‹ Découverte et évolution cartographique de Terre Neuve et des pays circonvoisins 1497-1501-1769;Chapitre 6 sur 258 · LES BRETONS · texte numérisé non relu

LES BRETONS

que la Catherine , affrétée et armée par ordre de M. de la Meilleraye en i536 pour se rendre à la colonie (?) terre-neuvienne sous la conduite de maître Jacques Frasel, soit « le premier navire qui ait été envoyé par la France sur le banc de Terre-Neuve pour la pèche à la morue 1 . » Nous citons vingt expéditions françaises qui précédèrent d’un quart de siècle la Catherine dans ces parages.

Les Bretons, comme les Normands, auraient été pêcher la morue sur le les bretons banc de Terre-Neuve, « bien avant que Colomb découvrît F Amérique ».

On possède une transaction entre les moines de Beauport et les habitants de l’île de Bréhat passée à Paimpol le r/j décembre i5i4- Ces religieux prétendaient avoir droit :

A la dime de quelque sorte de poisson que ce fuct, tant congres, morues, merlux que aultres poessons, en quelque part que ce soipt, tant en la coste de Bretaigne, la Terre- Neufve, Islandre que ailleurs... quel debvoir de desnie de poesson avoient les diz desmorantz en ladite ysle de Bréhat et leurs prédécesseurs de paravant eulx faiet possession de poyer par an, deux, troys, quatre, cincq, dix, vingt, trante, quarante, eincquante, sexante ans et dedans2.

Pour ce qui concerne Terre-Neuve, il est difficile d’admettre que dès 1 4^4 les pêcheurs partaient de France pour aller y pêcher la morue. S’il en avait été ainsi, c’est à eux que reviendrait l’honneur d’avoir découvert le nouveau monde, et les chroniques françaises en eussent fait mention avant 1 5 1 A - H ne faut voir dans cette phrase qu’un indice de pêcheries terre-neuviennes à une époque reculée, mais non précisée.

Sans remonter si haut, mentionnons le fait que de très vieilles cartes, catalanes, majorquaises ou portugaises, inscrivent en travers la partie septentrionale de notre Nouvelle-Ecosse : Ter a que foy descuherta por hertomes et Tierra de los Bretones 3, désignations qui n’ont pas cessé d’y figurer à la même place et qu’on retrouve de nos jours dans celle de « Ile du Cap-Breton ». Quoi qu’il en soit, les entreprises transatlantiques des Bretons remontent à l’époque de la découverte de l’Amérique, puisque la Catalina montée par

1 Bokelli. Histoire de la ville du Havre. Le Havre, 1880-81, in-8°, t. I, p. 2i5, 376. Rien de dangereux pour un historien comme l’amourpropre de clocher !

2 Tempier. Les Bretons en Amérique avant

Christophe Colomb , dans les Annales de Bretagne ,

t. IX, p. 177, et Cli. de la. Roncière, Les navigations françaises au xvc siècle, extrait du Bulletin de géographie historique et descriptive, 1895.

3 Kunstmann, n° IV, Miller, n° I, l’atlas catalan du Havre, etc.

INTRODUCTION

P ero Alonso Nino clans son voyage de 1496, était un navire breton Gonneville, dans la relation de son voyage au Brésil (i5o3-i5o5), parle « du pays des Indes occidentales [l’Amérique] où d’empuis aucunes années en ça les Dieppois et les Malotiinois et autres Normands et Bretons vont quérir du bois à teindre en rouge2 3 * ». En ce qui concerne les parages de Terre-Neuve, si notre interprétation des noms Barbatos In. et Barbatonem Sin . , dans la mappemonde de Ruysch est exacte \ dès avant i5o6, les Bretons avaient la coutume de fréquenter les côtes septentrionales de la Nouvelle-Ecosse.

D’après ce que le rapporte le président Habasque, la pèche de la morue siale banc de Terre-Neuve n’aurait pas été exercée par les Bretons avant 1612, et le Portrieux et Binic seraient les premiers ports où l’on s’y soit livré \ D’autre part, dans un procès intenté en 1095 contre le fermier des briefs où impôts prélevés en Bretagne sur les navires à l’entrée et à la sortie des ports, les Malouins n’y figurent qu’à l’égard d’expéditions sur les côtes de Flandre, d’Espagne, d’Angleterre et d’Ecosse 5. On en a également conclu que les pêcheurs de Saint-Malo ne commencèrent à fréquenter Terre-Neuve ou ses abords que dans les premières années du xvne siècle. C’est une erreur. Cette industrie chez les Malouins, comme chez tous les Bretons, remonte beaucoup plus haut.

Malheureusement, pour des raisons que nous ignorons, les archives de Bretagne ont conservé peu de traces des premières expéditions aux pêcheries terre-neuviennes. Le document le plus ancien arrivé à notre connaissance est un acte de septembre i5io, où mention est faite du navire la Jaquette , de Dahouët en Pléneuf, qui était « venu vendre à Rouen du poisson qu’il avait été quérir et pêcher ès partie de la Terre-Neuve * ».

En j 5 1 1 , la reine Juana, (mère de Charles-Quint), accorda des lettres patentes à un nommé Juan de Agramonte pour aller avec deux navires à la découverte du « secret de la terre-nouvelle : pava ir a sa ber el secreto de la tierra nueva », selon la phraséologie du temps. Mais le texte de l'acte est plus précis. Il désigne « une terre qui est au Nord, vers l ile des Baccalaos :

1 Relacion de los gastos que se hicieron eu et despacho de las carabelas Santa Maria de Guia Lazaro , y la nao Bretona. Archives des Indes à Séville, j6 juillet 1 4 9 0 . MS. Pto. 32-3-i/2. L. 2. fol. 1 15.

2 D’Avezac. Campagne du navire / Espoir , de H on fleur , Paris, 1869, in-8°, p. 104.

3 Infra , ch. xi.

’• IIabasque. Notions historiques sur le littoral

du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieue, i832, t. I. p. 355.

5 Noël du F ail. Mémoires recueillis el extraits des plus solennels arrests du Parlement de Bretaigne. Paris et Bennes, 1 653 , in-4, p. 297; cité par M. F. du Bois de Saint-Severin , Revue de Bretagne et de Vendée , Nantes, 1877. t. XLI1.

6 A. de la Bouderie. Mélanges d'histoire et d archéologie bretonnes. Rennes, 1 858. t. If, P- i5/j.

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