lui avait

1 Dans la Nova additio, f° 172 et infra, p. 162. Notons que Ramusio, Raccolta, t. III, fù 423, dit que Thomas Aubert ramena à Dieppe, d’un voyage entrepris à Terre-Neuve, les premiers indigènes qu’on eût encore vus en France : « fu il primo che condusse qui le genti detto paese ». C’est ce que répète le P. BiAisn. Relation de la Nouvelle- France, 1616, p. 23, mais sans citer ses autorités. D’ailleurs, Aubert a pu amener de ces sauvages à Dieppe, pendant que Rufosse ou Dieulois en amenait de son côté à Rouen.

2 Purchas. His Pilgrimage, London, 162$, infol., t. V, p. 822.

3 Mo.nson, op. cit., p. 4o4, parle d’un pêcheur

appelé Sévales qui, au xvie siècle, ne fit pas

moins de quarante-deux voyages à Terre-Neuve.

4 Calendars of State Papers. Spanish, Henry VIH. i542-43, p. i38.

5 Peut-être fut-ce à cause des déprédations terribles des corsaires basques. Voir infra.

6 E. Gosselin. Documents authentiques et inédits pour servir à l histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les xvie et xvii° siècles , Rouen, 1876, in-8°, p. i3 ; Nouvelles glanes historiques normandes , Rouen,

7 The Life of Thomas Egerton. Paris, 1828, in-4°, p. 399. Nous n’avons pas trouvé ces lettres dans le XVI des Cinq Cents de Colbert, autorité citée. Celle adressée à Beauvoir se trouve dans le t IX, p. 6, des Lettres missives de Henri IV.

INTRODUCTION

écrit pour qu’on rendît à Martissan de Marques, de Saint-Jean-de-Luz, son navire le Saint-Esprit , capturé au « retour d’un voyage aux Terres neufves avec une cargaison de deux cens quinze milliers de poisson1. »

La mort du roi amena dans l’exercice de la pêche à Terre-Neuve par les Normands un désarroi dont il est assez difficile de comprendre le moyen employé pour y remédier. Thomas Le Fèvre, jurisconsulte rouennais, en parle dans un ouvrage assez rare et qui témoigne d’une certaine érudition spéciale, non exempte cependant d’erreurs.

Ap lès le decez du feu roy, Henri IV, dit-il, y estant survenu un grand desordre, nous en fismes remonstrance à feu M. de Dampuille, amiral de France, et entr’autres choses le priasmes de ne donner plus de congez à aucuns maistres ou capitaines de navire pour aller aux Terres-Neufves que depuis le commencement du mois de décembre iusques au mois d’avril2.

L’ordonnance de Charles de Montmorency du 20 août 1612, insérée par Le Fèvre dans son livre, ne vise d’autres torts de la part des pêcheurs normands, que « d’envoyer hors de saison leurs navires en la pêche des morues ». Et d’accord, avec la requête, elle fait « de très expresses inhibitions et déflences de ne partir des ports et havres de Normandie, que depuis le commencement de décembre jusques avril inclusivement pour aller quérir le sel pour aller faire ladicte pesche ». Cependant la morue ne commence à paraître sur les côtes de Terre-Neuve qu’en juin !

Quant au Havre de Grâce, il est possible qu’au commencement du xvne siècle les résultats de la pêche de la morue aient pu être comparés, comme le lit l’avocat au conseil De Vernay, à « une manne céleste que les armements du Havre et le rude labeur de ses marins faisaient deverser sur la France au profit du roi et de la fortune publique3 », ce qui implique l’envoi de nombreux navires sur les grands bancs. Mais il est tout à fait erroné de dire

1 Lettres missives de Henri IV, 1. III. p. 715.

- Discours sommaire de la navigation et du commerce ; ivgements et pratique d’iceux, par

Thomas Le Fevre, escuyer, sieur du Grand- IIamel, conseiller du Boy. Rouen, i65o, in-zj, p. 'i43-245. Bibliot. nat., inv. V, 1579. ^ noter dans ce livre les commentaires de Le Fèvre, sur la Trêve de Vaucelles ( 1 5 56) qui était interprétée comme défendant aux Français de « traicter, conquérir ni descouvrir aux Indes sans le consente-

ment de 1 empereur Charles-Quint et de son fils. »

3 Le fait est qu’à la fin du xvn° siècle les pêcheries doivent avoir été une industrie des plus prospères pour qu’une compagnie ail proposé de prendre en ferme la pêche du hareng et celle de la morue, proposition que le chancelier de Pontchartrain rejeta avec indignation, dit Estancelin, Recherches sur les voyages des navigateurs normands, p. 1 26.

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